Caius Marius

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Janvier 1001
-86
Caius Marius. Illustration de Marc Daniau

Homme politique et général romain, né en 157 av. J-C à Arpinum (Latium), décédé à Rome, à l’âge de 70 ans. En –104 av. J.-C., il sauva l’Empire romain d’une invasion des Cimbres et des Teutons près d’Aix-en-Provence. Il joua les années suivantes un rôle majeur dans la vie politique romaine  et fut consul à plusieurs reprises.

Au cours des siècles précédents, il était courant de donner le prénom latin de Marius aux garçons nés dans la région marseillaise et plus généralement en Provence. En respectant cette tradition dont l’origine se perdait dans la nuit des temps, les parents ignoraient sans doute qu’ils rendaient ainsi hommage à Caius Marius, un général et consul romain qui 104 ans avant la naissance de Jésus-Christ arrêta dans les environs d’Aix en Provence une invasion de tribus germaniques.

 Né au sein d’une famille plébéienne, sans argent, qui travaillait de ses mains pour vivre, à Arpinum, une petite cité romaine de second ordre, Caius Marius embrassa la carrière militaire. A l’âge de vingt cinq ans, il servit sous les ordres du général Scipion Emilien et participa à ses côtés à la prise de la ville assiégée de Numance, en Espagne, qui tel le petit village gaulois d’Astérix, refusait de se soumettre à Rome depuis un quart de siècle. Impressionné par la bravoure et l’intelligence tactique de son collaborateur, Scipion Emilien le cita en exemple devant tous ses officiers issus des classes nobles (nobilitas) de la société.

 Cet appui prestigieux accéléra sa carrière politique dans les institutions de la République romaine. A l’âge de 36 ans, il devint trésorier (questeur) en Gaule transalpine. Deux ans plus tard, il se fit élire pour un mandat d’un an tribun de la plèbe (-119). Allié des classes populaires (populares), il s’opposa politiquement aux deux consuls de l’époque qui assuraient les pouvoirs civils et militaires. Il imposa l’augmentation des livraisons gratuites de blé aux pauvres et la modification des procédures électorales. Ces réformes alarmèrent les sénateurs et les possédants. Après une pénitence de trois ans, le peuple l’élit (-116) à un des six postes de magistrat (préteur). Chargé de la justice mais aussi des questions religieuses, il suppléait le consul en cas de vacance du pouvoir.

 Caius Marius se lassa des intrigues incessantes pour garder le pouvoir. A l’hypocrisie des rapports en vigueur dans la classe politique romaine, il préféra la rude amitié des soldats. « L’homme inculte », comme le désignait Cicéron, combattit pendant deux ans des révoltes en Lusitanie (-114). De retour à Rome, il épousa Julia Caesaris, une future tante de Jules César. Elle descendait d’une prestigieuse famille patricienne. L’homme du peuple s’alliait à l’aristocratie. En -109, il partit combattre en Afrique du nord le roi numide Jugurtha. Le roitelet s’était révolté contre la domination romaine, ordonnant le massacre de commerçants romains installés dans ses villes. Adjoint du consul Metellus, Marius remporta plusieurs victoires. Son prestige auprès des populares s’accrut encore. En -107, il se porta candidat à l’élection de l’un des deux postes de consul. Elu, il devint le premier citoyen romain issu du peuple (homo novus) à occuper la plus haute fonction de la République.

 Il se fit attribuer le proconsulat en Afrique et le commandement des troupes romaines. Metellus subit l’affront d’être dépossédé par son ancien protégé de sa victoire contre les numides qu’il avait repoussés aux confins de la Maurétanie. Mais Caius Marius n’eut guère le temps de pavoiser. Certes on le créditait de la victoire, mais le roi vaincu lui échappait. Il se dissimulait dans le palais du roi de Maurétanie, par ailleurs son beau- père. Après deux ans de recherche, Sylla son propre légat, découvrit sa cachette. Sans en référer à son chef hiérarchique, il négocia avec le souverain de Maurétanie, la livraison de Jugurtha. Le jeune ambassadeur remporta une victoire symbolique. Il devint à Rome le héros des aristocrates et des conservateurs (optimates) dont il partageait les valeurs. Une haine féroce mais non publique opposa désormais les deux hommes. Mais, Marius apparut aux yeux des romains comme le grand vainqueur. Il reçut le Triomphe en -105. Il défila dans Rome à la tête de ses troupes. Jugurtha enchaîné précédait son char selon la tradition. Le roi déchu mourut étranglé dans sa geôle quelques mois plus tard. Vae victis. Malheur aux vaincus. Le vainqueur fut réélu au poste de consul en -104.

