Georges Clemenceau

Il est décédé le 

Elle est décédée le

24 Novembre 1929

Homme d’Etat français, né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds (Vendée), décédé à Paris, à l’âge de 88 ans. « Le premier flic de France », « le Tigre », « le Père la victoire » : ces trois surnoms attribués par les Français à Georges Clemenceau résument ses soixante ans de carrière politique, débutée sous l’Empire au 19e siècle et finie dans l’entre-deux guerres au 20e siècle. 

Georges Clemenceau naquit dans une famille vendéenne profondément républicaine, à une époque où la monarchie louis-philipparde proscrivait les disciples de la Révolution française. Son père Benjamin, médecin, participa aux Trois Glorieuses de 1830 qui aboutirent à l’abdication du roi Charles X et à la révolution de 1848 conclue par la proclamation de la deuxième République. Opposant à Napoléon III, les autorités décidèrent sans procès de le déporter en Algérie, en 1858, après l’attentat manqué d’Orsini contre l’empereur. L’intervention de plusieurs notables nantais permit sa libération. L’influence de Benjamin Clemenceau fut déterminante sur son fils Georges. Sa mère, fille de cultivateurs aisés et protestants, Sophie Gautereau, lui enseigna le latin et le grec. Le bac en poche, le jeune Clémenceau vint à Paris poursuivre des études de médecine tout en fréquentant les milieux républicains. Il fonda un hebdomadaire Le travail auquel collabora le jeune Emile Zola. En 1865, à l’âge de 24 ans, il obtint son doctorat. Mais, l’appel du large le conduisit à visiter l’Angleterre puis les Etats-Unis qui sortaient de la guerre de Sécession. Le collège pour jeunes filles de Stamford (Connecticut) l’embaucha pour enseigner le français aux jeunes élèves. Il mit à profit son séjour en Amérique pour devenir le correspondant du journal Le Temps. Il s’éprit d’une jeune fille, Mary Plummer qu’il épousa en 1869. Elle lui donna trois enfants, un garçon et deux filles. Il divorça dans les années 1891 après avoir surpris son épouse en galante compagnie avec son amant, le précepteur des enfants.

Un républicain exigeant

De retour en France avec sa famille en 1869, il se rendit à Paris quand éclata le 19 juillet 1870 la guerre franco-prussienne. Après la défaite de Sedan, le 2 septembre 1870, il participa activement à la proclamation de la République le 4 septembre. Sa carrière politique débuta à ce moment là. Le Gouvernement de défense nationale présidé par le général Trochu et composé de républicains dont Léon Gambetta continua la guerre contre la Prusse. Les nouvelles autorités nommèrent Etienne Arago maire de Paris. Ce dernier, ami de son père Benjamin, choisit Clemenceau pour diriger la mairie de Montmartre, alors indépendante de Paris. Le 19 septembre, les Prussiens commencèrent le siège de Paris. Fin octobre, après la reddition du maréchal Bazaine à Metz, Clemenceau s’opposa à la demande d’armistice formulée par Adolphe Thiers au nom du gouvernement provisoire. Il fit placarder des affiches dénonçant cette « trahison ». Désavoué par le gouvernement, il démissionna mais se présenta aux élections municipales organisées le mois suivant. Le peuple de Paris l’élut maire du XVIIIe arrondissement. Toujours opposé à l’armistice, il réclama la démission du général Trochu. Le gouvernement le destitua une nouvelle fois le 22 janvier 1871. En février, il se présenta aux élections législatives. Elu à l’Assemblée nationale au sein de l’Union républicaine, il s’opposa à l’accord de paix aux conditions léonines imposées par le chancelier prussien Otto von Bismarck. Victor Hugo, Garibaldi, Gambetta, Louis Blanc soutinrent son action.

 En vain. Le 18 mars 1871, le peuple de Paris se souleva. La Commune de Paris se proclama en insurrection. Clemenceau reprocha aux communards d’être sortis de la légalité. En représailles, les révolutionnaires l’obligèrent à démissionner de son poste de maire du XVIIIe. Pendant toute la durée de la crise entre la Commune et les Versaillais de Thiers, il tenta de rapprocher les points de vue. Mais les deux camps refusèrent de l’écouter. Pendant la semaine sanglante au cours de laquelle périrent quarante mille parisiens, il se trouvait à Bordeaux où il essayait de négocier un compromis.

