Jean Ferrat

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Mars 2010

Auteur-compositeur et interprète français, né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Seine-et-Oise), décédé à Aubenas (Ardèche), à l’âge de 79 ans. Auteur à succès de chansons engagées, il fut considéré comme l'un des grands interprètes français.

 

Loi sur les ressortissants étrangers de race juive

Nous, Maréchal de France, chef de l'État français, Le conseil des ministres entendu,

Décrétons :

Article 1er. - Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence.

Art. 2. - Il est constitué auprès du ministre secrétaire d'État à l'intérieur une commission chargée de l'organisation et de l'administration de ces camps.

Cette commission comprend :

Un inspecteur général des services administratifs ;

Le directeur de la police du territoire et des étrangers, ou son représentant ;

Un représentant du ministère des finances.

Art. 3. - Les ressortissants étrangers de race juive pourront en tout temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet du département de leur résidence.

Art. 4. - Le présent décret sera publié au Journal officiel pour être observé comme loi de l'Etat.

Fait à Vichy, le 4 octobre 1940.

Ph. PETAIN.

Par le Maréchal de France, chef de l'État français :

Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel PEYROUTON.

Le ministre secrétaire d'Etat aux finances, Yves BOUTHILLIER.

Le garde des sceaux, ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël ALIBERT

 Jean Tenembaum pour l’Etat-civil appartenait, selon la terminologie en vigueur à l’époque, à une authentique famille prolétarienne. Son père un juif russe prénommé Mnacha (Michel) né en 1886 à Krasnodar dans le Kouban, au bord de la mer Noire, émigra en 1906 en France où il trouva en emploi d’ouvrier joaillier. Sa mère Antoinette Malo, originaire du Puy de Dôme, travaillait dans une entreprise qui fabriquait des fleurs artificielles, quand elle rencontra son futur époux. Le couple se maria pendant la Grande Guerre. Etant de nationalité russe (il sera naturalisé français en 1928), Michel échappa à la mobilisation mais participa à l’effort de guerre de son pays d’adoption en usinant des pièces d’aviation. Après la guerre, les époux s’installèrent à Vaucresson où le père se mit à son compte en créant des pièces de joailleries à la commande. Antoinette démissionna pour élever ses quatre enfants dont Jean.

La Shoah

En 1935, la famille déménagea à Versailles. Jean vécut une enfance heureuse dans une ambiance musicale. Ses parents passionnés de chant écoutaient à la radio les grands chanteurs de l’époque (Tino Rossi, Charles Trenet), achetaient leurs disques et les applaudissaient dans les salles de spectacles. La seconde guerre mondiale mit fin à ces années de bonheur. Après la défaite de la France en 1940, les parlementaires votèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le régime de Vichy édicta le 3 octobre 1940 une « Loi portant statut des juif » qui interdisait aux juifs d’exercer un certain nombre de professions (fonctionnaires, journalistes, enseignants, chefs d’entreprises). Le 4 octobre 1940, une seconde loi officialisa l’internement des juifs étrangers dans des camps (lire ci-contre). Une loi de dénaturalisation complétait le dispositif.

 Michel se croyait à l’abri des persécutions antisémites en raison de sa naturalisation et de son mariage avec une « aryenne ». Confiant, il refusa de se réfugier en Afrique du nord comme on le lui conseillait. Mais, il déchanta quand l’administration l’obligea à porter l’étoile jaune. Pendant l’été 1942, il fut enlevé par la police française. Dans le Mémorial de la déportation des juifs de France, Serge et Beate Klarsfeld établirent que Michel fut emprisonné au camp de Drancy pendant plusieurs semaines avant d’être déporté à Auschwitz-Birkenau dans le convoi 39 qui partit le 30 septembre 1942. Sur les 200 juifs dont 8 enfants qui prirent le chemin du centre de mise à mort, 154 furent gazés à leur arrivée. Aucun ne survécut.

