André Malraux

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Elle est décédée le

23 Novembre 1976

Ecrivain et homme politique français, né à Paris, le 3 novembre 1901, décédé à Créteil, à l’âge de 75 ans. Romancier, homme politique de gauche, soldat des brigades internationales, anticolonialiste, ministre de la culture de De Gaulle : la vie d’André Malraux se confond avec les grands idéaux et les convulsions politiques du XXe siècle. 

Ecrivain descendu de sa tour d’ivoire, il créa une œuvre romanesque puissante, enracinée dans son temps. Il défendit ses idées les armes à la main quand les circonstances l’exigèrent, même si des détracteurs doutèrent de l’ampleur de ses engagements. Deux images décrivent l’itinéraire hors norme d’André Malraux : dans les années vingt, le jeune écrivain idéaliste luttait contre le colonialisme en Indochine ; quarante ans plus tard, devenu le brillant ministre de la culture du général de Gaulle dans les années soixante, il inventait les « maisons de la culture ».

 Fils ainé de Fernand Malraux, un employé de commerce et de Berthe Lamy, femme au foyer, il fut en réalité élevé par sa mère et sa grand-mère après le divorce de ses parents. Attiré très tôt par la littérature, il travailla dès l’âge de dix-huit ans pour un éditeur et écrivit quelques articles ou essais pour une revue La connaissance. L’année suivante, il devint directeur littéraire pour l’éditeur Simon Kra où il côtoya Jean Cocteau, Paul Morand, Raymond Radiguet. Il y connut également sa future épouse Clara Goldsmith qu’il épousa en 1921. Une fille, Florence, naitra de cette union en 1933.

 En 1923, de mauvais placements financiers, ruinèrent le couple qui décida de tenter l’aventure en Indochine. Au Cambodge, Malraux fut arrêté pour le vol à Angkor d’un lot de statuettes khmères. Condamné à un an et huit mois de prison avec sursis, il nia avoir dérobé les œuvres d’art. Révolté par l’oppression coloniale qu’il constatait de ses yeux, il créa un mouvement de libération Jeune Annan et publiera un journal L’Indochine enchaînée. L’Asie inspira son œuvre littéraire.

Communisant puis gaulliste

De retour en France, il publia en 1928 Les Conquérants qui narrait le conflit qui opposait en Chine les communistes et les nationalistes. En 1930, La voie royale racontait ses aventures « archéologiques » au Cambodge. L’ouvrage obtint le prix Interallié. En 1933, la publication de La condition humaine, inspirée de faits réels (le massacre des communistes à Shanghai en 1927), le fit connaître du grand public et lui valut la reconnaissance de la profession qui lui attribua le prix Goncourt. Face à la montée du fascisme et du nazisme en Europe, il adhéra au « Comité de vigilance des intellectuels antifascistes » et se rapprocha des communistes, visitant l’Union soviétique à deux reprises. Quand le général Francisco Franco déclencha la guerre civile en Espagne, il aida, avec l’aide secrète du gouvernement français, à la création de l’escadrille España composée d’une vingtaine d’avions de combat français, des Potez 540. Il la commanda avec le grade de colonel. Contrairement à une légende il ne pilota pas les avions mais participa à plusieurs opérations de bombardements, notamment lors de la « campagne du Tage ».

En 1937, il partit faire une tournée de conférences aux Etats-Unis et au canada pour obtenir des fonds en faveur des républicains espagnols. Il publia en décembre de cette année L’espoir qui racontait sa guerre. De retour en Espagne en 1938, il réalisa le film Sierra de Teruel qui fut interdit à la projection en France, à la suite d’une demande de Philippe Pétain, ambassadeur à Madrid.

