Imre Nagy

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Elle est décédée le

16 Juin 1958

Homme d’Etat hongrois, né le 7 juin 1896 à Kaposvar (Empire d’Autriche-Hongrie), exécuté à Budapest (République populaire de Hongrie), à l’âge de 62 ans. Communiste réformateur emprisonné sous Staline, il incarna la révolution hongroise d’octobre-novembre 1956, écrasée par les chars soviétiques. Il le paya de sa vie.

 Né dans une famille de paysans dans l’Empire austro-hongrois, il travaillait chez un serrurier en qualité d’apprenti quand l’assassinat par un Serbe de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône, plongea l’Europe dans la guerre. Le jeune Nagy fut incorporé dans l’armée impériale et combattit les Russes sur le front de l’Est. Fait prisonnier en 1916, il fut interné dans un camp à Oulan-Oude non loin du lac Baïkal en Sibérie. Avec surprise, il apprit la chute de la monarchie russe en février 1917 et la victoire des bolcheviques sur les autres factions socialistes en novembre 1917. Les communistes au pouvoir en Russie ne considéraient pas les prisonniers de guerre comme des ennemis mais comme des victimes des impérialistes et des bourgeois. Imre Nagy partageait ce point de vue de manière empirique. Hongrois de naissance, il n’éprouvait aucune solidarité nationale ni de classe avec les aristocrates arrogants au pouvoir à Vienne.

 Libéré par les nouveaux maîtres du pays, il adhéra au parti communiste russe et s’engagea dans l’Armée rouge. Aux cotés des bolchéviques, il lutta contre les royalistes et leurs alliés étrangers. La révolution russe semblait acculée quand une nouvelle redonna espoir aux révolutionnaires : en Hongrie, des insurgés communistes dirigés par Béla Kun avaient fondé une « République des Conseils » sur le modèle russe. La révolution communiste s’étendait à l’ouest du continent européen. Imre Nagy envisagea de rejoindre son pays, pensant que son expérience pourrait aider ses camarades. L’histoire s’accéléra. Après 133 jours d’existence, la République communiste hongroise fut renversée le 6 août 1919 par un coup d’Etat de l’amiral Miklos Horthy.

Survivre sous Staline

 Imre Nagy prolongea son séjour en Russie. Il combattit jusqu’en 1921 puis décida de rentrer en Hongrie. Il milita clandestinement. En 1928, menacé d’arrestation, il se réfugia à Vienne puis réussit à rejoindre Moscou en 1930. Il travailla au sein d’institutions communistes internationales. Il échappa aux grandes purges staliniennes qui décimèrent dans les années 1930 le parti communiste soviétique mais également les directions des partis frères réfugiées à Moscou. Le parti hongrois fut particulièrement touché. Accusé à tort de déviation trotskiste, Béla Kun fut arrêté en 1937 et exécuté l’année suivante. Quel prix paya Imre Nagy pour éviter le peloton d’exécution ? Sans doute collabora-t-il avec les services secrets soviétiques ce qui assura son immunité.

 Pendant la seconde guerre mondiale, il produisit sur Radio-Kossuth des émissions de propagande diffusées en direction de la Hongrie occupée par les nazis. En 1944, il revint dans son pays dans les fourgons de l’armée soviétique. Il occupa le poste de ministre de l’agriculture dans un gouvernement de coalition qui réunissait des partis de droite, du centre et le parti communiste. Bien que battus aux élections de l’hiver 1945 (17% des voix), les communistes accrurent leur influence grâce à la présence et à l’appui soviétique. Ils investirent les principaux centres du pouvoir (police, armée, justice, services secrets), pratiquèrent l’entrisme dans les autres partis qui furent contraints de fusionner avec le PC au sein d’un « parti des travailleurs hongrois ». Les élections législatives de 1949 parachevèrent la politique de prise de pouvoir par le PC. Sa liste, le Front populaire indépendant hongrois, obtint 96% des voix. La Hongrie changea sa Constitution et devint une République populaire. Imre Nagy participa à tous ces événements de son fauteuil de président l’Assemblée nationale.

 En 1953, la mort de Staline provoqua un changement d’orientation politique. Plusieurs dirigeants « staliniens » furent démis de leur fonction dans les démocraties orientales. A Budapest, le Kremlin poussa la candidature d’Imre Nagy au poste de premier ministre en remplacement de Matyas Rakosi qui conserva néanmoins son poste – stratégique - de secrétaire général du parti communiste. Nagy décida de procéder à de profondes réformes économiques pour améliorer le niveau et la qualité de vie des citoyens. Il autorisa une certaine forme de critiques et préféra toujours le dialogue à la répression. Il baptisa sa politique de « nouvelle voie », sous-entendant qu’elle rompait avec les pratiques anciennes et contredisait celle encore en vigueur en URSS. Ces propositions anticipaient le futur « printemps de Prague ». Soutenu par la population, Imre Nagy était convaincu qu’il viendrait à bout des réticences des conservateurs du parti. Il commit l’erreur de ne pas s’appuyer sur un groupe d’hommes prêts à le soutenir et à défendre sa politique. Au bout de deux ans, le politburo le mit en minorité. Il démissionna de son poste de premier ministre en avril 1955. Le bureau politique annula ses réformes et l’exclut du parti quelques mois plus tard. Les conservateurs semblaient avoir remporté une grande victoire. Cette ligne réactionnaire néostalinienne était-elle partagée par les nouveaux dirigeants du Kremlin et en particulier par le premier d’entre eux Nikita Khrouchtchev ? Après la mort de Staline, les kremlinologues avaient enregistré quelques décisions en faveur de la « légalité socialiste ». Mais, le système totalitaire perdurait.

