Bertrand du Guesclin

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Juillet 1380

Noble breton et connétable de France, né vers 1320 prés de Dinan, tué pendant le siège de Chateauneuf-de-Randon, à l’âge de 60 ans. Sous le règne de Charles V, il participa au redressement du royaume de France en reconquérant les territoires enlevés par les Anglais les décennies précédentes.

Bertrand du Guesclin déroute l’observateur. La vérité historique s’accommode mal de la légende. Or, beaucoup d’informations invérifiables circulent sur ce personnage hors du commun. Les descriptions que nous ont laissées les chroniqueurs de l’époque dessinent une étrange silhouette : un homme petit, aux jambes noueuses, aux épaules démesurément larges, aux bras longs, le tout surmonté d’une tête ronde, hideuse à la peau noire. Est-ce là un être humain, un troll sorti d’un roman de Tolkien ou un monstre ? Méprisé par ses parents en raison de sa laideur, rejeté par ses cinq frères et sœurs, interdit de table familiale, relégué dans un coin de la salle lors des fêtes, le petit Bertrand se révolta à l’âge de six ans, renversant les meubles de la cuisine. Il alla s’asseoir ostensiblement sur la chaise paternelle. Son statut au sein de sa famille s’améliora quand une diseuse de bonnes aventures lui prédit un avenir glorieux.

 Le jeune enfant révolté devint un adolescent belliqueux, grossier, vaniteux. En 1337, il accompagna son père à Rennes chez son oncle. Il assista en spectateur à un tournoi organisé sur la place de la ville. On lui interdit de participer à la joute en raison de son jeune âge et de son inexpérience – son père avait refusé de le former à la chevalerie bien qu’il fut l’ainé de la fratrie. La légende affirme qu’il emprunta en cachette l’armure de son cousin qui venait de mordre la poussière de la lice. Visière de son casque baissé pour qu’on ne le reconnaisse pas, il aurait désarçonné une bonne douzaine de chevaliers. Les spectateurs s’interrogeaient sur l’identité de ce champion anonyme qui combattait sans blason. Finalement, il releva son heaume, révélant ainsi son identité, pour ne pas combattre un nouvel adversaire, son propre père. L’histoire semble trop belle pour être vraie.

 Plusieurs informations sont avérées. Bertrand du Guesclin appartenait à la petite noblesse bretonne. Son père Robert était le seigneur de la Motte-Broons où était situé son manoir et non pas son château. Le caractère batailleur de l’adolescent trouva bientôt à s’employer. En 1341, à la mort de Jean III duc de Bretagne, la succession du duché provoqua une guerre de vingt-trois ans entre deux prétendants : Charles de Blois, neveu du roi de France Philippe VI, et Jean de Montfort, demi-frère du duc défunt. Bertrand du Guesclin prit le parti du premier. La guerre de succession de Bretagne s’inscrivit également dans le conflit plus vaste qui opposait le roi de France Philippe VI et le roi d’Angleterre Edouard III qui revendiquait pour lui-même la couronne du royaume de France. Philippe VI soutint son neveu Charles de Blois. Le roi d’Angleterre prit le parti de Jean de Montfort. Des troupes anglaises envahirent la Bretagne. En 1350, elles occupèrent le château de Grand-Fougeray, un fort impressionnant composé de 9 tours. Du Guesclin fut chargé de s’emparer de la citadelle. Le manque de soldats et de matériel de sape rendaient impossible la prise de la forteresse à la suite d’un assaut. Il recourut à la ruse. Ses espions lui apprirent que les Anglais attendaient la livraison d’une commande de bois. Du Guesclin et trente hommes s’emparèrent du convoi, se déguisèrent en bucherons et en paysannes et se présentèrent devant le pont-levis. Confiants, les anglais les firent pénétrer dans la cour. Les Français récupérèrent les armes cachés dans les chariots et délivrèrent le château. Les années suivantes, il multiplia les opérations de guérilla contre les Anglais qui le baptisèrent le « dogue noir de Brocéliande ». En 1354, il fut adoubé chevalier lors d’une cérémonie officielle. Avec humour Du Guesclin prit pour devise : « Le courage donne ce que la beauté refuse ».

 En 1356, il réussit le tour de force de ravitailler la ville de Rennes assiégée par les Anglais. Trois ans plus tard, il défendit avec succès Dinan. Lors du siège de Melun, il se lia d’amitié avec Charles le dauphin de France. Ce dernier l’employa comme chef de bande dans la campagne autour de Paris. Impressionné par son courage au combat, rassuré par son intelligence tactique, conforté par sa loyauté, ragaillardi par la chance qu’il savait provoquer, il en fit son principal adjoint militaire quand il monta sur le trône à l’âge de 26 ans sous le titre de Charles V, le 8 avril 1364. Le nouveau roi de France était bien décidé à chasser les Anglais du royaume et à récupérer les provinces perdues.

