Charlemagne

Il est décédé le 

Elle est décédée le

28 Janvier 1001
814
Charlemagne. Illustration de Marc Daniau.

Roi des Francs et empereur d’Occident, né à une date (entre 742 et 748) et dans une ville inconnue, décédé à Aix-la-Chapelle. Il n’est pas aisé de démêler le vrai du faux à propos de ce personnage historique hors norme que la France et l’Allemagne se disputent. Quand il régna, il y a douze siècles, les Etats-Nations tels que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas.

 Vaine querelle en paternité ! Le débat sur la « nationalité » de ce Karolus Magnus, « Charles le grand » en latin, n’a en réalité aucun sens. Sa biographie comporte d’importantes lacunes. A ce jour, les historiens s’opposent sur l’année et le lieu de sa naissance. Le débat n’est pas seulement académique : certains chercheurs affirment qu’il serait né avant le mariage religieux de ses parents, Pépin le Bref, roi des Francs de 751 à 768 et Bertrade de Laon, dite « Berthe au grand pied ».  Dans ce cas, sa naissance aurait été illégitime. Quelle que soit la vérité, ses contemporains semblèrent ignorer ces faits supposés.

 Le 9 octobre 768, à la mort de Pépin le Bref, le royaume des Francs était composé de la région située entre la Seine et le sud de la Saxe, de l’Austrasie (territoire entre le Rhin et la Wieser), de la Neustrie (entre la Loire et la Seine), de la Bourgogne, de la Provence, et des duchés semi-autonomes d’Aquitaine, de Bavière et de Frise. Ses fils Carloman et Charles se partagèrent le pays. Le premier reçut la Neustrie, la Bourgogne et l’Aquitaine. Le second hérita des autres provinces. L’année suivante, l’Aquitaine incluse dans la partie héritée par Charles proclama son indépendance. Le roi Charles 1er monta seul une expédition. Il obtint la soumission totale de la province rebelle.

Roi des Francs et des Lombards

Trois ans plus tard, Charles 1er dut relever un défi autrement plus grave. En 771, son frère Carloman 1er mourut brutalement dans son château de Samoussy, près de Laon. Certains historiens avancent qu’il aurait été assassiné par Charles 1er. Comme la loi de succession le prévoyait, les deux jeunes fils du disparu devaient hériter du royaume. Mais, pour éviter un nouveau morcellement, Charles 1er envahit les terres de son défunt frère et les incorpora de force à son propre domaine, reconstituant ainsi le royaume des Francs dans les frontières de 768. Un long règne de 46 ans débuta. Les ducs, comtes, marquis et autres vassaux qui l’avaient soutenu contre son frère exigeaient désormais leur dû. En outre, pour maintenir l’ordre et la paix dans les nouveaux territoires conquis et transcender les particularismes locaux, Charles 1er devait acheter la fidélité des anciens partisans de Carloman 1er. Les caisses de l’Etat étant vides, le roi  les fidélisa en cédant à ses affidés des terres qu’ils restitueraient à leur mort.

 La guerre de pillage était également un autre moyen pour maintenir les liens avec les vassaux. Charles 1er  décida d’agrandir son royaume au détriment des voisins belliqueux et des peuples païens. Après avoir annexé l’Aquitaine, il entreprit de combattre les Lombards qui avaient installé leur royaume dans le nord de l’Italie et aspiraient à s’étendre vers le sud de la Péninsule, menaçant les Etats de l’Eglise. A l’appel du chef de la papauté Adrien 1er dont les Francs étaient les protecteurs depuis le règne de Pépin le Bref, Charles 1er franchit les Alpes à la tête d’une puissante armée. Il mit le siège devant Pavie et occupa la plaine du Pô. Le 5 juin 774, il se proclama roi des lombards. Désormais, il porta le titre de Gratia dei Rex Francorum et Langodobardorum (« Roi des Francs et des Lombards par la grâce de Dieu »).

