Jean Cocteau

Il est décédé le 

Elle est décédée le

11 Octobre 1963

Ecrivain et cinéaste français, né le 5 juillet 1889 à Maisons-Laffitte (Seine-et Oise), décédé à Milly-la-Forêt (Essonne), à l’âge de 74 ans. Artiste aux multiples talents (écrivain, cinéaste, plasticien), il resta avant tout un poète et mit sa poésie en toutes choses. 

Selon une légende tenace, Jean Cocteau aurait été terrassé par un malaise en apprenant le décès de son amie Edith Piaf, survenu au début de l’après-midi du 10 octobre 1963. Victime d’une crise d’étouffement, il serait mort la nuit suivante d’un arrêt cardiaque. Une version contestée par son ami Jean Marais qui affirma que le cœur du poète avait « flanché à la suite d’un œdème pulmonaire ». La disparition de Jean Cocteau suscita une intense émotion. Il appartenait à ces rares artistes universels qui brillaient dans plusieurs domaines. Poète, romancier, dramaturge, auteur de livrets pour des ballets, il réalisa des films devenus cultes, fit l’acteur, peignit des tableaux, dessina, décora des musées et des chapelles, tissa des tapisseries et réalisa de nombreuses autres choses.

 Rien ne le destinait à priori à devenir l’artiste aux multiples centres d’intérêts qui a ébloui ses contemporains. Il naquit au sein d’une famille de la bourgeoisie parisienne : Athanase Cocteau, un grand-père paternel notaire et maire de Melun ; Eugène Lecomte, un grand-père maternel agent de change et collectionneur d’art ; Georges Cocteau, un père avocat ; Marie Lecomte, une mère au foyer toute dévouée à l’éducation de ses trois enfants. Tout respirait l’aisance matérielle, la convention, l’ennui, l’immuabilité. Peut-être pour rompre avec la banalité d’une vie répétitive et au fond sans grand intérêt, son père qui vivait de ses rentes - et peignait à ses heures perdues - choisit de mettre fin à ses jours en 1898. Ce drame brutal et affreux bouleversa le jeune Jean alors âgé de 8 ans. L’enfant traumatisé devint un adolescent rebelle. Il quitta dit-on le foyer familial à l’âge de quinze ans. Elève indiscipliné, renvoyé du Lycée Condorcet, il rata à deux reprises de le baccalauréat. Il apprit et se forma par lui-même.

 A l’âge de 20 ans, il publia à compte d’auteur son premier recueil de poèmes La Lampe d’Aladin qu’il reniera des années plus tard. Il commença à fréquenter les milieux bohèmes de Paris où on le surnomma le prince frivole qui devint le titre de son second recueil de poésies. Le journaliste et organisateur de spectacles Gabriel Astruc remarqua le jeune poète et lui demanda de rédiger et d’illustrer une plaquette publicitaire présentant les Ballets russes engagés pour se produire au théâtre du Châtelet. Cocteau rencontra l’impresario Serge de Diaghilev fondateur de la troupe, et son danseur étoile Vaslav Nijinski. Une amitié naquit entre les trois hommes. Ils convinrent de collaborer. En 1912, Cocteau participa à la création du ballet Le Dieu Bleu de Michel Fokine. Il rédigea le livret, Reynaldo Hahn composa la musique et Léon Baskt inventa le décor et dessina les costumes.

La poésie sous toutes ses formes

Une carrière de chorégraphe s’ouvrait devant lui quand éclata en août 1914 la Grande Guerre. L’armée ne voulut pas de lui et le réforma. Il s’engagea alors comme ambulancier dans une entreprise civile affectée au front. L’expérience fut de nouveau interrompue en raison de son état de santé. Démobilisé, il rejoignit la capitale où il créa à la demande de Diaghilev un ballet. « Jean, étonne-moi ! », exigea le commanditaire. Il ne fut pas déçu. Cocteau écrivit Parade, mis en musique par Erik Satie, décoré par Pablo Picasso, chorégraphié et interprété par Léonide Massine. Présenté en 1917, le ballet avant-gardiste fut éreinté par les critiques conservateurs qui ne comprirent pas les intentions novatrices de Cocteau. Satie se moqua d’eux : « Vous n’êtes qu’un cul, mais un cul sans musique », ce qui lui valut d’être condamné à payer une forte amende. Guillaume Apollinaire dans un article de présentation du ballet avait vu juste en qualifiant le spectacle de « sur-réaliste ». Le néologisme inventé par le poète, repris par André Breton, allait bientôt incarner le mouvement culturel le plus important de l’entre-deux guerres.

