Alain Cuny

Il est décédé le 

Elle est décédée le

16 Mai 1994

Comédien français, né le 12 juillet 1908 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), décédé à Paris, à l’âge de 85 ans. En soixante ans de carrière, Il interpréta les plus grands rôles du théâtre classique et contemporain français sous la direction notamment de Jean Vilar. Au cinéma, il apparut dans des chefs d’œuvres : Les visiteurs du soir (1942) de Marcel Carné, la Dolce Vita (1960) de Federico Fellini, Camille Claudel (1988) de Bruno Nuytten. Sa passion pour le dramaturge Paul Claudel le conduisit à réaliser en 1991 L’Annonce faite à Marie.

Rien ne destinait Alain Cuny à embrasser l’hasardeux métier de comédien. Fils d’un avoué breton, élevé par une tante autoritaire, il étudia les beaux-arts à Paris et se spécialisa dans la conception de décors de théâtre ou la réalisation d’affiches pour le cinéma. Bien vite le décorateur reconnu fréquenta le Paris artistique et surréaliste, côtoyant les grandes figures de l’époque comme Robert Desnos, Antonin Artaud, André Breton. Ce n’est qu’à l’approche de la trentaine, sur les conseils d’une amie, qu’il décida de prendre des cours de théâtre auprès de Charles Dullin. Sans doute était-il déjà talentueux puisqu’il apparut sur la scène de la Comédie-Française dans des petits rôles. En 1941, sa rencontre avec le dramaturge Paul Claudel fut déterminante pour la suite de sa carrière. Il incarna cette année-là sur les planches du Théâtre de l’Œuvre le personnage de Pierre de Craon dans L’Annonce faite à Marie. Les années suivantes, il joua des oeuvres de Jean Anouilh (Eurydice), de Shakespeare (Macbeth), de Racine (Andromaque, sur une mise en scène de Jean Marais).

Une passion pour l’œuvre de Paul Claudel

Après la guerre, il tint le rôle principal dans Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre. Il rejoignit en 1955 la troupe du Théâtre national populaire de Jean Vilar. Sous la direction du célèbre metteur en scène, il joua les plus grands auteurs du répertoire mondial, de Shakespeare à Pirandello en passant par Sartre, Racine et Claudel. Grande figure du théâtre français, il apparut à plusieurs reprises au Festival d’Avignon où le public se pressait pour le voir et l’écouter. Il se rapprocha à la fin des années 1950, de la troupe Renaud-Barrault pour qui il jour Tête d’or de son auteur fétiche Paul Claudel. Après les années 1970, ses apparitions sur scène s’espacèrent. Il revint à plusieurs reprises en Avignon (de 1986 à 1990) pour des « Lectures » de textes, de pièces, de poèmes.

 Alain Cuny fut surtout connu du grand public comme acteur de cinéma. Il figura à l’affiche d’une cinquantaine de films. En 1941, Jean Grémillon l’engagea pour Remorques. Mais, il devint célèbre en 1942 pour son interprétation troublante du ménestrel Gilles qui passait un contrat avec le Diable dans Les Visiteurs du soir de Marcel Carné. En 1950, il entama une carrière en Italie. L’écrivain Curzio Malaparte (Kaputt, La Peau) fit appel à lui en 1951 pour son film Le Christ interdit. Les grands maitres du cinéma italien découvrirent cet acteur puissant venu du théâtre. En 1953, Michelangelo Antonioni lui fit tourner La Dame sans camélias et lui demanda d’être un de ses assistants pour Les Vaincus. En 1958, il incarna un patron de presse trompé par sa femme jouée par Jeanne Moreau dans Les Amants de Louis Malle. Appelé en Italie par Federico Fellini, il participa à l’aventure de La Dolce vita. Il interpréta le rôle inoubliable du philosophe Steiner déchiré entre son attirance pour la vie matérielle et la nécessité d’une existence spirituelle. Incapable de choisir, il se suicidait après avoir tué ses deux enfants. Le film remporta en 1960 la Palme d’or au festival de Cannes. Présent cette année-là au rendez-vous mondial du septième art, Alain Cuny provoqua un scandale après que le public et les journalistes eurent sifflé copieusement et hué L’Avventura, le film présenté par son ami Antonioni. Le soir, lors du diner de gala, le même public applaudit à tout rompre le chanteur d’opérette Dario Moreno. Choqué que l’on fît un triomphe à ce « pitre » alors qu’on avait invectivé le réalisateur italien, il se leva et insulta Dario Moreno à la surprise générale. Le délégué général du Festival décida de l’exclure avec effet immédiat.

De Fellini à Emmanuelle

Homme aux fortes convictions, il fut un des 121 signataires de la « Déclaration sur les droits à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ». Après avoir joué dans Peau de banane de Marcel Ophüls en 1963, dans La Corruption de Mauro Bolognini en 1969, il retrouva Fellini pour le Satyricon d’après Pétrone dans lequel il joua Lichas. Il tourna à quatre reprises pour Francesco Rosi. Il incarna en 1970 le général Leone dans Les Hommes contre, un film sur les horreurs de la Grande Guerre qui fut accusé d’être antimilitariste. En 1976, il joua un magistrat pour le même cinéaste dans Cadavres exquis. En 1979, le couple fut reconstitué pour Le Christ s’est arrêté à Eboli, adapté du livre de Carlo Levi qui se déroulait dans l’Italie fasciste. En 1987, une nouvelle collaboration réunit le cinéaste et son acteur fétiche dans Chronique d’une mort annoncée, adapté du livre de Gabriel Garcia Marquez.

 En 1974, Alain Cuny prit le risque de paraître dans le film érotique Emmanuelle de Just Jaeckin avec Sylvia Kristel. Il y joua Mario, un libertin qui annonçait la fin de la monogamie. Quand on lui demandait pourquoi un acteur du cinéma d’auteur acceptait de jouer dans une œuvre commerciale et tape à l’œil, il répondit : « J'ai joué dans Emmanuelle pour me débarrasser de l'estime des gens que je n'estimais pas. » Cinquante millions de spectateurs à travers le monde assistèrent à la projection d’Emmanuelle qui avec le temps symbolise l’époque de libération sexuelle, post soixante-huitarde. En 1985, il incarna un vieux mafioso dans Détective de Jean-Luc Godard.

 En 1988, Bruno Nuytten lui demanda de jouer le père de Paul et de Camille Claudel dans Camille Claudel, un des grands succès cinématographiques de l’année en France, avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu dans le rôle de Rodin. Alain Cuny ne quitta pas Claudel. Avec le film L’annonce faite à Marie qu’il réalisa en 1991, Il réunit ses trois passions d’une vie : le culte qu’il vouait au dramaturge Paul Claudel, l’attachement pour une pièce qu’il avait interprétée sur scène plusieurs fois L’Annonce faite à Marie et enfin l’attraction que lui inspirait le cinéma qu’il contribua à élever au niveau d’un art, à l’égal des autres. Pour son seul film, Alain Cuny choisit des acteurs non professionnels. Il obtint le prix œcuménique à Berlin et le prix Georges-Sadoul. Pour son dernier rôle au cinéma, il donna la réplique en 1992 à Alain Delon dans Le Retour de Casanova d’Edouard Niermans. Marié en 1962 à Marie-Blanche Giudicelli dont il divorça sept ans plus tard, il s’éteignit à l’âge de 82 ans.

Demain : Félix Eboué

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