Eugène Weidmann

Il est décédé le 

Elle est décédée le

17 Juin 1939

Tueur en série allemand, né le 5 février 1908 à Francfort-sur le-Main, guillotiné à Versailles (Yvelines), à l’âge de 31 ans. Auteur de six meurtres sordides, il fut le dernier condamné à mort guillotiné en public. Son exécution, photographiée et filmée, provoqua des scènes choquantes.

 Né dans une famille de la bourgeoisie aisée de Francfort, le destin d’Eugène Weidmann semblait tracé d’avance. Il suivrait les pas de son père, un homme d’affaire prospère. Mais, son père quitta le domicile conjugal alors qu’il était enfant. Dépassée par les événements ou indifférente au sort de son fils, sa mère le confia à la charge de ses grands-parents. Un fardeau qu’ils se résignèrent à assumer en imposant à Eugène des règles strictes. Elles eurent l’effet inverse de celui souhaité. Eugène commit de nombreux petits larcins, punis par des séjours réguliers dans des maisons de correction.

 Devenu adulte, Eugène tenta sa chance au Canada. Auteur de divers délits, il fut arrêté par la police locale, condamné, emprisonné, puis expulsé vers son pays natal. Il fit croire à sa mère qu’il avait l’intention de créer une entreprise de taxi. Sa mère le crut assagi et finança de bon cœur l’acquisition d’un puissant véhicule qui devait permettre de transporter des clients. L’intention d’Eugène était d’y convoyer les personnes qu’il projetait d’enlever et de semer la police au volant de sa grosse cylindrée.

 Pour son premier coup, il choisit une riche héritière. Il comptait monnayer sa libération en échange du paiement d’une forte rançon. La police fit échouer son projet. Il écopa d’une peine de sept années d’incarcération. En prison, il fit la connaissance de deux français Jean Blanc et François Million qui avaient été condamnés pour trafic de devises, un crime sévèrement puni au lendemain du krach boursier de 1930 qui avait fini de ruiner l’Allemagne. Le trio devint inséparable. En 1936, les français furent libérés. L’année suivante, Eugène Wiedmann bénéficia d’une remise de peine pour bonne conduite.

 Il partit rejoindre à Paris ses compagnons de cellule. Le fait suscite encore aujourd’hui l’interrogation de plusieurs spécialistes. La loi allemande interdisait aux anciens condamnés de quitter le territoire national. Certains estiment que Wiedmann franchit clandestinement la frontière. D’autres, s’appuyant sur le fait que sa famille appartenait au parti national-socialiste, émettent l’hypothèse qu’il travaillait pour la gestapo – Hitler avait accédé au pouvoir en 1933 pendant l’incarcération de Wiedmann. Aucune preuve sérieuse ne vient étayer cette analyse.

 Arrivé en France, Wiedmann prit contact avec Blanc et Million. La bande à laquelle s’était jointe Colette Tricot la maitresse de Blanc décida de procéder à des enlèvements avec demandes de rançons. Ils louèrent à cette fin une villa tranquille La Voulzie, à la Celles-Saint-Cloud, dans la proche banlieue de Paris. Cette année-là Paris accueillait l’Exposition universelle. De riches étrangers affluaient du monde entier pour visiter les 44 pavillons des pays représentés. Wiedmann décida de jouer les rabatteurs. Portant beau, élégant, cultivé, parlant plusieurs langues dont l’anglais, il se fit engager par la direction de l’exposition comme interprète sous le faux nom de Karrer.

 En juillet, il repéra sa première victime. Jean de Koven, une danseuse américaine de confession juive, connue à Broadway, venue avec sa tante à Paris pour l’exposition. Wiedmann qui affirmait s’appeler Bobby Hunter lui proposa une virée en ville. Séduite par le « regard de velours » du jeune homme, rendue confiante par ses manières policées de gentleman, elle accepta. Elle ne s’étonna pas quand son chevalier servant lui proposa de boire un dernier verre dans sa villa. Mais, la boisson contenait des narcotiques. La jeune fille s’endormit. Dès cet instant, Wiedmann se comporta de manière bizarre et irrationnelle. S’il souhaitait échanger la danseuse contre une rançon, la logique voulait qu’il l’enfermât dans une pièce en attendant le versement de la somme réclamée. Or, il l’étrangla immédiatement et enterra son corps sous le perron sans exiger aucune rançon. Le butin consista en un portefeuille contenant quelques billets de banque.

