Aimé Césaire

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17 Avril 2008

Ecrivain et homme politique français, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique), décédé à Fort-de-France (Martinique), à l’âge de 94 ans. Grande figure de la « négritude », il publia des recueils de poèmes, des essais et des pièces de théâtre devenus des classiques de la littérature française. Pendant plus d’un demi-siècle, il représenta la Martinique à l’Assemblée nationale et fut le maire de Fort-de-France.

Quatrième d’une famille comptant sept enfants, Aimé Césaire était le fils d’un contrôleur des impôts et d’une couturière. Son grand-père paternel, premier instituteur martiniquais noir, avait enseigné les lettres classiques au lycée de Saint-Pierre. Aimé Césaire suivit sa trace. Après de brillantes études en Martinique, il obtint une bourse et vint étudier à Paris en 1931 au Lycée Louis-le-Grand. Il déclara : « J’étais si curieux de connaître la France, de connaître Paris. Nous aimions ce que nous lisions, le journal du matin, le journal du soir, les livres qui venaient de paraître, le latin, le grec : tiens, dans un texte on trouve tel mot, hop je le reconnais en créole ». Dans la capitale, il fit la connaissance du sénégalais Léopold Sédar Senghor. Avec des étudiants et des artistes noirs venus d’Afrique, des Antilles, de Guyane, Aimé Césaire fonda en 1934 la revue L’Etudiant noir. « Ce qui m'intéressait, affirme-t-il plus tard, c'était l'identité nègre. Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu'est-ce que nous avons en commun ? Pas la question de la langue, mais la question nègre. (…) Je n'ai jamais voulu faire du français une doctrine. Il y avait surtout des anglophones et des Américains, avec une littérature nègre, Langston Hughes, Richard Wright, and so on, c'était pour nous, Nègres et francophones, une révélation. Les premiers qui ont posé les bases, pour nous, c'étaient les Nègres américains ».

L’inventeur de la « négritude »

Dans un article intitulé « Conscience raciale et évolution sociale » publié dans le numéro de mai-juin 1935, Aimé Césaire créa le concept de « négritude ». Face à la « francité », perçu comme un des instruments aliénant de la domination coloniale française, il opposait l’identité noire, un ensemble de valeurs culturelles, morales, artistiques et sociales. Il déclara : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ». Senghor reprit à son compte et approfondi la notion de « négritude ». Césaire commenta : « Mais c'est normal. Il était nègre, moi aussi, nous comparions nos expériences. C'est un Africain, je suis un Martiniquais, nous avions des points de rencontre, mais nous avions aussi des interrogations. (…) On s'enseignait l'un l'autre. La réponse était africaine ». Reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure en 1935, Aimé Césaire y croisa Georges Pompidou. Trois ans plus tard, il consacra son mémoire de sortie au « Thème du sud dans la littérature noire-américaine des Etats-Unis ». En 1939, il publia son premier ouvrage Cahier d’un retour au pays natal, un long poème publié d’abord dans la revue Volonté.

 De retour en Martinique avec son épouse Suzanne Roussi, une étudiante martiniquaise rencontrée à Paris, Aimé Césaire enseigna les lettres au lycée Schœlcher. Quand la seconde guerre éclata, les Antilles restées sous la tutelle vichyste, subit un sévère blocus de la part des Etats-Unis. Le gouverneur interdit bientôt la revue d’opposition culturelle Tropiques fondée par Césaire et des amis. De passage en Martinique le pape du surréalisme André Breton découvrit le premier ouvrage de Césaire et donna à son auteur le surnom de « nègre fondamental ». Le combat anticolonialiste de Césaire lui attira la sympathie des communistes locaux. En 1945, Ils lui proposèrent de conduire leur liste aux élections municipales de Fort-de-France. A sa grande surprise, le professeur de lettres fut élu maire. Il déclara plus tard « Sans le vouloir. On a fait de moi un porte-parole. Au sortir de la guerre, je suis un jeune homme de gauche, communisant, mais je n'y connais rien. Des copains de classe font une liste assez large pour avoir des chances. Je n'y crois pas une seconde. Je signe pour leur faire plaisir et la liste fait un triomphe ! » 

