Augusto Pinochet

Il est décédé le 

Elle est décédée le

10 Décembre 2006

Militaire et dictateur chilien, né le 25 novembre 1915 à Valparaiso, décédé à Santiago, à l’âge de 91 ans. Général félon, il s’empara du pouvoir par la force en fomentant un coup d’Etat militaire contre le gouvernement légal présidé par le socialiste Salvador Allende.

 Descendant d’une famille française originaire de Lamballe (Finistère), installée au Chili au XVIIIème siècle, Augusto Pinochet était le fils d’un courtier en douane. A l’âge de 18 ans, il entra dans une école militaire. Il en sortit quatre ans plus tard avec le grade de sous lieutenant. Sa carrière suivit une évolution terne mais linéaire : lieutenant en 1939, capitaine en 1947, commandant en 1953, colonel en 1967, général de brigade en 1970 à l’âge de cinquante cinq ans. Hormis ses collègues militaires, personne ne connaissait cet officier sans relief ni forte personnalité.

 Le 3 novembre 1971, le jour de l’élection à la présidence de la République du socialiste marxiste Salvador Allende, Augusto Pinochet était chargé de l’ordre public à Santiago. A l’époque, ses adversaires étaient les opposants au nouveau gouvernement, notamment les organisations d’extrême-droite et la presse conservatrice dont il fit saisir un journal pour « insulte à l’armée », assurant : « les coups d’Etat n’existent pas au Chili ». L’année suivante, sa fidélité à la Constitution lui valut de devenir le chef d’Etat-major du général légaliste Carlos Prats, qui cumulait les fonctions de chef de l’armée de terre (1970- 1973) et ministre de l’Intérieur (1972-1973) du gouvernement d’unité populaire (socialiste, communistes, radicaux). Pinochet apparaissait comme un soldat respectueux de l’ordre constitutionnel.

Militaire loyaliste…

La dégradation de la situation économique du pays provoquée, entre autres, par des grèves des patrons camionneurs opposés au régime exacerba les tensions politiques entre la gauche et la droite. Les affrontements entre les militants de la gauche révolutionnaire (MIR) et les groupes paramilitaire d’extrême-droite entretenaient un climat de violences dans le pays. Les cadres de l’armée chilienne proches des milieux militaires américains craignaient une prise du pouvoir par les communistes. Ils soutenaient les manifestations organisées par l’opposition de droite contre Salvador Allende. Le 29 juin 1973, le 2e régiment blindé sortit de sa caserne et tenta de s’emparer du pouvoir par la force à Santiago. Augusto Pinochet fit intervenir les troupes loyalistes qui empêchèrent le coup d’Etat. Le général Prats récompensa sa loyauté en le nommant général de division.

 Les semaines suivantes l’aggravation de la crise économique, politique et sociale conduisit Allende à constituer un gouvernement de défense nationale, le 9 août 1973. Prats fut appelé à diriger le ministère de la défense. Le général, contesté par la droite qui l’accusait de trahison, victime de campagnes de presse haineuses, demanda aux généraux de le soutenir. Face à leur refus, il démissionna de son poste le 23 août 1973. D’autres généraux légalistes agirent de même. Croyant apaiser la crise, ils l’aggravaient au contraire. Allende nomma Pinochet commandant en chef de l’armée. Le président lui accordait sa confiance parce qu’il était franc-maçon comme lui, et avait de surcroit été le bras droit de Prats. Il paya de sa vie ce jugement erroné, voire naïf.

…général putschiste

Trois semaines plus tard, le 11 septembre, un complot conçu par l’amiral José Merino, chef de la marine, et le général Gustavo Leigh, chef de l’aviation, auquel se rallia in extrémis Gustavo Pinochet renversa le gouvernement légal chilien. Cerné dans son palais de la Moneda, le président de la République Salvador Allende, refusa de se rendre et de partir en exil : « le président élu par le peuple ne se rend pas », furent ses dernières paroles. Il préféra se suicider plutôt que de tomber entre les mains des généraux félons. Une répression féroce s’abattit sur les militants de la gauche. Les partis et syndicats de gauche furent interdits ; le Parlement dissous ; la Constitution suspendue ; les libertés civiques abrogées, la censure rétablie.

