Auguste Blanqui

Il est décédé le 

Elle est décédée le

1 Janvier 1881

Homme politique français, né le 8 février 1805 à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes), décédé à Paris, à l’âge de 75 ans. Républicain, révolutionnaire et socialiste, il fomenta ou inspira de nombreuses insurrections populaires contre les régimes monarchiques. Il appela à renverser par les armes la domination de la classe bourgeoise sur la société. Plusieurs fois condamné à mort, il fut emprisonné pendant de longues années ce qui lui valut le surnom de « l’enfermé ». 

Des textes prémonitoires

Qui fait la soupe doit la manger

« Des individus se sont emparés par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en déclarant les possesseurs, ils ont établi par des lois qu'elle serait à jamais leur propriété, et que ce droit de propriété deviendrait la base de la constitution sociale, c'est-à-dire qu'il primerait et au besoin pourrait absorber tous les droits humains, même celui de vivre, s'il avait le malheur de se trouver en conflit avec le privilège du petit nombre. Ce droit de propriété s'est étendu, par déduction logique, du sol à d'autres instruments, produits accumulés du travail, désignés par le nom générique de capitaux. Or, comme les capitaux, stériles d'eux-mêmes, ne fructifient que par la main-d'œuvre, et que, d'un autre côté, ils sont nécessairement la matière première ouvrée par les forces sociales, la majorité, exclue de leur possession, se trouve condamnée aux travaux forcés, au profit de la minorité possédante. Les instruments ni les fruits du travail n'appartiennent pas aux travailleurs, mais aux oisifs. Les branches gourmandes absorbent la sève de l'arbre, au détriment des rameaux fertiles. Les frelons dévorent le miel créé par les abeilles. »

(1834)

 

Profession de foi

«La République, comme la monarchie, peut ombrager la servitude sous son drapeau. Sparte, Rome, Venise étaient des oligarchies corrompues et oppressives. Aux États-Unis, l'esclavage est une institution. La formule : « Liberté, Égalité, Fraternité » pourrait devenir un mensonge aussi célèbre que celui de la Charte-vérité : « Tous les Français sont égaux devant la loi ! » La tyrannie du capital est plus impitoyable que celle du sabre et de l'encensoir. La révolution de Février a pour but de la briser. Ce but est aussi celui de la Société Républicaine Centrale et chacun de ses membres s'engage à le poursuivre jusqu'à ce qu'il soit atteint.»

(30 mars 1848)

 

L’origine des fortunes

«Les fortunes se sont faites aux premiers temps de notre histoire, par la conquête ; plus tard, par les confiscations, le pillage, les grâces royales ; chez la classe moyenne, par l'usure, les abus de confiance ; pendant la Révolution, par les achats de biens nationaux, par l'agiotage, par les fournitures d'armées ; sous l'Empire, par la guerre, les donations impériales ; depuis 1814, par les spéculations, les jeux de bourse, les faillites habiles. Chez les modernes enrichis la première génération se compose d'usuriers, la deuxième de débauchés et de joueurs.»

(1850)

 

La critique sociale : l’usure

« On sait l’absence totale de scrupules, l’immoralité, la barbarie que déploie le commerce européen dans cette chasse furieuse aux débouchés. Toutes les régions du globe ont souffert et souffrent de la cupidité féroce de ces étrangers, qui ne reculent devant aucune turpitude, devant aucun forfait, pour assouvir leur soif de gain. Lorsqu’il a ainsi organisé la misère et la mort dans son propre pays, le capitaliste court porter aux plages les plus lointaines l’escroquerie, le vol, le brigandage, l’assassinat. Après la traite des noirs, la traite des jaunes. Il a fait de la race blanche un légitime objet d’exécration pour les quatre cinquièmes de l’espèce humaine. (…) Depuis bientôt quatre siècles, notre détestable race détruit sans pitié tout ce qu’elle rencontre, hommes, animaux, végétaux, minéraux. La baleine va s’éteindre anéantie par une poursuite aveugle. Les forêts de quinquina tombent l’une après l’autre. La hache abat, personne ne replante. On se soucie peu que l’avenir ait la fièvre. Les gisements de houille sont gaspillés avec une incurie sauvage. »

(1869).

 

Louis-Auguste Blanqui – son non pour l’Etat-civil- était le fils de Jean Dominique Blanqui, un enseignant originaire du comté de Nice, rattaché alors au royaume de Sardaigne. Après la réunion du territoire à la France en 1792, Jean Dominique Blanqui fut élu député des Alpes-Maritimes à la Convention nationale. En juin 1793, il protesta avec 72 autres collègues contre l’élimination des Girondins et la proscription de leurs dirigeants par les Montagnards. Considéré comme suspect sous la Terreur, on l’emprisonna en octobre 1793. La chute de Robespierre en juillet 1794 lui évita d’être jugé par le tribunal révolutionnaire et de finir sur l’échafaud. Réintégré à la Convention, élu au Conseil des Cinq-Cents, favorable au coup d’Etat de Bonaparte le 18 brumaire, il poursuivit une obscure carrière à la préfectorale sous l’Empire, avant d’être mis à la retraite sous la Restauration. Louis-Auguste Blanqui vit le jour en 1805 à Puget-Théniers où son père occupait la fonction de sous-préfet.