Connétable de France

En bon tacticien, il jugea qu’il fallait au préalable se débarrasser de l’ennemi de l’intérieur, incarné par le roi de Navarre Charles II, surnommé le Mauvais qui possédait des territoires aux alentours de Paris. Du Guesclin prit la tête d’une armée franco-bretonne. Sa campagne prit la forme d’une marche triomphale contre les navarrais : Mantes tomba le 7 avril, Rolleboise le 9 avril, Meulan le 11 avril puis Vernon, Vétheuil, Rosny. Battue mais non vaincue, renforcée par des éléments anglais, l’armée de Charles le Mauvais se regroupa autour de la ville de Cocherel pour une dernière bataille décisive. Elle se déroula le 16 mai 1364. Du Guesclin était en infériorité numérique : ses 3 000 hommes défiaient 6 000 Anglo-navarrais dont 300 archers, retranchés sur une hauteur inexpugnable. Après une matinée où l’on se contenta de quelques escarmouches, Du Guesclin recourut à une de ses ruses coutumières. A 15 heures, à sa demande, ses trompettes sonnèrent la retraite. Son armée commença à se retirer en direction de l’Eure. Un des généraux de Charles le Mauvais croyant à une fuite des français ordonna à ses hommes de charger les fuyards, abandonnant ainsi sa position défensive au sommet de la colline. Quand, les Anglos-navarrais atteignirent la plaine, les bataillons de Du Guesclin firent volte-face et, soutenus par des cavaliers en embuscade, les taillèrent en pièces. Les archers anglais ne purent intervenir, tant la mêlée était confuse. Un coup de main réalisé par un véritable commando à cheval sema la mort parmi les chefs de l’armée Anglos-navarraise. La plupart furent tués ou faits prisonniers. Vaincu, Charles le Mauvais s’échappa avec les survivants. Charles V fêta, trois jours plus tard cette victoire inespérée, en étant sacré roi de France dans la cathédrale de Reims, rejointe à bride abattue.

 Victorieux en Normandie, le roi et du Guesclin furent en revanche battus en Bretagne en septembre 1364. Commencée en 1341, la guerre de succession de Bretagne continuait à opposer les deux prétendants Charles de Blois et le fils de Jean de Monfort, prénommé également Jean. Ce dernier aidé par une forte armée anglaise encercla la ville d’Auray une place forte stratégique qui commandait le sud de la Bretagne. Du Guesclin et Charles de Blois vinrent aux secours des assiégés. Le 29 septembre, les franco-bretons subirent une lourde défaite. Charles de Blois fut tué avec une grande partie de ses vassaux et du Guesclin tomba entre les mains des Anglais. Le roi de France reconnut à Jean de Monfort ses droits sur le duché de Bretagne. Il paya une partie de la rançon de du Guesclin qui recouvra ainsi la liberté. La fin de l’interminable guerre de succession bretonne permit à Charles V de s’attaquer à la question des Grandes compagnies, composées de soldats mercenaires désœuvrés et sans solde, qui depuis six ans ravageaient le royaume, pillant les villes, opprimant la population, rançonnant les provinces. Il semblait illusoire de les chasser par la force. Les mercenaires (30 000) étaient plus nombreux que les soldats de l’armée royale. Le roi leur proposa de participer à une expédition lointaine. Alors sous la coupe de dynasties musulmanes, la riche Espagne semblait une destination prometteuse où le butin ne manquerait pas. Du Guesclin fut chargé de les commander.

 En 1366, l’armée hétéroclite s’ébranla, franchit les Pyrénées et atteignit le royaume de Castille, vide de musulmans mais en proie à la guerre civile. Deux princes s’affrontaient pour ceindre la couronne royale. Le premier, Pierre le Cruel était soutenu par les Anglais ; le second Henri de Trastamare bénéficiait de l’appui diplomatique du roi de France, de l’aide militaire de du Guesclin et de son armée de routiers. La campagne dura quatre longues années. D’abord vaincu et fait prisonnier à Najera, du Guesclin remporta une victoire décisive à Montiel, le 14 mars 1369. Henri de Trastamare monta sur le trône de Castille. La France gagna un allié fidèle dans la péninsule ibérique. Les batailles et les maladies avaient réduit le nombre des mercenaires, même s’ils n’avaient pas tous été exterminés. Charles V récompensa Du Guesclin en l’élevant à la dignité de connétable de France (chef souverain des armées du roi) le 2 octobre 1370.

Le redressement du royaume

 Mais déjà de nouveaux défis apparaissaient à l’horizon. Depuis le traité de Brétigny signé le 8 mai 1360, la paix régnait entre les royaumes d’Angleterre et de France, même si les deux pays s’étaient affrontés indirectement en Bretagne et en Espagne, en soutenant des partis opposés. La délimitation des nouvelles frontières entre les territoires cédés de part et d’autre, provoqua des litiges et des contestations. Excédé, le roi d’Angleterre Edouard III décida de reprendre la guerre en se proclamant de nouveau « roi de France ». Charles V et du Guesclin adoptèrent une tactique nouvelle pour affronter la puissante et aguerrie armée anglaise. Ils renoncèrent aux grandes batailles rangées comme celles de Crécy (26 août 1346) et de Poitiers (19 septembre 1356), perdues par les Français. Ils choisirent une guerre de harcèlement, de coups de main contre les lignes de ravitaillement, d’escarmouches, d’actions menées par de petits groupes. La guérilla montra son efficacité. Harassés, démoralisés, les Anglais furent défaits. En 1369, ils abandonnèrent aux Français de nombreux fiefs dans le Midi (Tarbes, Montauban, Age, Rodez). En six ans, le roi d’Angleterre perdit les provinces qu’il avait mis 27 ans à conquérir : le Poitou, la Saintonge, l’Angoumois et l’Aunis redevinrent des provinces françaises.

 En juin 1380, le connétable partit en campagne contre des compagnies de mercenaires qui s’étaient reconstituées et ravageaient l’Auvergne. Il assiégea Chateauneuf-de-Randon où s’étaient retranchés des routiers. Le 13 juillet, il mourut après avoir bu de l’eau glacée un jour de combat et de canicule. Le roi Charles V lui survécut à peine deux mois. Le 16 septembre 1380, il décéda des suites de la tuberculose à l’âge de 42 ans. Le royaume ne se releva pas de la perte simultanée de ces deux grands hommes qui avaient uni leur talent pour relever le pays.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Léo Ferré

masculin
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15 Juin 2016 - 5:13pm

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