Claude Autant-Lara

Il est décédé le 

Elle est décédée le

5 Février 2000

Cinéaste français, né le 5 août 1901 à Luzarches (Val-d’Oise), décédé à Antibes (Alpes-Maritimes), à l’âge de 98 ans. Pionnier du cinéma parlant dans les années 1930, il réalisa en cinquante ans de carrière une quarantaine de films populaires dont le célèbre La Traversée de Paris. Incarnation du cinéma français dit « de qualité », il fut sévèrement critiqué par les cinéastes de la « Nouvelle Vague ». En 1989, l’ancien libertaire fut élu député européen du Front national et tint des propos antisémites.

Claude Autant-Lara vit le jour au sein d’une famille aisée et intellectuelle : son père Edouard Autant était un architecte, sa mère Louise Lara comédienne à la Comédie-Française. Le jeune adolescent trop jeune pour monter au front échappa de peu à la Grande Guerre. Il étudia au lycée Janson-de-Sailly à Paris, en Angleterre puis à l’Ecole des arts décoratifs. Mais fasciné par le cinéma, un art nouveau en plein développement, il abandonna le projet de devenir sculpteur. Il travailla d’abord comme décorateur de théâtre, responsable des costumes puis en 1920 assista le cinéaste Marcel l’Herbier pour le film L’homme du large. En 1923, il devint l’assistant du réalisateur René Clair dans Paris qui dort et dessina pour Jean Renoir les décors de Nana (1926). Le jeune homme qui avait appris son métier sur le tas, comme cela était la règle à l’époque aspira à passer derrière la caméra. La petite histoire du cinéma retiendra qu’il fit jouer le poète Antonin Artaud dans Faits divers le premier court-métrage qu’il réalisa en 1923 avec le soutien financier de Marcel l’Herbier. En 1931, pour son premier long-métrage, il dirigea aux Etats-Unis la star d’Hollywood Buster Keaton dans Buster se marie, la version française du film. Claude Autant-Lara avait tenté sa chance aux Etats-Unis. L’échec en 1928 de son court-métrage Construire un feu - réalisé selon un onéreux procédé révolutionnaire l’hypergonar ancêtre du cinémascope - l’avait ruiné. La profession l’accusa de concurrence déloyale, obtint l’interdiction puis la destruction du film. Aux Etats-Unis, il réalisa également les versions françaises du Plombier amoureux (1932) toujours avec Buster Keaton et de L’Athlète incomplet avec Douglas Fairbanks Jr.

 Mais, déçu par le management américain, le cinéaste revint en France où il tourna quelques courts-métrages et enfin son premier film Ciboulette, une comédie musicale adaptée d’une opérette. Nouvel échec. Après une traversée du désert de cinq ans pendant laquelle il se mit au service des autres cinéastes, il coréalisa avec le producteur Maurice Lehmann plusieurs films dont L’affaire du courrier de Lyon (1937), inspiré d’une histoire vraie, Le Ruisseau (1938) et Fric Frac (1939) avec Fernandel.

Trop jeune pour participer à la première guerre mondiale, trop vieux pour combattre lors de la seconde, Claude Autant-Lara réalisa quatre films pendant l’Occupation : Le mariage de Chiffon (1941), Lettres d’amour (1942), Douce (1943), Sylvie et le fantôme (1945) des comédies avec Odette Joyeux dans le rôle principal qui plurent au public. Ses films à leur manière se moquaient de la bourgeoisie et des piliers de l’idéologie pétainiste, la famille, les religions, les hiérarchies sociales. Inquiété à la Libération pour avoir qualifié des juifs de « parasites » pendant l’Occupation, il échappa à l’épuration. Apprécié par le poète Paul Eluard et les communistes qui jugeaient son œuvre subversive, Autant-Lara adhéra à la fédération du spectacle CGT dont il fut un des dirigeants jusqu’en 1963.

