Duc de Richelieu

Il est décédé le 

Elle est décédée le

4 Décembre 1642

Homme d’Etat français, né le 9 septembre 1585 à Paris, décédé à Paris à l’âge de 57 ans. Premier ministre de Louis XIII, il mit au pas la noblesse, réprima les protestants et fut l’un des inventeurs de la monarchie absolue et de la toute-puissance de l’Etat, annonçant le règne de Louis XIV.

 Armand Jean du Plessis naquit dans une famille d’ancienne noblesse impécunieuse, originaire du Poitou et de Paris. Son père François du Plessis, seigneur de Richelieu (Poitou), occupait la fonction le Grand prévôt de France. Capitaine des gardes d’Henri IV, il assurait la police à la cour et, dans ce cadre, commandait les troupes de la maison militaire du roi. Sa mère, Suzanne de La Porte, était la fille d’un avocat au Parlement. Alors qu’il était encore enfant, son père mourut d’une fièvre subite. Dans les pas de son géniteur, le jeune Armand se destinait au métier de soldat. Son oncle qui se chargea de son éducation l’envoya dans une académie équestre où l’on formait les gentilshommes à la carrière militaire. A l’âge de 20 ans, sa vie prit un tour inattendu. Son frère aîné qui avait choisi la prêtrise décida de devenir moine à la Grande Chartreuse. Il renonçait à l’évêché de Luçon qui avait été donné à la famille vingt ans plus tôt par le roi Henri III.

 Menacée de perdre les revenus que procuraient les terres du diocèse, la famille demanda à Armand d’embrasser la carrière religieuse. Le goupillon plutôt que l’épée. Le jeune homme, frêle et maladif, accepta. Après de courtes études de théologie, il était nommé évêque de Luçon en décembre 1606 par Henri IV. Agé de 22 ans, soit quatre ans de moins que l’âge requis, il ne pouvait pas occuper cette fonction. Il se rendit à Rome et demanda une dérogation papale. On la lui accorda et il reçut au Vatican l’investiture canonique, en avril 1607.

Un fidèle de la reine-mère

Il put alors donner libre court à son habileté et à ses grands talents de diplomate. Il noua des liens d’amitié avec un moine capucin influent, François Leclerc du Tremblay plus connu sous le nom de père Joseph qui le servit. Son ascension politique s’accéléra en 1614 quand il se fit élire député du clergé aux Etats-Généraux qui se réunirent à Paris en novembre 1614, à la majorité de Louis XIII (13 ans). Il accrut sa notoriété en devenant le porte-parole de l’assemblée. Son intelligence et ses dons de négociateurs séduisirent Marie de Médicis, la régente et reine mère. En novembre 1615, elle le nomma Grand Aumônier auprès de la reine Anne d’Autriche, épouse de son fils Louis XIII. En novembre 1617, elle le promut ministre des Affaires étrangères. Il participa aux délibérations du Conseil du roi et se rapprocha de Concini, le favori de la reine-mère, et, officieusement, le premier des ministres.

 Jaloux de son influence auprès de sa mère, irrité par son arrogance, vexé d’être humilié, le jeune roi fit assassiner le flamboyant italien en avril 1617 par les spadassins du duc de Luynes. Il bannit Marie de Médicis à Blois et écarta ses proches du gouvernement du pays. La carrière politique de l’évêque de Luçon semblait terminée. Le croisant au Louvre, Louis XIII l’interpella vivement : « Me voila délivré de votre tyrannie ». Richelieu suivit en exil la reine mère à Blois. Il sollicita le duc de Luynes, nommé connétable de France par le roi, et tenta une médiation pour réconcilier la mère et son fils. L’échec des négociations provoqua la méfiance de la reine-mère et la colère du roi. Expulsé en Avignon par Louis XIII en avril 1618, Richelieu, craignant pour sa vie, rédigea son testament. Le destin vint à son secours.

 En février 1619, Marie de Médicis s’échappa du château de Blois où elle vivait en résidence surveillée. Elle prit la tête d’une rébellion aristocratique. Le duc de Luynes chargea Richelieu de trouver un accommodement entre la reine-mère et Louis XIII. En avril 1619, la mère et son fils conclurent le traité d’Angoulême qui scellait la fin de leur « guerre ». La trêve dura moins de un an et reprit l’année suivante avec en toile de fond la reprise du conflit avec les protestants. Elle se solda par la défaite militaire des nobles conduits par Marie de Médicis, Richelieu arbitrant entre les deux parties parvint à se rendre indispensable aux uns et aux autres et à affermir une réputation d’arbitre entre les factions. La mort du duc de Luynes au siège de Montauban tenu par les protestants en décembre 1621, créa un vide politique que la reine-mère s’employa à occuper. Elle s’entremit auprès du pape afin que Richelieu fût nommé cardinal en 1622. Réconciliée avec son fils, elle intrigua pour que son protégé intégrât le Conseil. Elle obtint satisfaction en avril 1624.