Coup d’arrêt aux invasions germaniques

Le front africain enfin pacifié, la République romaine dut affronter une invasion au nord de sa frontière européenne. Deux peuples germaniques, les Cimbres et les Teutons, originaires du Jutland, au Danemark actuel, poussés par la disette, pénétrèrent en Gaule en -105. Ils battirent les légions romaines venues à leur rencontre le 6 octobre -105 près de la ville d’Orange (Arausio). La mésentente régnant entre le proconsul Caepio de lignée aristocratique et le consul Maximus d’ascendance populaire expliqua cette défaite, la plus grave subie par les Romains depuis celle de Cannes intervenue 111 ans plus tôt face à Hannibal Barca. Un vent de panique souffla sur Rome. La population craignait une invasion semblable à celle menée par les Gaulois au IVème siècle av. J.-C.

 Marius prit les choses en main. Il uniformisa et rationalisa l’armement des soldats. Il augmenta les effectifs des légions qui passèrent de 4000 à 6000 hommes. Il ouvrit le recrutement à toutes les classes de la société y compris les plus pauvres. Il accrut la mobilité des légions en supprimant les trains des équipages tirés par des animaux de trait qui ralentissaient les déplacements et laissaient les légionnaires démunis quand les convois tombaient entre les mains des ennemis. Désormais, les militaires devaient porter leur matériel sur leur dos.

 En -104, Marius prit la tête d’une importante armée pour anéantir les agresseurs. Il la conduisit dans l’actuelle Provence où il pensait les affronter. Mais, les Germains avaient quitté la région après leur victoire. Ils étaient partis ravager l’Espagne. Convaincu qu’ils reviendraient pour attaquer l’Italie et Rome, via les Alpes occidentales, le chemin le plus rapide et le moins difficile, Marius décida de les y attendre et s’installa près d’Aix en Provence (Aquae Sextiae). Son raisonnement était juste. Deux ans après leur départ, les Barbares revinrent au nombre de 100000, selon les historiens de l’époque. En -102, Marius lança ses six légions (40000 hommes) contre les Teutons. Il les attaqua sur deux fronts au pied du massif de la Sainte-Victoire, dans la plaine, près de la ville actuelle de Pourrières (Var). 80000 Teutons périrent, 20000 furent fait prisonniers dont leur roi Teutobod. Un mémorial à la gloire de Caius Marius commémore cet événement sur la commune de Pourrières. L’année suivante, le consul régla son sort aux Cimbres à Vercelli, dans la vallée du Pô. Désormais, la menace « barbare » sera écartée pendant plusieurs siècles.

 Ces victoires valurent à Marius un second triomphe en -101. En outre, pendant son absence de Rome, il avait été réélu consul pendant cinq années de suite (-104 à -100) égalant le record de Barbatus vieux de trois siècles, également nommé six fois par le Sénat mais sur une période de 32 ans. A son retour à Rome, il trouva une situation insurrectionnelle. Pendant son absence, les tribuns de la plèbe avaient fait régner la terreur, condamnant à mort tous ceux qui s’opposaient à eux, notamment des chefs de la noblesse. Le Sénat demanda à Marius de ramener l’ordre et de châtier les coupables. Constatant que la situation lui échappait et que ses proches avaient violé la loi, le consul n’eut pas le choix : il sévit contre ses propres amis et fit exécuter les deux tribuns de la plèbe.

Une « lutte des classes » avant l’heure

L’année suivante, au terme de son mandat, il abandonna sa charge consulaire et se retrouva isolé sur la scène politique romaine, combattu par le camp conservateur dirigé par Sylla et rejeté par la plèbe qui lui reprochait l’exécution de ses représentants. Pour se faire oublier, il partagea son temps entre une ambassade en Orient et des séjours prolongés dans sa villa de Misène, près de Naples. En octobre -91, les autorités politiques romaines firent assassiner le tribun de la plèbe Drusus qui exigeait que le Sénat accordât la citoyenneté romaine à tous les italiens alliés de Rome, traités comme des sujets de seconde zone. La péninsule s’embrasa. La « guerre sociale » dévasta le pays. Les cités alliées de Rome créèrent une confédération italique dirigée par un Sénat élu. Ils levèrent une puissante armée et partirent à l’assaut de Rome, pris en tenaille par le nord et le sud. A la fin de la première année de conflit, les confédérés (Marses, Péligniens, Vestins, Picentins, Lucaniens, Apulliens, Samnites, etc.) envahirent la Campanie et menaçaient directement la ville fondée par Romulus. Le Sénat romain prit deux mesures : elle rappela Marius à la tête de l’armée et accorda des concessions aux insurgés (droit de cité). Plusieurs villes italiennes acceptèrent l’offre et mirent bat les armes. 