 Les observateurs politiques n’attendaient rien du congrès du parti communiste de l’Union soviétique convoqué pour le 14 février 1956. Ils se trompaient lourdement. Le 24 février, la veille de sa clôture, Khrouchtchev revint devant les délégués. Il demanda aux représentants des partis étrangers de quitter la salle. Seuls les « soviétiques » devaient débattre du rapport secret qu’il allait leur lire. Dans la nuit, il dénonça « le culte de la personnalité, l’idolâtrie » et les crimes commis par Staline. Il déclara à la surprise générale : « Certaines restrictions de la démocratie du parti et de la démocratie soviétique, inévitables dans les conditions de la lutte acharnée (…) Staline commença à les introduire comme règle dans la vie du parti et de l'État, violant grossièrement les principes léninistes de direction. (…) Staline se trouvait, en fait, hors de la critique. La formule erronée de Staline, selon laquelle à mesure que l'Union Soviétique progresse vers le socialisme la lutte de classe s'aggravera davantage, a causé un grand préjudice à la cause de la construction socialiste, au développement de la démocratie à l'intérieur du parti et de l'État. (…) Cette formule théorique erronée servit, en pratique, pour justifier les violations les plus grossières de la légalité socialiste et la répression de masse. L’administration habituelle de la justice fut souvent remplacée par ses décisions personnelles. La légalité soviétique fut gravement violée et des répressions en masse furent déchaînées. » La « déstalinisation » décrétée par Khrouchtchev déclencha une vague de limogeage de dirigeants staliniens dans les pays de l’Est. Des communistes injustement incarcérés ou exécutés furent réhabilités.

La révolution hongroise de 1956

En Hongrie, la dénonciation des « exactions du petit père des peuples » s’accompagna d’une remise en cause du rôle prépondérant du parti communiste. Le 23 octobre 1956. Des étudiants et des intellectuels se réunirent à Budapest devant la statue du général Josef Bem, un des héros de la révolution de 1848, pour réclamer des reformes politiques. La foule reprit en chœur le refrain d’un poème interdit : « Nous le jurons, nous le jurons, que nous ne serons esclaves plus longtemps ! » Les protestataires se massèrent devant le Parlement et réclamèrent la destruction d’une statue en bronze de Staline, haute de dix mètres, érigée à l’emplacement d’une église détruite pour l’accueillir.

 A 21 h 30, les manifestants abattirent eux-mêmes la sculpture. Ils se dirigèrent ensuite vers le siège de la radio nationale avec l’espoir que leurs délégués pussent y lire leurs demandes. Les policiers détestés de l’Autorité de protection de l’Etat (APV) les y accueillirent à coup de feu, tuant plusieurs personnes. Assiégés dans le bâtiment, les forces de l’ordre appelèrent en renfort l’armée. A leur grande surprise, les soldats passèrent du côté du peuple. Les affrontements s’étendirent partout dans la capitale. La population pilla les dépôts de munition et détruisit les symboles du régime communiste. Voyant que la situation échappait au gouvernement, Erno Gero, le secrétaire général du parti communiste hongrois, demanda officiellement l’intervention de l’armée soviétique, cantonnée en banlieue, pour réprimer la manifestation. Le 24 octobre, à deux heures du matin, les chars soviétiques entrèrent à Budapest et occupèrent les principaux points stratégiques (ponts, édifices publics, gare, ministères) de la ville. La population armée, soutenue par des soldats érigea des barricades pour se défendre. Elle affronta la police politique du régime et les troupes soviétiques. Des conseils révolutionnaires prirent le pouvoir dans les principales villes du pays. Des miliciens s’emparèrent du siège du journal et de la radio du parti communiste dont les militants étaient pourchassés et tués. La rébellion devenait révolution.

 Le 25 octobre, Erno Gero et le premier ministre démissionnèrent et s’enfuirent en URSS. Le parti communiste rendit sa carte à Imre Nagy et lui demanda de former un nouveau gouvernement. Le proscrit accepta. Le 27 octobre il qualifia l’insurrection de « vaste mouvement démocratique ». Le 28 octobre, un cessez-le-feu entra en vigueur. Les troupes soviétiques quittèrent Budapest. La politique reprenait ses droits. Imre Nagy forma un gouvernement comprenant des non communistes. Il supprima l’APV, légalisa les partis non communistes, reconnut les comités révolutionnaires qui se substituaient au PC, libéra les prisonniers politiques, proclama la neutralité de la Hongrie et annonça son retrait du Pacte de Varsovie. Sans jamais le proclamer officiellement, Imre Nagy venait d’affranchir la Hongrie de la tutelle soviétique. Cela en était plus que pouvaient supporter les dirigeants de l’URSS.

