Agatha Christie

Il est décédé le 

Elle est décédée le

12 Janvier 1976
Agatha Christie. Illustration de Marc Daniau.

Romancière anglaise, née le 15 septembre 1890 à Torquay (Devon) décédée à Wallingford (Oxfordshire), à l’âge de 85 ans. Auteure de romans policiers la plus lue dans le monde, elle était aussi célèbre que ses personnages, miss Marple et le détective belge Hercule Poirot dont des générations de lecteurs ont suivi les enquêtes.

Qui n’a jamais lu un roman policier d’Agatha Christie, douillettement assis au fond d’un canapé, dans le siège inconfortable d’un train, dans celui exiguë d’un avion, sur le lit d’un hôpital, ou couché sur une chaise longue au bord d’une piscine ou sur le sable chaud d’une plage ? Ecrivaine des superlatifs, elle est, selon le livre Guinness des records, la romancière qui a vendu en près d’un siècle le plus de livres dans le monde : entre deux et quatre milliards d’ouvrages dans toutes les langues écrites et lues par les hommes. Près de quarante ans après sa mort, il s’en vend encore chaque année quatre millions d’exemplaires. Le célébrissime Les dix petits nègres a dépassé les cent millions d’acheteurs. 

 Née Agatha Miller, d’un père américain prénommé Frederick, exerçant le métier de courtier et d’une mère britannique Clarisse Boehmer, femme au foyer, elle vécut dans un milieu aisé de la classe moyenne supérieure. Cadette d’une fratrie de trois enfants  qui comprenait une sœur Margaret, son ainée de onze ans, et un frère Louis, né en 1880,  elle devint orpheline de son père à l’âge de douze ans. Pendant que sa sœur et son frère plus âgés étaient mis en pension, elle resta aux côtés de sa veuve de mère. Elle bénéficia sous son influence d’une éducation de qualité à domicile. Elle aimait écrire des poèmes et des nouvelles. Sa sœur Margaret lui fit connaître les aventures d’Arsène Lupin qui la passionnèrent. A l’âge de vingt ans, elle accompagna sa mère dans de longs séjours à Paris, en Egypte. A son retour, elle écrivit un premier polar intitulé The lonely petit qu’aucun éditeur ne voulut publier. Elle n’insista pas.

 Une infirmière spécialiste des poisons

A l’époque sa préoccupation principale était de trouver un époux. La barre des vingt ans était largement dépassée quand elle se lança hardiment dans la « chasse au mari », de peur d’être cataloguée « vieille fille ».  Elle entretint, dit la rumeur, quatre liaisons successives avant de jeter son dévolu sur un séduisant aviateur du Royal flying corps, Archibald Christie. A peine eut-elle le temps de l’épouser le jour de Noël 1914, qu’il la quitta pour aller combattre en Europe. Pendant la Grande guerre, elle s’engagea également pour son pays. Devenue infirmière bénévole dans sa ville natale, la station balnéaire de Torquay,  elle côtoya une importante communauté venue de Belgique après l’invasion du royaume par les allemands en 1914. Dans la mairie transformée en clinique, elle soigna les britanniques blessés dans les tranchées de la Somme et du front en France. En 1916, on la nomma assistante-chimiste dans un hôpital militaire.  Elle obtint son diplôme de pharmacienne en 1917. Elle confectionnait des remèdes dont beaucoup contenait des drogues et des poisons. Elle apprit à les doser pour soigner. Dans ses romans, ses personnages de fiction les utiliseront pour tuer.

 Ses longs voyages à l’étranger, la fréquentation régulière des réfugiés et son expérience de la guerre lui permirent de connaître l’âme humaine à la manière d’une clinicienne et d’emmagasiner de nombreuses expériences et d’anecdotes. Elle s’en inspira quelques années plus tard pour inventer des récits  qui semblaient véridiques, proche quelquefois du documentaire. Après la guerre dont son époux revint vivant, vainqueur et promu au grade de colonel, elle reprit une vie plus calme et pour tout dire assez monotone. Le couple s’installa à Londres où Agatha enfanta sa fille unique prénommée Rosalind. Là, pendant ses heures libres, la future reine du polar, donna la vie aux deux plus célèbres enquêteurs de l’histoire de la littérature policière : le détective professionnel Hercule Poirot, ancien chef de la police belge retraité et la détective du dimanche Miss Jane Marple, anglaise jusqu’au bout des ongles et aussi clairvoyante et futée que son homologue masculin. En 1920, un éditeur accepta de publier son premier roman La mystérieuse affaire de Styles où Hercule Poirot élucida sa première affaire.

