Jean-Baptiste Kléber

Il est décédé le 

Elle est décédée le

14 Juin 1800

Général français, né le 9 mars 1753 à Strasbourg, assassiné au Caire, à l’âge de 47 ans. Rallié à la révolution française, le patriote républicain combattit les armées étrangères aux frontières mais également « l’ennemi de l’intérieur » en Vendée. Un nationaliste syrien l’assassina en Egypte.

 Né sous le règne de Louis XV au sein d’une famille de la petite bourgeoisie strasbourgeoise, Jean-Baptiste Kléber devint orphelin de son père à l’âge de 3 ans. Elevé par son beau-père, il suivit une brillante scolarité, notamment au renommé Gymnase Jean-Sturm, un établissement humaniste protestant. Mais la passion des armes habitait le jeune adolescent. A seize ans, il interrompit ses études pour s’enrôler au 1er régiment des hussards. L’intervention familiale abrégea son engagement. Il reprit ses études de dessin à l’école des arts et métiers et compléta sa formation en intégrant l’atelier de l’architecte Jean-François Chalgrin à Paris. Il demeura dans la capitale de 1772 à 1775. A la fin de sa scolarité, une carrière d’architecte s’ouvrait devant lui.

 Il y renonça en 1777 pour rejoindre à Munich l’académie militaire bavaroise. Au bout de huit mois, il la quitta et s’incorpora dans le régiment d’infanterie de Kaunitz en Autriche. Il y apprit son nouveau métier, étudiant l’art de la guerre, la balistique, la stratégie, la tactique. Elevé au grade de sous-lieutenant en 1779, il prétendit à de nouvelles promotions les années suivantes. Rien ne vint. L’esprit de caste prévalait également dans l’armée autrichienne. Seuls les militaires appartenant à la noblesse pouvaient espérer s’élever dans la hiérarchie militaire. Des roturiers comme lui occupaient les grades subalternes. Il vécut comme une injustice le fait de devoir obéir à des supérieurs moins compétents et aguerris que lui. En 1785, il démissionna.

 Revenu en Alsace, il fut nommé inspecteur des bâtiments publics. En 1787, il réalisa les plans du nouvel hôpital de Thann. Il accueillit avec enthousiasme la nouvelle de la transformation des Etats généraux en Assemblée nationale. Il appartenait à cette génération d’hommes talentueux issus du peuple, maintenus par des lois injustes dans un rôle subalterne, qui avaient tout à gagner à détruire l’Ancien Régime inégalitaire. En juillet 1789, il devint grenadier dans la garde nationale de Belfort. A l’imitation de celle de Paris, elle se donnait pour objectif de protéger le peuple et la Révolution contre les menées aristocratiques.

 En 1792, lors de la déclaration de la guerre contre les monarchies européennes, Kléber s’engagea dans le 4ème bataillon de volontaires du Haut-Rhin. Son expérience d’ancien militaire lui permit de progresser rapidement. En mai, il fut nommé lieutenant-colonel. Son bataillon intégra l’armée commandée par Custine. Il participa à la prise de Mayence le 21 octobre. Retranché avec ses 15 000 hommes dans la ville, il ne put empêcher les Prussiens de l’investir à partir du 14 avril 1793. Kléber résista jusqu’au 23 juillet, infligeant de lourdes pertes aux assaillants. Si la Convention nationale condamna à mort Custine pour la perte de la ville, les Prussiens rendirent les honneurs à leurs valeureux ennemis. Ils renoncèrent à emprisonner les soldats français et leur accordèrent le droit de rentrer en France à condition de ne pas servir sur les théâtres d’opérations extérieurs pendant un an.

L’un des vainqueurs de la Vendée

La Convention nationale accepta la proposition. Elle nomma Kléber général de brigade et l’envoya le 19 août avec ses 15 000 hommes combattre les royalistes qui s’étaient soulevés en Vendée. L’affaire tourna au fiasco. Des victoires faciles au début de la campagne contre les troupes de Charrette, le chef des vendéens, firent croire au général républicain que tout finirait rapidement. Il sous-estima la détermination des rebelles et l’intelligence tactique de leurs chefs. Le 19 septembre, Charrette renforcé par l’armée d’Elbée infligea une cruelle défaite à Torfou aux Mayençais. Kléber y fut blessé. Les vainqueurs se moquèrent de l’armée de « fayence ».

 La nouvelle terrifia Paris. Le 1er octobre 1793, Barère, membre du Comité de salut public, sonna le tocsin à la Convention nationale : « La Vendée et encore la Vendée ! Voilà le chancre politique qui dévore le cœur de la république. C’est là qu’il faut frapper ! C’est là qu’il faut frapper avant l’hiver, avant l’impraticabilité des routes, avant que les brigands trouvent l’impunité dans le climat et dans la saison ». Dix jours plus tard, quatre colonnes républicaines pénétrèrent en Vendée. Kléber prit sa revanche sur les Vendéens. Il les écrasa à Cholet le 17 octobre. Sa bravoure au combat lui valut d’être nommé général de division sur le champ de bataille par les députés envoyés en mission. Il récidiva les 12 et 13 décembre au Mans, appliquant sans état d’âme l’ordre du Comité de salut public qui interdit que l’on fît des prisonniers. Il massacra les combattants mais aussi leurs femmes et leurs enfants qui les accompagnaient dans leurs déplacements, suivant un usage funeste, en vigueur alors. Une nouvelle grande victoire à Savenay les 22 et 23 décembre s’accompagna de l’extermination des derniers vendéens. Les survivants, ceux qui s’étaient rendus, les blessés, les malades, les trainards furent fusillés. La première guerre de Vendée se concluait par la victoire de la République.

