Jan Masaryk

Il est décédé le 

Elle est décédée le

10 Mars 1948

Homme politique tchécoslovaque, né le 14 septembre 1886 à Prague (Empire d’Autriche-Hongrie), décédé à Prague (Tchécoslovaquie) dans des circonstances non élucidée, à l’âge de 61 ans. Ministre des affaires étrangères, on retrouva son corps au pied de son ministère. S'était-il suicidé ou avait-il été assassiné ?

 Fils de Thomas Masaryk, philosophe, pédagogue et homme d'Etat tchèque, et de Charlotte Garrigue, une américaine fille d’un négociant newyorkais, Jan vécut son enfance et son adolescence dans un milieu intellectuel et libéral. En 1891, son père se fit élire député au parlement à Vienne, sous la bannière du « Parti des jeunes Tchèques ». En 1900, il créa le « parti réaliste » qui proposait de réformer la monarchie autrichienne et d’accorder plus d’autonomie aux peuples de l’Empire. Jan partageait sans doute les aspirations de son père. Ce dernier s’inquiétait pour l’avenir de son fils. La musique le passionnait plus que les études. A l’âge de 18 ans, il l’envoya chercher fortune aux Etats-Unis où vivait la famille de son épouse. Jan y demeura pendant dix ans. Il occupa divers petits métiers à New York dont celui de pianiste de cinéma. Une fonderie du Connecticut l’embaucha. Il y travailla jusqu’en 1914, date de son retour à Prague au moment du déclenchement de la Grande Guerre. Sujet de l’Autriche-Hongrie, il revêtit l’uniforme autrichien et servit en Pologne dans l’infanterie.

 Son père désormais favorable à l’indépendance de la Tchécoslovaquie avait dû s’enfuir à l’étranger pour éviter d’être arrêter pour trahison. La défaite militaire face à l’Italie en 1918 provoqua l’éclatement de l’Empire austro-hongrois. Le 28 octobre 1918, les Tchèques et les Slovaques proclamèrent à Prague l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Thomas Masaryk dirigea le gouvernement provisoire. En 1920, il fut élu président de la République du nouvel Etat et réélu en 1928 et 1935.

 Grace à son soutien, son fils Jan entama une carrière de diplomate. Nommé consul à Washington puis ambassadeur à Londres, il défendit avec talent son pays, s’attirant le respect de ses interlocuteurs. Après la démission pour raison de santé de son père en décembre 1935, il devint le secrétaire particulier du nouveau président Edouard Benes. A ses côtés, il lutta avec la dernière énergie pour sauvegarder l’indépendance de son pays face aux appétits d’Adolf Hitler. Il s’efforça de rapprocher la Tchécoslovaquie avec les démocraties occidentales, croyant qu’elles le soutiendraient en cas d’agression. Il se trompait lourdement. La France et le Royaume-Uni prétendirent sauver la paix mondiale à Munich en abandonnant la jeune nation à l’Allemagne. Quand la seconde guerre mondiale éclata, un gouvernement tchèque se constitua à Londres. Edouard Benes le présida. Jan Masaryk occupa la fonction de ministre des affaires étrangères. Pendant toute la durée du conflit, il multiplia les démarches auprès des puissances alliées (Etats-Unis, URSS, France, Royaume-Uni) pour obtenir leur soutien à la renaissance de la Tchécoslovaquie.

 Après la libération du pays par les armées soviétiques en avril 1945, un gouvernement d’union nationale, regroupant toutes les forces politiques ayant participé à la lutte contre les occupants nazis, se constitua sous la présidence d’Edouard Benes. Un social-démocrate dirigeait un cabinet composé de ministres communistes, socialistes, populistes. Jan Masaryk conserva le ministère des Affaires étrangères. Le matin du 10 mars 1948, on retrouva son corps sans vie au pied de la fenêtre de la salle de bain de son ministère. Encore aujourd’hui les circonstances de sa mort, suscitent la controverse. A l’époque, l’enquête de police conclut au suicide du chef de la diplomatie tchèque par défénestration. En 2004, après la chute du communisme et le rétablissement de la démocratie, une nouvelle instruction du dossier invoqua la piste criminelle. Masaryk avait été poussé, tranchèrent les enquêteurs.

