Eric Tabarly

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Juin 1998

Navigateur et officier de marine français, né le 24 juillet 1931 à  Nantes (Loire-Atlantique), disparu en mer d’Irlande, à l’âge de 66 ans. Le nom du navigateur breton est indéfectiblement lié aux succès remportés à la course à la voile au large, grâce auxquels il a mis fin à l’hégémonie britannique dans les années 1960.

 Eric Tabarly est à l’origine d’une véritable école française. Sur les divers bateaux de sa riche carrière, il a eu comme équipiers ceux qui écrivirent ensuite les belles heures de la voile française : Alain Colas, Olivier de Kersauson, Marc Pajot, Titouan Lamazou, Gérard Petipas, Eric Loizeau, Michel Desjoyaux, Philippe Poupon, Jean Le Cam, etc. Navigateur hors du commun qui a construit son palmarès grâce à ses exceptionnelles qualités physiques et une grande science tactique de la course, Eric Tabarly a également marqué l’évolution de la voile par ses audaces technologiques. Passionné d’architecture maritime, il s’est servi de tous les progrès de la technique pour améliorer les performances de ses différents Pen Duick pendant une bonne décennie, jusqu’à son fameux hydroptère en 1979, un prototype issu de l’aérodynamique qui volait au-dessus de l’eau.

 Son état-civil indique qu’il est né à Nantes. On pourrait préciser qu’il est né sur l’eau, ou presque, puisqu’il navigua régulièrement avec son père dès l’âge de trois ans. Sa passion des bateaux à voile date de ses sept ans, lorsque ses parents achetèrent et remirent en état un vieux yacht abandonné, un bateau conçu par l’architecte écossais William Fife. Son nom - Pen Duick (mésange noire en breton) - et la « philosophie » des plans Fife accompagnèrent toute sa vie de marin. Adolescent, Eric s’opposera à la vente de ce bateau dont l’entretien était devenu trop coûteux pour la famille Tabarly, et il obtiendra finalement de son père qu’il lui offre Pen Duick. Eric a 21 ans, un beau bateau en ruines, des projets maritimes plein la tête, mais pas un sou en poche. Alors il s’engage dans la marine nationale. Pour la solde d’abord, entièrement dédiée aux réparations de Pen Duick. Mais aussi pour rester près de la mer, et même au-dessus puisqu’il intègre l’aéronavale, apprend à piloter et effectue plus de 1000 heures de vol, essentiellement pendant la guerre d’Indochine. A partir de 1958, il est admis à l’Ecole navale, puis à celle des élèves officiers de marine. Son peu de goût pour les études est compensé par ses exceptionnelles capacités sportives, ce qui lui permet de devenir enseigne de vaisseau et de prendre le commandement de bâtiments militaires au début des années 1960.

 Entre-temps, Eric Tabarly a enfin compris que son vieux Pen Duick était irréparable, mais refusant de renoncer, il fait mouler sa coque en stratifié polyester. En 1959, l’élégant voilier est à nouveau en mer, bien plus léger et plus rapide. Après quelques courses prometteuses, le navigateur français envisage alors de participer en 1964 à la célèbre Ostar, une course transatlantique en solitaire trustée alors par les skippers britanniques. Pour s’entraîner puis pour faire la compétition, Eric Tabarly a obtenu un détachement spécial de la Marine nationale. Il a aussi bénéficié d’un prêt amical du chantier naval Constantini pour la construction de Pen Duick II, un ketsch de 13,60 mètres, moitié moins lourd et donc plus maniable et véloce que son Pen Duick d’origine.

 Sa victoire, avec deux jours et vingt heures d’avance sur le favori de l’épreuve, Sir Francis Chichester, est un coup de tonnerre dans le milieu de la course en solitaire. Obligé de barrer en permanence après une avarie de pilote, le Français a montré ses capacités physiques, mais il a aussi imposé ses choix technologiques audacieux face à une concurrence qui estimait ce Pen Duick II bien trop fragile pour affronter l’océan. En France, le modeste officier de marine devient la coqueluche des médias. On l’interviewe et on le décore de la Légion d’honneur.

Ce n’est qu’un début. Avec Pen Duick III, un gigantesque monocoque, il constitue un équipage de neuf hommes et multiplie les victoires, des eaux piégeuses du Fasnet jusqu’aux antipodes, dans la Sydney-Hobart, en montrant qu’il n’est pas seulement un solitaire taciturne mais un magnifique meneur d’hommes. Passionné d’architecture marine, il met en chantier un bateau révolutionnaire pour la Transat 1968. Malheureusement son Pen Duick IV, un multicoque géant porté par une voilure de plus de 100 mètres carrés, ne peut aller au bout, éperonné par un cargo et victime d’une avarie de pilote.

 Avec Pen Duick V, un concentré de technologie de 35 pieds assemblé en un temps record, Eric Tabarly pulvérise le record de la Transpacifique de 1969 (39 jours 15 heures). Le deuxième de la course, Jean-Yves Terlain, n’atteindra la côte du Japon que dix jours après lui.

Héros national

Son Pen Duick VI, un maxi construit pour un équipage d’une quinzaine de personnes, est le grand favori de la Course autour du monde en 1976, mais les espoirs français sont douchés par deux démâtages. Le monde apprend alors avec stupéfaction que Tabarly courra la Transat 76 en solitaire à la barre de ce monstre des mers (600 mètres carrés de voilure au portant). Malgré des conditions météorologiques dantesques et une série d’avaries, le Breton s’arc-boute et, à bout de forces, l’emporte à Newport.

 Un exploit qui propulse encore plus ce marin bourru, ce taiseux aux manières rugueuses, sur le devant de la scène médiatique. Il descend les Champs-Elysées, double Eddy Merckx et Niki Lauda dans le sondage de L’Equipe sur les sportifs préférés de l’année. Sa vie privée s’installe pour longtemps dans les pages glacées des magazines people. Par son courage modeste, il a conquis le cœur des Français.

 Mais la célébrité n’entame pas sa soif de records. En faisant construire le Paul Ricard - financement oblige, le nom du mécène interrompt la série des Pen Duick -, il poursuit la voie ouverte par Pen Duick VI : un trimaran en aluminium d’une envergure de 16,50 mètres, équipé d’hydrofoils pour le faire voler sur les vagues. C’est à sa barre, qu’il bat en 1980 le record de la traversée de l’Atlantique, détenu par Charlie Barr depuis 1905. Moins présent par la suite sur le front des compétitions, Eric Tabarly accompagnera la montée en puissance de plusieurs générations de skippers français de niveau mondial qui furent souvent ses disciples et firent leurs gammes sur Pen Duick VI.

 Sa disparition en mer d’Irlande, au large du Pays de Galles, dans la nuit du 12 au 13 juin 1998, a bouleversé l’opinion publique. Le navigateur breton convoyait en équipage son fidèle Pen Duick à un rassemblement en Ecosse de voiliers issus comme lui des plans de William Fife, père et fils. Projeté en mer à l’occasion d’une manœuvre, son corps n’a été retrouvé que le 20 juillet suivant près des côtes de l’Irlande.

Jean-Jacques Bozonnet

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jean-Baptiste Kléber

masculin
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