Giovanni Falcone

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Elle est décédée le

23 Mai 1992

Juge italien, né le 18 mai 1939 à Palerme (Sicile), mort assassiné à Capaci (Sicile), à l’âge de 53 ans. Magistrat instructeur au « pool » anti mafia de Palerme, il porta des coups sévères à l’organisation criminelle qui se vengea en le tuant dans un attentat commandité par le parrain Toto Riina.

« On meurt généralement parce que l'on est seul ou que l'on s'est aventuré dans un jeu trop grand », avait confessé le juge Giovanni Falcone dans Cose di Cosa Nostra, un livre autobiographique, coécrit avec la journaliste française Marcelle Padovani. Il ajouta : « En Sicile, la Mafia frappe les serviteurs de l’Etat que l’Etat n’a pas réussi à protéger ». En prononçant ces phrases, il pensait au général Carlo Alberto Della Chiesa, chef de la police de Palerme tué par la mafia en 1982, au juge Cesare Terranova, assassiné en 1979, au magistrat Rocco Chinnici, tué en 1984 dans un attentat à la voiture piégée au cours duquel périrent également deux carabiniers et un concierge. Le constat s’appliquait également à lui depuis que le pool antimafia dont il était l’un des magistrats les plus connus avait engagé une lutte impitoyable contre l’organisation criminelle, et remporté de nombreuses victoires, à défaut d’avoir gagné la guerre.

 Né à Palerme cinquante trois ans plus tôt dans une famille de la moyenne bourgeoisie - son père était le directeur d’un laboratoire chimique -, Giovanni Falcone vécut enfant dans le quartier populaire de La Kalsa où il croisa et fréquenta de nombreux adolescents qui devinrent à l’âge adulte des « soldats » de la mafia et ses ennemis intimes. Après de brillantes études de droit, le jeune étudiant choisit le métier de magistrat. Pour son premier poste en 1964, on le nomma magistrat instructeur spécialisé dans les liquidations judiciaires, un poste mineur en apparence. En étudiant certains dossiers, il découvrit les mécanismes mis en œuvre par la mafia pour s’emparer en toute légalité des biens d’autrui. Elle provoquait la faillite des entreprises convoitées qu’elle rachetait ensuite à vil prix, via des intermédiaires rémunérés grâce au recyclage de l’argent sale. Ses enquêtes permirent de faire condamner des mafieux pour fraude fiscale ou abus de bien social ou faillite frauduleuse.

 La méthode Falcone fit des émules. En 1978, il devint juge d’instruction au tribunal de Palerme. Il intégra le pool antimafia imaginé par le juge Chinnici et créé, après son assassinat, par son successeur le magistrat Antonio Caponnetto. En 1984, son opiniâtreté lui permit d’arrêter un des chefs de la mafia Tomasso Buscetta, surnommé le « boss des deux mondes ». Falcone lui proposa de briser la loi du silence (omerta), de collaborer avec la justice. En échange, il lui accordait le statut de repenti. Le mafieux lui demanda de bien réfléchir : « Monsieur le juge, je dois vous prévenir, après cet interrogatoire vous deviendrez peut-être célèbre, mais votre vie sera marquée. Ils chercheront à vous détruire physiquement et professionnellement. Votre tour viendra. Alors, vous avez toujours envie de m'interroger ? » Le juge acquiesça. Le repenti se mit à table. Ses révélations permirent de connaître de l’intérieur le fonctionnement de l’organisation et de porter un coup sévère à ses activités. Une vague d’arrestations décima la mafia en Sicile. Ses chefs dont Toto Riina s’enfuirent. En 1986, un « maxi procès » s’ouvrit à Palerme. Pour accueillir les 475 accusés, il fallut aménager une salle d’audience baptisée « une salle-bunker ». Les audiences s’étendirent sur une année. En décembre 1987, les magistrats prononcèrent 360 condamnations dont 19 à perpétuité. Le total des années de prison infligées aux mafieux atteignit le chiffre de 2665 années. Giovanni Falcone élargit son enquête à l’étranger. La pieuvre étendait en effet ses ramifications partout dans le monde. Les réseaux de drogue qu’elle contrôlait et les filières de blanchiment de l’argent sale ignoraient les frontières. A ses admirateurs, Falcone rappelait quelques vérités : « Je ne suis ni Robin des bois, ni un kamikaze, encore moins un voyou : simplement un serviteur de l'Etat en terre infidèle. »

 Malgré – à cause dirait les malveillants ou les défiants – les succès remportés sur la mafia, les juges du pool antimafia ne se sentaient pas soutenus par l’Etat. En 1989, dans une lettre ouverte, Falcone et huit de ses collègues dénoncèrent le laxisme des autorités et le manque de moyens mis à leur disposition pour lutter à armes égales contre l’organisation criminelle. Ils demandèrent à être mutés dans une autre région. On les rassura verbalement. Mais dans le même temps, des critiques et des insinuations venant de certains cercles politiques visant à les discréditer empoisonnèrent le climat. On accusa Falcone d’avoir inventé, voire organisé, une tentative d’attentat en 1989 à laquelle il avait échappé. Sa hiérarchie refusa de le nommer à la tête du pool antimafia après le départ à la retraite d’Antonio Caponnetto. On lui préféra un vieux juge aux méthodes anciennes, c'est-à-dire dépassées. Quelques mois plus tard, le pool fut démantelé.

 Falcone menaça de démissionner de la magistrature. En mars 1991, il accepta le poste de directeur des affaires pénales du ministère de la justice à Rome. S’agissait-il d’une mutation sanction ? Il ne l’entendait pas ainsi. Son départ de la Sicile ne signifiait pas qu’il renonçait à la lutte antimafia. Bien au contraire. Il ambitionnait de créer un pôle juridico-policier chargé de coordonner au niveau national toutes les enquêtes contre Cosa Nostra. Quand les parrains apprirent par des espions son projet de « super procure », ils décidèrent de l’éliminer.

 Le samedi 23 mai 1992, alors que son avion atterrissait à l’aéroport de Punta Raisa, le juge Falcone, accompagné de son épouse de trente six ans Franca Morvillo, magistrate également, n’avait pas de raison de s’inquiéter plus que de coutume. Qui pouvait connaître son emploi du temps ? Seuls quelques proches savaient qu’il avait décidé de passer le weekend en Sicile. Un service de sécurité allégé avait été mis en place. Une voiture blindée et trois gardes du corps, des fidèles parmi les plus fidèles - Vito Schifani, Rocco di Cillo et Antonio Montinaro – les attendaient pour les conduire à Palerme. Le véhicule s’engagea à vive allure sur l’autoroute. Il ne dépassa jamais la commune de Capaci. Une terrible explosion projeta la voiture à plus de 100 mètres. L’enquête prouva que les hommes de la mafia avaient placé 1000 kilos d’explosif dans un conduit d’évacuation des eaux de pluie qui courait sous l’autoroute. La déflagration provoquée à distance emporta une partie des voies. Rapidement arrivés sur les lieux, les sauveteurs découvrirent dans les décombres de la voiture les corps sans vie des cinq passagers.Toto Riina le parrain membre du clan des Corleonesi était le commanditaire du crime. L’assassinat du juge antimafia provoqua un choc dans le pays. Les Grands électeurs qui se déchiraient depuis des semaines pour élire un nouveau président de la République finirent par s’accorder le lundi suivant sur le nom d’Oscar Luigi Scalfaro, une personnalité connue pour son intégrité et son honnêteté. Ce fut le dernier cadeau posthume du juge Falcone à la démocratie italienne.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Nicolas Copernic

masculin
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