Jean-Paul Marat

Il est décédé le 

Elle est décédée le

13 Juillet 1793

Révolutionnaire français, né le 24 mai 1743 à Boudry (principauté de Neuchâtel), mort assassiné à Paris, à l’âge de 50 ans. Acteur important de la Révolution française, il dénonça inlassablement ceux qui s’opposaient à sa marche dans les colonnes de son journal L’Ami du peuple ou à la tribune de la Convention nationale. Son assassinat par Charlotte Corday contribua à sa légende.

Marat juge ses contemporains

Dans L’Ami du peuple, Jean-Paul Marat donna son opinion sur les principaux acteurs de la Révolution.

Jacques Pierre BRISSSOT : Un apprenti de la chicane devenu garçon bel esprit, puis écrivailleurs scandaleux, puis garçon philosophe, puis spéculateur frauduleux, puis escroc, puis valet de prince, puis commis de bureau, puis valet de prince, puis commis de bureau, puis espion de police,puis publiciste, puis inquisiteur municipal, puis sénateur législatif, puis infidèle représentant du peuple, puis fauteur de la fraction ministérielle, puis suppôt des despotes.

Nicolas de CONDORCET : Vil intriguant, bas valet de la Cour, esclave soudoyé qui s’était fait allouer cinquante mille livres de pensions.

Georges DANTON : Il réunit et les talents et l’énergie d’un chef de parti. Mais ses inclinaisons naturelles l’emportent si loin de toute idée de domination qu’il préfère une chaise percée au trône.

Camille DESMOULINS : Camille dont les ouvrages sans vue sont si peu soignés, malgré le loisir dont il jouit, qu’ils ne paraissent aux yeux des connaisseurs, qu’un ramassis d’anecdotes, une indigestion de nouvelles de cafés.

Marquis de LA FAYETTE : Le héros des deux Mondes, bas valet de la Cour, le créateur de la liberté française et le persécuteur des amis de la liberté, le défenseur de la constitution et le conspirateur contre la patrie, le subtil caméléon de l’état-major et l’idole des contre-révolutionnaires des bataillons parisiens.

LOUIS XVI : Un homme sans âme de tout temps indigne du trône, un despote auquel ses courtisans ont perpétuellement fait tenir une conduite versatile, suivant les circonstances, un tyran qu’ils ont poussé à tous les crimes. Aussi sa conduite a-t-elle été toujours un tissu d’inconséquences et d’horreurs. Tour à tour superbe, insolent, bas, rampant, suppliant ; toujours il s’est montré dur, barbare, féroce, faux, fourbe, traitre ; toujours il trempa ses mains sans remord dans le sang du peuple ; et s’il n’est pas l’auteur même des complots tramés contre la liberté publique, il les a consentis, et il n’en est pas moins criminel aux yeux de la justice.

MIRABEAU : Bas valet de la Cour, vil scélérat qui a feint de servir la patrie, qui l’a vendue à la fois à la Cour, à l’empereur, aux princes allemands, à l’évêque de Rome, et qui la vendrait au diable s’il avait force argent.

Maximilien de ROBESPIERRE : Je crois que jamais l’ambition n’approcha du cœur de Robespierre, si ce n’est celle de se déployer à la tribune. On l’accuse d’avoir songé au tribunat, à la dictature, mais il est si peu fait pour être un chef de parti qu’il évite tout groupe où il y a du tumulte et qu’il pâlit à la vue d’un sabre nu.

Mme ROLAND : La Pénélope Roland ne travaille pas toujours de la tête, mais ne la perd jamais.

Jean-Jacques ROUSSEAU : Le plus grand homme qu’aurait produit le siècle si Montesquieu n’eût pas existé… La réputation de Rousseau sera éternelle et si elle pouvait encore augmenter, elle recevrait aujourd’hui un nouvel éclat.

VOLTAIRE : Adroit plagiaire qui eut l’art d’avoir l’esprit de tous ses devanciers, et qui ne montra d’originalité que dans la finesse de ses flagorneries, écrivain scandaleux qui perverti la jeunesse par les leçons d’une fausse philosophie et dont le cœur fut le trône de l’envi, de l’avarice, de la malignité, de la vengeance, de la perfidie et de toutes les passions qui dégradent la nature humaine.

