Alexandre Soljenitsyne

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Elle est décédée le

3 Août 2008

Romancier et dissident russe, né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Empire russe), décédé à Moscou (Russie), à l’âge de 89 ans. Il écrivit Une journée d’Ivan Denissovitch (1962), Le pavillon des cancéreux (1967), Le premier cercle (1968), La roue rouge (1971). Il obtint en 1970 le prix Nobel de littérature. En 1973, il dénonça le système concentrationnaire soviétique dans L’archipel du goulag. Déchu de sa nationalité et expulsé d’URSS, il retourna en héros dans son pays après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du système communiste en 1994.

Fils d’un étudiant en philosophie mobilisé dans l’armée impériale lors de la Grande Guerre en 1914 et d’une étudiante en agronomie, Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne ne connut pas son père qui mourut quelques mois après sa naissance à la suite d’un accident de chasse. Elevé à Rostov-sur-le-Don dans l’URSS communiste, le jeune enfant puis adolescent partageait les idéaux du régime. Attiré par la littérature, il écrivit ses premiers textes alors qu’il était encore collégien. Mais l’absence de chaire de littérature à l’université de Rostov le conduisit à suivre des études de mathématiques et de physique. Il suivit des cours de philosophie, de latin et d’anglais par correspondance. En 1940, il épousa Natalia Rechetovskaïa, une étudiante en chimie rencontrée à la faculté. Le 16 juin 1941, il réussit ses examens finaux de mathématiques. Six jours plus tard, l’Allemagne nazie attaqua par surprise l’Union soviétique.

Emprisonné pendant huit ans dans le Goulag

Mobilisé en octobre dans l’Armée rouge dans une unité hippomobile, Soljenitsyne demanda à rejoindre l’école d’artillerie. Après une formation en balistique – facilitée par ses connaissances en mathématiques – il devint commandant d’une batterie et participa avec la grade de lieutenant à la guerre. Son courage au feu lui valut de recevoir en 1943 l’Ordre de la guerre patriotique après la bataille d’Orel et en 1944 l’Etoile rouge pour sa participation à la prise de la ville stratégique de Rogatchov. Elevé au grade de capitaine, il fut arrêté le 9 février 1945 par le service de contre-espionnage de l’Armée soviétique. La censure militaire avait intercepté une lettre dans laquelle il critiquait la manière dont la guerre était conduite par le « génialissime maréchal » Joseph Staline qui était prodigue du sang des soldats. Il reprochait pêle-mêle au maitre de l’Union soviétique d’avoir affaibli l’armée en décapitant l’état-major soviétique lors des purges des années 1930. Il contestait la pertinence de la signature du pacte germano-soviétique en août 1939. La justice militaire estima qu’il avait créé avec le destinataire de sa missive l’embryon d’une « organisation contre-révolutionnaire ». Il échappa au peloton d’exécution sans doute en raison de ses états de service. Il fut condamné à huit ans d’emprisonnement dans les camps de travail pénitentiaire de Sibérie. Pour trouver un emploi, son épouse fut contrainte par les autorités de divorcer de celui qui était devenu un « ennemi du peuple ». Au terme de sa peine en 1953, Soljenitsyne fut relégué à vie au Kazakhstan où il réchappa par miracle à un cancer de l’estomac.