 Du premier au trois novembre, au même moment où il faisait mine de parlementer avec Nagy le retrait des troupes russes de Hongrie, Nikita Khrouchtchev négociait en secret avec les dirigeants des pays communistes (Pologne, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie, Chine), et demandait leur accord pour écraser le soulèvement hongrois. Il obtint leur feu vert. Pour donner un vernis légal à l’opération, il s’assura du soutien de Janos Kadar, le nouveau secrétaire général du PC hongrois, arrivé au pouvoir grâce à l’insurrection. Le nouveau chef du PC, ancienne victime des staliniens, n’hésita pas à trahir. Il créa un « gouvernement provisoire ouvrier-paysan révolutionnaire de Hongrie» qui appela à l’aide l’armée soviétique pour mettre fin aux activités des « contre-révolutionnaires ».

 Le 4 novembre, à trois heures du matin, dix-sept divisions soviétiques intervinrent à Budapest et dans les principales villes hongroises. L’opération Cyclone prit Nagy par surprise. A 5 heures du matin, il prononça son dernier discours à la radio affirmant que le gouvernement restait à son poste. Trois heures plus tard, une réunion du cabinet réunit … trois ministres. L’armée hongroise dont les généraux étaient presque tous prosoviétiques n’opposa aucune résistance. La population, elle, résista avec courage dans les faubourgs de la ville, jusqu’au 10 novembre. L’Occident condamna verbalement l’agression mais se garda bien d’intervenir sous le prétexte que la Hongrie appartenait à la zone d’influence soviétique. Selon un bilan officiel, on releva 3000 tués du côté des hongrois et 722 morts parmi les soviétiques.

 210 000 hongrois fuirent leur pays. 15 000 furent condamnés à des peines de prison. Imre Nagy trouva refuge à l’ambassade de Yougoslavie. Des chars encerclèrent la chancellerie. Au bout de trois semaines, Janos Kadar lui accorda un sauf-conduit. Nagy tomba dans le piège. Des agents du KGB l’arrêtèrent à sa sortie de l’ambassade et le maintinrent au secret. Deux ans plus tard, les autorités hongroises le jugèrent. Accusé de « conduite contre-révolutionnaire », l’ancien premier ministre réformateur fut condamné à la peine de mort. Nagy montra une grande force de caractère devant ses « juges » : « Je suis sûr que le mouvement ouvrier international et le peuple hongrois me réhabiliteront. Je suis la victime d'une grave erreur de justice. Je ne demande pas à être gracié ».

 Il fut pendu à la prison de Budapest. Les autorités inhumèrent son corps sous une fausse identité dans un coin reculé du cimetière municipal. Son meurtrier Janos Kadar gouverna la Hongrie jusqu’en mai 1988, date à laquelle on le chassa du pouvoir en raison de sa sénilité. Etrange coïncidence : il mourut le 6 juillet 1989, le jour où la Cour suprême de Hongrie réhabilita Imre Nagy.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Eugène Wiedmann

masculin
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21 Mai 2016 - 4:38pm

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Ecrivain et journaliste français, né le 26 mai 1822 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé à Champrosay (Essonne), à l’âge de 74 ans. Auteur de Renée Mauperin (1864) et du Journal des Goncourt (1854-1891), il proposa en 1892 la création de l’Académie Goncourt qui avait vocation à décerner chaque année un prix littéraire. Le cénacle littéraire vit le jour en 1900. Le premier lauréat fut en 1903 John-Antoine Nau pour Force ennemie

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Eugène Poubelle

Préfet français, né le 15 avril 1831 à Caen (Calvados), décédé à Paris, à l’âge de 76 ans. Préfet de la Seine, il prit un arrêté qui obligeait les propriétaires d’immeubles parisiens à mettre à la disposition des locataires des récipients munis d’un couvercle ayant vocation à contenir les déchets ménagers. La population les baptisa "poubelles".

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Homme d’Etat français, né le 18 janvier 1641 à Paris, décédé à Versailles, à l’âge de 50 ans. Secrétaire d’Etat à la guerre de 1662 à sa mort, il organisa des persécutions (les dragonnades) pour contraindre les protestants à se convertir au catholicisme.

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Heinrich Böll

Ecrivain allemand, né le 21 décembre 1917 à Cologne (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), décédé à Kreuzau (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), à l’âge de 67 ans. Auteur de nouvelles, d’essais et de romans dont Portrait de groupe avec dames (1971) et L’honneur perdu de Katarina Blum (1974), il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1972.

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Chansonnier français, né le 19 août 1780 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 76 ans. Populaire à son époque, il composa plusieurs centaines de chansons dont Le vieux drapeau, Les souvenirs du peuple, Le juge de Charenton, Les ventrus.

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