Fils d’un capucin défroqué d’origine sarde et d’une genevoise calviniste, Jean-Paul Marat suivit des études brillantes qui lui permirent d’exercer le métier de précepteur auprès des enfants d’un riche armateur bordelais. Installé à Paris pendant trois ans de 1762 à 1765, il étudia la médecine avant de s’installer à Londres puis à Newcastle en 1770 où il exerça le métier de vétérinaire. Incapable de se fixer dans un endroit, il vécut également pendant deux ans dans les Provinces-Unies puis en Ecosse où il obtint son diplôme de médecin à l’université de St Andrews. De retour à Paris, il devint en 1777 le médecin des gardes du comte d’Artois. Parallèlement, Marat ouvrit un cabinet d’expérience dans lequel il effectua des recherches sur la nature du feu, de l’électricité, de la lumière. Il publia un nombre considérable d’études diverses et de mémoires qui laissèrent de marbre les membres de l’Académie des sciences de Paris. En 1784, le comte d’Artois lassé par son caractère difficile mit fin à sa charge. Marat connut des jours difficiles d’autant qu’une maladie de peau provoquaient de terribles démangeaisons et contribuaient à assombrir son humeur.

 Quand éclata en 1789 la Révolution française, Marat était converti depuis longtemps aux idées nouvelles. Doté d’une plume alerte, il fonda le 12 septembre 1789 un quotidien L’Ami du peuple sous-titré le Publiciste parisien. Le journal comportait entre 8 et 12 pages dans le format in-octavo. En trois ans, il fit paraitre plus de 1000 numéros. Il mit son journal au service de la révolution et des sans-culottes. Inlassablement, il dénonça dans son journal tous ceux qui voulaient détourner la révolution populaire à leur profit. Hostile aux compromis avec la Cour, il radicalisa au fil des mois son discours. Son intransigeance et ses appels à la violence contre les nobles lui valurent l’appui des petites gens. Il s’opposa à Mirabeau, La Fayette, aux modérés, aux députés du marais et aux Girondins qui selon lui trahissaient la révolution. Il joua un rôle important dans la chute de la monarchie en juillet et août 1792. L’Ami du peuple appelait au renversement de Louis XVI. Après la prise du château des Tuilerie par les révolutionnaires le 10 août 1792, Marat réclama l’adoption de mesures radicales pour empêcher le retour au pouvoir des royalistes.

L’Assemblée législative suspendit Louis XVI et nomma un Conseil exécutif de six membres. La plupart étaient d’anciens ministres Girondins qui avaient servi Louis XVI : Roland à l’intérieur, Servan à la guerre, Clavière aux finances. On leur adjoignit Monge à la marine, Lebrun aux affaires étrangères. Enfin, Georges Danton intégra le gouvernement au poste de ministre de la justice. Il y représenta le courant révolutionnaire. Chacun comprit que la « suspension » du roi était définitive. La monarchie avait vécu en France. Les jours suivants, la commune et le peuple de Paris demandèrent à l’Assemblée législative et au Conseil exécutif des mesures sévères contre les aristocrates, les émigrés, les prêtres réfractaires et plus généralement contre les adversaires de la Révolution. Georges Danton qui était membre autorisa les municipalités à organiser des visites domiciliaires et à procéder si nécessaire à l’arrestation des personnes soupçonnées d’avoir commis ou de préparer des crimes contre la sureté de l’Etat. En quelques semaines, les prisons de la capitale (Bernardins, Saint-Firmin, Châtelet, Carmes, Abbaye, Conciergerie, Bicêtre, Grande force, Petite force, Salpêtrière) firent le plein de réels ou présumés « contrerévolutionnaires ». Sur les trois mille prisonniers qui attendaient de passer en jugement, un bon millier appartenait à la noblesse, au clergé ou étaient des soldats suisses rescapés de l’insurrection du 10 août. Le 25 août, se répandit dans la ville la rumeur d’un complot organisé par les prévenus incarcérés dans les prisons. Des aristocrates cachés dans la ville œuvraient dans le plus grand secret à leur libération. Les comploteurs préparaient une « Saint Barthélemy des patriotes » en liaison avec les royalistes émigrés et les armées autrichiennes et prussiennes du duc de Brunswick. Après s’être emparés de Longwy le 22 août, les envahisseurs assiégeaient Verdun. La route de Paris semblait ouverte à l’invasion.