 En 1916, Jean Cocteau devint le mentor et le porte parole du « Groupe de Six » qui regroupait six compositeurs de musique (Erik Satie, Louis Durey, Arthur Honneger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Taillefer) qui souhaitaient rompre avec la musique impressionniste et wagnérienne jouée à l’époque. Malgré son jeune âge, le poète se comportait en maître à penser. En 1921, il créa avec ses amis musiciens un ballet collectif intitulé Les Mariés de la tour Eiffel. Francis Poulenc, co-auteur de la musique, jugea que l’œuvre était « de la merde… hormis l’ouverture d’Auric ». Un avis partagé par la critique et les spectateurs qui boudèrent le ballet, rapidement tombé dans l’oubli.

 En 1918, sa rencontre avec Raymond Radiguet bouleversa sa vie. Cocteau le conseilla et l’aida à publier ses poèmes dans des revues d’avant-garde, SIC et Littérature. En 1920, les deux amis, fondèrent un magazine Le Coq auquel collaborèrent Georges Auric, Paul Morand et Tristan Tzara. Dans le premier numéro, Raymond Radiguet publia un éditorial qui commençait ainsi : « Depuis 1789 on me force à penser, j’en ai mal à la tête ». Radiguet publia deux romans, Le Diable au corps et Le bal du comte d’Orgel (parution posthume) qui eurent un immense succès à leur sortie. La mort soudaine du jeune écrivain, à l’âge de 20 ans, laissa Cocteau désemparé et plein de remords. On l’accusa d’avoir abandonné son ami dépressif et surtout de l’avoir initié à l’opium dont il était dépendant.

 Cette même année, il publia son premier roman Thomas l’imposteur tout en continuant à publier des ouvrages de poésie (Vocabulaire, La Rose de François), des ballets (Les Biches), des pièces de théâtre (Antigone, Roméo et Juliette, Orphée, La voix humaine). En 1929, il décida de s’affranchir de l’opium. Durant la séance de sevrage, il rédigea en une semaine une de ses œuvres majeures Les Enfants terribles, un livre inspiré de la vie tragique de Jeanne et de Jean Bourgoint, rencontrés quelques années plus tôt et devenus ses amis. En 1930, il réalisa son premier film - surréaliste – Le Sang d’un poète. Mal accueilli à sa sorti, le film est aujourd’hui considéré par la critique comme une œuvre majeure de Cocteau et annonce ses réalisations ultérieures. En 1933, Marcel Khill devint son compagnon et joua dans son ballet La machine infernale. Les deux hommes feront un tour du monde en 1936 puis se sépareront. Cocteau adopta l’acteur et peintre Edouard Dermit et entama une longue relation avec Jean Marais.

Un franc-tireur du cinéma

Quand la seconde guerre mondiale éclata, Jean Cocteau se mit en semi congé de création. Aucun recueil de poèmes entre 1941 et 1945, ni roman, ni film. En revanche, il écrivit et fit jouer au théâtre en avril 1941 La Machine à écrire qui contait l’histoire d’une ville troublée par un corbeau qui envoyait des lettres anonymes à la population et dénonçait les travers des uns et des autres. Etait-ce une critique à peine voilée des pratiques du régime de Vichy ? Le préfet de police de Paris le crut et interdit sa pièce. La censure allemande annula la décision. L’auteur bénéficiait-il de protections parmi les occupants ? A la Libération, les différents comités d’épuration – celui du cinéma et celui des écrivains - devant lesquels il comparut décidèrent de ne pas le poursuivre pour collaboration avec l’ennemi.

 Il entama son retour sur la scène artistique en choisissant le cinéma comme mode d’expression principal. Sortie en salles en octobre 1946, La Belle et la Bête, avec Josette Day et Jean Marais, apparut à contre-courant des thèmes abordés par le septième art de l’époque, préoccupé surtout de réalisme. Le film fantastique connut un immense succès avec 3,8 millions de spectateurs. Cocteau récidiva les années suivantes avec L’Aigle à deux têtes et Les Parents terribles (1948), Orphée (1950), Le Testament d’Orphée (1960) réalisé avec le soutien financier de François Truffaut. Dans un entretien, Cocteau expliqua ses intentions : « Le cinéma est un véhicule d'idées et de poésie de premier ordre, propre à conduire le spectateur dans des domaines où il n'était jusqu'ici mené que par le sommeil et le rêve […] La cinématographie, disait-il, est la seule langue apte à mettre ma nuit en plein jour. »