 Kléber ne participa pas aux massacres qui suivirent – les historiens évaluent à 120 000 le nombre des victimes dans les quatre départements vendéens. En janvier 1794, il partit combattre les Chouans en Bretagne. En juin, on l’affecta à l’armée du Nord. Le 16 juin 1794, il participa à la première bataille de Fleurus, entre Charleroi et Namur (actuelle Belgique) qui opposa l’armée française à une coalition composée de Britanniques, d’Autrichiens et d’Hanovriens. L’engagement se conclut par une relative défaite de l’armée française qui préféra se retirer du champ de bataille. Kléber évita le pire en couvrant sa retraite. L’armée repassa la Sambre en bon ordre et reconstitua ses forces. Les français reprirent l’offensive dix jours plus tard, Kléber commandant les troupes de réserves. Grace à de bonnes décisions du général alsacien, les coalisés ne parvinrent pas à forcer les lignes françaises. La prise de Charleroi par Kléber conduisit le général autrichien von Latour à donner l’ordre à ses troupes de battre en retraite. L’armée française vola de victoire en victoire. Dans la foulée, Kléber eut la satisfaction de mettre le siège autour de la forteresse de Mayence. En 1795, il s’empara de Maastricht à la tête de l’armée Sambre-et-Meuse. Il la dirigea à deux reprises (janvier- février 1796, juillet-août 1796) en alternance avec le général Jean-Baptiste Jourdan. Des désaccords avec son collègue, soutenu par les chefs du Directoire, le conduisirent à démissionner en 1796.

Les sortilèges de l’Orient

Il végétait à Chaillot quand le général Napoléon Bonaparte, auréolé de ses victoires en Italie, lui proposa de reprendre du service en 1798. Objectif : l’Egypte. Le corps expéditionnaire débarqua au printemps. La mission de Kléber consistait à s’emparer de la ville d’Alexandrie. Lors de l’assaut victorieux contre les Ottomans le 2 juillet 1798, il reçut une balle en plein front. Tiré de fort loin, elle ne le tua pas. Grièvement blessé, il commanda la garnison installée dans la grande cité égyptienne pendant sa convalescence. Enfin guéri, il réprima l’insurrection des habitants de Damanhour qui s’étaient révoltés contre l’occupation française. Il prit part à l’expédition en Syrie, au siège et à la capitulation de la ville d’El Arish tenue par les Ottomans, le 19 février 1799, à la victoire du Mont Thabor le 16 avril. Bonaparte considérait Jean-Baptiste Kléber comme son bras droit en Egypte. Tout naturellement, il lui confia le commandement suprême du corps expéditionnaire français en Orient quand il décida de regagner la métropole en août 1799, avec l’ambition de s’emparer du pouvoir au détriment du Directoire discrédité.

 En janvier 1800, Kléber signa à El Arish avec l’amiral britannique Sidney Smith une convention. Elle autorisait l’armée française à évacuer l’Egypte. En contrepartie la flotte britannique ne chercherait pas à intercepter les navires français en Méditerranée. Le gouvernement britannique à Londres refusa de ratifier l’accord et exigea la capitulation sans condition de l’armée française. Outré par ce qu’il considérait être une trahison, Jean-Baptiste Kléber adressa une proclamation à ses soldats : « On ne répond à une telle insolence que par des victoires ; soldats, préparez-vous à combattre ». Le 24 janvier 1800, l’armée française infligea une ultime et sévère défaite à 30 000 Turcs à Héliopolis. Kléber reconquit la Haute-Egypte et mata à coups de canons une révolte populaire au Caire. Les exactions commises par les soldats français contre la population, le massacre des prisonniers ottomans, le mépris de la religion musulmane et la profanation des mosquées suscitèrent une vague d’hostilité contre la présence française, assimilée à une invasion des croisés. Le 14 juin 1800, un jeune étudiant syrien Souleymane El-Halaby réussit à s’approcher du commandant en chef de l’armée d’Orient. Il lui planta son poignard dans le cœur. Kléber mourut sur le coup. Le conseil de guerre français condamna son assassin à périr par le supplice du pal. Ce même jour, étrange coïncidence, à des milliers de kilomètres de l’Egypte, mourait à la bataille de Marengo en Italie, le général Louis Charles Antoine Desaix, un ancien de la campagne d’Egypte.

 La dépouille de Kléber fut ramenée en France et déposée au Château d’If au large de Marseille où l’on oublia sa présence. En 1818, le roi Louis XVIII ordonna son transfert dans sa ville natale Strasbourg. Le général Menou succéda à Kléber à la tête de l’armée d’Orient. Converti à l’islam sous le nom d’Abdallah, marié à une égyptienne, il tenta de repousser un débarquement anglais à Aboukir le 21 mars 1801. Battu, il se replia à Alexandrie où il capitula le 30 août. La petite histoire retiendra qu’il céda la pierre de Rosette à ses vainqueurs.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Jules Roy

masculin
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