Un des responsables des Massacres de septembre

Georges Danton accrédita la thèse défendue par la population dans une déclaration officielle : « Vous avez des traîtres dans votre sein ; eh ! Sans eux, le combat serait bientôt fini, mais votre active surveillance ne peut manquer de les déjouer ». Roland, le ministre de l’intérieur girondin, accrut l’inquiétude des parisiens en évoquant les « cruelles vengeances » auxquelles se livreraient les royalistes - qualifiés d’ « hommes atroces » - en cas de victoire de la contrerévolution. Aucun des deux hommes d’Etat n’appela au meurtre des suspects. Jean-Paul Marat n’eut pas leur scrupule. Le patron de L’Ami du peuple qui avait été nommé administrateur du « comité de surveillance de la commune de Paris », fit placarder à Paris des affiches qui proclamaient : « le dernier parti qui est le plus sûr et le plus sage, est de se porter en armes à l’Abbaye, d’en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et leurs complices, et de les passer au fil de l’épée ». Son appel fut entendu.

 Les mauvaises nouvelles venues des frontières, la rumeur de la chute du camp retranché de Verdun, l’annonce du départ prochain des fédérés bretons et marseillais pour combattre les armées étrangères, - laissant Paris sans défense -, créèrent un climat de panique dans la capitale. Danton appela à la mobilisation générale le dimanche 2 septembre. Il comptait sur l’audace du peuple français et de ses représentants pour vaincre les ennemis de la République. Ce même jour des manifestants interceptèrent des voitures remplies de prêtres réfractaires envoyés en déportation. Ils les transférèrent aux Carmes et à l’Abbaye et les massacrèrent. Les tueurs au nombre d’une cinquantaine seulement – mais soutenus par plusieurs milliers de partisans passifs - appartenaient aux milieux populaires : artisans, petits patrons, bourgeois, menuisiers, savetiers, limonadiers, vinaigriers. Ils se déplacèrent de prison en prison, les 3, 4, et 5 septembre, tuant dans des conditions atroces des prêtres (l’archevêque d’Arles), quelques aristocrates (l’ancien ministre Montmorin) mais surtout des prostituées, des prisonniers de droits communs et même des enfants délinquants. Un huissier du nom de Maillard tenta de donner une forme légale aux assassinats et improvisa une sorte de tribunal populaire qu’il présida. La princesse de Lamballe, proche de la reine déchue Marie-Antoinette, fut assassinée. Les égorgeurs placèrent sa tête sur une pique et la portèrent dans les rues de Paris.

 Le comité de surveillance de la Commune de Paris justifia les massacres dès le 3 septembre dans une circulaire rédigée et signée de Marat, Panis, Sergent, et contresigné par Deforgues, secrétaire de Danton. Envoyée à tous les départements et à toutes les municipalités de France, le texte indiquait : « Paris, 2 septembre 1792.

« Frères et amis, un affreux complot tramé par la cour pour égorger tous les patriotes de l’empire français, complot dans lequel un grand nombre de membres de l’assemblée nationale sont compromis, ayant réduit, le 9 du mois dernier, la commune de Paris à la plus cruelle nécessité d’user de la puissance du peuple pour sauver la nation, elle n’a rien négligé pour bien mériter de la patrie. Après les témoignages que l’assemblée nationale venait de lui donner elle-même, eût-on pensé que dès lors de nouveaux complots se tramaient dans le silence, et qu’ils éclataient dans le moment même où l’assemblée nationale, oubliant qu’elle venait de déclarer que la commune de Paris avait sauvé la patrie, s’empressait de la destituer pour prix de son brûlant civisme ? À cette nouvelle, les clameurs publiques élevées de toutes parts ont fait sentir à l’assemblée nationale la nécessité urgente de s’unir au peuple, et de rendre à la commune, par le rapport du décret de destitution, le pouvoir dont elle l’avait investie.