 En novembre 1874, il était réélu maire d’arrondissement et devint président du conseil municipal de Paris, un poste administratif et non pas opérationnel. En février 1876, les électeurs du XVIIIe arrondissement de Paris l’élirent député en lui accordant un soutien massif : 15 000 voix contre 3 700 à son rival conservateur. Clemenceau, profondément marqué par les événements survenus à Paris les années précédentes, s’imposa comme le chef des républicains radicaux qui siégeaient à l’extrême-gauche de l’Assemblée. Il entretint à l'époque une correspondance épistolaire avec Louise Michel qui avait été condamnée à la déportation en Nouvelle Calédonie, en raison de son action pendant la Commune de Paris. Il s’opposa violemment aux républicains « opportunistes » emmenés par Gambetta. Au parlement, il demanda avec éloquence le vote d’une loi d’amnistie pour les communards, la révision de la Loi constitutionnelle de 1875, la suppression du Sénat, l’interdiction du cumul des mandats et le vote d’une loi de séparation entre l’église et l’Etat.

 Profondément anticlérical, il réclamait la confiscation des biens des congrégations. Bien qu’opposé au socialisme « collectiviste » et à la nationalisation de l’industrie, son programme social était largement novateur. Il demandait la création de l’impôt sur les revenus, l’instauration de la retraite pour les vieux salariés, la limitation de la durée légale du travail, la prise en charge par l’entreprise des accidentés du travail, l’interdiction du travail des enfants de moins de 14 ans, le droit au divorce, la reconnaissance du droit syndical.

Le Tigre

En 1880, le gouvernement Freycinet votait enfin la loi d’amnistie pleine et entière des communards. En 1881, Clémenceau était réélu. Ses talents d’orateur mis au service des causes qu’ils croyaient justes, la férocité avec laquelle il combattait ses adversaires politiques, le refus de tout compromis opportuniste lui valurent le surnom de « Tigre ». Anticlérical et anticolonialiste, il fit chuter plusieurs gouvernements, y compris ceux dirigés par des politiciens membres de son parti. A l’époque, l’homme qu’il affronta avec une ferme résolution fut Jules Ferry, l’inventeur de l’école obligatoire pour tous mais aussi un des chefs du parti colonisateur. Il s’opposa avec virulence à sa politique colonialiste en Tunisie, en Afrique, en Cochinchine.

A Ferry qui proclamait le droit des « races supérieures » à coloniser les « races inférieures », Clemenceau rétorqua dans un discours resté célèbre, prononcé à Salernes (Var) : « Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bien dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! Race inférieure, les Hindous! Avec cette grande civilisation raffinée qui se perd dans la nuit des temps ! Avec cette grande religion bouddhiste qui a quitté l’Inde pour la Chine, avec cette grande efflorescence d'art dont nous voyons encore aujourd'hui les magnifiques vestiges ! Race inférieure, les Chinois ! Avec cette civilisation dont les origines sont inconnues et qui paraît avoir été poussée tout d'abord jusqu'à ses extrêmes limites. Inférieur Confucius ! »

 Quelques années plus tard, il s’opposa avec la même verve et détermination au général Boulanger, ancien ministre de la défense, qui prétendait imposer des changements institutionnels en dehors du cadre parlementaire. Il déclara à la Chambre le 4 juin 1888: « Si c'est le régime de discussion que vous croyez flétrir sous le nom de parlementarisme, sachez-le, c'est le régime représentatif lui-même, c'est la République sur qui vous osez porter la main. » Finalement le boulangisme, un mouvement de type bonapartiste, qui prétendait gouverner la France de manière autoritaire en transcendant les clivages politiques disparaitra avec son inspirateur. Le 30 septembre 1891, le général Boulanger, inconsolé après le décès de sa maitresse, se suicida sur sa tombe à Ixelles (Belgique).