 Après cette victoire aisée, Charles 1er décida de se lancer à la conquête de la Saxe, un grand  territoire situé entre la rive droite du Rhin et l’actuel Danemark. Il prétendait vouloir convertir au christianisme les peuples saxons toujours adeptes des religions païennes. Huit siècles plus tôt, les Germains avaient vaincu les légions du général romain Varus qui voulait leur imposer un mode de vie qu’ils exécraient. Charles 1er subirait-il le même sort ? On put le penser tant le conflit fut indécis, entrecoupé de victoires franques éphémères et de révoltes saxonnes victorieuses. Une guerre longue et meurtrière opposa pendant trente deux ans les Francs et les Saxons. Mais l’affaire tourna à l'avantage du roi franc. Les saxons acceptèrent de se soumettre définitivement en 804.

 Pendant plusieurs décennies, Charles 1er guerroya sur plusieurs fronts. En 778, il répondit à l’appel de plusieurs gouverneurs musulmans en révolte contre l’émir de Cordoue. En échange de l’intervention militaire franque en leur faveur, les rebelles promirent de lui livrer la ville de Saragosse. Les envoyés jurèrent l’avoir conquise de haute lutte. Le roi franc accepta le marché. Au printemps, une armée traversa les Pyrénées et se dirigea vers la cité promise. Arrivé sur place, il constata qu’elle était toujours entre les mains des forces loyalistes. S’estimant trahi et craignant l’arrivée prochaine de l’armée de l’émir de Cordoue, les Francs décidèrent de quitter l’Espagne, après avoir pillé la ville de Pampelune. Sur le chemin de retour, dans les Pyrénées, au col de Roncevaux l’arrière garde de l’armée de Charles 1er tomba dans une embuscade tendue par des montagnards basques, par des habitants de Pampelune et sans doute par les anciens alliés musulmans du roi Franc. Roland, le préfet de la marche de Bretagne, perdit la vie dans l’échauffourée. Trois siècles plus tard, La chanson de Roland, première œuvre épique de la littérature française, conta la légende de sa mort glorieuse en luttant contre l’Islam. Il s’agissait alors de galvaniser les combattants de la première croisade partis « libérer les lieux saints à Jérusalem».

 L’armée de Charles 1er  subit un échec relatif en Espagne. Comme on l’a vu, elle s’enlisait en Saxe. En revanche, elle soumit le duché de Bénévent en Italie en 780, les Frisons en 785,  la Bavière en 788, l’Istrie en 791, enlevée aux Avars, un peuple originaire de Turquie, installé dans l’actuelle Croatie et Hongrie. Charles 1er imposa également le paiement d’un tribut aux peuples et tribus slaves  établis entre la mer Baltique et la mer Adriatique, à l’ouest de l’Elbe et du Danube. Dans l’ancienne Gaule, seule la Bretagne avait pu préserver son indépendance. De même Venise sauvait sa liberté grâce à sa lagune difficile à conquérir et à son argent. Mis à part ces deux exceptions, et hors l’Espagne sous domination musulmane, le royaume franc dominait l’Europe occidentale : il s’étendait des Pyrénées à la rive gauche de l’Elbe et du sud de la péninsule danoise au Latium en Italie.