« Fière de jouir de toute la plénitude de la confiance nationale, qu’elle s’efforcera de mériter de plus en plus, placée au foyer de toutes les conspirations, et déterminée à périr pour le salut public, elle ne se glorifiera d’avoir fait son devoir que lorsqu’elle aura obtenu votre approbation, qui est l’objet de tous ses vœux, et dont elle ne sera certaine qu’après que tous les départements auront sanctionné ses mesures pour le salut public. Professant les principes de la plus parfaite égalité, n’ambitionnant d’autre privilège que celui de se présenter la première à la brèche, elle s’empressera de se soumettre au niveau de la commune la moins nombreuse de l’empire, dès qu’il n’y aura plus rien à redouter.

« Prévenue que des hordes barbares s’avançaient contre elle, la commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départements qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple, actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres renfermés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l’ennemi ; et sans doute la nation, après la longue suite de trahisons qui l’a conduite sur les bords de l’abîme, s’empressera d’adopter ce moyen si utile et si nécessaire ; et tous les Français se diront comme les Parisiens : Nous marchons à l’ennemi, et nous ne laissons pas derrière nous des brigands pour égorger nos femmes et nos enfants ».

 Georges Danton se garda bien de désavouer la Commune de Paris. Il déclara à ceux qui le sommaient d’intervenir – n’était-il pas le ministre de la justice - : « Je me fous bien des prisonniers, qu’ils deviennent ce qu’ils pourront ». Le 3 septembre, il ajouta : « Cette exécution était nécessaire pour apaiser le peuple de Paris. C’est un sacrifice indispensable ; d’ailleurs le peuple ne se trompe pas… Vox populi, vox Dei, c’est l’adage le plus républicain que je connaisse ». Selon les historiens, le nombre des personnes massacrées du 2 au 5 septembre se situerait entre 1 090 et 1 395, sur un total de 2 235 prisonniers. Contrairement à une idée reçue, les membres de la noblesse et du clergé n’ont pas été les plus nombreux à périr : 72 % des victimes étaient des prisonniers de droit commun dont beaucoup de faux-monnayeurs, 17 % des prêtres, 6 % des soldats suisses, 6 % des politiques.

Elu député à la Convention nationale

A la fin du mois, eurent lieu les élections pour élire les députés de la Convention nationale. Jean-Paul Marat se présenta à Paris où il fut élu. La nouvelle assemblée était divisée entre factions irréconciliables. A droite, les Girondins contrôlaient la Convention, sans détenir la majorité absolue. Ils influençaient le Comité de salut public, le véritable organe de gouvernement de la France. Ses chefs, Brissot, Vergniaud, Roland, Guadet, des républicains irréprochables, négligeaient néanmoins les revendications sociales des sans-culottes. A Gauche, les Montagnards, moins nombreux, divisés entre plusieurs factions (dantonistes, jacobins, enragés) réclamaient une accélération de la Révolution et accusaient les Girondins de modérantisme. Robespierre, Jean-Paul Marat et Georges Danton en étaient les figures emblématiques même si ce dernier tenta jusqu’au bout de trouver un compromis avec les Girondins. Entre les deux groupes politiques, la grande masse des parlementaires appartenait au Centre, surnommé de manière péjorative le Marais ou la Plaine par ses détracteurs des deux autres camps. Ses députés votaient suivant les circonstances et leurs intérêts en faveur des uns ou des autres. Un des leurs, le député Cambacérès avait joué un rôle décisif en faveur de la création du tribunal révolutionnaire le 10 mars 1793. Sieyès, Boissy d’Anglas, La Revellière-Lépeaux étaient les figures les plus connues de ce courant. Au mois de janvier 1793, le procès du roi par la Convention avait certes provoqué de dures polémiques mais au moment du vote de la peine à infliger à Louis XVI. Les députés ne respectèrent pas les clivages politiques. 

 Si les Montagnards poussés par L’Ami du peuple de Marat votèrent massivement en faveur de la mort, les Girondins et la Plaine se divisèrent à parts égales entre partisans et opposants à l’exécution du monarque. Ainsi Vergniaud et Sieyès choisirent la mort et votèrent comme Robespierre et Danton. La motion passa à une voix de majorité. Un compromis politique semblait possible entre les différents partis alors que les menaces d’invasion du territoire par les armées ennemies semblaient se préciser avec le retour des beaux jours ? La relative accalmie qui suivit l’exécution de Louis XVI ne dura pas. Dès février, l’aggravation de la situation économique provoqua une pénurie, la flambée des prix et un début de disette. Le prix du pain, du savon et du sucre devinrent de véritables produits de luxe. Les 24 et 25 février des scènes de pillages se produisirent à Paris devant les boulangeries, durement réprimées.

