Boris Vian

Il est décédé le 

Elle est décédée le

23 Juin 1959

Ecrivain et chanteur français, né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray (Seine-et-Oise), décédé à Paris, à l’âge de 39 ans. Au cours de sa brève existence, l’auteur de J’irai cracher sur vos tombes vécut mille vies et a laissé une œuvre considérable. Boudés à leur sortie, ses livres devinrent des succès publics après son décès.

Le déserteur

Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps

Je viens de recevoir

Mes papiers militaires

Pour partir à la guerre

Avant mercredi soir

Monsieur le Président

Je ne veux pas la faire

Je ne suis pas sur terre

Pour tuer des pauvres gens

C'est pas pour vous fâcher

Il faut que je vous dise

Ma décision est prise

Je m'en vais déserter

 

Depuis que je suis né

J'ai vu mourir mon père

J'ai vu partir mes frères

Et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert

Elle est dedans sa tombe

Et se moque des bombes

Et se moque des vers

Quand j'étais prisonnier

On m'a volé ma femme

On m'a volé mon âme

Et tout mon cher passé

Demain de bon matin

Je fermerai ma porte

Au nez des années mortes

J'irai sur les chemins

 

Je mendierai ma vie

Sur les routes de France

De Bretagne en Provence

Et je dirai aux gens:

Refusez d'obéir

Refusez de la faire

N'allez pas à la guerre

Refusez de partir

S'il faut donner son sang

Allez donner le vôtre

Vous êtes bon apôtre

Monsieur le Président

Si vous me poursuivez

Prévenez vos gendarmes

Que je n'aurai pas d'armes

Et qu'ils pourront tirer

 Issu d’une famille fortunée, son père est un riche héritier qui a épousé une non moins riche héritière et n’a pas besoin de travailler avant la crise de 1929 qui a raison de sa fortune, Boris vit, avec ses deux frères et sa sœur, une enfance privilégiée, dans un milieu culturel très riche, qui comprend aussi bien la famille du biologiste et écrivain Jean Rostand, que celle de Yehudi Menuhin qui leur fait partager sa passion pour la musique. Les Vian partagent leur existence entre une villa près du parc de Saint-Cloud - qu’ils abandonneront après leur revers de fortune pour s’installer dans la maison du gardien, et une propriété située dans le Cotentin, à Landemer, dont le jardin luxuriant nourrira l’inspiration du futur écrivain.

 Boris est de santé fragile, des rhumatismes articulaires aigus ont occasionné des problèmes cardiaques. Son environnement familial est surprotecteur à son égard. Il fait néanmoins de brillantes études, après le baccalauréat il intègre les classes préparatoires scientifiques du lycée Condorcet, avant d’entrer à Centrale dont il sort avec le diplôme d’ingénieur à 22 ans.

 Sa carrière professionnelle le mène de l’Association française de normalisation (AFNOR) à l’Office professionnel des industries et des commerces du papier et du carton… Mais c’est à travers ses loisirs que le jeune homme vit intensément. Il a appris à jouer de la trompette, notamment au Hot Club présidé par Louis Armstrong, monte une formation avec ses frères, fait la connaissance de Claude Luter avec lequel il joue dans des clubs parisiens. Parallèlement à sa passion pour le jazz il s’essaie à l’écriture, influencée en cela par Michelle qu’il épouse en 1941. Le couple aura deux enfants, Patrick et Carole, avant de se séparer après une petite dizaine d’années de vie commune. Michelle a alors une liaison avec Jean-Paul Sartre et Boris rencontre une danseuse, Ursula Kübler qu’il finit par épouser en 1955 et dont il partagera la vie jusqu’à sa mort.

 Vercoquin et le plancton, son premier roman, est accepté, en 1946, par Raymond Queneau alors secrétaire général des éditions Gallimard. Entre les deux hommes l’amitié est immédiate, mais le livre n’obtiendra pas, malgré le soutien de Jean-Paul Sartre et Queneau, le prix de la Pléiade attendu par l’auteur, Jean Paulhan ayant entraîné la majorité du jury à voter contre. Le livre ne rencontre par ailleurs aucun succès commercial, pas plus que n’en rencontrera L’Ecume des jours l’année suivante. Parallèlement, Vian publie, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, J’irai cracher sur vos tombes dont il se dit seulement le traducteur. Le roman fait scandale et est à l’origine de poursuites contre Vian, vite soupçonné d’être le véritable auteur du texte. Celui-ci rédige une traduction en anglais destinée à prouver qu’il existait bien un texte original et à légitimer sa position de simple traducteur. L’affaire connaîtra de multiples péripéties relatées par Noël Arnaud dans un ouvrage publié en 1974.

 Les publications suivantes, soit L’Automne à Pékin (1947), L’Herbe rouge (1950) et L’Arrache-Cœur (1953), signés Boris Vian et Les morts ont tous la même peau (1947), Et on tuera tous les affreux (1948) et Elles se rendant pas compte (1950) sous la signature de Vernon Sullivan ne connaissent pas un succès immédiat, et c’est seulement après sa mort que la jeunesse s’enthousiasmera pour ces romans que Gallimard consacrera bien plus tard, en 2010, en les rassemblant dans un volume de la Bibliothèque de La Pléiade !

 Boris Vian continue à jouer du jazz dans les clubs de Saint-Germain des Prés, ajoute à ses activités celle de parolier pour des chansons qu’il interprète tout d’abord avant qu’elles ne soient reprises par tant d’autres, d’Henri Salvador à Philippe Clay, de Mouloudji à Serge Reggiani, de Magali Noël à Juliette Gréco et bien d’autres encore. Une de ses chansons, Le Déserteur, texte pacifiste écrit en réaction contre la guerre d’Indochine lui vaudra les foudres de la censure, particulièrement au moment de la guerre d’Algérie (Lire ci-contre).

 Boris Vian pratique aussi la peinture, participant notamment à une exposition dans les locaux de la Galerie de la Pléiade, en 1946. Certaines de ses toiles figuraient dans l’exposition Boris Vian organisée à la Bibliothèque nationale de France (BNF) en 2011.

 Auteur engagé dans la vie de la cité, s’intéressant à toutes les questions qui agitaient la société après la seconde guerre mondiale, il multiplia les collaborations (à Combat, aux Temps modernes, à la Revue de Pataphysique, au Club des Savanturiers ). Il s’intéressa à de nombreuses activités (pour l’écriture il faut mentionner aussi les poèmes et pièces de théâtre dont L’Equarrissage pour tous »), le cinéma (en tant qu’acteur ou comme coscénariste pour l’adaptation de ses œuvres à l’écran), les inventions (sérieuses dans son activité professionnelle ou plus baroques comme le « gidouillographe » ou le « pianococktail » dont il attribue l’invention à Colin, dans L’Ecume des jours).

 Celui qui s’est vu décerner le titre de « Satrape » du Collège de Pataphysique meurt au cours d’une projection privée de l’adaptation de son roman « J’irai cracher sur vos tombes ». Conformément à ce qu’il avait prédit, il n’a pas atteint l’âge de quarante ans !

Joëlle Bolloch

Illustration : Marc Daniau

Demain : Lucrèce Borgia

masculin
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