 L’année suivante éclata le scandale de Panama. Une souscription publique avait été lancée par la Compagnie universelle du canal interocéanique pour recueillir des fonds destinés à financer la construction d’un canal entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. Le percement de l’isthme se révéla plus compliqué et plus couteux qui prévu. De nouveaux emprunts furent émis. Le financier Charles de Reinach, chargé de l’opération, utilisa une partie des sommes récoltées pour soudoyer des journalistes et corrompre des hommes politiques, dans le but d’obtenir des subventions de l’Etat. Cela ne suffit pas renflouer les caisses et la Compagnie fut en liquidation, provoquant la ruine de 85 000 souscripteurs.

 De Reinach se suicida. Une commission d’enquête parlementaire révéla l’implication de nombreux hommes politiques dont le ministre des travaux publics Charles Baïhaut. La presse de droite (Le Figaro), les antisémites (La Libre parole) et des politiciens d’extrême-droite (Paul Déroulède), accusèrent sans preuve Clemenceau d’avoir trempé par la magouille. Clemenceau et Déroulède s’affrontèrent dans un duel au pistolet. Chacun tira six balles mais aucun ne fut touché. Au cours de sa longue carrière, Clemenceau participa à douze duels, sans dommage. Une campagne de presse haineuse se déchaina. Les caricaturistes et les chansonniers s’en donnèrent à cœur joie. Une nouvelle accusation lancée par un journal mina sa réputation : il aurait été un espion à la solde du Royaume-Uni. Corrompu et traître : la carrière politique de Clemenceau semblait compromise. Seuls Jean Jaurès, le journaliste Henri Rochefort (L’intransigeant) et les mineurs de Carmaux le soutinrent dans l’épreuve. En septembre 1893, les électeurs de Draguignan (Var), ne lui renouvelèrent pas leur confiance et Clemenceau fut battu par un avocat inconnu.

 Après cet échec électoral, beaucoup auraient renoncé. Le tigre refusa de se laisser abattre. Il prit la direction rédactionnelle du quotidien La Justice qu’il avait fondé en 1880. Il y défendit des valeurs de gauche. Il s’opposa à la peine de mort : « Je sens en moi l'inexprimable dégoût de cette tuerie administrative, faite sans conviction par des fonctionnaires corrects. » Il dénonça le libéralisme économique : « Qu'est-ce que votre laisser-faire, votre loi de l'offre et de la demande, sinon l'expression pure et simple de la force ? Le droit prime la force : voilà le principe de la civilisation. Dès que nous avons constaté votre loi, à l'œuvre contre sa barbarie! »

 Clemenceau retrouva un rôle à sa mesure au moment de l’affaire Dreyfus. En 1894, La condamnation au bagne à perpétuité du capitaine Alfred Dreyfus pour trahison au profit de l’Allemagne, ne suscita aucune réaction particulière chez Clemenceau comme d’ailleurs chez beaucoup de Français. Sans doute jugeait-il l’officier coupable. Les années suivantes son jugement évolua sous l’influence de proches. En 1897, il s’indigna quand il apprit que les accusateurs du capitaine ignoraient volontairement le témoignage du lieutenant colonel Picquart qui innocentait Dreyfus et accusait l’officier Ferdinand Esterhazy d’être l’espion qui informait les Allemands. Quand la haute hiérarchie militaire refusa, par antisémitisme, de transmettre des pièces du dossier à l’avocat de la défense, il protesta dans le journal L’Aurore dont il était un des éditorialistes. Le 13 janvier 1898, il publia le célèbre texte d’Emile Zola dont il trouva le titre : « J’accuse… ».

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L’interpellation du romancier permit la réouverture du dossier. La France se divisa en dreyfusards et antidreyfusards. La gauche soutenait le capitaine, la droite le condamnait. Les années suivantes, Clemenceau rédigea pas moins de 700 articles prenant la défense du militaire qui sera réhabilité le 12 juillet 1906. En 1901, la popularité de Clemenceau est à son zénith. A la demande d’habitants du Var qui l’avaient abandonné dix ans plus tôt, il accepta de se présenter à une élection sénatoriale. Il fut brillamment élu. Après la victoire du Bloc des gauches aux législatives de 1902, il soutint, sans y participer, les gouvernements qui instaurèrent l’impôt sur les revenus et firent voter la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat.