 Les sénateurs profitèrent de la discorde dans le camp adverse pour rassembler deux armées dont l’une commandée par Sylla. Le général remporta plusieurs batailles et écrasa définitivement les révoltés dans le sud des Apennins et en Calabre en -88. Le Sénat victorieux accorda paradoxalement ce que demandaient ses alliées : la péninsule italienne fut unifiée sous un régime juridique unique. Rome acceptait de bonne grâce ce qu’elle avait refusé de concéder sous la force. Senatus populusque Romanus (SPQR) : « Le Sénat et le peuple romain » le voulait. Sylla apparut comme l’homme providentiel qui avait sauvé Rome grâce à sa détermination et sa hardiesse. L’irrésolution de Marius face aux insurgés dont il semblait comprendre les revendications provoqua le déclin de son prestige. Le peuple romain récompensa Sylla en l’élisant consul en - 88. L’année suivante, le Sénat lui confia le commandement de l’armée mobilisée pour combattre Mithridate le Grand. Le roi du Pont (Turquie) menaçait les Etats alliés de Rome et avait commandité le massacre de 80000 romain en Asie mineure, notamment à Ephèse.

La rivalité avec Sylla

Caius Marius, jaloux de la nomination de son ancien adjoint, intrigua avec les membres du Sénat et mobilisa ses partisans dans les rues de Rome. Le conflit opposait les riches et les pauvres. De graves affrontements avec les fidèles de Sylla causèrent de nombreuses morts dont le fils du second consul Quintus Rufus. Menacé de mort, Sylla quitta la ville et rejoignit son armée stationnée à Nola, prête à embarquer pour l’Asie. On l’avertit alors qu’un plébiscite organisé par le tribun de la plèbe Sulpicius avait attribué le commandement de l’armée à Marius. Il s’agissait d’une violation flagrante de la loi. Décidé à la faire respecter, Sylla mobilisa ses six légions  et marcha sur Rome. Ce faisant, il outrageait également la légalité républicaine. Pour la première fois depuis la création de la cité, des soldats romains en arme pénétrèrent dans l’enceinte interdite de la ville. Selon la légende, Remus avait payé de sa vie cette transgression sept siècles plus tôt, puni des mains de son frère Romulus. Sylla ne subit pas le même sort. Il l’infligea en revanche à ses ennemis.

 Il s’empara de la ville et contraignit le Sénat à voter un sénatus-consulte mettant hors-la-loi ses adversaires. On coupa la tête du tribun Sulpicius et on l’exposa sur le forum. Marius tenta de résister en proposant la liberté aux esclaves qui accepteraient de combattre sous sa bannière. N’obtenant aucun ralliement, il s’enfuit avec quelques proches. Des paysans le découvrirent caché dans les marais pontins au sud de Rome et l’aidèrent à fuir. Marius parvint à gagner l’Afrique. Sylla annula toutes les lois et réformes « démocratiques » introduites par Marius pendant ses consulats. Il renforça les pouvoirs du Sénat composé majoritairement de conservateurs au détriment du peuple. Désormais, une loi devait être préalablement approuvée par le Sénat avant d’être proposée au vote des citoyens.

 Mais, à la fin de son mandat, Sylla ne réussit pas à se faire réélire consul. Les deux nouveaux consuls appartenaient au parti des optimates et des populares, rétablissant une forme d’équilibre institutionnel entre les deux classes de la société. Dépité mais respectueux de la loi, il prit la tête de son armée et parti combattre Mithridate en Orient. Pendant l’absence de son rival, Marius retourna en Italie en -87. Agé de soixante dix ans, il aspirait encore à jouer un rôle politique. Il fit alliance avec le consul Cinna qui avait été démis de ses fonctions par le Sénat pour avoir amnistié des partisans de Marius. Les deux hommes levèrent une armée, encerclèrent Rome, vainquirent deux légions venues à son secours. La ville affamée capitula. Marius et Cinna dressèrent des listes de proscrits. Les disciples de Sylla qui ne parvinrent pas à s’échapper furent exécutés. En -86, ils s’autoproclamèrent consuls. Mais, treize jours après le début de son septième mandat, Marius décéda pour une cause inconnue (suicide ou crise éthylique). Cinna gouverna encore quatre ans avant d’être massacré par ses propres soldats. Sylla revenu d’Orient s’empara du pouvoir et instaura une dictature cruelle.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

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