Empereur romain d’Occident

En Europe orientale, l’empire Byzantin, héritier de l’empire romain d’Orient, affaibli par l’expansion arabo-musulmane, peinait à assurer la protection des chrétiens et de la papauté installée à Rome face à ses nombreux ennemis. En outre, le trône impérial était occupé à Constantinople par une femme, Irène de Byzance qui s’était emparée du pouvoir au détriment de son fils  Constantin VI à qui on avait crevé les yeux. Le pape Léon III estimait que seul un homme pouvait revêtir la pourpre impériale. Il considérait la charge vacante et refusait de reconnaître l’autorité d’Irène, une usurpatrice criminelle selon lui. Le temps n’était-il pas venu de reconstituer l’ancien empire romain d’Occident autour du vaste Etat opportunément créé par Charles 1er? Après de longues négociations avec le roi des Francs, la cérémonie se déroula dans l’église Saint-Pierre à Rome, le 25 décembre de l’an 800. Elle ne se déroula pas selon le rituel byzantin prévu initialement. La foule devait d’abord acclamer Charles 1er. Ensuite le pape devait le couronner avant de s’agenouiller devant le nouvel empereur. Léon III procéda différemment en inversant les actions. Il déposa subitement la couronne impériale sur la tête du roi alors que ce dernier priait. Il proclama  en latin « Karolus, serenissimus augustus, a Deo coronatus, magnus et pacificus imperator, Romanum gubernans imperium, qui et per misericordiam Dei rex Francorum et Langobardorum (Charles, auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur gouvernant les Romains, roi des Francs et des Lombards)». Charles 1er devenait Charlemagne. La foule composée de clercs et religieux Romains et Francs réunie dans la basilique acclama le nouvel empereur romain. Le pape enfin se prosterna. L’inversion du rite était délibérée. Léon III affirmait la prépondérance du pouvoir spirituel de l’Eglise sur le pouvoir temporel incarné par le nouvel empereur, ouvrant ainsi un conflit millénaire entre le pouvoir impérial et la dignité pontificale.  

La renaissance carolingienne

Pour donner une cohésion à ce vaste Empire de plus d’un million de kilomètres carrés, peuplé d’une vingtaine de millions d’habitants parlant des langues différentes, aux intérêts divergents, Charlemagne créa une administration dirigiste. Il installa sa capitale et son gouvernement à Aix-la Chapelle (Aachen en allemand), au centre de son royaume. Des fonctionnaires nommés par l’empereur administraient des comtés. Ces comtes levaient des taxes et percevaient des impôts, rendaient la justice, procédaient à l’enrôlement militaire en cas de conflit. En échange de leurs services, ils exploitaient à leur profit les terres agricoles impériales. Une fois l’an, au printemps en général, l’empereur convoquait les ducs, comtes, évêques, hommes libres en arme et autres grands personnages du royaume pour discuter des affaires de l’Etat. Après avoir écouté les uns et les autres, il publiait ses décisions appelées « capitulaires ». Ces véritables édits avaient valeur légale et s’imposaient à tous. Un corps d’inspecteurs, les missi dominici (« les envoyés du maître »), veillaient à leur bonne application partout dans l’Empire.

 Charlemagne étendit le serment de fidélité à tous les échelons de la société. Un homme libre jurait obéissance sur l’Evangile à un seigneur plus puissant. Ce dernier en échange d’un service assurait la protection de son vassal. Tout l’édifice social, de l’homme indépendant à l’empereur, fonctionnait selon ce système qui annonçait le régime féodal. Le règne de Charlemagne coïncida également avec un renouveau des arts et des lettres. S’inspirant de l’antiquité romaine, il considérait que les élites de son empire devaient parler la même langue. Il créa de nombreuses écoles ouvertes aux enfants pauvres mais doués. Il réforma l’écriture, inventa un caractère sans empâtement  « la caroline », multiplia les ateliers de copiste. Les historiens évaluent à cinq cents le nombre d’églises et de monastères qui furent édifiés pendant son règne.

 Charlemagne eut de nombreuses concubines et cinq épouses officielles : Himiltrude (répudiée en 769), Désirée de Lombardie (répudiée en 771), Hildegarde de Vintzau (décédée en 783),  Fastrade de Franconie (décédée en 794), Luitgarde d’Alémanie (décédée en 800). Dix sept enfants naquirent viables de ces unions. Seuls sept d’entre eux moururent après Charlemagne. Deux deuils cruels ternirent la fin de sa vie et menacèrent la dynastie carolingienne. Son fils aîné Pépin qui portait le titre de roi d’Italie et son cadet Charles moururent en 810 et 811. En 813, sentant sa mort prochaine, Charlemagne convoqua une assemblée des grands du royaume à Aix-la-Chapelle. Selon la coutume franque, il demanda à l’assistance d’élire par acclamation son dernier fils Louis au trône d’empereur. Il posa lui-même la couronne sur la tête de son héritier, défiant ainsi l’Eglise romaine qui bouda la cérémonie. Quelques mois plus tard, l’empereur romain d’Occident décéda. Son fils Louis dit le Pieux lui succéda. Il tenta de poursuivre l’œuvre de son père mais ne put empêcher la dislocation de l’Empire, en proie à des forces centrifuges et à des querelles de succession.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration: Marc Daniau

