Alice Paul

Il est décédé le 

Elle est décédée le

9 Juillet 1977

Féministe américaine, née le 11 janvier 1885 à Moorestown (New Jersey), décédée dans la même ville à l’âge de 92 ans. Peu connue en France sauf dans quelques cercles féministes, Alice Paul incarna dans les années 1910 la lutte des femmes américaines pour l’égalité des droits politiques avec les hommes. Grâce à sa ténacité, les femmes obtinrent le droit de vote.

 Née au sein d’une famille de Quakers, elle descendait de William Penn, le fondateur en 1681 de la ville de Philadelphie et de la province de Pennsylvanie. La jeune fille fut élevée selon les règles de cette société religieuse novatrice pour l’époque qui prônait et pratiquait l’égalitarisme entre les hommes et les femmes. Ses fidèles refusaient d’utiliser les titres de monsieur, de madame, de votre altesse. Ils saluaient sans ôter leur chapeau et sans s’incliner, comme l’exigeait l’étiquette ou les convenances. Refusant toute forme de hiérarchie ou de domination imposée par la naissance, ils accordaient aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes. A l’église, les femmes pouvaient s’exprimer pendant le culte. Les Quakers furent parmi les premiers américains à lutter contre l’esclavage.

 En grandissant Alice constata avec amertume que ces règles de vie simples et justes, pour tout dire banales, n’étaient respectées que dans le phalanstère familial mais restaient inappliquées dans l’Amérique d’alors. Seuls les hommes étaient de vrais citoyens. Ils pouvaient voter ou se porter candidat à une élection. Les femmes étaient exclues de la vie politique et sociale. On les considérait comme de grands enfants, cantonnés à des rôles et des tâches mineures. Elle décida de s’engager contre cette discrimination intolérable fondée sur le sexe. D’abord, elle suivit une solide formation de sociologie à l’université de Pennsylvanie. En 1909, elle alla poursuivre ses études dans le Quaker Study Centre à Birmingham, en Angleterre.

 Elle se lia d’amitié avec des féministes anglaises qui appartenaient au Women’s Social and political union (WSPU). Elle participa à plusieurs marches pacifiques qui furent néanmoins réprimées par la police. Les médias s’intéressaient plus aux incidents et évitaient d’évoquer les revendications des femmes. Le mouvement décida alors de mener une action spectaculaire. Alice Paul et une féministe du nom d’Amélia Brown apprirent par la presse que le premier ministre Herbert Henry Asquith avait été invité à participer à un banquet organisé à l’hôtel de ville de Londres. Les deux féministes revêtirent des habits masculins et se faufilèrent parmi l’assistance composée exclusivement d’hommes. Quand Asquith, se leva pour prendre la parole, les deux « suffragettes » lancèrent leur chaussure contre les vitres des fenêtres et crièrent « droit de vote pour les femmes ». Arrêtées, elles furent condamnées à un mois de travaux forcés. Alice Paul commença une grève de la faim. Les gardes chiourmes la nourrirent de force, lui occasionnant de graves lésions internes.

 A sa libération, Alice Paul regagna les Etats-Unis en 1910 où elle reprit ses études tout en militant au National american women suffrage association (NAWSA) qui réclamait également le droit de vote pour les femmes. En 1913, elle fut élue présidente du comité de Washington. Le jour précédent la prise de fonction du nouveau président Woodrow Wilson, elle organisa un défilé dans les rues de la capitale. Une banderole affirmait : « Nous demandons un amendement à la Constitution affranchissant les femmes de ce pays ». Des hommes attaquèrent leur cortège.

 L’activisme et le radicalisme d’Alice Paul provoquèrent de fortes tensions au sein du mouvement. Désormais deux lignes s’affrontaient. Les dirigeants historiques de la NAWSA proposaient l’instauration du droit de vote pour les femmes d’une manière graduelle, en persuadant les Etats de l’Union un par un. Alice Paul jugeait la méthode aléatoire et trop longue. Elle préconisait de faire pression sur le gouvernement et le Congrès fédéral pour qu’il vote un amendement à la Constitution qui s’impose à tous en une seule fois. Cette divergence stratégique et tactique aboutit à une scission. Alice Paul fonda le Parti national des femmes (National Woman’s Party - WNP). Financée par une richissime héritière, elle importa aux Etats-Unis les méthodes de contestations anglaises. Pendant l’élection présidentielle de 1916, les féministes menèrent campagne pour convaincre le président démocrate Woodrow Wilson qui se représentait de voter l’amendement accordant le droit de vote aux femmes. Face à son refus persistant, le jour de l’investiture en janvier 1917, elles installèrent des piquets de grève autour de la Maison-Blanche. Elles arboraient en silence des banderoles réclamant le droit de vote pour les femmes. On les baptisa les « sentinelles silencieuses ». La campagne de désobéissance civique et non violente se poursuivit plusieurs mois. En juillet 1917, la police procéda à de nombreuses arrestations. La justice inculpa Alice Paul d’entrave au trafic. Elle fut arrêtée et emprisonnée dans une prison en Virginie. Elle entama une grève de la faim. On la nourrit de force à l’aide d’un tube.