Le coup de Prague

Il est vrai que ce suicide ou cet assassinat intervenait dans un contexte politique particulier : la prise du pouvoir par le parti communiste au terme d’une épreuve de force avec le président Edouard Benes. Dix ans plus tôt en 1938, déjà président, Edouard Benes avait démissionné de sa fonction pour protester contre la signature par l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie des accords de Munich qui avaient conduit au dépeçage de son pays. Chacun pensait que cette personnalité respectée dans son pays et à l’étranger qui avait, disait-on, l’oreille de Staline, parviendrait à contenir les ambitions du puissant parti communiste. En 1946, des élections libres et démocratiques avaient placé le PCT en tête avec 38 % des suffrages exprimés. Cela était considérable mais insuffisant pour obtenir la majorité absolue au parlement. Benes nomma néanmoins le secrétaire général du PCT Clément Gottwald au poste de premier ministre. La coalition des quatre partis continua à gouverner le pays dans un climat apaisé. La Tchécoslovaquie accepta l’aide américaine dans le cadre du plan Marshall.

 Staline, furieux, convoqua Gottwald au Kremlin et le somma de revenir sur sa décision. Le premier ministre tchèque obtempéra malgré les protestations du ministre des affaires étrangères Jan Masaryk qui déclara : « nous ne sommes plus que des vassaux ». Les mois suivants, la guerre froide entre l’Est et l’Ouest s’aggrava alors que des élections devaient avoir lieu en mai 1948. Un sondage pronostiqua une défaite du parti communiste. Le ministre de l’intérieur, membre du PCT, décida de révoquer des hauts fonctionnaires de la sécurité publique et de les remplacer par des policiers proches du parti. Les ministres modérés démissionnèrent. Benes fut contraint d’accepter le 25 février 1948 la constitution d’un gouvernement composé exclusivement de communistes et de socialistes de gauche. Masaryk était le seul représentant modéré. Deux semaines plus tard on le retrouva mort. S’était-il suicidé pour protester contre le coup de force des communistes ? Avait-il été assassiné parce qu’il s’apprêtait à le dénoncer ? En mai, le PCT remportait 239 sièges sur 300. Le « coup de Prague » avait réussi. 

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Claude François

masculin
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Homme politique français, né le 3 juillet 1923 à Quimper (Finistère), décédé à Villeurbanne (Rhône), à l’âge de 66 ans. Ministre de la Défense de mai 1981 à septembre 1985, sous la présidence de François Mitterrand. Il démissionna de son poste, à la suite des révélations de la presse mettant en cause les services secrets français dans l’attentat contre le navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior.

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Auteur dramatique français, né le 26 octobre 1887 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), décédé à Paris, à l’âge de 57 ans. Un des maîtres du théâtre de boulevard. Administrateur de la Comédie-Française de 1936 à 1940.

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Actrice et courtisane irlandaise, née le 17 février 1821 à Grange (Irlande), décédée à New York, à l’âge de 39 ans. De son vrai nom Maria Dolorès Gilbert, elle fut la maitresse de Louis 1er de Bavière. Elle créa la danse érotique de l’araignée.

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Acteur américain, né lé 30 novembre 1926 à Los Angeles, décédé à Los Angeles, à l’âge de 76 ans. Interpréta le rôle du colonel Trautman dans  Rambo (1982), Rambo, la mission (1984), Rambo 3 (1988).

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Compositeur italien, né le 8 juin 1671 à  Venise, décédé à Venise, à l’âge de 79 ans. Il composa quatre vingt opéras baroques. L’Adagio d’Albinoni a été composé en 1945 par Remo Giazotto à partir d’un fragment d’une sonate du compositeur italien.

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Militaire allemand, né le 8 octobre 1884 à Karlsruhe (Bade-Wurtemberg), décédé à Poltava (Union soviétique), à l’âge de 57 ans. Il participa aux campagnes de Pologne (1939), de France (1940) et de Russie (1941). Il participa au massacre des population juives dans les territoires qu'ils contrôlaient. Elevé à la dignité de maréchal par Adolf Hitler.

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Zhao Ziyang

Homme politique chinois, né le 17 octobre 1919 à Huaxian, décédé à Pékin, à l’âge de 85 ans. Premier ministre de la République populaire de Chine de septembre 1980 à novembre 1987. Secrétaire général du parti communiste de janvier 1987 à juin 1989, il fut  limogé pour avoir refusé de réprimer les étudiants sur la place Tien’anmen en juin 1989.

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