Les Girondins échouent à faire condamner Marat

La question sociale s’invitait à la table de la révolution. Les Girondins accusèrent Marat d’avoir soutenu l’action des pillards dans son journal L’Ami du peuple. Ils se présentèrent à l’assemblée comme les défenseurs de la propriété, perdant le soutien du peuple parisien, des sans-culottes et de la Commune chargée des approvisionnements de la capitale. Les semaines suivantes la crise s’aggrava et prit un tour politique. Le 1er avril, lors d’une séance à la Convention, un député girondin accusa sans preuve Danton d’avoir comploté avec le général félon Dumouriez pour rétablir la royauté. Danton qui avait mené une politique de conciliation avec la Gironde éclata de rage : « Les scélérats, ils voudraient rejeter leurs crimes sur nous ! ». Il s’adressa à Robespierre : « Vous avez mieux jugé que moi. Plus de composition avec eux ». La guerre était déclarée entre les deux groupes.

 Les jours suivants la crise s’amplifia. Les sans-culottes mobilisés par la presse d’extrême- gauche (L’Ami du peuple de Marat, Le père Duchêne de Hébert) accentuèrent leur pression sur les Montagnards et la Commune de Paris. Le 12 avril, les Girondins ripostèrent en demandant à la Convention de voter l’arrestation de Marat accusé d’avoir prononcé un discours incendiaire au club des Jacobins. L’assemblée apporta son soutien à la Gironde massivement : 222 députés votèrent pour la mise en jugement de leur collègue journaliste, 92 votèrent contre et 41 s’abstinrent. Le journaliste se constitua prisonnier la veille de la comparution devant le Tribunal révolutionnaire Il risquait sa tête pour avoir menacé de dissoudre la Convention. Le 24 avril, au terme d’un procès expéditif, il fut acquitté et porté en triomphe par ses partisans jusqu’au sein même de la Convention.

 Toujours majoritaire dans l’assemblée et sans doute aussi dans les départements, les Girondins étaient honnis par les Montagnards, les sans-culottes parisiens, la Commune de Paris et les sociétés populaires. La presse révolutionnaire dont L’Ami du peuple lui était également hostile. Pour inverser le rapport de force en leur faveur, ils décidèrent de s’attirer le soutien des propriétaires en accusant les Montagnards d’avoir installé l’anarchie dans le but de porter atteinte à la sacro-sainte propriété. Le conflit prenait une orientation nouvelle : il opposait désormais les riches et les pauvres. Fort de l’appui des modérés à la Convention, Brissot demanda la révocation de la Commune de Paris et la fermeture du club des Jacobins de Robespierre.

 Barère, un des membres nouvellement élu au comité de salut public, jugeait ces propositions inapplicables et dangereuses. Leur mise en œuvre pouvait provoquer une guerre civile au sein du camp républicain. Le 20 mai, il proposa la création d’une commission de douze membres chargée de présenter à la Convention des mesures pour ramener la tranquillité publique. Les députés furent choisis parmi les Girondins et les modérés. Elle rendit son rapport le 24 mai. La commission épargne cette fois-ci Jean-Paul Marat mais décréta l’arrestation d’Hébert, substitut de la Commune, pour un article publié dans Le père Duchêne. Une délégation de la commune parisienne vint réclamer à la Convention la libération de son collègue. Isnard, un député girondin répondit par une phrase qui mit le feu aux poudres : « Si par des insurrections toujours renaissantes il arrivait qu’on portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au nom de la France entière, Paris serait anéanti ; bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé ». La réplique rappelait le manifeste de Brunswick de l’été précédent. Les propos du chef de l’armée prussienne contribuèrent à la chute de la monarchie ; ceux d’Isnard déclenchèrent les événements qui conduisirent à la fin de la Gironde.

