André Glucksmann

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Elle est décédée le

9 Novembre 2015

Philosophe français, né le 19 juin 1937 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), décédé à Paris, à l’âge de 78 ans. Proche du maoïsme dans les années 1960, il rompit avec le marxisme puis combattit avec détermination le totalitarisme, au sein du mouvement des « nouveaux philosophes » dont il fut le représentant le plus emblématique les décennies suivantes.

André Glusksmann naquit au sein d’une famille juive et communiste, réfugiée en France en 1933, originaire à la fois de l’Europe centrale et de la Palestine alors sous mandat britannique. Devenu orphelin au début de la seconde guerre mondiale, l’enfant André vécut caché en raison de ses origines, pendant que sa mère participait activement à la résistance organisée par le PCF.

 A la Libération, il suivit de brillantes études à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud et obtint son diplôme d’agrégé de philosophie en 1961. Pendant son adolescence et sa jeunesse, il évolua dans un milieu intellectuel influencé par les idées communistes. Le hasard lui fit croiser le chemin de Raymond Aron, un des rares penseurs à l’époque opposé au marxisme. En 1968, il devint l’assistant à la Sorbonne du philosophe et économiste libéral. Cela ne l’empêcha pas de participer en première ligne à la « commune étudiante » de mai 1968. Jugeant le PCF modéré et bourgeois, il rallia le maoïsme et défendit avec virulence la Grande révolution culturelle prolétarienne initiée par Mao Zedong. Il développa ses conceptions d’alors dans deux ouvrages : Discours de la guerre, théorie et stratégie (1967), un livre de géopolitique où l’on sent l’influence de Raymond Aron, et Stratégie et Révolution en France (1968) qui appelle à la Révolution. Les années suivantes, il milita dans les rangs des « maos », n’hésitant pas à faire le coup de poing contre les « révisionnistes du PCF » où les forces de l’ordre de la bourgeoisie.

 En 1973, la « Gauche prolétarienne » à laquelle appartenait André Glucksmann décida de s’auto dissoudre. Deux courants émergèrent : l’un affirmait que la démocratie était une invention du capitalisme pour tromper et opprimer le peuple ; l’autre représenté par Glucksmann, appelait les militants à réfléchir sur les dérives totalitaires du marxisme-léninisme, en URSS et en Chine où la vérité sur l’ampleur des massacres était désormais connue. En 1975, il publia La cuisinière et le Mangeur d’hommes, réflexion sur l’Etat, le marxisme et les camps de concentration. L’ouvrage scella sa rupture définitive avec le marxisme et le léninisme. Le parallèle qu’il établit entre les centres de mise à mort nazis et le goulag soviétique et les camps « de rééducation » chinois provoqua une polémique, alors que le parti socialiste français et le parti communiste avaient signé « le programme commun de gouvernement ». Un jeune écrivain Bernard-Henri Levy rédigea un article élogieux dans Le Nouvel Observateur. Le mouvement philosophique et médiatique des « nouveaux philosophes » prit forme et réunit bientôt Christian Jambet, Jean-Paul Dollé, Maurice Clavel et d'autres écrivains et philosophes.

 Deux ans plus tard, Glucksmann précisa sa pensée dans Les Maîtres Penseurs dans lequel il accusa les philosophes de gauche de « rendre raison des massacres » commis par le communisme et de distinguer stalinisme et léninisme. Les deux ouvrages furent des succès d’édition. Pour diffuser ses idées, il n’hésita pas à utiliser les médias et à intervenir sur les plateaux de télévision dont celui d’Apostrophes, la célèbre émission littéraire animée par Bernard Pivot. En 1979, il se rendit à L’Elysée pour demander à Valéry Giscard d’Estaing d’accueillir les boat people vietnamien qui fuyaient par centaines de milliers le régime communiste à bord de barques de fortune. A cette occasion, l’ancien philosophe d’extrême-gauche Jean-Paul Sartre et son contradicteur de toujours le libéral Raymond Aron acceptèrent de l’accompagner. Son action résolue contre le totalitarisme contribua à la dévalorisation des idées communistes en France et à l'effondrement de l’influence électorale du PCF.