Demain : Paul Barras

masculin
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23 Décembre 2016 - 10:31am

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16 Janvier 2015

Henri Beaugé-Bérubé

Résistant français, né le 6 septembre 1920 à Brest Finistère, décédé à Paris, à l'âge de 94 ans.

Né au sein d'une famille bretonne de neuf enfants, Henri Beaugé-Bérubé répondit à l'appel du général de Gaulle et le rejoignit à Londres dès le premier juillet 1940. Il s'engagea avec son frère cadet Jacques dans les Forces françaises libres. Jacques, décédé en 2006, fut gravement blessé à la bataille d'El Alamein en Libye en novembre 1942. Il perdit l'usage de ses mains et devint aveugle. Après la guerre, il devint diacre et écrivit des ouvrages sous le nom de Jacque Lebreton.

 Henri participa également aux épopées des Français libres. Sa conduite au feu lui valut d'être fait Compagnon de la Libération par le chef de la France libre. François Hollande, président de la république, a tenu à lui rendre hommage dans un communiqué publié vendredi soir : " Henri Beaugé-Bérubé était un héros de la libération de la France. Avec lui disparaît un des derniers compagnons de la libération. Cet élève des Arts et Métiers n'avait pas supporté de voir la France à terre et, à vingt ans, il fut l'un des premiers à rejoindre le Général de Gaulle dès le 1er juillet 1940. Pendant cinq années, il a combattu sur tous les fronts de la guerre pour vaincre le nazisme. Cet homme d'honneur et de devoir était aussi un homme de culture et du partage. Il a participé à la création des parcs nationaux et fut l'animateur du centre culturel de l’abbaye de Fontevraud. Je salue la mémoire de ce grand Français et je m'associe à la douleur de sa famille et de ses proches".

16 Janvier 1986

Jean Cassou

Ecrivain et résistant français, né le 9 juillet 1897 à Deusto (Espagne), décédé à Paris, à l’âge de 88 ans. Fait Compagnon de la libération par le général de Gaulle. Fondateur du Musée national d’art moderne de Paris. Grand Prix national des lettres en 1971 pour l’ensemble de son œuvre.

16 Janvier 2002

Jean Elleinstein

Historien et homme politique français, né le 6 août 1927 à Paris, décédé à Paris, à l’âge de 74 ans. Spécialiste du communisme, il publia Une histoire de l’URSS en quatre tomes (1972-1975). 

16 Janvier 2011

Joseph Poli

Journaliste français, né le 14 avril 1922 à Marseille, décédé à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), à l’âge de 88 ans. Il présenta l’édition de la nuit du journal de TF1 de 1979 à 1988.

16 Janvier 2001

Laurent-Désiré Kabila

Homme d’Etat congolais, né le 27 novembre 1939 à Likasi (Congo-belge), mort assassiné à Kinshasa, à l’âge de 61 ans. Président de la République démocratique du Congo du 17 mai 1997 au 16 janvier 2001, date de son assassinat par un enfant-soldat membre de sa garde rapprochée.

16 Janvier 1989

Pierre Boileau

Ecrivain français, né le 28 avril 1906 à Paris, décédé à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes), à l’âge de 83 ans. Il écrivit en collaboration avec Thomas Narcejac une cinquantaine de romans policiers dont plusieurs furent adaptés au cinéma.

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