 La presse scandalisée par les mauvais traitements subis par les suffragettes se mobilisa en faveur de la féministe et de sa cause. Après tout, son mouvement n’avait commis aucun acte de violence à l’encontre de quiconque. Le rapport de force changea en leur faveur. La popularité du président Wilson déclina rapidement alors que l’entrée en guerre des Etats-Unis en Europe exigeait un soutien populaire et médiatique sans faille à sa politique. Le 28 novembre 1917, les suffragettes furent libérées de prison. Le 8 janvier 1918, le président Wilson annonça que le vote des femmes relevait d’ « une mesure de guerre ». Il pressa le Congrès d’adopter au plus vite un projet de loi actant ce fait. Le 9 janvier, la Chambre des représentants vota le dix-neuvième amendement de la Constitution qui stipulait : « Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne pourra être dénié ou restreint pour cause de sexe par les États-Unis ni l'un quelconque des États. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée. ». En revanche le Sénat tergiversa et renvoya l’étude du texte au mois d’octobre. Le Parti national des femmes d’Alice Paul, riposta en demandant aux électeurs américains de ne pas voter pour les sénateurs qui avaient rejeté la nouvelle loi. Les élections qui eurent lieu au printemps 1918, envoyèrent au Sénat une majorité favorable à la réforme.

 Le 21 mai 1919, la Chambre des représentants vota le texte par 304 voix contre 89. Le 4 juin, le Sénat l’imita par 56 voix contre 25. Le dix-neuvième amendement devait désormais être ratifié par les deux-tiers des Etats pour entrer en vigueur. Les premiers à l’approuver furent l’Illinois, le Michigan, le Wisconsin, le 10 juin 1919. L’assentiment du Tennessee le 18 août 1920 permit de dépasser le chiffre légal et la loi devint immédiatement exécutoire. Le dernier Etat à l’agréer fut le Mississippi…en 1984.

 Alice Paul avait gagné. Elle reprit ses études et décrocha un doctorat en droit civil en 1928, à l’âge de 43 ans. Elle continua toute sa vie à défendre l’égalité entre les hommes et les femmes. En 1923, elle fut l’auteure d’un « amendement sur l’égalité des droits » dans la Constitution. Son texte fut voté en 1972 – cinquante ans après sa proposition - par la Chambre des représentants et le Sénat. Mais seuls 35 Etats le ratifièrent alors qu’il fallait la signature de 38 pour qu’il fût appliqué. Néanmoins, la moitié des Etats de l’Union ont décidé de l’inscrire dans leur Constitution. Une dernière satisfaction pour la féministe qui n’acceptait pas le titre de madame. Elle mourut en 1977, se réjouissant sans doute de constater que les femmes luttaient toujours pour conquérir de nouveaux droits

Illustration : Marc Daniau

Demain : Hadrien

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15 Juin 2016 - 4:04pm

Une vie, un portrait du jour

16 Juillet 2015

16 Juillet 1982

Une vie, un portrait du jour

16 Juillet 1997

Dora Maar

Photographe et artiste peintre française, née le 22 novembre 1907 à Paris, décédée dans la même ville, à l’âge de 90 ans. Auteure de nombreux portraits photographiques (Jean-Louis Barrault, Jean Cocteau, Paul Eluard, Léonor Fini), elle réalisa Portrait d’Ubu (1936) et un tableau baptisé Portrait de Pablo Picasso au miroir dont elle fut la muse et l’amante.

16 Juillet 1896

Edmond de Goncourt

Ecrivain et journaliste français, né le 26 mai 1822 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé à Champrosay (Essonne), à l’âge de 74 ans. Auteur de Renée Mauperin (1864) et du Journal des Goncourt (1854-1891), il proposa en 1892 la création de l’Académie Goncourt qui avait vocation à décerner chaque année un prix littéraire. Le cénacle littéraire vit le jour en 1900. Le premier lauréat fut en 1903 John-Antoine Nau pour Force ennemie

16 Juillet 1907

Eugène Poubelle

Préfet français, né le 15 avril 1831 à Caen (Calvados), décédé à Paris, à l’âge de 76 ans. Préfet de la Seine, il prit un arrêté qui obligeait les propriétaires d’immeubles parisiens à mettre à la disposition des locataires des récipients munis d’un couvercle ayant vocation à contenir les déchets ménagers. La population les baptisa "poubelles".

16 Juillet 1691

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois

Homme d’Etat français, né le 18 janvier 1641 à Paris, décédé à Versailles, à l’âge de 50 ans. Secrétaire d’Etat à la guerre de 1662 à sa mort, il organisa des persécutions (les dragonnades) pour contraindre les protestants à se convertir au catholicisme.

16 Juillet 1985

Heinrich Böll

Ecrivain allemand, né le 21 décembre 1917 à Cologne (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), décédé à Kreuzau (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), à l’âge de 67 ans. Auteur de nouvelles, d’essais et de romans dont Portrait de groupe avec dames (1971) et L’honneur perdu de Katarina Blum (1974), il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1972.

16 Juillet 1989

Herbert von Karajan

Chef d’orchestre autrichien, né le 5 avril 1908 à Salzbourg, décédé à Anif, à l’âge de 81 ans. Après avoir dirigé l’orchestre philarmonique de Berlin (1937), il fut nommé à la tête du festival de Salzbourg en 1956 et occupera cette fonction jusqu’en 1988.

16 Juillet 2014

Hervé Christiani

Auteur-compositeur et interprète français, né 8 novembre 1947 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 66 ans. Auteur en 1981 d’un tube Il est libre Max.

16 Juillet 2000

Pascale Audret

Actrice et chanteuse française, née le 12 octobre 1935 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), décédée à Cressensac (Lot), à l’âge de 64 ans. Comédienne de théâtre (Journal d’Anne Frank, 1957), elle s’imposa également au cinéma (Le dialogue des Carmélites, 1960), la télévision (Splendeurs et misères des courtisanes, 1975) et la chanson (La môme Anita, 1969).

16 Juillet 1857

Pierre-Jean de Béranger

Chansonnier français, né le 19 août 1780 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 76 ans. Populaire à son époque, il composa plusieurs centaines de chansons dont Le vieux drapeau, Les souvenirs du peuple, Le juge de Charenton, Les ventrus.

Une vie, un portrait
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