Henri Salvador

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Février 2008

Chanteur et compositeur français, né le 18 juillet 1917 à Cayenne (Guyane), décédé à Paris, à l’âge de 90 ans. Qui n’a pas fredonné un jour l’air de Zorro est arrivé ou chanté les paroles d’Une chanson douce ? Pendant 70 ans Henri Salvador a tour à tour séduit, ému et amusé le public français. 

 Homme aux multiples visages il composa des musiques et des paroles inspirées par la variété française, la bossa nova brésilienne ou le jazz américain. Fils de Clovis Salvador, un haut fonctionnaire guadeloupéen et d’une amérindienne Antonine Paterne, le jeune Henri vint s’installer en 1928, avec sa famille à Paris où son père avait été muté. Une nouvelle vie commençait à l’âge de 11 ans. Après avoir obtenu son certificat d’études, il décida d’entrer dans la vie active à l’âge de 15 ans. Il exerça de nombreux petits métiers peu rémunérateurs et inintéressants. Son chemin croisa au cirque Medrano le clown Rhum, le plus grand comique des années 1930. Henri s’éclaffait si fort aux gags du bouffon que ce dernier lui demanda de revenir à chacune de ses représentations. Son rire communicatif déridait le public. En échange, Rhum apprit au jeune homme ses secrets en pitreries pour amuser le public. Sa tante Leona Gabriel qui se produisait dans des cabarets parisiens le familiarisa avec le solfège et l’incita à apprendre à jouer de plusieurs instruments de musique (trompette, violon, guitare). En 1933, un cousin lui fit écouter des disques de Louis Armstrong et de Duke Ellington.

Le jazzman

 Cette musique nouvelle, inventée par des Noirs américains, l’ensorcela, comme il le confia des années plus tard. Il l’écoutait à longueur de journée. Selon son témoignage il devint « au bout de trois ans un bon » joueur de jazz. Il accompagna son frère André, également musicien, dans des cabarets parisiens. En 1935, Django Reinhardt vint les écouter au Jimmy’ bar, un établissement alors célèbre. Il embaucha Henri comme accompagnateur. En 1937, le jazzman américain Eddy South lui proposa de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis à ses côtés. Salvador ne put donner suite à cette proposition. Il n’était pas majeur. La même année, il reçut son appel pour effectuer son service militaire dans l’est de la France. Lors de son enrôlement, l’officier recruteur lui demanda sa profession. Salvador répondit « musicien ». Selon une logique propre à l’esprit militaire, on le nomma clairon, un instrument qu’il jugeait archaïque. Sa déception s’amplifia quand il dut affronter le racisme de ses camarades de régiment qui méprisait le mulâtre qu’il était. Un sergent le surnomma « Blanchette ».

 Le patron du Jimmy’s intercéda en sa faveur et obtint sa mutation à Paris. Mais, lassé par les moqueries et les préjugés des soldats, Henri Salvador déserta. Emprisonné dans la prison militaire de Maisons-Laffitte il se lia d’amitié avec le célèbre truand marseillais Carbonne. A l’expiration de sa peine, il réintégra son régiment. Il participa à la campagne de France en mai-juin 1940. Après la défaite des armées françaises, il se réfugia en zone sud, non occupée par les Allemands. Accompagné de son frère André, il intégra l'orchestre de Bernard Hilda et chanta dans les cabarets de la Côte d’azur. En 1941, Il croisa le célèbre chef d’orchestre Ray Ventura et ses Collégiens, en partance pour l’Amérique, pour échapper aux lois antisémites votées par le gouvernement du maréchal Pétain. Salvador, embauché comme guitariste, se joignit à la troupe qui débarqua à Rio en 1942. Il passa la guerre au Brésil où sa voix chaude et ses improvisations comiques le rendirent célèbre. Tom Jobim, l’un des inventeurs de la Bossa-nova, affirmait que les musiques d’Henri Salvador dont sa chanson Dans mon île l’avaient influencé.