La déstalinisation qui suivit la mort de Joseph Staline fut à l’origine de sa réhabilitation en 1956. Il s’installa dans la ville de Riazan à 200 kilomètres au sud de Moscou. Il put enfin exercer son métier d’enseignant des sciences physiques. En 1957, il se remaria avec Natalia. Il consacrait ses loisirs à la littérature. Un vent de liberté semblait souffler sur l’URSS. Libéré de la tutelle du dictateur géorgien, les écrivains soviétiques avaient engagé une bataille pour la liberté de penser et de créer, en dehors du dogme communiste. Des intellectuels et artistes réhabilitèrent l’art moderne et tournèrent en dérision les peintres officiels dont le talent le plus visible consistait à louer le parti et ses dirigeants. Le mouvement d’abord timide à ses débuts grandit et influença la société entière. L’écrivain Ilia Ehrenbourg dans un court récit intitulé Le dégel donna son nom à cette période poststalinienne. Les révélations en 1956 de Nikita Khrouchtchev sur les crimes commis par Staline semblaient valider les thèses des écrivains « libéraux ». Les intellectuels « conservateurs » demandèrent au parti de mettre fin au mouvement. Le nouveau maitre du Kremlin se garda d’intervenir pour des raisons politiques. Il avait besoin du soutien des « modernes ». Une forme de cohabitation s’établit entre les deux courants. Le fragile équilibre fut rompu à l’occasion de la publication en 1957 en Italie du livre de Boris Pasternak Le docteur Jivago. L’ouvrage avait été refusé par les éditeurs soviétiques parce qu’il cassait les codes du « réalisme socialiste ». Il obtint un succès mondial et valut à son auteur d’obtenir en 1958 le prix Nobel de littérature. Pasternak fut insulté mais le pouvoir n’osa pas l’emprisonner. La vraie rupture avec l’ordre ancien intervint quelques mois plus tard quand la revue littéraire Novy Mir publia Une journée d’Ivan Denissovitch. Il s'agissait d'un récit de 67 pages sur les camps de concentration en URSS rédigé par Alexandre Soljenitsyne qui avait connu personnellement l’enfer des camps soviétiques. Khrouchtchev avait donné son accord à la publication du texte. Le maître de Kremlin montrait à ses adversaires staliniens qu’il protégeait désormais les intellectuels « novateurs ». En 1964, les conservateurs avec à leur tête Léonide Brejnev prirent leur revanche et le destituèrent.

Prix Nobel de littérature interdit de publication en URSS

Le raidissement du parti conduisit à une reprise en main des milieux intellectuels. Les nouvelles autorités qui n’acceptaient pas la libéralisation décidèrent de faire un exemple. En 1965, deux écrivains, Andreï Siniavski et Youri Daniel, furent arrêtés pour avoir envoyé des manuscrits à l’étranger. Ils furent condamnés en février 1966 respectivement à sept ans et cinq ans de prison. Pasternak pour des faits similaires avait évité l’incarcération 8 ans plus tôt. Le temps de regel était venu. Après le limogeage de son protecteur, Soljenitsyne fut l’objet également de tracasseries administratives de la part du KGB (perquisitions, confiscation d’un manuscrit) et subit des critiques acerbes de l’écrivain Mikaël Cholokhov, tout nouvel prix Nobel de littérature. En mai 1967, Soljenitsyne aggrava son cas en envoyant à ses collègues du congrès de l’Union des écrivains une lettre dans laquelle il dénonçait les abus du régime, la censure, les persécutions. Interdit de publication dans son propre pays, il réussit à faire passer plusieurs manuscrits en Occident. Le premier cercle – une allusion au premier des neuf cercles de La Divine comédie de Dante – dénonçait les prisons-laboratoires dans lesquels les staliniens enfermaient les prisonniers scientifiques. Le livre parut en Europe de l’ouest en 1967 fut dactylographié, polycopié ou même photographié (samizdat) et diffusé clandestinement en URSS par des dissidents. L’année suivante, Le Pavillon des cancéreux également publié à l’ouest lui valut d’être exclu de l’Union des écrivains alors que sa renommée ne cessait de croître en Occident où les lecteurs s’arrachaient ses livres. Ne pouvant recevoir les droits d’auteur, Soljenitsyne n’avait aucun moyen d’existence. Son ami le violoniste Mstislas Rostropovitch l’hébergea dans son domicile.

Persécuté dans son pays, Alexandre Soljenitsyne apprit le 8 octobre 1970 que l’Académie de Suède lui avait attribué son prix Nobel de littérature. La nouvelle déchaina la presse soviétique qui accusa le romancier d’être fou, d’avoir collaboré avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale. Elle demanda son expulsion du pays. Craignant de ne pouvoir rentrer dans son pays, l’écrivain renonça à aller chercher son prix. Proscrit de fait, il mit la dernière main à la rédaction de L’Archipel du Goulag. L’ouvrage écrit entre 1958 et 1967 avait été caché par le romancier dans des jardins appartenant à des amis. Le KGB connaissait son existence mais ne parvint jamais à découvrir la cachette. Il décida d’accélérer sa publication quand la police politique confisqua une copie du livre. Il réussit à faire passer le manuscrit en France. En décembre 1973, l’ouvrage parut en langue russe à Paris. Soljenitsyne déclara : « Le cœur serré, je me suis abstenu, des années durant, de publier ce livre alors qu'il était déjà prêt : le devoir envers les vivants pesait plus lourd que le devoir envers les morts. Mais à présent que, de toute façon, la sécurité d'État s'est emparée de ce livre, il ne me reste plus rien d'autre à faire que de le publier sans délai. » 