 S’étant engagée par contrat à écrire six ouvrages, elle en publia un par an jusqu’en 1926. Malgré un succès d’estime, le public la boudait. La mort de sa mère adorée en 1926 l’affecta profondément. La découverte des infidélités répétées de son époux et sa liaison avec une dactylo où il travaillait après avoir quitté l’armée achevèrent de la déprimer. Elle disparut. On retrouva sa voiture vide abandonnée près d’un étang. La police envisagea le pire. S’était-elle suicidée ? Son mari l’avait-il assassinée ? Des bénévoles partirent à sa recherche dans les forêts avoisinantes. On la retrouva douze jours plus tard dans un hôtel du Yorkshire où elle s’était retirée sous un faux nom. Seule bonne nouvelle en 1927 : sa carrière de romancière décollait enfin. Son septième livre, Le meurtre de Roger Ackroyd se vendit à 8000 exemplaires, un chiffre important à l’époque. L’année suivante, elle divorça de son mari volage mais continua à signer ses livres de son patronyme, même après son mariage avec l’archéologue Sir Max Mallowan. Elle l’épousa en seconde noce le 11 septembre 1930 alors qu’elle était âgée de quarante ans et lui venait de fêter ses vingt-six ans.

 Miss Marple et Hercule Poirot

Les années suivantes, elle écrivit ses plus grands chefs-d’œuvre : Le Crime de l’Orient-Express (1934) qui s’inspirait en partie de l’enlèvement et du meurtre du fils de l’aviateur Charles Lindbergh ; ABC contre Poirot (1936) ; Meurtre en Mésopotamie (1936) dont le personnage principal s’inspirait d’une archéologue qui l’avait snobée ; Morts sur le Nil (1937) ; Rendez-vous avec la mort (1938) qui avait pour cadre les ruines de Pétra ; Dix petits nègres (1939). Sur les 67 livres, 15 recueils de nouvelles (190) et 18 pièces de théâtre qu’elle écrivit durant sa carrière, Hercule Poirot apparut dans 33 romans  et 52 nouvelles. Il résolut autant d’énigmes. Miss Jane Marple mena sa première enquête dans L’affaire Protheroe (1930). Celle dont la maxime favorite était « La nature humaine est partout la même», fut l’héroïne d’une douzaine de romans et d’une vingtaine de nouvelles. Domiciliée dans la campagne anglaise à St. Mary Mead Mead, une ville inventée qu’elle ne quitta qu’une fois pour un voyage outre-mer, elle était comme le double d’Agatha Christie dont elle partageait la clairvoyance pour démêler le vrai du faux. Pour démasquer les assassins, elle leur tendait un piège dans lequel ils tombaient au moment où ils s’y attendaient le moins.

 Pendant la seconde guerre mondiale, la romancière travailla de nouveau comme préparatrice en pharmacie dans un hôpital londonien pendant que son époux était envoyé en Egypte. En 1943, sa fille Rosalind donna naissance à un garçon. Après la guerre, elle accompagna son époux sur les fouilles archéologiques comme elle l’avait fait dans les années trente, tout en continuant à écrire. Désormais, le cinéma et la télévision s’intéressaient à ses livres. On ne compta plus les adaptations. En 1974, elle assista en compagnie de la reine Elisabeth à la première du film Le Crime de l’Orient- Express  réalisé par Sydney Lumet.Désormais, vieillie, entourée du seul souvenir  de beaucoup de proches et d’amis qui avaient disparu, sa sœur Margaret, son premier mari notamment et bien d’autres, elle se résolut à faire mourir Hercule Poirot et Miss Marple. Le premier s’éteignit victime d’une crise cardiaque en août 1975 dans Hercule Poirot quitte la scène. La seconde mit fin à sa vie de détective dans La dernière énigme. Mais, contrairement à Poirot, la romancière ne la fit pas périr dans son œuvre. Le roman parut en 1976, quelques mois après la mort d’Agatha Christie, à son domicile près d’Oxford.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Caius Marius

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