Félix Eboué

Il est décédé le 

Elle est décédée le

17 Mai 1944

Haut fonctionnaire et résistant français, né le 28 décembre 1884 à Cayenne (Guyane), décédé au Caire (Egypte), à l’âge de 59 ans. Rallié à la France Libre du général de Gaulle, il fut gouverneur général de l’Afrique équatoriale française de février 1941 à février 1944. De Gaulle le fit Compagnon de la Libération. Premier noir gouverneur colonial, il fut également le premier noir inhumé au Panthéon.

Né dans une famille noire de Guyane, émancipée lors de l’abolition de l’esclavage par la IIe République en 1848, fils d’un orpailleur, Félix Eboué suivit de brillantes études à Cayenne. Remarqué, il obtint une bourse et vint étudier à Bordeaux puis à Paris où il intégra l’école coloniale qui formait les administrateurs de la France d’Outre-Mer. Diplômé, il fut affecté en 1910 pour son premier poste à Madagascar puis en Oubangui-Chari (actuelle Centrafrique). Humaniste, membre du parti socialiste, il s’évertua à respecter les traditions des populations africaines et tenta d’améliorer leur sort dans le cadre rigide du système colonial. Après vingt-ans passé en Afrique équatoriale française, il fut muté en Martinique au poste de secrétaire général. En 1936, le gouvernement de Front populaire présidé par Léon Blum le nomma gouverneur de la Guadeloupe. Pour la première fois dans l’histoire de la haute administration française, un noir atteignait un grade aussi élevé. Deux ans plus tard, alors que la guerre menaçait d’éclater en Europe, le gouvernement l’affecta au Tchad avec pour mission de protéger le Congo français contre une éventuelle attaque des pays de l’Axe à partir de Libye italienne. Il s’y trouvait quand la France fut vaincue en juin 1940. Le 18 juin 1940, il fut une des rares personnes à avoir entendu l’appel du général Charles de Gaulle à la résistance le 18 juin. Après un intense travail de propagande en direction des élites politiques, administratives et militaires du Tchad, il annonça le 26 août à la mairie de Fort-Lamy (aujourd’hui Ndjamena) en compagnie du colonel Marchand, commandant militaire du territoire, le ralliement du Tchad à la France libre du général de Gaulle.

 La nouvelle ébranla le régime de Vichy. Enfin, la France Libre pouvait se vanter d’avoir libéré un territoire. Appuyée par ses colonies, elle apparaissait aux yeux des alliés britanniques comme un acteur de poids dans la lutte à mort qui s’annonçait contre les puissances de l’Axe. Défaite sur le continent, la France pouvait reprendre le combat à partir de son Empire africain et indochinois. De Gaulle ne s’y trompa pas. Le lendemain, il adressa une « Citation du Tchad à l’ordre de l’Empire ». Le texte indiquait : « Aujourd’hui, 27 août 1940, 360e jour de la guerre mondiale, je cite à l’ordre de l’Empire, le territoire du Tchad pour le motif suivant : « Sous l’impulsion de ses chefs, le gouverneur Eboué, Gouverneur, et le colonel Marchand, Commandant militaire du territoire, le Tchad a montré qu’il demeurait, par excellence, une terre de Français vaillants. En dépit d’une situation militaire économique particulièrement dangeureuse, le territoire du Tchad a refusé de souscrire à une capitulation honteuse et a décidé de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire. Par son admirable résolution, il a montré le chemin du devoir et donné le signal du redressement à l’Empire français tout entier ». Le 15 octobre 1940, le général de Gaulle se rendit à Fort-Lamy pour une tournée d’inspection. Le 12 novembre, le chef des Français libres le nomma gouverneur général de l’Afrique équatoriale française (AEF) qui regroupait tous les territoires ralliés à la France libre après le Tchad le 26 août : le Cameroun le 27 août, le Congo le 28 août, l’Oubangui-Chari le 31 août. Le Gabon fut conquis par les forces françaises libres le 12 novembre.

Un Français libre en Afrique

Félix Eboué s’installa à Brazzaville avec le colonel Marchand, nommé commandant en chef des troupes. Il transforma l’AEF en base géostratégique à partir de laquelle les forces armées de la France Libre prirent à revers les troupes de l’Axe engagées en Afrique du nord. Le colonel Philippe Leclerc attaqua l’armée italienne dans le Fezzan et en Libye à partir du Tchad. Après un raid de plusieurs milliers de kilomètres, il s’empara en mars 1941 de l’oasis de Koufra. Il y prononça le célèbre serment (tenu) de faire flotter les couleurs françaises sur la cathédrale de Strasbourg. Félix Eboué organisa une armée de 40 000 soldats. Il pourvut à leur équipement et à l’indispensable soutien logistique. Son travail acharné lui valut de recevoir du général de Gaulle en janvier 1941 la croix de l’Ordre de la Libération. Il fut la cinquième personne à recevoir cette prestigieuse décoration.

 Pendant ces années de guerre, Félix Eboué en profita également pour appliquer ses conceptions en faveur de l’émancipation des populations africaines. Convaincu que le conflit mondial et la lutte contre les théories racistes des nazis avaient ouvert une ère nouvelle, l’ancien petit-fils d’esclaves militait pour l’assimilation et l’octroi de droits économiques, sociaux et politiques aux « indigènes ». Il défendit ces positions lors de la Conférence de Brazzaville organisé du 30 janvier au 8 février 1944. Sous son influence, le code d’exception de l’indigénat fut aboli et les participants dont de Gaulle convinrent qu’il fallait favoriser l’assimilation des peuples colonisés. Félix Eboué n’eut jamais l’occasion de connaitre les effets de ses propositions. Sans doute aurait-il été surpris par la vague de décolonisation qui disloqua l’Empire français les décennies suivantes. Après un séjour en Syrie – alors sous mandat français -, il vint se reposer en Egypte avec son épouse et deux de ses enfants. Le 17 mai 1944, il fut terrassé par un accident vasculaire cérébral.

 En 1949, la nation rendit hommage à l’ancien gouverneur en décidant la translation de ses cendres au Panthéon. Félix Eboué fut le premier noir inhumé dans le temple consacré aux Grands hommes. Le 20 mai, sa dépouille y fut déposée en même temps que celle de Victor Schœlcher, l’homme qui avait fait abolir l’esclavage en 1848.

J.-P.G.

Demain : Pierre-Gilles de Gennes

masculin
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