La grande figure de la dissidence

La publication eut un grand retentissement. Livre d’histoire et de mémoire, L’Archipel constituait également un formidable document de référence sur le fonctionnement de la machine de mort soviétique qui avait été formatée par des décrets et des lois soviétiques dont il publia les textes. Le 12 février 1974, des agents du KGB l’interpellèrent à son domicile. On l’incarcéra à la prison de Lefortovo où on lui signifia son inculpation pour « haute trahison », un crime passible de la peine de mort. Le lendemain, un décret gouvernemental le déchut de la nationalité soviétique et prononça son expulsion de l’URSS. Un avion spécial l’amena à Francfort (Allemagne fédérale). Avec l’aide de l’écrivain allemand Heinrich Böll, Soljenitsyne s’installa à Zurich (Suisse) ou sa seconde épouse la mathématicienne Natalia Dmitrievna Svetlova, ses quatre enfants et sa mère le rejoignirent. Grande figure de la dissidence soviétique, il vécut en exil aux Etats-Unis, à Cavendish dans le Vermont où il poursuivit sa carrière de romancier et d’essayiste. Il contribua par ses écrits à l’effondrement de l’Union soviétique mais se fâcha avec plusieurs autres dissidents qui lui reprochaient ses positions réactionnaires voire antisémites.

 En 1989, le nouveau dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev qui avait engagé une politique de réformes politiques et économiques (perestroïka et glasnost) incita l’Union des écrivains soviétiques à réhabiliter Soljenitsyne à à publier ses ouvrages interdits dont L’Archipel du Goulag. Le romancier attendit la chute du communisme et la dislocation de l’URSS pour renouer avec « la sainte Russie ». Il débarqua le 27 mai 1994 à Magadan, un port de Sibérie orientale. Il traversa en train le pays jusqu’à Moscou. Au terme d’un voyage d’un mois, il s’installa dans la capitale du pays jusqu’à son décès.

J.-P.G.

Demain : Jeanne Calment

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Henri Beaugé-Bérubé

Résistant français, né le 6 septembre 1920 à Brest Finistère, décédé à Paris, à l'âge de 94 ans.

Né au sein d'une famille bretonne de neuf enfants, Henri Beaugé-Bérubé répondit à l'appel du général de Gaulle et le rejoignit à Londres dès le premier juillet 1940. Il s'engagea avec son frère cadet Jacques dans les Forces françaises libres. Jacques, décédé en 2006, fut gravement blessé à la bataille d'El Alamein en Libye en novembre 1942. Il perdit l'usage de ses mains et devint aveugle. Après la guerre, il devint diacre et écrivit des ouvrages sous le nom de Jacque Lebreton.

 Henri participa également aux épopées des Français libres. Sa conduite au feu lui valut d'être fait Compagnon de la Libération par le chef de la France libre. François Hollande, président de la république, a tenu à lui rendre hommage dans un communiqué publié vendredi soir : " Henri Beaugé-Bérubé était un héros de la libération de la France. Avec lui disparaît un des derniers compagnons de la libération. Cet élève des Arts et Métiers n'avait pas supporté de voir la France à terre et, à vingt ans, il fut l'un des premiers à rejoindre le Général de Gaulle dès le 1er juillet 1940. Pendant cinq années, il a combattu sur tous les fronts de la guerre pour vaincre le nazisme. Cet homme d'honneur et de devoir était aussi un homme de culture et du partage. Il a participé à la création des parcs nationaux et fut l'animateur du centre culturel de l’abbaye de Fontevraud. Je salue la mémoire de ce grand Français et je m'associe à la douleur de sa famille et de ses proches".

16 Janvier 1986

Jean Cassou

Ecrivain et résistant français, né le 9 juillet 1897 à Deusto (Espagne), décédé à Paris, à l’âge de 88 ans. Fait Compagnon de la libération par le général de Gaulle. Fondateur du Musée national d’art moderne de Paris. Grand Prix national des lettres en 1971 pour l’ensemble de son œuvre.

16 Janvier 2002

Jean Elleinstein

Historien et homme politique français, né le 6 août 1927 à Paris, décédé à Paris, à l’âge de 74 ans. Spécialiste du communisme, il publia Une histoire de l’URSS en quatre tomes (1972-1975). 

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Journaliste français, né le 14 avril 1922 à Marseille, décédé à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 88 ans. Il présenta l’édition de la nuit du journal de TF1 de 1979 à 1988.

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