François Nourissier

Il est décédé le 

Elle est décédée le

15 Février 2011

Romancier et journaliste français, né le 18 mai 1927 à Paris, décédé dans la même ville à l’âge de 83 ans. Connu des lecteurs français surtout pour ses romans pessimistes dont Une histoire française,  La Crève, A défaut de génie, il fut une des grandes figures du monde littéraire français dans la seconde moitié du XXème siècle au sein de l’Académie Goncourt dont il fut un membre influent au poste de secrétaire général puis de président pendant six ans.

Fils d’un exploitant forestier de la Meuse, François Nourissier devint orphelin de son père à l’âge de 8 ans. Elevé en  banlieue parisienne puis dans la capitale, il suivit une scolarité brillante au lycée Louis-le-Grand. Hésitant sur son avenir professionnel, il alterna ensuite des études à Sciences-po, à la Sorbonne et à la faculté de droit. Finalement, au lendemain de la seconde guerre mondiale - à laquelle il ne participa pas en raison de son jeune âge – il vécut de petits boulots, notamment dans la publicité. En 1949, le secours catholique l’embaucha pour prendre en charge les réfugiés et les personnes déplacées alors nombreuses dans  les années de l’après-guerre. Cette expérience lui inspira une étude intitulée L’homme humilié. Pendant trois ans, il dirigea le chalet des étudiants à Combloux (Savoie). Mais la passion de la littérature l’habitait. En 1951, il publia un premier roman  L’Eau grise bientôt suivi d’un second La Vie parfaite. Remarqué par les éditions Denoël, il rejoignit en 1952 l’équipe de direction et occupa le poste de secrétaire général jusqu’en 1955, publiant une étude sur Lorca, dramaturge.

 En 1955, François Nourissier prit la direction  de La Parisienne, un célèbre et influent magazine littéraire fondé par Jacques Laurent, un écrivain rattaché au courant de droite dit des « Hussards ». Beaucoup pensaient que François Nourissier appartenait à ce mouvement littéraire dont les figures de proue étaient Michel Déon, Antoine Blondin, Roger Nimier. Par coquetterie peut-être, le nouveau directeur oublia de publier ces auteurs amis, mais commanda des articles à Clara Malraux, Emmanuel Berl ou Edgar Morin, des écrivains plutôt classés à gauche. Sous un pseudonyme, il publia en 1956 Les Chiens à fouetter dans lequel il donnait des conseils à de jeunes romanciers : « Cynique, soyez un cynique méticuleux et sage. Laborieux, soyez-le avec humour. De toute façon, restez toujours en deçà de votre personnage ».

 Après deux ans à la tête de La Parisienne, il démissionna et devint conseiller littéraire de l’éditeur Grasset, une fonction qu’il occupa jusqu’en 1996. Parallèlement à ce rôle stratégique dans la profession, il contribua à bâtir une œuvre personnelle originale.  En 1958, il publia Bleu comme la nuit, un roman inscrit dans un triptyque. Le second volet, Un petit bourgeois (1964), au  ton lugubre et impudique, déplut aux critiques. Nourissier se défendit en revendiquant son droit à étaler ses sentiments : « Je ne suis pas fier de ma vie. Je ne m’aime pas. Voilà ce que crie mon livre ». Le troisième volet, Une histoire française, réconcilia le romancier avec la critique et les lecteurs. L’Académie Française lui décerna son Grand Prix du roman.  En 1965, le jury du prix Femina lui attribua son prix pour La Crève dont le personnage principal était un éditeur, un double de Nourissier peut-être.

 Romancier pessimiste et désenchanté, inquiet  face à l’« horreur de tout ce qui nous guette », il s’insurgea dans Lettre à mon chien (1975) contre Mai 68, un « monceaux de sottises ». En 1974, il appela à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. Bien que situé à la droite de l’échiquier politique, il demeura toute sa vie fidèle en amitié à Louis Aragon. Ce dernier démissionna en 1968 de l’académie Goncourt quand les jurés refusèrent de décerner le prix à François Nourissier.

 Auteur à succès, conseiller influent d’un grand éditeur, François Nourissier renforça son emprise  sur la littérature française en collaborant pendant deux décennies avec plusieurs revues spécialisées et magazines d’information générale. Sa signature apparut au bas de critiques, d’articles ou de reportages publiés dans Les Nouvelles Littéraires, Le Point, Le Figaro, Le Figaro magazine, Paris-Match. Il signa même des critiques cinématographiques dans L’Express. En 1977, il exerça une vraie papauté sur le monde littéraire français après son élection à l’Académie Goncourt sur le couvert de Raymond Queneau qui venait de disparaitre. En 1983, il en devint le secrétaire général et enfin le président en 1996. Celui qui constatait que le « succès ne pardonne pas » se vanta après son élection de jouir « de la volupté de se faire des ennemis ». Les années suivantes, leur nombre augmenta parmi les éditeurs et les écrivains recalés par les jurés du Goncourt. Les uns l’accusaient d’être le « capomafia » des prix, prêts à toutes les manœuvres y compris déloyales pour favoriser ses poulains ; d’autres voyaient en lui « le prince des lettres », au jugement sûr, seulement préoccupé par le rayonnement de la littérature française.

 Atteint de la maladie de Parkinson, François Nourissier qui portait une longue barbe blanche de patriarche publia en 2000 A défaut de génie, un livre d’introspection dans lequel il donna un nom au mal qui le rongeait « Miss P. ». Le temps lui était désormais compté : « J’écris certaines pages de ce livre en état de perdition. Un sang noir irrigue le texte que nulle transfusion ne saurait sauver. Alentour rôdent la maladie, la folie et la mort ». En 2002, il abandonna la présidence de l’Académie Goncourt à son amie Edmonde Charles-Roux, avant d’en démissionner en 2008, après trente ans de présence. Cette même année, il publia son dernier ouvrage Eau-de-feu, un récit clinique sur ses relations difficiles avec sa dernière épouse alcoolique, l’artiste-peintre Cécile Mulhstein, « éponge à chagrin et à liqueur forte », décédée l’année précédente.

 Il s’éteignit en 2011. Une phrase prononcée en 2000 donne peut-être la clé de cet écrivain égocentrique qui ne s’aimait pas : « Moi, le mouton, je me suis fait, au jugé, une tête de loup ».

J.-P.G.

Demain : Ferdinand Buisson

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