Une longue carrière politique s’ouvrit devant le chantre de la négritude qui était bien décidé à poursuivre son combat contre la domination culturelle de la France coloniale. En 1946, il publia Les Armes miraculeuses et l’année suivante Le Soleil cou coupé. Avec son ami sénégalais Alioune Diop il fonda Présence africaine. En 1950, il publia un essai Discours sur le colonialisme pour « pousser d’une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées ». Dans une Europe encore meurtrie par les crimes commis par Hitler, il établit une comparaison entre le nazisme et le colonialisme qui frappa les esprits : « Oui, il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du xxe siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il le vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est pas l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, c'est l'humiliation contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique. »

 Poète (Corps perdus en 1950, Ferrements en 1960, Cadastre en 1961, Moi Laminaire en 1982), essayiste, Aimé Césaire publia également plusieurs pièces de théâtre : en 1963, La Tragédie du roi Christophe évoquait la lutte du peuple haïtien contre le colonialisme ; en 1966, Une Saison au Congo mettait en scène les derniers mois de la vie du militant révolutionnaire et indépendantiste Patrice Lumumba ; en 1969, La Tempête inspirée de la pièce de Shakespeare réfléchissait sur les concepts de race, de décolonisation et de pouvoir.

L’homme politique

Maire communiste de Fort-de-France en 1945, Aimé Césaire fut également élu député de la Martinique en 1945. Il présida la capitale l’ile antillaise pendant 56 ans jusqu’en 2001 et siégea sans discontinuer au Palais Bourbon pendant 48 ans, deux records inégalés. Il participa activement aux travaux parlementaires. Il fut notamment le rapporteur de la loi qui transforma en départements la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion. En 1956, il rompit avec le parti communiste français après l’occupation de la Hongrie par les troupes du Pacte de Varsovie. Il fonda alors le Parti progressiste martiniquais (PPM), expliquant « l’heure de nous-mêmes a sonné ». Seul représentant de la gauche, il affronta les partis de droite soutenus par les services de l’Etat, préfet en tête. De graves incidents opposèrent les militants des deux camps. On releva des morts. Il admonesta Charles de Gaulle qui visita l’île en mars 1964 : « On ne pourra pas éluder davantage un problème qui obsède notre jeunesse, le problème de la refonte de nos institutions pour qu'elles soient plus respectueuses de notre particularisme, plus souples et plus démocratiques ». La population appréciait ce franc-parler dans lequel elle se reconnaissait. Elle lui garda toujours sa confiance en le réélisant député à chaque élection et en le reconduisant à la tête de la mairie de Fort-de-France. Il releva les manches pour faire « D'un bidonville, une ville et d'une ville une cité, c'est-à-dire une communauté de citoyens libres. […]Quelle prétention ! hein ? Quelle emphase ! – L'argent, nous le trouverons ! Voilà comment est née ma carrière. Je ne suis pas antifrançais : je suis d'abord martiniquais. »

 En 2001, à l’âge de 88 ans celui qui était plus vénéré qu’aimé décida de prendre sa retraite politique. Critiqué pour son autoritarisme et ses tendances népotiques, il comprit qu’il fallait laisser la place à une nouvelle génération. Toutes les personnalités de passage en Martinique, ceux qui l’avaient dénigré comme ses fidèles soutiens, aimaient se faire photographier aux côtés du vieux patriarche respecté. On venait l’admirer et lui rendre hommage comme on visitait un monument. En 2007, le vieux lutteur sortit de son silence pour soutenir la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle. Un amendement parlementaire de la droite en 2005 qui prétendait que la colonisation avait été positive l’avait irrité : « Cela me ramenait cinquante ans en arrière. Qu'est-ce que ça venait foutre ? Il est clair qu'en aucune manière je ne pouvais approuver ce point scandaleux. » Nicolas Sarkozy ne lui tint pas rigueur d’avoir choisi sa rivale. Elu président de la République, il rendit hommage à l’écrivain et à l’homme politique en lui accordant des obsèques nationales. Elles se déroulèrent au cimetière de Fort-de-France. Sur sa tombe figure l’inscription choisie par Aimé Césaire :

« La pression atmosphérique ou plutôt l’historique

Agrandit démesurément mes maux

Même si elle rend somptueux certains de mes mots ».