L'amuseur public

En 1945, Henri Salvador quitta l’orchestre de Ray Ventura et décida de se produire sur scène en solo. Son frère André lui proposa de reformer leur duo d’avant-guerre. Henri souhaitait désormais voler de ses propres ailes. Il en résulta une douloureuse rupture professionnelle et affective avec celui qui avait accompagné ses premiers pas dans la musique. En 1946, il créa son propre orchestre et monta sur les planches de Bobino. En 1948, son premier disque comportait deux titres Maladie d’amour et Clopin-clopant qui se vendirent à des millions d’exemplaires dans le monde. Il enregistra en 1950 Une chanson douceDésormais célèbre et reconnu par ses pairs, Salvador s’entoura de paroliers de qualité comme Boris Vian qui écrivit les paroles de plusieurs morceaux parodiques de rock en 1957, dont Rock and roll-mops et Dis moi qu’tu m’aimes, rock. Pour l’histoire, Henri Salvador restera comme celui qui introduisit le premier le rock ‘n’ roll en France. Il partageait avec le célèbre écrivain, auteur du Déserteur, sa haine de la guerre. Les deux amis composèrent Marche arrière. Le brûlot antimilitariste claironnait : « La marche des petits gars qui veulent pas la faire, la marche des petits gars qui pensent qu'on est bien mieux chez soi, un coussin sous le derrière. » Le duo créa Faut rigoler pour se moquer des instituteurs antillais qui apprenaient à leurs élèves noirs que les Gaulois étaient leurs ancêtres.

 Dans les années 1960, la vague yéyé transportée par le disque 45 tours et diffusée sur les chaînes de radio, emporta tout sur son passage, reléguant au musée des vieilleries la variété française traditionnelle ou à texte, cantonnant la musique classique, le jazz ou le blues dans un public de connaisseurs. Henri Salvador avec ses mélodies surannées dut s’adapter pour ne pas disparaitre de l’espace musical. Il choisit la veine comique et populaire où il excellait. Ainsi le compositeur amoureux des mots, le musicien talentueux, le chanteur à la voix sucrée, composa des pochades de cours de récréation (Zorro est arrivé en 1964, Le travail c’est la santé en 1965, Junanita banana en 1966), raconta des blagues douteuses, se déguisa pour la télévision en Cléopâtre à la poitrine proéminente, en cubaine aux longs cheveux entourée de bananes. La télévision qui venait d’entrer dans tous les foyers s’empara du phénomène et l’amplifia. Salvador créa sa propre maison de disque (Rigolo) et, en avance sur son temps, produisit ses propres émissions de télévision comme Salves d’or qui réunissaient des millions de téléspectateurs le dimanche soir. Sa notoriété déclina lentement. Entre 1971 et 1975, il participa à plusieurs séries de variété à l’intention de la jeunesse produite par la première chaîne. Mais le temps du déclin semblait amorcé. L’année 1976 sonna comme une annus horribilis. la télévision ne renouvela pas ses contrats. Les nouvelles générations le considéraient comme un ringard, voire un perdant. Son épouse Jacqueline mourut d’un cancer. Profondément déprimé, il retrouva un peu d’énergie en 1979 quand on le sollicita pour participer au conte Emilie Jolie, écrit par Philippe Chatel. Ce fut sa dernière apparition publique ces années-là. Il disparut des écrans de télévision et de la scène les deux décennies suivantes.

Retour gagnant

Joueur de pétanque de haut niveau, il se consacrait désormais à sa passion avec ses amis, inventant même une boule de haute technologie dont il déposa les brevets et qu’il commercialisa. En 1994, il renoua avec le jazz et enregistra à New York un disque Monsieur Henri. L’échec commercial et artistique semblait sonner le glas de la carrière d’Henri Salvador. Mais, le vieux crooner ne pouvait pas quitter la scène sans un dernier adieu. Un fan de la première heure, Philippe Ullrich, patron de la société de jeux vidéo Cryo, créa un label pour financer un nouvel album de Salvador. Ecrit par deux illustres inconnus Benjamin Biolay et Keren Ann, Chambre avec vue et son titre phare Jardin d’hiver signait la renaissance du vieux chanteur oublié depuis vingt ans. En 2000, à l’âge de 83 ans, il renouait avec la veine bossa-nova. Le succès fut immense. On revit enfin Henri Salvador à la télévision et non plus dans la catégorie humoriste franchouillard. Il reprit le chemin de la scène et remplit les salles comme aux plus beaux jours. Il évoquait la vieillesse avec humour affirmant qu’il constatait sa progression car « à la pétanque, les boules deviennent plus lourdes ». Deux autres albums suivirent en 2004 (Ma chère et tendre) et en 2006 (Révérence). Un titre prémonitoire. Il la tira à l’âge de 90 ans à la suite d’une rupture d’un anévrisme. Il laissa une veuve Catherine Costa, épousée en 2001, après son divorce en 1995 de sa seconde épouse Sabine de Ricou. Henri Salvador est le père biologique du photographe de presse Jean-Marie Périer, reconnu et élevé par le comédien François Périer.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Tamerlan

masculin
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