 Désormais classé à droite, André Glucksmann soutint la candidature de Marie-France Garaud lors de la campagne présidentielle de 1981. Il commenta pour la presse française la chute du mur de Berlin en 1989 pour laquelle il avait tant œuvré. Il approuva les deux guerres du golfe, celle dirigée par le président américain George Bush père en 1991, mais aussi celle déclenchée par son fils George Bush en mars 2003, accusant de lâcheté « le camp de la paix ». Il appela également les Occidentaux à intervenir en ex-Yougoslavie (1992), en Libye (2011), en Syrie (2012). Après avoir soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy en 2007, il reprocha au nouveau président ses liens étroits avec son homologue russe Vladimir Poutine dont il dénonçait inlassablement l’action en Tchétchénie, en Géorgie, en Ukraine et ailleurs dans les territoires de l'ancien empire soviétique.

 Ces années-là, il publia de nombreux essais : L’Esprit post-totalitaire (1986), La fêlure du monde (1993), Le Bien et le mal (1997), Le discours de la haine (2004). Dans un de ces derniers livres publié en 2006 - Une rage d’enfant - il se confia, avouant que sa colère était provoquée par les misères faites aux hommes par les puissants. Il s'éteignit dans la nuit du 9 au 10 novembre 2015. Sa voix – souvent discordante, voire excessive, quelquefois prophétique - manquera.

J.-P.G.

Demain : Helmut Schmidt

masculin
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21 Septembre 2017 - 12:54pm

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16 Janvier 2015

Henri Beaugé-Bérubé

Résistant français, né le 6 septembre 1920 à Brest Finistère, décédé à Paris, à l'âge de 94 ans.

Né au sein d'une famille bretonne de neuf enfants, Henri Beaugé-Bérubé répondit à l'appel du général de Gaulle et le rejoignit à Londres dès le premier juillet 1940. Il s'engagea avec son frère cadet Jacques dans les Forces françaises libres. Jacques, décédé en 2006, fut gravement blessé à la bataille d'El Alamein en Libye en novembre 1942. Il perdit l'usage de ses mains et devint aveugle. Après la guerre, il devint diacre et écrivit des ouvrages sous le nom de Jacque Lebreton.

 Henri participa également aux épopées des Français libres. Sa conduite au feu lui valut d'être fait Compagnon de la Libération par le chef de la France libre. François Hollande, président de la république, a tenu à lui rendre hommage dans un communiqué publié vendredi soir : " Henri Beaugé-Bérubé était un héros de la libération de la France. Avec lui disparaît un des derniers compagnons de la libération. Cet élève des Arts et Métiers n'avait pas supporté de voir la France à terre et, à vingt ans, il fut l'un des premiers à rejoindre le Général de Gaulle dès le 1er juillet 1940. Pendant cinq années, il a combattu sur tous les fronts de la guerre pour vaincre le nazisme. Cet homme d'honneur et de devoir était aussi un homme de culture et du partage. Il a participé à la création des parcs nationaux et fut l'animateur du centre culturel de l’abbaye de Fontevraud. Je salue la mémoire de ce grand Français et je m'associe à la douleur de sa famille et de ses proches".

16 Janvier 1986

Jean Cassou

Ecrivain et résistant français, né le 9 juillet 1897 à Deusto (Espagne), décédé à Paris, à l’âge de 88 ans. Fait Compagnon de la libération par le général de Gaulle. Fondateur du Musée national d’art moderne de Paris. Grand Prix national des lettres en 1971 pour l’ensemble de son œuvre.

16 Janvier 2002

Jean Elleinstein

Historien et homme politique français, né le 6 août 1927 à Paris, décédé à Paris, à l’âge de 74 ans. Spécialiste du communisme, il publia Une histoire de l’URSS en quatre tomes (1972-1975). 

16 Janvier 2011

Joseph Poli

Journaliste français, né le 14 avril 1922 à Marseille, décédé à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 88 ans. Il présenta l’édition de la nuit du journal de TF1 de 1979 à 1988.

16 Janvier 2001

Laurent-Désiré Kabila

Homme d’Etat congolais, né le 27 novembre 1939 à Likasi (Congo-belge), mort assassiné à Kinshasa, à l’âge de 61 ans. Président de la République démocratique du Congo du 17 mai 1997 au 16 janvier 2001, date de son assassinat par un enfant-soldat membre de sa garde rapprochée.

16 Janvier 1989

Pierre Boileau

Ecrivain français, né le 28 avril 1906 à Paris, décédé à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes), à l’âge de 83 ans. Il écrivit en collaboration avec Thomas Narcejac une cinquantaine de romans policiers dont plusieurs furent adaptés au cinéma.

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