 Sa renommée s’accrut après l’adaptation au cinéma du roman de Raymond Radiguet Le Diable au corps. Interprété par Micheline Presle et Gérard Philipe, le film, « ignoble » selon des critiques qui demandèrent son interdiction, fut accusé pêle-mêle d’exalter l’adultère, d’humilier la famille et de prôner l’antimilitarisme. Sous la pression des ligues de vertu et de l’église, de nombreuses villes interdirent sa projection. A Bruxelles, l’ambassadeur de France quitta la salle où il était diffusé. Les films suivants suscitèrent également des réactions passionnées. La censure obligea le retrait d’une réplique de L’Auberge rouge (1951), une comédie noire avec Fernandel. Des députés protestèrent contre Le Blé en herbe (1954) d’après le roman de Colette qui contait les amours entre un jeune adolescent de quinze ans et une quadragénaire. Adapté du roman éponyme de Stendhal, Le Rouge et le noir remporta un grand succès public mais fut étrillé par François Truffaut dans Les Cahiers du cinéma. Le critique et futur chef de file de la « Nouvelle Vague » reprocha au film d’être englué dans l’académisme et d’incarner la « tradition de la qualité » française, assimilée à du conservatisme et du mépris. Le commentaire laissa de marbre les spectateurs. Un public nombreux se pressa dans les salles de cinéma pour voir le film. Deux ans plus tard, ils furent plusieurs millions à assister à la projection de La Traversée de Paris avec André Bourvil, Jean Gabin et Louis de Funès. Cette chronique de la France occupée racontait l’histoire d’un chauffeur de taxi au chômage et d’un peintre célèbre, contraints pour diverses raisons de livrer à un trafiquant du marché noir un cochon découpé et enfermé dans quatre lourdes valises. Leur aventure tragi-comique d’une nuit dans les rues de Paris fut le prétexte à montrer des hommes prêts à toutes les lâchetés pour survivre. Le film réunit près de cinq millions de spectateurs, un des plus grands succès du cinéaste. François Truffaut lui trouva également quelques mérites, jugeant que « peu de films nous ont, comme celui-là donné à réfléchir sur le Français moyen ». En 1958, il réunit le vétéran Jean Gabin et la jeune Brigitte Bardot dans le sulfureux pour l’époque En cas de malheur. En 1959, il adapta La Jument verte de Marcel Aymé avec André Bourvil dans le rôle-titre. Son Tu ne tueras point, inspiré de l’histoire vraie d’un objecteur de conscience fut interdit de projection en France pendant la guerre d’Algérie. Il sortit en 1963, un an après la fin du conflit.

Adhésion aux thèses du Front national

La carrière cinématographie de Claude Autant-Lara déclina les années suivantes. Certes, il tourna encore une douzaine de films dont un convenu Comte de Monte Christo (1961), adapté du roman d’Alexandre Dumas et Le Franciscain de Bourges en 1968. Sept ans après la sortie de son dernier film Gloria (1977), un mélo moqué par la critique et boudé par le public, le cinéaste publia un livre de mémoires La rage dans le cœur dans lequel il exhala son amertume contre la profession et les évolutions sociétales de son époque. Dénonçant « le pool judéo-parpaillot » et stigmatisant « la bouillabaisse multiraciale » l’ancien libertaire adhéra au Front national de Jean-Marie Le Pen. En juin 1989, il fut élu député européen du parti d’extrême-droite. En sa qualité de doyen de l’assemblée – il avait 88 ans -, il prononça le discours d’ouverture de la nouvelle législature. La majorité de ses collègues quitta la salle pour ne pas l’écouter. Quelques jours plus tard, il démissionna comme prévu, semble-t-il. En septembre de la même année, il provoqua une polémique en déclarant à propos de Simone Veil, ancienne ministre de la santé et auteure de la loi autorisant l’avortement, « Que vous le vouliez ou non, elle fait partie d'une ethnie politique qui essaie de s'implanter et de dominer… Oh elle joue de la mandoline avec ça [les camps de concentration]. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien… Bon alors quand on me parle de génocide, je dis, en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! » Ses déclarations semblèrent valider les accusations du producteur de film Pierre Braunberger qui accusa Autant-Lara de l’avoir dénoncé pendant l’Occupation parce qu’il était juif. Une triste fin de vie pour un homme qui dans ses films avait souvent lutté contre les préjugés, les va-t-en-guerre, les institutions oppressantes ou mutilantes, l’hypocrisie sexuelle. Sa vieillesse fut un lent naufrage.

J.-P.G.

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