En 1940, bien que réformé, il demanda et obtint d’être incorporé comme soldat de deuxième classe au 41e dragon motorisé cantonné à Provins. Fait prisonnier le 16 juin, par les Allemands, affecté dans une ferme pour les moissons, il s’évada et s’installa à Roquebrune-Cap-Martin sur la Côte d’Azur avec sa nouvelle compagne Josette Clotis dont il eut deux fils, Pierre-Gauthier, né en 1940 et Vincent né en 1943. Dans un premier temps, André Malraux refusa de s’engager dans la résistance. Il se méfiait désormais de l’influence des communistes et se plaignait du manque de moyen des maquisards. En mars 1944, il décida de s’engager dans la lutte après l’arrestation de ses deux demi-frères. Sous le nom de colonel Berger, il fut arrêté par les Allemands en juillet 1944 et détenu à la prison de Toulouse jusqu’au départ des occupants. Il rejoignit la brigade Alsace-Lorraine avec le grade de colonel et, secondé par des adjoints compétents, participa aux combats de la première armée française dans les Vosges, en Alsace et à Strasbourg. La mort accidentelle de Josette Clotis, à l’âge de 34 ans, en novembre 1944, l’affecta profondément.

 Le général Charles de Gaulle qui admirait l’écrivain et estimait le résistant l’honora en le nommant « Compagnon de la libération ». Malraux participa au gouvernement présidé par l’homme du 18 juin 1940, au poste de ministre de l’information (novembre 1945-janvier 1946). Le compagnon de route du parti communiste devint alors un gaulliste fervent et fidèle. Sa seconde vie commençait. Il adhéra au Rassemblement du peuple français. Il eut en charge l’organisation de la propagande jusqu’en 1953, date de la dissolution du parti par de Gaulle. Pendant la « traversée du désert », il cessa toute activité politique. Il divorça officiellement de Clara et épousa Madeleine, la veuve de son demi-frère Roland. Quelques conférences en France et à l’étranger, la publication d’essais sur l’art, des voyages en Grèce, Egypte, Iran pimentèrent une vie monotone après l’effervescence des années précédentes.

Ministre de la culture du général

Le retour du général se Gaulle au pouvoir en juin 1958 le remit avec éclat sur le devant de la scène politique. Le 1er juin 1958, le nouveau - et dernier - président du Conseil de la IVe République le nomma ministre sans portefeuille. Sa carrière ministérielle dura onze ans. Elle se termina le 28 avril 1969 avec la démission du général, après l’échec du référendum sur la régionalisation. Pendant ces dix longues années, il occupa divers postes secondaires jusqu’en 1959. En juillet 1959, le premier ministre le nomma ministre d’Etat chargé des affaires culturelles. Il occupa ce poste prestigieux pendant dix ans. Renouant avec son passé d’homme de gauche proche du Front populaire, il considérait que la culture ne devait pas être soumises aux lois du marché. L’Etat aida les créateurs et favorisa l’accès du peuple à la connaissance et à la découverte de l’art. Il créa notamment les « maisons de la culture », lança l’inventaire général du patrimoine culturel, fit nettoyer les monuments de Paris encrassés par des décennies de pollution

 Les discours qu’il prononça alors restent dans toutes les mémoires : discours à l’occasion de l’indépendance des colonies africaines, oraison funèbre à l’occasion de la translation des cendres de Jean Moulin au Panthéon, oraison funèbre de l’architecte Le Corbusier. En 1965, il créa la Direction des recherches archéologiques sous-marines. Sa vie personnelle fut marquée par un terrible drame. Le 23 mai 1961, ses deux fils Pierre-Gauthier et Vincent se tuaient dans un accident de voiture. En 1966, il se sépara sans divorcer de Madeleine et se lia avec Louise de Vilmorin avec laquelle il vécut jusqu’à la mort de la romancière en 1969.

 Pendant les événements de mai 1968, il resta fidèle au général de Gaulle. L’ancien révolutionnaire des années vingt participa, au premier rang, à la manifestation réactionnaire des gaullistes, organisée sur les Champs-Elysées, le 31 mai. L’année suivante, la démission du président de la République scella la fin de sa propre carrière politique. Il consacra les dernières années qu’il lui restait à vivre à écrire des livre (Le miroir des limbes, Les chênes qu’on abat, etc.), et à défendre la cause de l’indépendance du Bangladesh. En novembre 1976, atteint d’une congestion pulmonaire, il fut hospitalisé à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil où les médecins ne purent le sauver. En 1996, à l’initiative de Pierre Messmer, ancien premier ministre, ses cendres furent transférées au Panthéon.

A ces ennemis qui l’accusaient quelquefois de fabuler, Malraux répondait : « le monde commence à ressembler à mes fables ».

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Georges Clémenceau

masculin
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