 A Santiago, l’armée interna 40 000 personnes au stade national et au stade Chili. Des camps d’internement furent improvisés un peu partout dans le pays. L’armée tua et assassina en toute impunité. Selon le rapport Rettig sur les violations des droits de l’homme pendant la dictature, les militaires assassinèrent ou firent disparaitre près de 3200 personnes. Entre 1973 et 1989, près de un million de chiliens soit 10% de la population victimes de persécutions en raison de leurs opinions quittèrent le pays. Le général Prats partit également en exil en Argentine où la police secrète chilienne l’assassina le 30 septembre 1974 sur ordre du nouveau maître du pays.

 Les chefs putschistes choisirent Augusto Pinochet pour présider la junte gouvernementale parce qu’il était l’officier de plus gradé. Initialement, la fonction était tournante mais le chef officiel de la junte prit l’ascendant sur ses collègues. En décembre 1974, la junte le nommait président de la République. L’opposition de gauche ayant été écrasée dans le sang, et ses militants étant partis en exil, Pinochet demanda en septembre 1980 au peuple chilien d’approuver par référendum une nouvelle Constitution taillée sur mesure. Elle lui donnait mandat pour diriger le pays pendant les 8 années suivantes. 69% des électeurs votèrent en faveur de sa proposition, marquant leur attachement à un homme qui, selon eux, avait sauvé le pays du communisme.

Désavoué par le peuple

En octobre 1988, Pinochet organisa un nouveau référendum pour proroger son mandat jusqu’en 1997. Contre toute attente, le peuple chilien, fatigué par quinze années de privation des libertés, vota massivement contre sa reconduction au poste de président : 56% des électeurs votèrent « no ». La transition vers la démocratie s’engagea sous le contrôle du vieux dictateur. Le 14 décembre 1989, Patricio Aylwin, démocrate-chrétien soutenu par les socialistes était élu au premier tour face à un candidat de droite soutenu par Pinochet. Le nouveau président installa une « Commission de la vérité et de la réconciliation » chargée de faire la lumière sur les exactions commises pendant la dictature militaire. Des seconds couteaux durent rendre des comptes à la justice. Pinochet fut épargné. Commandant en chef des armées, il restait intouchable dans son pays, mais pas à l’étranger. Le 16 octobre 1998, alors qu’il séjournait à Londres pour des examens médicaux, la justice britannique décida son arrestation et sa détention en résidence surveillée à la suite d’un mandat d’arrêt international délivré par le juge espagnol Balthasar Garzon. Le magistrat le soupçonnait « d’enlèvements, génocides, tortures et terrorisme international ».

 Une longue et confuse bataille juridique s’engagea entre les avocats de Pinochet, le gouvernement Chilien qui réclamait son retour, la justice britannique et le juge espagnol. Finalement, après un avis de la chambre des Lords qui jugeait légale l’arrestation du dictateur, le gouvernement britannique accepta son extradition vers l’Espagne. Mais, de nouvelles procédures judiciaires retardèrent sa mise en œuvre. En mars 2000, soit 503 jours après son arrestation, le gouvernement britannique estima que Pinochet n’était plus en état d’être jugé après avoir été victime d’un troisième accident vasculaire cérébral. On le renvoya dans son pays où il apparut en pleine possession de ses moyens intellectuels contrairement aux affirmations britanniques. Le nouveau président chilien Ricardo Lagos, un indépendant de gauche, estima que le temps était venu d’engager des poursuites contre Pinochet. Elles n’aboutirent jamais. Soit les juges estimaient que le vieux dictateur était en état de « démence », soit ils invoquaient l’immunité dont il bénéficiait en qualité de président. Il mourut dans son lit après un infarctus du myocarde.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration de Marc Daniau

Demain : Le Grand Condé

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