 En 1818, le jeune adolescent s’installa à Paris pour étudier le droit et la médecine. Opposant résolu à la Restauration, il adhéra au carbonarisme, une organisation secrète originaire d’Italie qui réunissait des républicains et des bonapartistes hostiles à la monarchie. Journaliste au Globe, un quotidien d’opposition libéral, Auguste Blanqui se radicalisa les années suivantes. En 1830, il participa aux Trois glorieuses qui chassèrent du pouvoir Charles X. Il crut venue l’heure de la République. Avec ses amis d’alors, François-Vincent Raspail, Armand Barbès, Philippe Buonarroti, il déchanta quand les députés offrirent la couronne au duc d’Orléans qui monta sur le trône sous le nom de Louis-Philippe 1er. Il jugea avec raison que les politiciens de la Chambre commandés par Adolphe Thiers avaient trahi le peuple de Paris qui avait donné son sang pour renverser Charles X. Avec Raspail, Etienne Arago, Evariste Galois, il fonda la Société des amis du peuple, une association républicaine opposée à l’accession au trône de Louis-Philippe. Le ministre de l’intérieur François Guizot décida la dissolution du mouvement. Les années suivantes, Auguste Blanqui devint un des opposants les plus résolus à « la monarchie de juillet », le nom que l’on avait donné au nouveau régime. Il multiplia les proclamations, manifestations, complots. Arrêté pour «atteinte à la sureté de l’Etat », ou pour des « délits de presse » ou des « incitations à la violence », il accumula les condamnations à la prison : 1 mois en 1830, 1 an en 1832, 8 mois en 1836. En avril- mai 1839 une crise ministérielle et parlementaire créa l’illusion d’une vacance du pouvoir au sommet de l’Etat. Auguste Blanqui et Armand Barbès, réunis au sein de la « société des Saisons », crurent que le pouvoir était à prendre. Ils tentèrent un coup de force le 12 mai 1839. Les insurgés s’emparèrent du Palais de justice et de l’Hôtel de ville. En revanche, ils échouèrent à occuper la Préfecture de police. Une rapide et violente répression vint à bout de l’insurrection. On releva une cinquantaine de tués et deux cents blessés. En fuite, Blanqui tomba dans les mailles du filet policier après une traque de cinq mois. Le 14 janvier 1840, le tribunal le condamna à la peine de mort. Blanqui attendait son exécution quand il apprit que sa peine avait été commuée en détention perpétuelle. En 1847, des républicains modérés comme Etienne Arago et Godefroy Cavaignac et des socialistes comme Louis Blanc lancèrent un appel à sa libération dans le journal La Réforme. Louis-Philippe accepta de la gracier. Blanqui refusa par solidarité avec ses « complices ». Finalement, après huit années de détention, la révolution de 1848 permit sa libération.

 Auguste Blanqui approuva la proclamation de la IIeme République. Mais désormais rallié aux idées du « partageux» Gracchus Babeuf, il se méfiait de cette république bourgeoise qui ignorait les revendications ouvrières et s’alarmait de l’intrusion de la question sociale dans le champ politique et sociétal. Le gouvernement provisoire était en effet composé de républicains modérés (Lamartine, Dupont de l’Eure, Arago, Crémieux, Ledru-Rollin, Garnier-Pagès). Seuls deux « socialistes » siégeaient dans l’exécutif : Louis Blanc et Alexandre Martin plus connu sous son surnom « d’ouvrier Albert ». Blanqui pensa s’allier à eux. Il joua un rôle important lors des manifestations organisées en mars et avril 1848 pour contraindre le gouvernement provisoire à voter des « lois socialistes. L’effervescence des ouvriers parisiens s’accrut quand les élections du 23 avril donnèrent la victoire aux républicains conservateurs (500 députés) et aux monarchistes (300 élus). Les radicaux et socialistes ne pouvaient compter que sur une centaine de représentants.

 Comme le craignait Blanqui, la république bourgeoise triomphait. La nouvelle « Commission exécutive » qui gouvernait le pays exclut les ministres socialistes. Le 15 mai, sous le prétexte de défendre les révolutionnaires polonais opprimés par les Prussiens, une foule emmenée par Blanqui, Barbès et Raspail envahit l’Assemblée nationale. Le pouvoir réagit avec vigueur. Les organisateurs de la manifestation dont Blanqui furent arrêtés et plusieurs associations dissoutes. Le gouvernement décida également d’en finir avec les ateliers nationaux créés par Louis Blanc. Il proposa d’employer les ouvriers à la construction de voies ferrées. Il fallait au préalable nationaliser les compagnies de chemins de fer. Les députés protestèrent contre cette violation du droit de propriété. Le 20 juin, l’Assemblée vota la dissolution des ateliers nationaux. Le lendemain, la Commission exécutive céda. Elle publia un décret qui imposait l’enrôlement dans l’armée des ouvriers âgés de 18 à 25 ans, et l’envoi en Sologne des plus âgés pour y creuser un canal. Publiée au Moniteur, le journal officiel de la république, la nouvelle fut connue le 22 juin. Elle provoqua la colère des ouvriers qui s’armèrent. Les premières barricades apparurent dans les rues de Paris le 23 et les premiers combats opposèrent les insurgés à l’armée. La Commission exécutive démissionna. L’Assemblée nationale accorda les pleins pouvoirs au général Cavaignac pour ramener l’ordre. Le militaire mobilisa les régiments cantonnés dans les environs de Paris. Ses 50 000 hommes passèrent à l’offensive contre les révoltés. La bataille des rues tourna au massacre. Quatre mille ouvriers périrent dans les combats. Une répression impitoyable suivit la prise des barricades. Mille cinq cents insurgés désarmés furent fusillés sans jugement. Du côté de l’armée on releva 1600 tués dont 6 généraux. Enfin rassurée, l’Assemblée proclama que le général Cavaignac « avait bien mérité de la patrie ».