 Des militants communistes cachèrent la famille Tenebaum restée en France. Elle parvint à se réfugier à Font-Romeu. Elle y demeura jusqu’à la Libération. A l’âge de 15 ans, de retour à Versailles avec sa mère, sa sœur et ses deux frères, Jean Ferrat reprit ses études au lycée Jules-Ferry. Mais, il interrompit sa scolarité pour subvenir aux besoins de sa famille. Un laboratoire spécialisé dans la chimie du bâtiment l’engagea comme aide-chimiste. Jean décida de suivre des cours du soir au Conservatoire national des arts et métiers avec l’objectif d’obtenir un diplôme d’ingénieur chimiste. Parallèlement, il suivit des cours de théâtre et monta même sur scène pour quelques rôles secondaires. Il prit des cours de musique, de composition. Il apprit à jouer de plusieurs instruments de musique dont la guitare.

 En 1954, il créa avec des amis musiciens un orchestre de jazz. Il choisit un nom de scène : Jean Laroche. Il le changea quelques années plus tard en Jean Ferrat en hommage à la ville de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Le groupe se produisait dans les innombrables cabarets qui pullulaient au lendemain de la guerre. Il interpréta des chansons d’Yves Montand dans le Riverside, la Rose rouge, Milord l'Arsouille, l'Echelle de Jacob, la Colombe. En 1956, il mit en musique Les yeux d’Elsa, le poème de Louis Aragon. André Claveau, un chanteur aujourd’hui oublié mais alors célèbre, fut le premier à l’interpréter. Son premier disque édité par Vogue en 1958 fut boudé par le public. Sa rencontre avec Gérard Meys accéléra sa carrière. En 1960, il signa chez Decca et réalisa un second 45-tours. La chanson Ma môme, dont il avait mis en musique le texte écrit par Pierre Frachet, annonçait le style de Jean Ferrat qui entrecroisait les questions personnelles et les problématiques politiques et sociétales. La chanson remporta un vif succès. A une époque où la presse « à scandales » étalait à la « une » la vie privée des actrices dont celle de Brigitte Bardot, d’innombrables femmes (et hommes) se reconnurent dans ce miroir qu’il leur tendait :

« Ma môme, ell' joue pas les starlettes

Ell' met pas des lunettes

De soleil

Ell' pos' pas pour les magazines

Ell' travaille en usine

A Créteil. »

En 1961, il épousa la chanteuse Christine Sèvres, dont il partageait la vie depuis 4 ans, et adopta sa fille née d’un premier mariage. Il lui écrivit Tu es venue.

Censures

En 1963, en souvenir des victimes de la Shoah et en hommage au film éponyme réalisé en 1956 par Alain Resnais, il enregistra chez Barclay un album intitulé Nuit et Brouillard, récompensé par l’Académie Charles-Cros qui lui attribua son Grand prix. Le directeur de l’Office de radiodiffusion-télévision française « déconseilla » à ses services de diffuser la chanson. Il s’agissait de ne pas froisser les diplomates français et allemands qui œuvraient au rapprochement entre les deux pays, au besoin en escamotant la vérité historique. Cette année là, il composa pour son amie Isabelle Aubret, victime d’un grave accident de voiture, la musique de C’est beau la vie. En 1965, Jean Ferrat conquit définitivement le cœur des français avec son album consensuel La Montagne, un hymne à la gloire des paysages de France, et une dénonciation virulente de la malbouffe et du « poulet aux hormones », bien avant l’apparition de José Bové et des écologistes. Elle devint un des classiques de la chanson française au même titre que la Chanson pour l’auvergnat de Georges Brassens ou Le plat pays de Jacques Brel ou Avec le temps de Léo Ferré.

 En revanche, son 33-tours plus clivant Potemkine (un texte écrit par Georges Coulonges) réjouit surtout ses admirateurs communistes ou de gauche et mécontenta ses détracteurs de droite. Or, la chanson ne glorifiait pas la Révolution bolchévique de novembre 1917 mais célébrait la révolte des marins du cuirassé, survenue en …1905 et écrasée dans le sang par les troupes du tsar. Néanmoins, sur ordre des censeurs gaullistes, la mélodie fut interdite d’antenne et de radio.

 En mai 68, il apporta son soutien aux grévistes et aux étudiants durement réprimés par la police pendant les deux nuits des barricades. Cela ne suffit pas à la réconcilier avec les étudiants gauchistes qu’il avait traités de Pauvres petits cons, dans une chanson enregistrée en décembre 1967. Ferrat reprenait à son compte les arguments du parti communiste :

« Fils de bourgeois ordinaires

Fils de Dieu sait qui

Vous mettez les pieds sur terre

Tout vous est acquis

Surtout le droit de vous taire

Pour parler au nom

De la jeunesse ouvrière

Pauvres petits c... »

Désormais, les militants d’extrême-gauche se choisirent une nouvelle idole, le libertaire Léo Ferré.