 Le lendemain Robespierre répliqua aux Jacobins : « Quand le peuple est opprimé, quand il ne lui reste plus que lui-même, celui-là serait un lâche qui ne lui dirait pas de se lever. C’est quand toutes les lois sont violées, c’est quand le despotisme est à son comble, c’est quand on foule aux pieds la bonne foi et la pudeur que le peuple doit s’insurger. Ce moment est arrivé ».

 Le 27 mai, la commission fut supprimée puis rétablie le lendemain à la demande des Girondins qui étaient toujours majoritaires à l’assemblée (279 voix pour contre 238). Les meneurs des sections parisiennes jugèrent qu’ils ne pourraient obtenir satisfaction par la voie parlementaire. Ils se réunirent à Paris et créèrent un comité révolutionnaire de neuf membres. Le 31 mai, la Commune de Paris tenta de récupérer le mouvement et rédigea avec le comité révolutionnaire une motion lue à la Convention. Elle exigeait la suppression de la commission des douze, l’arrestation de 22 députés girondins et des 12 membres de la commission ainsi que celle de Lebrun et Clavière, plus diverses autres mesures sociales et politiques en faveur des sans-culottes comme la création d’une armée révolutionnaire, un emprunt forcé de 1 milliard sur les riches.

La Convention résiste puis cède devant l'émeute populaire

La Convention se sépara sans avoir cédé aux demandes des révolutionnaires. Elle accepta seulement de casser la commission des douze et de charger le comité de salut public d’une enquête sur les points soulevés par les pétitionnaires. L’alliance de la Gironde et du Marais avait permis d’isoler les députés montagnards minoritaires. Quand, ils allèrent se coucher cette nuit-là, la plupart des députés pensaient que l’insurrection avait échoué. C’était sous-estimer la détermination des sans-culottes et de leurs représentants.

 Le 1er juin, Jean-Paul Marat appela à l’insurrection dans son journal et dans l’assemblée. A sept heures du soir, on tira le canon d’alarme qui alerta la capitale que des événements importants étaient en préparation. Le 2 juin, la Convention reprit sa séance à 10 heures. Les députés avaient observé des mouvements de troupes près des Tuileries. Sur ordre du comité révolutionnaire, le commandant de la garde nationale Hanriot avait demandé à ses bataillons – plusieurs milliers d’hommes – d’encercler la Convention. Des milliers de parisiens participaient également à l’action. L’assemblée était prisonnière. Le comité révolutionnaire réitéra sa demande d’arrestation des députés girondins. Vers 17 heures, un cortège de 300 députés conduits par Hérault de Séchelles quitta la salle de la Convention et alla au-devant des gardes nationaux pour parlementer. Hanriot refusa de lever le blocus. Il mit fin à la discussion en ordonnant à ses hommes : « Aux armes ! Canonniers à vos pièces ! ». Les députés refluèrent vers leur salle et reprirent leurs discussions. Au bout d’une heure, la Convention vota un décret d’arrestation contre 29 députés girondins dont les principaux chefs : Brissot, Buzot, Barbaroux, Isnard, Guadet, Vergniaud. Lebrun, Clavière et Mme Roland avait été arrêtée la veille. Marat triomphait.

 La chute des Girondins provoqua une révolte en province. Soixante départements refusèrent d’avaliser le coup de force et ne reconnurent plus l’autorité de la Convention nationale. La République semblait perdue : elle luttait sur trois fronts, en Vendée, dans les départements, aux frontières. Le coup de force parisien provoqua une révolte des administrations départementales, en majorité favorables à la faction qui venait d’être exclue de l’assemblée. De grandes villes de province (Marseille, Bordeaux, Nîmes, Toulouse, Lyon) refusèrent d’obéir aux autorités parisiennes. La Normandie acquise aux idées girondines accueillit plusieurs proscrits dont Pétion, ancien maire de Paris, et plusieurs députés dont Barbaroux. Les Girondins déchus proposèrent de lever une armée pour marcher sur Paris et chasser Marat, présenté comme le chef des ultra-révolutionnaires. Ils battirent la générale et donnèrent rendez-vous aux volontaires à la prairie de Caen. Il en vint à peine une trentaine. Parmi les belles dames qui soutenaient les Girondins venus assister à la séance d’enrôlement se trouvait une jeune fille, Marie-Charlotte Corday. Républicaine d’opinion mais de tendance modérée, elle haïssait les Montagnards et celui qu’elle croyait être leur chef Jean-Paul Marat, le journaliste de L’Ami du peuple.

