Accident nucléaire de Palomarès

Il est décédé le 

Elle est décédée le

Non publié
17 Janvier 1966

Pendant la « guerre froide » entre l’URSS et les Etats-Unis, le « Strategic air command » de l’armée de l’air américaine maintenait en permanence en vol une douzaine de bombardiers stratégiques Boeing B-52 dont les soutes transportaient des bombes thermonucléaires. En cas d’attaque soviétique ou de déclenchement de la Troisième guerre mondiale, les avions devaient riposter en bombardant des cibles choisies par avance sur le territoire de l’ennemi en Union soviétique. L’opération était baptisée Chrome Dome. Chaque jour, des forteresses volantes décollaient des bases situées aux Etats-Unis pour des missions qui les conduisaient à survoler les zones de l’Arctique polaire où à rejoindre la mer Méditerranée. En raison de la durée des vols (jusqu’à 23 heures), il fallait ravitailler en vol les B-52. Le 17 janvier 1966, une forteresse volante américaine survolait la mer Méditerranée au large des côtes de l’Andalousie en Espagne. L’avion se déplaçait à 10 000 mètres d’altitude avec son chargement de bombes nucléaires. Avant d’entamer son retour vers les Etats-Unis, le B-52 fut rejoint par un Boeing de ravitaillement KC-135. L’avion rempli de carburant s’apprêtait à déployer son tuyau pour le remplissage des soutes du B-52 quand les deux avions se percutèrent. Les réservoirs du KC-135 s’enflammèrent tuant les cinq membres de l’équipage. La collision provoqua la dislocation du bombardier et la mort de trois pilotes. Cinq autres survécurent après avoir sauté en parachute. Brisé en plusieurs morceaux, l’avion s’abima en mer.

Le B-52 transportait quatre bombes H de type MK-28. Trois d’entre elles tombèrent sur la terre ferme près du village espagnol de Palomarès (Andalousie) où vivait des paysans et des pêcheurs. Deux furent détruites lors de l’impact au sol. Fort heureusement seul l’explosif conventionnel explosa, libérant 4,5 kg de plutonium sur 250 hectares. La chute de la troisième bombe fut ralentie par l’ouverture de son parachute de sécurité. On la retrouva presque intacte. La quatrième bombe nucléaire tomba dans la mer Méditerranée. La catastrophe causa une immense émotion dans le monde. A la presse qui demandait des informations sur les bombes nucléaires, les autorités américaines répondirent que le B-52 ne transportait pas de telles armes de destruction. Personne ne les crut quand l’US Navy mobilisa 38 navires et trois mille hommes sans compter les avions pour retrouver les restes du B-52 et la bombe H. Finalement, un pêcheur espagnol qui avait assisté à la chute de la bombe au bout de son parachute, indiqua la zone probable du crash. Les Américains déployèrent un sous-marin de poche Alvin. Après 80 jours de recherches, ils retrouvèrent la bombe H intacte, gisant à 869 mètres de profondeur, à 8 kilomètres du rivage.

 En 1966, les autorités espagnoles n’avaient pas édicté de mesures en cas d’accident nucléaire. On se contenta de bruler les plans de tomate contaminés et de racler le sol contaminé par les bombes tombées près de Palomarès. Mille quatre cents tonnes de terre furent ainsi envoyés aux Etats-Unis pour y être traité dans une usine spécialisée. Les médecins examinèrent une centaine d’habitants (sur douze mille). On les trouva en parfaite santé. Une duchesse – mais républicaine et antifranquiste – Isabel Alvarez de Toledo demanda des explications aux autorités espagnoles. Elle organisa une marche de protestation à Madrid, le jour du premier anniversaire du crash des deux avions américaines. Son volontarisme en faveur des paysans et des pêcheurs lui valut de croupir en prison pendant huit mois et de devenir célèbre sous le nom de la « duchesse rouge ». En 2008, des promoteurs immobiliers envisagèrent de bétonner la côte autour de Palomarès. Mais les terrains furent déclarés inconstructibles. Quarante ans après l’accident, le taux d’américium dépassait largement les doses autorisées. Finalement, en 2015 les gouvernements américains et espagnols signèrent un accord : les Etats-Unis s’engageaient à prélever 50 000 m3 de terres contaminées, à les transporter par voie maritime aux Etats-Unis et à les neutraliser.

J.-P.G.

Demain : La France reconnait le génocide arménien

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