Le « premier flic de France »

Redevenu un des hommes forts de la vie politique française, il occupa un poste ministériel à l’âge de 65 ans pour la première fois depuis son entrée en politique, quarante six ans auparavant. Le radical Ferdinand Sarrien, élu président du Conseil par les députés, le nomma ministre de l’Intérieur après la victoire des radicaux, aux élections de 1906. Le gouvernement prit ses fonctions alors que le pays affrontait un mouvement de grèves insurrectionnelles. Le « premier flic de France », selon le surnom qu’il s’attribua, envoya l’armée contenir les manifestations organisées par les mineurs dans le Nord après la catastrophe de Courrières (1 099 morts). Le 1er mai, à l’occasion de la fête du travail, Il mobilisa 45 000 militaires pour surveiller les syndicalistes de la CGT. Ces mesures provoquèrent un divorce entre Clémenceau et la gauche socialiste et la CGT.

 Malade, Ferdinand Sarrien, donna sa démission. Le 25 octobre 1906, Clemenceau lui succéda au poste de président du Conseil. Il mena à son terme des réformes de gauche décidées par son gouvernement ou initiées par ses prédécesseurs (création de la retraite ouvrière, loi sur la durée du travail limitée à 10 heures, instauration de l’impôt sur les revenus, loi sur la laïcité, nationalisation des chemins de fer, institution des habitations à bon marché). Il décida le transfert des cendres d’Emile Zola au Panthéon. Dans le même temps, il réprima de nombreuses grèves ouvrières (électriciens, fonctionnaires, vignerons, ouvriers), n’hésitant pas à faire donner la police (dix grévistes tués par les forces de l’ordre) et à arrêter des syndicalistes. Il dut également se résoudra à poursuivre la politique coloniale qu’il avait tant combattue. En juillet 1908, pour venger l’assassinat de plusieurs français au Maroc, il fit bombarder Casablanca et occuper la ville de Settat. Au début de la législature, Jean Jaurès avait envisagé une alliance gouvernementale entre les radicaux de Clémenceau et les socialistes. La politique répressive du « premier flic de France » provoqua une brouille durable entre les deux hommes.

En juillet 1909, son rival Théophile Delcassé, mit en minorité au Parlement le gouvernement de Clemenceau qui démissionna. L’Humanité titra : « La fin d’une dictature ». Les trois années suivantes il prit du recul par rapport à la politique en voyageant en Amérique latine. De retour en France, il fit tomber le gouvernement Briand en 1913, en s’opposant avec succès à son projet d’instituer le scrutin proportionnel.

Le « Père la Victoire »

Dans son journal, L’homme libre, il alerta sur le danger que l’empire l’Allemand faisait courir à la paix du monde. Après l’attentat de Sarajevo et l’ultimatum de l’Autrice-Hongrie à la Serbie, sentant que le jeu des alliances entre nations conduirait inéluctablement à la guerre, il milita en faveur de la constitution de « l’Union sacrée » de toutes les forces politiques. Le 4 août 1914, quatre jours après l' assassinat de Jean Jaurès, son appel fut écouté notamment par les socialistes qui acceptèrent de participer au gouvernement Viviani et par la CGT qui décida de le soutenir. Mais Clemenceau n’en fit pas parti. On lui proposa un poste ministériel. Il revendiquait la présidence du Conseil.

 Pendant les années qui suivirent, le Tigre occupa d’importantes fonctions au Parlement. Devenu président de la Commission des armées, très bien informé de la situation au front où il se rendait régulièrement, il rendit les gouvernements qui se succédèrent responsables de l’enlisement militaire. Il lutta contre le pacifisme, assimilé au défaitisme. En septembre 1917, il contribua à la chute du cabinet dirigé par Alexandre Ribot et à celui conduit par Paul Painlevé en novembre 1917. Le 16 novembre, le président Raymond Poincaré se résolut à faire appel à Clemenceau. Les socialistes hostiles à sa personne décidèrent de ne pas participer à son gouvernement. Le président du Conseil annonça son programme : la guerre à outrance jusqu’à la victoire. Il mit fin à une négociation de paix secrète entre l’empereur d’Autriche-Hongrie et le président Poincaré. Il épura l’administration, limogeant de nombreux préfets dont celui de la Seine, licenciant les personnels administratifs jugés incompétents. Il s’opposa aux parlementaires qui préconisaient une « paix blanche », sans annexion. Il réprima les pacifistes, interna leurs dirigeants, ferma leurs journaux, traqua les planqués. Personne n’échappa aux griffes du Tigre. L’ancien ministre de l’intérieur Louis Malvy fut condamné pour forfaiture par la Haute cours de justice. Il demanda la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien président du Conseil Joseph Caillaux qui fut incarcéré et condamné en 1920.