Assassiné par Charlotte Corday

L’échec de la mobilisation l’affecta. Elle crut la patrie abandonnée par les hommes. Elle se résolut à agir et à tuer de ses mains le responsable des violences révolutionnaires. Pour justifier son voyage à Paris, elle prétendit vouloir aider une amie émigrée qui souhaitait revenir en France. Elle demanda à Barbaroux de rédiger une lettre à l’intention du député du Perret. Grace à l’entremise de ce dernier elle espérait, dit-elle, rencontrer le ministre de l’intérieur et obtenir les papiers nécessaires à la régularisation de la situation de son amie.

 Elle arriva à Paris le 11 juillet à midi. Elle rejoignit son hôtel. Fatiguée par le voyage, elle se coucha de bonne heure. Le lendemain, elle chercha du Perret toute la journée et le trouva enfin le soir à son domicile. Le député accepta de l’aider. Le 13 juillet au matin, ils se rendirent au ministère de l’Intérieur où le ministre refusa de les recevoir. On leur fit comprendre qu’ils étaient suspects : du Perret avait protesté contre la proscription des Girondins, Charlotte Corday venait d’un département révolté contre le Comité de salut public.

 Charlotte Corday quitta le député. Au Palais-Royal, elle acheta un couteau. Elle le cacha dans son fichu. Elle chercha Marat à la Convention pour l’immoler devant l’assemblée rassemblée. On lui apprit que le journaliste n’y allait plus depuis que sa maladie de peau s’était aggravée. Elle décida de le tuer à son domicile. Pour forcer l’entrée de son foyer, elle eut l’idée de lui faire parvenir un billet dans lequel elle promettait de lui dévoiler les complots que les Girondins tramaient à Caen et se proposait de lui livrer les noms des conspirateurs. Sa première lettre resta sans réponse. Elle avait omis de donner son adresse. Elle décida d’en rédiger une seconde puis se ravisa. Elle choisit de se rendre hardiment au domicile de Marat, situé 20, rue des Cordeliers. Elle arriva après 19 heures devant son appartement. Simone Evrard, la compagne de Marat, entrouvrit la porte mais l’empêcha d’entrer. Charlotte Corday expliqua les raisons de sa venue. Elle venait dénoncer un grand complot.

 Dans une pièce voisine, Marat entendit. Bien qu’il fût dans son bain pour apaiser les démangeaisons que lui causait sa maladie de peau, il ordonna qu’on la fît entrer. Charlotte Corday découvrit Marat, assis dans sa baignoire recouverte d’un drap blanc et d’une planche sur laquelle il écrivait. Il lui demanda les noms des députés girondins réfugiés à Caen. Il nota leur nom au fur et à mesure qu’elle les nommait. A la fin, le journaliste déclara : « C’est bon ! Dans huit jours ils iront à la guillotine ». A cet instant, Charlotte Corday tira de son fichu le couteau. Elle le plongea jusqu’à la garde dans la poitrine de Marat. L’ami du peuple eut le temps de dire « A moi, ma chère amie ! », avant de mourir. Charlotte Corday se laissa arrêter sans résistance. Trois jours plus tard elle monta à l’échafaud et mourut dignement. Le corps de Marat fut inhumé au panthéon en présence de la Convention nationale et d’une foule de Parisiens.

 Le temps des historiens chargés de juger l’action de l’ami du peuple était venu. Etait-il ce « fou sanguinaire » décrit par des adversaires outranciers ou « un martyr de la liberté » comme le proclament sans nuance ses partisans ? Dans son Histoire de la Révolution française, Jules Michelet dressa un portait psychologique assez nuancé : « Marat, pour le tempérament était femme et plus que femme très nerveux et très sanguin. Dans sa vie pauvre, misérable, dans sa réclusion forcée, il devenait de plus en plus nerveux, irritable ; parmi les mouvements violents d’indignation, de compassion pour le peuple, il soulageait sa sensibilité furieuse par des accusations atroces, des vœux de massacres, des conseils d’assassinat. Ses défiances croissant toujours, le nombre des coupables, des victimes nécessaires augmentant dans son esprit, l’Ami du peuple en serait venu à exterminer le peuple…Quelques services qu’il ait rendus à la Révolution par sa vigilance inquiète, son langage meurtrier et la légèreté habituelle de ses accusations eurent une déplorable influence. Son désintéressement, son courage, donnèrent autorité à ses fureurs : il fut un funeste précepteur du peuple, lui faussa le sens, le rendit souvent faible et furieux, à l’image de Marat ».