Les années suivantes, un album accentua la coupure du pays entre pro et anti Ferrat. Dans Ma France, « celle du vieil Hugo tonnant de son exil/Des enfants de 5 ans travaillant dans les mines/Celle qui construisit de ses mains vos usines/Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille », il tonnait contre la droite et les capitalistes. En mars 1969, un mois avant l’échec du référendum sur la régionalisation et la démission du général de Gaulle, on l’invita à participer aux côtés de l’écrivain Jean-Pierre Chabrol, de Georges Brassens et de Jacques Brel à l’émission L’invité du dimanche. Les participants échangeaient des arguments sur la notion d’engagement en politique quand le chef de plateau apparut tenant à la main une ardoise sur laquelle était écrite la phrase suivante : « Ordre de la direction, que Jean Ferrat chante, qu’il ne parle plus ». Il s’ensuivit une bronca mémorable. Jean Ferrat fut interdit d’antenne pendant trois ans.

 Bien qu’il dénonçât toute sa vie les méfaits du capitalisme et qu’il appelât à voter pour les candidats présentés par le PCF, Jean Ferrat n’adhéra jamais au parti communiste, contrairement à ce que croyaient ses détracteurs. Dans Camarade, Il critiqua souvent l’URSS notamment au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie en août 1968. En 1979, il réitéra ses critiques. Dans le Bilan, s’adressant directement au peuple communiste, il condamna la déclaration de Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui jugeait « globalement positif » le bilan des régimes socialistes et de l’URSS. Il le rabroua sévèrement :

« Ah ! Ils nous en ont fait avaler des couleuvres

De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou

Les staliniens zélés qui mettaient tout en œuvre

Pour vous faire signer les aveux les plus fous. »

Fidélités

En 1971, Aimer à perdre la raison et Ferrat chante Aragon (deux millions d’albums vendus) lui permirent de renouer avec un public plus large. Qui n’a pas fredonné Que serais-je sans toi ?, Heureux celui qui meurt d’aimer, J’entends, j’entends. L’année suivante, il fit ses adieux à la scène à l’âge de 42 ans. En 1974, il s’installa avec son épouse gravement malade - elle décèdera en 1981 - à Antraigues-sur-Volane (Ardèche) dont il deviendra un des conseillers municipaux puis un des adjoints au maire à partir de 1977. Il se fit désormais plus rare sur les plateaux de télévision, répondant à des rares invitations (Bernard Pivot et Michel Drucker). Il continua à enregistrer des albums et à défendre des causes auxquelles il croyait : le féminisme avec La femme est l’avenir de l’homme (1975) ; l’anticolonialisme avec Un air de liberté (1975) qui provoqua une polémique avec Jean d’Ormesson, directeur du Figaro ; le socialisme démocratique avec Ferrat 80 dans lequel il dénonçait le stalinisme, « une caricature du socialisme ». Les vingt années suivantes il ne publia que quatre albums originaux dont 16 poèmes d’Aragon mis en musique (1995). Son public lui resta fidèle jusqu’au bout. Comme aux plus beaux jours de sa gloire, il vendit chacun d’eux à plus d’un million d’exemplaires. Ses rééditions s’arrachaient.

 En 1992, il épousa Colette Laffont. Jusqu’au bout, il défendit ses idées de gauche. En 1985, dans La porte à droite, il critiqua le tournant de la rigueur. En 1999, il se présenta en position inéligible sur la liste de Robert Hue aux élections européennes. En 2007, il soutint José Bové à l’élection présidentielle. En 2010, il apporta son appui au Front de gauche aux élections régionales en Ardèche. En 2009, 37 ans après son dernier concert donné au Palais des sports de Paris, il impressionna la profession en réussissant à vendre 200 000 exemplaires de son best of alors que la crise du disque battait son plein. Atteint d’un cancer, il s’éteignit à Aubenas, à l’âge de 79 ans.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Lucie Aubrac

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