 Le 6 septembre 1937, aidé de Million, il tua d’une balle dans la nuque un chauffeur de maître Joseph Coutty. Là encore le crime rapporta seulement quelques maigres billets. Le 4 octobre, le duo enleva Jeanine Keller une femme de chambre recrutée par une fausse annonce. Transportée dans la forêt de Fontainebleau, la malheureuse y fut assassinée dans des conditions jugées « abominables » par les enquêteurs. Douze jours plus tard, Roger Leblond un impresario à la recherche de fonds fut également supprimé. Le 20 novembre, ce fut au tour de Fritz Frommer, un escroc, de tomber sous les balles de Wiedmann et de finir enterré dans la cave. Le 27 novembre, il tua Raymond Lesobre, un agent immobilier. Tous ces meurtres rapportèrent quelques dizaines de francs seulement.

 La police ayant du mal à faire le rapprochement entre les disparitions et les meurtres, la liste des personnes assassinées aurait pu s’allonger encore sans la ténacité d’un des oncles de Fritz Frommer. Ce dernier ce souvint que son neveu avait évoqué sa rencontre avec un certain Karrer. Les enquêteurs n’eurent aucun mal à retrouver la trace de Wiedmann à La Celles-Saint-Cloud. Le tueur en série les attendait. Il les reçut à coup de pistolet, blessant deux policiers avant d’être touché à son tour. Il avoua ses crimes et dénonça ses complices. En mars 1939, le quatuor comparut devant la cour d’assises de la Seine-et-Oise. Le procès ne permit pas de connaître les motivations réelles d’Eugène Wiedmann. Les psychiatres le cataloguèrent « dégénéré supérieur » ; son avocat Me Moro Giafferi évoqua « les ténèbres » qui l’habitaient. Le 31 mars 1939, Les jurés le condamnèrent à la peine de mort ainsi que Million son complice. Blanc écopait de 20 ans d’emprisonnement alors que Colette Tricot bénéficiait d’un acquittement. Les recours légaux étant épuisés, le sort des deux condamnés à mort était entre les mains du président de la République Albert Lebrun. Le 16 juin, il commua la peine capitale de Million en réclusion à perpétuité. Wiedmann ne bénéficia pas de la grâce présidentielle.

Une campagne xénophobe

Le 17 juin 1939, on le réveilla dans sa cellule de la prison de Versailles. Un des représentants de la justice posa une dernière question au condamné : « Avant de quitter la société des hommes et de vous présenter face au Jugement Divin, une famille en pleurs vous conjure de répondre à cette question, et cela pour la paix de votre âme : avez-vous violé Mademoiselle de Koven ? ». Wiedmann répondit : « Non je ne l'ai pas touchée ! ».

 La guillotine avait été installée devant l’établissement sur la place publique. Une foule nombreuse s’était déplacée pour assister au « spectacle » de l’exécution du « boche ». En effet, une campagne de presse odieuse avait échauffé les esprits populaires contre le représentant de l’ennemi héréditaire. En raison d’un malentendu entre le bourreau Jules-Henri Desfourneaux et le procureur, l’exécution eut lieu non pas dans la pénombre du petit jour mais alors que le soleil était déjà haut à l’ horizon. Les photographes de presse mais aussi des curieux dotés d’appareils photographiques voire de caméras jouaient des coudes pour réaliser le meilleur cliché, le film le plus spectaculaire. Après que le couperet fût tombé, la foule poussa des cris hystériques et déborda le service d’ordre. Selon des témoins, des personnes auraient trempé leur mouchoir dans la flaque de sang au pied de l’échafaud.

 Edouard Daladier, le président du Conseil, choqué par les désordres, décida le 24 juin suivant d’interdire les exécutions capitales en public. Désormais, elles se déroulèrent dans l’enceinte confinée des prisons. Eugène Wiedmann fut le dernier condamné à mort guillotiné en public.

Jean--Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : René Dumont

masculin
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