Auguste Blanqui assista à ces tragiques événements en spectateur depuis la prison de Vincennes où il était détenu. L’année suivante, la Haute Cour de justice de Bourges le condamna à 10 ans de prison. Il effectua la quasi-totalité de sa peine et fut libéré en août 1859. Un nouveau régime dirigeait la France : le Second Empire. A peine sorti, le vieil insurgé refusa de s’assagir comme on le lui conseillait. Il engagea la lutte contre l’Etat de Napoléon III. Incarcéré en 1861, condamné à 4 ans de prison, on l’enferma à Sainte-Pélagie d’où il s’évada à quelques mois de sa libération. Exilé en Belgique, il bénéficia d’une amnistie générale et rentra en France en 1869. En vingt ans, le révolutionnaire avait croupi dans les geôles du pouvoir pendant quatorze ans et avait vécu en exil pendant cinq ans. Très influent parmi les étudiants, Auguste Blanqui avait créé des réseaux de militants fidèles. De jeunes politiciens prometteurs partageaient son combat. Parmi eux, deux futurs dirigeants socialistes, Paul Lafargue et Charles Longuet et un futur président du Conseil…Georges Clémenceau.

Infatigable révolutionnaire, Auguste Blanqui était bien décidé à faire tomber le Second Empire. Le 12 janvier 1870, il tenta en vain de soulever le peuple lors des obsèques du journaliste Victor Noir, assassiné par le prince Pierre Bonaparte, cousin de Napoléon III. En août, à la tête d’une centaine d’hommes, il tenta de s’emparer d’un dépôt d’armes. Il échoua. Le régime qu’il haïssait tant s’écroula après la lamentable guerre voulue et perdue contre la Prusse. Les blanquistes participèrent à la proclamation de la république le 4 septembre 1870, après la défaite des armées de l’Empire à Sedan. Favorable à la continuation de la guerre contre les envahisseurs prussiens, Blanqui militait en faveur de l’armement du peuple. Après la capitulation de Metz, sa méfiance à l’encontre du général Trochu, président du gouvernement de défense nationale, s’accrut. Il le soupçonnait de vouloir pactiser avec l’ennemi. Le 31 octobre 1870, au nom d’un Comité provisoire créé pour la circonstance dont il était l’un des membres, il tenta d’imposer sa nomination au sein du gouvernement de défense nationale. Une demande appuyée par une manifestation populaire. Au terme d’une journée de dupes, la manœuvre échoua. Quelques jours plus tard, le peuple parisien accepta par plébiscite le maintien en fonction du gouvernement et rejeta de facto les demandes d’élargissement de son assise formulées de Blanqui. Renforcé par ce vote, le gouvernement français demanda par la voix de Thiers l’ouverture de négociations avec les Prussiens. Devenu chef de l’Etat et du gouvernement en février 1871, Adolphe Thiers fit arrêter Blanqui qui était en convalescence dans le Lot le 17 mars 1871. Emprisonné à Cahors, le vieux lutteur n’assista pas à la Commune de Paris qui éclata le…18 mars. Après l’écrasement de l’insurrection, Blanqui fut ramené à Paris et jugé avec d’autres communards pour son action du 31 octobre 1870. Le tribunal le condamna à la déportation, peine commuée en réclusion perpétuelle. Interné à Clairvaux, il accepta sous la pression de ses amis notamment Clémenceau et Garibaldi, de présenter sa candidature aux élections législatives de 1879. A la surprise générale, Blanqui fut élu à Bordeaux. Le Parlement invalida son élection au prétexte qu’il était incarcéré. Mais le président de la république le gracia le 10 juin 1879. L’homme avait passé plus du tiers de sa vie en prison ou en exil. Surnommé « l’enfermé, il consacra les deux dernières années qu’il lui restait à vivre à militer en faveur de l’amnistie des communards. La loi fut enfin votée le 11 juillet 1880. La révolutionnaire et féministe Louise Michel fut ainsi libérée. Quelques mois plus tard, elle rendit hommage au fondateur du journal Ni Dieu, ni maitre lors de ses funérailles au cimetière du Père-Lachaise où il repose.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Michel Delpech

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