Georges Pérec

Il est décédé le 

Elle est décédée le

3 Mars 1982

Ecrivain français, né le 7 mars 1936 à Paris, décédé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), à l’âge de 45 ans. Rescapé de la Shoah, il réalisa une œuvre originale s’imposant des contraintes formelles (La Disparition en 1969) qui subjuguèrent d’abord un cercle restreint de lecteurs avant de séduire un plus large public en 1978 avec La vie mode d’emploi.

La disparition

« Là où nous vivions jadis, il n’y avait ni autos, ni taxis, ni autobus : nous allions parfois, mon cousin m’accompagnait, voir Linda qui habitait dans un canton voisin. Mais, n’ayant pas d’autos, il nous fallait courir tout au long du parcours ; sinon nous arrivions trop tard : Linda avait disparu.

Un jour vint pourtant où Linda partit pour toujours. Nous aurions dû la bannir à jamais ; mais voilà, nous l’aimions. Nous aimions tant son parfum, son air rayonnant, son blouson, son pantalon brun trop long ; nous aimions tout.

Mais voilà tout finit : trois ans plus tard, Linda mourut ; nous l’avions appris par hasard, un soir, au cours d’un lunch. »

(Extrait)

Georges Peretz vint au monde dans le foyer d’Icek Peretz et de Cyrla Sulewicz le 7 mars 1936, le jour choisi par le chancelier allemand Adolf Hitler pour envoyer son armée occuper la Rhénanie, en violation du Traite de Versailles de 1919. Un mauvais présage. Le dictateur du troisième Reich commettait ainsi sa première agression militaire en Europe dans une totale impunité. Les parents du petit Georges, deux juifs d’origine polonaise qui avaient émigré en France quelques années plus tôt pour fuir l’antisémitisme, furent parmi les dizaines de millions de victimes du déchainement de violences provoquées par le chef nazi. En 1939, Icek Peretz s’engagea dans l’armée française. Il fut tué à la guerre pendant la campagne de France, le 16 juin 1940, un jour avant la demande d’armistice du maréchal Philippe Pétain qui mit fin – provisoirement - aux combats en métropole. Il avait trente ans. Après le vote de la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des juifs » et celle du 4 octobre 1940 « relative aux ressortissants étrangers de race juive », Cyrla, la mère de Georges comprit que de lourdes menaces pesaient désormais sur les juifs de France. Elle mit son fils en sécurité en zone libre, à Villard-de-Lans (Isère). On baptisa dans la religion catholique le petit Georges âgé de cinq ans et on francisa son nom en Pérec. En janvier 1943, Cyrla qui était restée à Paris où elle tenait un salon de coiffure fut raflée, internée à Drancy puis déportée à Auschwitz-Birkenau où les nazis l’assassinèrent.

 Devenu orphelin après la double disparition de ses parents, Georges Pérec fut recueilli par sa tante maternelle Esther Bienenfeld, une survivante de la Shoah avec son époux et sa fille Bianca Lamblin qui deviendra plus tard une philosophe proche de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre, et publiera en 1982 de Mémoires d’une jeune fille dérangée. En attendant, Georges Pérec vécut et étudia à Paris et à Etampes. Tout en entamant des soins avec des psychanalyses dont Françoise Dolto, il rédigea plusieurs romans de jeunesse, restés à l’état de manuscrit ou refusé par des éditeurs et perdus. En 1958, il fit son service militaire dans un régiment de parachutistes basé à Pau. A son retour à la vie civile, il épousa Paulette Pétras, tenta sa chance en Tunisie puis trouva un emploi de documentaliste au CNRS. Ce travail lui permettait de vivre et lui laissa du temps libre pour se consacrer à la littérature. En 1965, à l’âge de 29 ans, Georges Pérec trouva une maison d’édition qui accepta de publier son premier roman, Les choses sous-titré « Une histoire des années 1960 ». Le livre racontait la vie d’un couple de psychosociologues au moment où la société de consommation envahissait les foyers et imposait aux familles émerveillées l’achat d’objets peu utiles mais qu’on croyait indispensables. Les lecteurs plébiscitèrent le livre. Le jury du prix Renaudot lui décerna cette année-là son prix. Pour un coup d’essai ce fut un coup de maitre.

Mal, maux, mots

En 1966, son second roman Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? dérouta la critique et les lecteurs. L’année suivante Un homme qui dort laissa également perplexe même si on retrouvait les dons d’observations du romancier. En 1967, Georges Pérec devint membre de l’ « Ouvroir de littérature potentielle » plus connu sous le nom de l’Oulipo qui se fixait pour objectif d’inventer une nouvelle écriture en intégrant des contraintes mathématiques ou littéraires. Pour son quatrième roman, Georges Pérec s’imposa la règle de ne jamais employer la lettre « e ». Il intitula son livre La Disparition. Il racontait sous la forme du roman policier l’histoire de plusieurs amis partis à la recherche d’un certain Anton Voyl. La disparition du héros absent du livre faisait écho à celle de la lettre « e ». Selon le psychiatre Boris Cyrulnik l’absence de cette lettre symbolisait la disparition de son père mort à la guerre et de sa mère assassinée à Auschwitz. En 1972, Georges Pérec retrouva dans Les Revenentes le « e » absent dans La Disparition, mais il s’infligea le défi de n’utiliser aucune autre voyelle. Les a,i,o,u,y furent ainsi proscrits. En 1978, dans La Vie mode d’emploi sous-titré « Romans », Georges Pérec retraçait la vie des objets et des habitants d’un immeuble, avec leur passé, leur présent, leur histoire. Il divisa le bâtiment en cent carrés. Il se fixa avec succès la contrainte de passer d’une pièce à l’autre selon des règles scientifiques strictes (comme l’algorithme du cavalier du jeu d’échec) décrites dans un cahier des charges précis. Loué par la critique, le livre reçut le prix Médicis. Le livre s’arracha dans les libraires et devint un des best-sellers de l’année 1978. La même année, il publia Je me souviens, sous-titré Choses communes dans lequel il se remémorait 430 événements survenus entre sa 10e et sa 25e année. Ces petits morceaux de vie quotidienne plurent à ses lecteurs. Ces succès permirent à l’écrivain de vivre enfin de ses droits d’auteur. Il quitta son emploi du CNRS et se consacra exclusivement à la littérature.

 Passionné de jeux de mots, considéré par les spécialistes comme l’un des meilleurs cruciverbistes français, il créa des jeux de logique et des grilles de mots-croisés pour plusieurs magazines dont Le Point et Télérama. Il publia en 1979 Les Mots croisés. Atteint d’un cancer des voies respiratoires, il ne cessa jamais d’écrire jusqu’à la fin de sa courte vie. En 1978, il publia La Clôture et autres poèmes. En 1979, son Cabinet d’amateur, un récit entre vérité et invention sur une collection de 170 tableaux réunis par un brasseur allemand, constitua un extraordinaire exercice de style. Il produisit en 1980 le film de sa compagne Catherine Binet Les Jeux de la comtesse Dolingen de Gratz, sélectionné à la Mostra de Venise. Après un Récits d’Ellis Island où il réalisa un film sur ses racines juives, il publia son dernier livre de son vivant Théâtre 1.

 Après sa mort, de nombreux textes, essais et romans furent publiés dont Le Condottière (2012), un roman perdu écrit en 1966. Ils entretinrent le souvenir d’un écrivain inclassable inventif et jamais égalé.

J.-P.G.

Demain : Nicolas Gogol

masculin
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