 Elu en 1955 à l’Académie française, il consacra les dernières années de sa vie à l’art de la céramique produisant plus de 300 œuvres dans un atelier de Villefranche-sur-Mer. Dans cette dernière ville il couvrit la chapelle Saint-Pierre de fresques. A Menton, il décora la salle des mariages et le bureau du maire. Quand la mort le saisit, il travaillait à la réalisation de la chapelle Notre-Dame de Jérusalem à Fréjus dont il avait dessiné les plans et la décoration. Après sa mort, Edouard Dermit termina les peintures et les fresques d’après les croquis de Cocteau. Son dernier chef-d’œuvre posthume fut réalisé pour l’église Saint-Maximin de Metz. Le poète avait concouru pour remplacer plusieurs verrières de la cathédrale Saint-Etienne de Metz. Recalé par la commission chargée du projet qui doutait de ses connaissances en matière biblique, Cocteau obtint en guise de lot de consolation la création des vitraux dans une autre église paroissiale messine. Il conçut 14 baies vitrées pour 24 fenêtres. L’œuvre qui célébrait l’immortalité fut achevée à titre posthume.

 Enterré à Milly-la-Forêt - où sa maison est devenue un musée - il fit inscrire sur sa tombe l’épitaphe suivante : « Je reste avec vous ».

Illustration : Marc Daniau

Demain : René Lacoste

masculin
Google news Référence: 
909
17 Septembre 2016 - 6:19pm

Une vie, un portrait du jour

18 Décembre 2011

18 Décembre 2016

Une vie, un portrait du jour

18 Décembre 1980

Alexis Kossyguine

Homme politique soviétique, né le 21 février 1904 à Saint-Pétersbourg (Empire russe), décédé à Moscou, (URSS), à l’âge de 76 ans. Il présida le Conseil des ministres de l’URSS d’octobre 1964 à octobre 1980.

18 Décembre 1737

Antonio Stradivari (Stradivarius)

Luthier italien, né en 1644 à Crémone (Italie), décédé dans la même ville, à l’âge de 93 ans. Il fut un célèbre fabriquant de violons.

18 Décembre 2001

Gilbert Bécaud

Chanteur et compositeur français, né le 24 octobre 1927 à Toulon (Var), décédé à Paris à l’âge de 74 ans. Il composa et interpréta de nombreux tubes dont Et maintenant (1961), Nathalie (1964), Quand il est mort le poète (1965), L’important c’est la rose (1967).

18 Décembre 2010

Jacqueline de Romilly

Universitaire et écrivaine française, née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir), décédée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), à l’âge de 97 ans. Helléniste, elle publia de nombreux ouvrages sur la civilisation grecque dont La Tragédie grecque (1970), Alcibiade ou les dangers de l’ambition (1995), Hector (1997). Elle fut la seconde femme à faire son entrée à l’Académie française en novembre 1988.

18 Décembre 1828

Jean-Baptiste de Lamarck

Naturaliste français, né le 1er août 1744 à Bazentin (Somme), décédé à Paris, à l’âge de 85 ans. Il réalisation classification des invertébrés et fut l’un des précurseurs de la théorie de l’évolution en montrant que les êtres vivants s’adaptaient à leur environnement par la spécialisation, la diversification, la spécialisation.

18 Décembre 1970

Marc Boegner

Théologie protestant, né le 21 février 1881 à Epinal (Vosges), décédé à Paris, à l’âge de 89 ans. Auteur d’une œuvre théologique abondante, il fut élu membre de l’Académie française en 1962. Pendant la seconde guerre mondiale, il protesta officiellement contre la promulgation des lois antisémites par Vichy en octobre 1940 et la rafle du Vel d’hiv en juillet 1942. Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem l’éleva au rang de Juste parmi les nations (1988).

18 Décembre 1999

Robert Bresson

Cinéaste français, né le 25 septembre 1901 à Bromont-Lamothe (Puy-de-Dôme), décédé à Droue-sur-Drouette (Eure-et-Loir), à l’âge de 98 ans. Auteur de treize films, il obtint le prix de la mise en scène au festival de Cannes pour Un condamné à mort s’est échappé (1957) et pour L’argent (1983). Le journal d’un curé de campagne (1950) reçut le prix Louis-Delluc. Il réalisa également Le procès de Jeanne d’Arc (1962), Lancelot du Lac (1974), Le Diable probablement (1977).

18 Décembre 2014

Virna Lisi

Actrice italienne, née le 8 novembre 1936 à Ancône (Marches), décédée à Rome, à l’âge de 78 ans. Elle joua dans La Tulipe noire (1964) de Christian-Jaque, Comment tuer votre femme (1965) de Richard Quine, Au dela du bien et du mal (1976) de Liliana Cavani. En 1994, elle tourna dans Margot de Patrice Chéreau et remporta le César de la meilleure actrice dans un second rôle.

Une vie, un portrait
des jours précédents

17 Décembre 1987

17 Décembre 1830

16 Décembre 1897

16 Décembre 1916

15 Décembre 1890