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Nadine Gordimer

masculin
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6 Avril 2017 - 5:40pm

Une vie, un portrait du jour

16 Juillet 2015

16 Juillet 1982

Une vie, un portrait du jour

16 Juillet 1997

Dora Maar

Photographe et artiste peintre française, née le 22 novembre 1907 à Paris, décédée dans la même ville, à l’âge de 90 ans. Auteure de nombreux portraits photographiques (Jean-Louis Barrault, Jean Cocteau, Paul Eluard, Léonor Fini), elle réalisa Portrait d’Ubu (1936) et un tableau baptisé Portrait de Pablo Picasso au miroir dont elle fut la muse et l’amante.

16 Juillet 1896

Edmond de Goncourt

Ecrivain et journaliste français, né le 26 mai 1822 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé à Champrosay (Essonne), à l’âge de 74 ans. Auteur de Renée Mauperin (1864) et du Journal des Goncourt (1854-1891), il proposa en 1892 la création de l’Académie Goncourt qui avait vocation à décerner chaque année un prix littéraire. Le cénacle littéraire vit le jour en 1900. Le premier lauréat fut en 1903 John-Antoine Nau pour Force ennemie

16 Juillet 1907

Eugène Poubelle

Préfet français, né le 15 avril 1831 à Caen (Calvados), décédé à Paris, à l’âge de 76 ans. Préfet de la Seine, il prit un arrêté qui obligeait les propriétaires d’immeubles parisiens à mettre à la disposition des locataires des récipients munis d’un couvercle ayant vocation à contenir les déchets ménagers. La population les baptisa "poubelles".

16 Juillet 1691

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois

Homme d’Etat français, né le 18 janvier 1641 à Paris, décédé à Versailles, à l’âge de 50 ans. Secrétaire d’Etat à la guerre de 1662 à sa mort, il organisa des persécutions (les dragonnades) pour contraindre les protestants à se convertir au catholicisme.

16 Juillet 1985

Heinrich Böll

Ecrivain allemand, né le 21 décembre 1917 à Cologne (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), décédé à Kreuzau (Rhénanie-Du-Nord-Westphalie), à l’âge de 67 ans. Auteur de nouvelles, d’essais et de romans dont Portrait de groupe avec dames (1971) et L’honneur perdu de Katarina Blum (1974), il fut couronné du prix Nobel de littérature en 1972.

16 Juillet 1989

Herbert von Karajan

Chef d’orchestre autrichien, né le 5 avril 1908 à Salzbourg, décédé à Anif, à l’âge de 81 ans. Après avoir dirigé l’orchestre philarmonique de Berlin (1937), il fut nommé à la tête du festival de Salzbourg en 1956 et occupera cette fonction jusqu’en 1988.

16 Juillet 2014

Hervé Christiani

Auteur-compositeur et interprète français, né 8 novembre 1947 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 66 ans. Auteur en 1981 d’un tube Il est libre Max.

16 Juillet 2000

Pascale Audret

Actrice et chanteuse française, née le 12 octobre 1935 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), décédée à Cressensac (Lot), à l’âge de 64 ans. Comédienne de théâtre (Journal d’Anne Frank, 1957), elle s’imposa également au cinéma (Le dialogue des Carmélites, 1960), la télévision (Splendeurs et misères des courtisanes, 1975) et la chanson (La môme Anita, 1969).

16 Juillet 1857

Pierre-Jean de Béranger

Chansonnier français, né le 19 août 1780 à Paris, décédé dans la même ville, à l’âge de 76 ans. Populaire à son époque, il composa plusieurs centaines de chansons dont Le vieux drapeau, Les souvenirs du peuple, Le juge de Charenton, Les ventrus.

Une vie, un portrait
des jours précédents

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