 En mars 1918, il résuma sa politique à la Chambre: « Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique extérieure ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. » Cette politique de salut public porta ses fruits : elle rassura l’arrière et conforta les poilus. Le 24 mars, l’Allemagne déclencha une nouvelle offensive. Le front français fut enfoncé. En juin, l’armée allemande se trouvait à 60 kilomètres de Paris comme en septembre 1914. Clemenceau refusa de quitter la capitale. Il demanda un vote de confiance. Les parlementaires le lui accordèrent. Le 15 juillet 1918, les Français et leurs alliés lancèrent une contre-offensive à Château-Thierry. Ils parvinrent à refouler les envahisseurs et remportèrent la seconde bataille de la Marne. L’initiative changea de camp. Les alliés refoulèrent les Allemands épuisés jusqu’aux frontières de 1914.

 En novembre, les autorités allemandes demandèrent l’armistice. Le président Raymond Poincaré fit preuve de jusqu’au-boutisme en réclamant au préalable l’évacuation de l’Alsace-Lorraine. Clémenceau qui estimait que le carnage n’avait que trop duré menaça de démissionner si la France rejetait la demande formulée par l’ennemie. Le 11 novembre 1918, l'Allemagne déposa les armées, vaincue. Clemenceau avait gagné la guerre et le surnom de « Père la Victoire ». Il lui fallait désormais gagner la paix. Les représentants des pays belligérants se donnèrent rendez-vous à Paris pour solder le passé et redessiner la carte de l’Europe après l’effondrement et la dislocation des deux empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie).

 La conférence de paix se tint du 18 janvier au 28 juin 1919. Clemenceau faillit bien ne pas y participer. Le 19 février, un anarchiste, tenta de l’assassiner en tirant à neuf reprises sur son véhicule. Le président du Conseil fut blessé sans gravité par trois balles. L’attentat suscita une vague de ferveur dans le pays. Au bout d’une semaine de convalescence, le Tigre rejoignit les négociateurs. Le traité fut signé dans la galerie des glaces du Château de Versailles, là où 58 ans plus tôt, Bismarck avait proclamé le Reich allemand. La France recouvrait l’Alsace et la Lorraine perdues en 1871 et obtenait des réparations financières. La gauche lui reprocha d’avoir sacrifié l’avenir en imposant des conditions trop dures à l’Allemagne alors que la droite l’accusa d’avoir fait preuve de faiblesse à l’égard de l’ennemi héréditaire.

 En novembre 1919, des élections législatives eurent lieu. Beaucoup pensaient que Clemenceau serait reconduit. Les divisions de la gauche permirent au Bloc national qui rassemblait les partis de droite et du centre de remporter une large victoire (433 contre 180 pour les gauches). La Chambre « bleu horizon » devait élire un nouveau président de la République. Clémenceau, présenté par des amis, obtint dans un vote préliminaire 389 voix contre 409 à Paul Deschanel, un parlementaire au parcours médiocre. Le « Père la Victoire » préféra ne pas insister. Après cet échec, il présenta la démission de son gouvernement et mit fin à sa carrière politique. Il passa les neuf années qui lui restaient à vivre à voyager (Egypte, Soudan, Ceylan, Inde, Thaïlande, etc.), à écrire, à fréquenter ses amis comme le peintre Claude Monet, à se reposer dans sa maison vendéenne. A l’âge de 82 ans, il éprouva un amour platonique pour Marguerite Baldensberger, 42 ans, qui venait de perdre sa fille. Le vieux Tigre lui proposa un pacte : « Je vous aiderai à vivre et vous m’aiderez à mourir ». En six ans, il lui écrivit 668 lettres.