L’inventeur de la monarchie absolue

Marie de Médicis n’imaginait pas que l’homme qui lui devait tant et qu’elle croyait dominer s’affranchirait de son influence. Désormais, Richelieu consacra son énergie et son intelligence à affermir le pouvoir royal face aux forces disparates qui prétendaient le réduire. Occupant les fonctions de premier des ministres de Louis XIII, il fut l’un des inventeurs de la monarchie absolue qui atteignit son apogée les décennies suivantes, avec le Roi-Soleil, Louis XIV. Au nom de la raison d’Etat, il décida de réduire la puissance des protestants. Il ne remettait pas en cause leur religion mais il leur déniait le droit de créer un Etat dans l’Etat. Il assiégea pendant un an la place forte de La Rochelle où s’étaient retranchés les réformés. Il affama la population dont la majorité périt. La reddition de la ville mit fin à l’autonomie politique et militaire des protestants. Néanmoins, la liberté de culte fut confirmée par l’édit de grâce d’Alès (1629).

 Il affaiblit la noblesse et les prétentions des Grands à participer au gouvernement du royaume. Il supprima les hautes charges, fit raser deux mille châteaux-forts, interdit les duels, condamna à mort de nombreux nobles qui complotaient contre le roi ou l’Etat. Il renforça le pouvoir de contrôle et de coercition des intendants dans les domaines fiscaux, policiers et judiciaires. Il usa de tous les moyens à sa disposition pour arriver à ses fins. Il négocia quand cela était possible. Il usa de la force souvent. Paysans ou aristocrates, riches ou pauvres, tous subirent sa férule.

 Sur le plan extérieur, il lutta contre la prépondérance autrichienne en Europe. En contradiction avec sa politique intérieure, il n’hésita pas à s’allier avec des Etats protestants allemands contre les Habsbourg catholiques pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Le royaume de France finança également la Suède et la Hollande engagées dans le conflit du côté des protestants. Marie de Médicis qui était à la tête du parti dévot se sentit trahie par cette politique contraire à ses vœux. Le 10 novembre 1630, elle demanda à Louis XIII, un catholique fervent comme elle, le renvoi du cardinal, lui disant : « Préférez vous un laquais à votre propre mère ? » Elle pensa avoir convaincu son fils et se préparait à revenir au pouvoir encore plus forte qu’auparavant, entourée de nobles revanchards qui se partageaient déjà les places. Le garde des sceaux, Michel de Marillac, poussé par la reine-mère, complotait pour occuper le poste du cardinal.

 Richelieu se crût perdu. Il envisagea de fuir pour sauver sa vie. Son ami le cardinal de La Valette lui déconseilla d’abandonner la partie. L’après-midi, le duc rencontra secrètement le roi dans son pavillon de chasse à Versailles. Le lendemain, 11 novembre, à la surprise générale, Louis XIII renouvelait sa confiance à Richelieu en expliquant : « je suis plus attaché à son Etat qu’à ma mère ». La « journée des dupes » se conclut par le fiasco des comploteurs. Les participants à la cabale contre le cardinal, y compris le Garde des sceaux, furent arrêtes. La reine assignée à résidence partit en exil en février 1631.

Un royaume affermi

Après avoir rétabli l’autorité du roi en France, renforcé la politique coloniale en Afrique et aux Amériques, fondé l’Académie française, Richelieu poussa à la guerre contre l’Espagne en 1635. Les premiers engagements tournèrent en défaveur de l’armée française. Mais, Richelieu mobilisa les énergies et augmenta les impôts pour créer une flotte de guerre permanente. En 1640, la monarchie espagnole était sur la défensive avec la sécession de la Catalogne et du Portugal. Cette année-là, la France conquit l’Alsace et l’Artois, deux possessions de la maison des Habsbourg et en 1642, le Roussillon. Le prince Louis II de Condé remporta de brillantes victoires à Rocroi (1643), à Fribourg (1644), à Nördlingen (1645) et Lens (1648). Richelieu ne put assister au triomphe de sa politique étrangère. Malade depuis de longues années, souffrant de diverses pathologies chroniques (gonorrhée, goutte, tuberculose), le cardinal décéda en 1642 d’une tuberculose pulmonaire, à l’âge de 57 ans. A l’annonce de sa mort, le peuple alluma des feux de joie pour fêter l’événement. Comment le lui reprocher : le cardinal avait pressuré les français pour bâtir un Royaume fort alors qu’il s’était pour sa part enrichi grassement, laissant une fortune de 16 millions de livres. Son bras droit, Jules Mazarin lui succéda.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Mozart

masculin
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