Une plaque a été apposée au Panthéon.

J.-P.G.

Demain : Maurice Gamelin

masculin
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Homme politique haïtien, né le 14 avril 1907 à Port-au-Prince, décédé dans la même ville, à l’âge de 64 ans. Surnommé « Papa Doc », une référence à son métier de médecin, il fut élu président de la République le 22 octobre 1957. Soutenu par une milice paramilitaire (les tontons macoutes), il se proclama « président à vie » et régna par la terreur jusqu’à son décès des suites d’une maladie.

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Jean-François Lyotard

Philosophe français, né le 10 août 1924 à Versailles (Yvelines), décédé à Paris, à l’âge de 73 ans. Auteur de La Condition post moderne. Rapport sur le savoir (1979).

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John Maynard Keynes

Economiste britannique, né le 5 avril 1883 à Cambridge (Cambridgeshire), décédé à Firle (Sussex), à l’âge de 63 ans. Sa pensée économique influença de nombreux gouvernements notamment aux Etats-Unis où il inspira le New Deal. Il fut un des principaux artisans des accords de Bretton woods en 1944 qui créèrent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), deux institutions mondiales toujours en activité.

21 Avril 1918

Manfred von Richthofen

Aviateur allemand, né le 2 mai 1892 à Breslau (Empire allemand aujourd’hui situé en Pologne sous le nom de Wroclaw), blessé mortellement lors d’un combat aérien au dessus de Vaux-sur-Somme (Somme), à l’âge de 25 ans. Surnommé le « Baron rouge », cet as de l’aviation allemande est crédité de 80 victoires homologuées, obtenues au détriment des aviateurs alliés. 

21 Avril 1910

Mark Twain

Ecrivain américain, né le 21 avril 1910 à Florida (Missouri), décédé à Redding (Connecticut), à l’âge de 74 ans. Auteurs de romans, de contes et de récits de voyage, il devint célèbre avec son ouvrage Les aventure des Tom Sawyer (1876).

21 Avril 2003

Nina Simone

Chanteuse afro-américaine, née le 21 mars 1933 à Tryon (Caroline du Nord), décédée à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), à l’âge de 70 ans. Chanteuse de jazz (Little girl Blue en 1958), auteur de 34 albums, elle milita en faveur des droits civiques dans son pays avant de s’installer en France où elle était populaire.

21 Avril 1142

Pierre Abélard

Philosophe et théologien français, né en 1079 près de Nantes, décédé à l’abbaye Saint-Marcel près de Châlons-sur-Saône, à l’âge de 62 ans. Auteur de nombreux ouvrages de théologie novateurs considérés comme hérétiques, enseignant célèbre au Moyen-âge, il entretint une liaison amoureuse avec Héloïse d’Argenteuil ce qui lui vaudra d’être émasculé par l’oncle de la jeune femme.

21 Avril 1996

Robert Hersant

Editeur de presse et homme politique français, né le 31 janvier 1920 à Vertou (Loire-Inférieure), décédé à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), à l’âge de 76 ans. Surnommé par ses détracteurs « le papivore » il fonda dans les années 1970 un groupe de presse qui contrôlait Le Figaro et ses suppléments hebdomadaires, une quinzaine de journaux régionaux (Le Midi Libre, Nord matin, Le Bien public, La Voix du Nord), des magazines (L’express), une chaîne de télé (La cinq).

21 Avril 1945

Walter Model

Officier supérieur allemand, né le 24 janvier 1891 à Genthin (Empire allemand), mort par suicide à Ratingen (troisième Reich), à l’âge de 54 ans. Farouche partisan d’Adolf Hitler qui le promu maréchal en mars 1944, il se suicida quand il apprit que les Soviétiques l’accusaient d’avoir participé à la mise à mort de 577 000 personnes dans les camps de concentrations et l’avaient inculpé pour crimes de guerre.

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