 Frappé d’urémie, il mourut dans l’appartement en location qu’il occupait à Paris. Il laissa cette recommandation : « Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi ».

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Gérard Philipe

masculin
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15 Octobre 2016 - 4:13pm

Une vie, un portrait du jour

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Théodose 1er

Empereur romain, né le 11 janvier 347 à Cauca (Hispanie), décédé à Milan, à l’âge de 48 ans. Empereur de 379 à sa mort. Il fut le dernier empereur à régner sur un empire romain uni réunissant l’Orient et l’Occident. 

17 Janvier 1990

André Morice

Homme politique français, né le 10 octobre 1900 à Nantes (Loire-Atlantique), décédé à Paris, à l’âge de 89 ans. Parlementaire radical-socialiste, il fut nommé treize fois secrétaire d’Etat ou ministre sous la Quatrième République entre 1948 et 1957.

17 Janvier 2008

Bobby Fisher

Joueur d’échec islandais d’origine américaine, né le 9 mars 1943 à Chicago, décédé à Reykjavik, à l’âge de 64 ans. Champion du monde d’échec en 1972 vainqueur du soviétique Boris Spassky dans le « match du siècle ». Condamné aux Etats-Unis pour fraude fiscale. Après son arrestation au japon en 2004, il obtint l’asile politique en Islande dont il adopta la nationalité.

17 Janvier 1990

Charles Hernu

Homme politique français, né le 3 juillet 1923 à Quimper (Finistère), décédé à Villeurbanne (Rhône), à l’âge de 66 ans. Ministre de la Défense de mai 1981 à septembre 1985, sous la présidence de François Mitterrand. Il démissionna de son poste, à la suite des révélations de la presse mettant en cause les services secrets français dans l’attentat contre le navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior.

17 Janvier 1945

Edouard Bourdet

Auteur dramatique français, né le 26 octobre 1887 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), décédé à Paris, à l’âge de 57 ans. Un des maîtres du théâtre de boulevard. Administrateur de la Comédie-Française de 1936 à 1940.

17 Janvier 1861

Lola Montez

Actrice et courtisane irlandaise, née le 17 février 1821 à Grange (Irlande), décédée à New York, à l’âge de 39 ans. De son vrai nom Maria Dolorès Gilbert, elle fut la maitresse de Louis 1er de Bavière. Elle créa la danse érotique de l’araignée.

17 Janvier 2003

Richard Crenna

Acteur américain, né lé 30 novembre 1926 à Los Angeles, décédé à Los Angeles, à l’âge de 76 ans. Interpréta le rôle du colonel Trautman dans  Rambo (1982), Rambo, la mission (1984), Rambo 3 (1988).

17 Janvier 1751

Tommaso Albinoni

Compositeur italien, né le 8 juin 1671 à  Venise, décédé à Venise, à l’âge de 79 ans. Il composa quatre vingt opéras baroques. L’Adagio d’Albinoni a été composé en 1945 par Remo Giazotto à partir d’un fragment d’une sonate du compositeur italien.

17 Janvier 1942

Walter von Reichenau

Militaire allemand, né le 8 octobre 1884 à Karlsruhe (Bade-Wurtemberg), décédé à Poltava (Union soviétique), à l’âge de 57 ans. Il participa aux campagnes de Pologne (1939), de France (1940) et de Russie (1941). Il participa au massacre des population juives dans les territoires qu'ils contrôlaient. Elevé à la dignité de maréchal par Adolf Hitler.

17 Janvier 2005

Zhao Ziyang

Homme politique chinois, né le 17 octobre 1919 à Huaxian, décédé à Pékin, à l’âge de 85 ans. Premier ministre de la République populaire de Chine de septembre 1980 à novembre 1987. Secrétaire général du parti communiste de janvier 1987 à juin 1989, il fut  limogé pour avoir refusé de réprimer les étudiants sur la place Tien’anmen en juin 1989.

Une vie, un portrait
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