Jean Renoir

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12 Février 1979

Cinéaste français, né le 15 septembre 1894 à Paris, décédé à Los Angeles (Californie), à l’âge de 83 ans. En cinquante ans de carrière, le fils du peintre Auguste Renoir réalisa une quarantaine de films muets puis parlants dont La règle du jeu et La grande illusion, deux chefs-d’œuvre du cinéma mondial. Metteur en scène innovant et artiste inventif, il influença la « Nouvelle Vague » qui lui rendit hommage.

Son père le peintre Auguste Renoir suspendit le temps dans ses tableaux impressionniste comme Le célébrissime Déjeuner des canotiers (1881). Jean Renoir donna au contraire du mouvement aux images, grâce à une invention révolutionnaire, le cinéma. Mais rien dans son adolescence ne semblait le destiner à devenir un des maitres du septième art. Peu doué pour les études, Jean Renoir s’engagea en 1912 dans l’armée. Affecté chez les dragons, il participa aux premières batailles de la Grande Guerre. Muté chez les chasseurs alpin et affecté en Alsace en 1915, il fut gravement blessé à la jambe lors d’une patrouille sur les hauteurs d’Orbey. Une balle pulvérisa son fémur. Un infirmier – futur grand chirurgien - lui évita l’amputation. Il claudiqua toute sa vie. Soigné à Besançon puis envoyé en convalescence à Paris, il passa ses journées dans les cinémas, visionnant chaque semaine jusqu’à 25 films, réalisés aux Etats-Unis par Charlie Chaplin notamment. Il apprit en autodidacte l’écriture cinématographique et s’émerveilla des trucages que permettait ce nouvel art.

Naissance d’une vocation

Après sa guérison, l’état-major renonça à l’envoyer au front en raison de son handicap. On l’affecta à une unité de reconnaissance aérienne. Renoir s’initia ainsi à la photographie. Démobilisé en 1920, le jeune homme de 26 ans se retrouva seul pour affronter l’avenir. Sa mère Aline était décédée en 1915. Son père avait été terrassé par une congestion pulmonaire en 1919. En 1920, il s’installa à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) dans la propriété acquise des années plus tôt par Auguste. Il s’établit comme céramiste et épousa un des modèles de son père, Catherine Hessling, « une belle rousse bien en chair » qui était également comédienne. Elle lui donna un fils prénommé Alain. Renoir décida de soutenir la carrière de sa femme dans le cinéma. En 1924, il écrivit pour elle un court-métrage muet intitulé Catherine qui racontait l’histoire d’une orpheline confrontée à la dureté de la bourgeoisie et sauvée par l’amour. Ayant hérité une partie de la fortune de ses parents, il finança le film coréalisé avec Albert Dieudonné. Aucun distributeur n’ayant accepté de le diffuser, il fallut attendre un nouveau montage et un nouveau titre Une vie sans joie pour le voir en salles en 1927. En 1925, il réalisa son premier long métrage La Fille de l’eau une fable bucolique et impressionniste dans laquelle son frère Pierre donna la réplique à son épouse. Nouvel échec. Il décida d’adapter pour le cinéma Nana, le roman d’Emile Zola. Il vendit plusieurs toiles de son père pour produire le film. Le public bouda ce film à costumes.

 Jean Renoir ne se découragea pas. Rendu méfiant par ses échecs commerciaux à répétition, Il décida d’abandonner la production. Il se concentra sur son métier de cinéaste, le seul qui l’intéressait en réalité. Reconnu par la profession, il réalisa plusieurs films adaptés de romans comme La petite marchande d’allumettes (1928) d’après Andersen, ou de pièces dont On purge bébé (1931) de Georges Feydeau. Premier film parlant de Renoir, On purge bébé fut tourné en une semaine seulement. Deux futurs grands acteurs du cinéma français s’y donnaient la réplique : Michel Simon et Fernandel. Le film remporta un grand succès à sa sortie. La réussite commerciale rassura les producteurs qui acceptèrent de financer en 1932 La Chienne, un film auquel Renoir tenait beaucoup. Le long-métrage racontait la lente descente aux enfers d’un employé terne (joué par Michel Simon), tombé fou amoureux d’une femme fatale rencontrée par hasard dans la rue. Le film réaliste remporta un grand succès critique et public. Renoir y gagna la célébrité mais perdit son épouse Catherine qui le quitta, vexée d’avoir été remplacée dans le rôle de la garce manipulatrice par Janie Marèse. Cette dernière n’assista jamais à la projection du film. Sitôt la dernière scène tournée, elle périt dans un accident de voiture à Sainte-Maxime.

Un cinéaste engagé

Jean Renoir se consola bien vite en partageant la vie de sa monteuse attitrée Marguerite Houllé. Le cinéaste préférait-il travailler en famille ? En 1932, il demanda à son frère Pierre d’interpréter le rôle du commissaire Maigret dans La Nuit du carrefour adapté d’un roman de Georges Simenon. En 1936, il enrôla son neveu Claude Renoir, fils de Pierre, pour réaliser la photographie de Partie de Campagne, d’après Guy de Maupassant. Entretemps, Jean Renoir avait réalisé deux chefs-d’œuvre du réalisme populaire : Boudu sauvé des eaux (1932), avec l’immense Michel Simon dans le rôle d’un clochard libertaire opposé à la morale bourgeoise et aux vrais-faux bons sentiments et Le Crime de monsieur Lange (1935) qui décrivait la lutte d’’employés floués par un patron combinard joué par un Jules Berry au plus haut de son talent.

 Film prémonitoire, un an avant la victoire du Front populaire que Jean Renoir soutint politiquement et artistiquement. Sous l’influence de sa compagne Marguerite, il se rapprocha du groupe de théâtre Octobre. En 1936, il adapta pour le cinéma la pièce de théâtre de l’écrivain soviétique Maxime Gorki Les Bas-fonds, avec Jean Gabin et Louis Jouvet. Compagnon de route du parti communiste français, Jean Renoir ne prit jamais sa carte mais écrivit souvent dans des revues contrôlées par le parti dont Ce Soir, Regards et Ciné-Liberté. En 1936, il tourna La vie est à nous avec le soutien financier du PCF. Des fonds collectés auprès des militants et la participation bénévole des techniciens et des acteurs permirent la réalisation de ce film qui mêlait scènes de fiction et documents filmés dans les usines. En 1937, en hommage au Front populaire, il tourna un film historique La Marseillaise qui se déroulait pendant la Révolution française. Louis Jouvet y interprétait un révolutionnaire, Pierre Renoir joua Louis XVI et Lise Delamare fut Marie-Antoinette. La CGT coproduisit le film en demandant à ses militants et aux spectateurs d’acheter les places à l’avance. A sa sortie, le film fut étrillé par la presse de droite. Boudé en France, il fut en revanche plébiscité en URSS. Après un oubli de trente ans, le film fut redécouvert dans les années 1960.

Le temps des chefs-d’œuvre

Militant pacifiste, Jean Renoir réalisa en 1937 La Grande illusion, un des chefs-d’œuvre du cinéma mondial. Alors que de lourdes menaces pesaient sur la paix mondiale, le vétéran de la Grande Guerre, handicapé à vie, montra de façon subtile l’absurdité de la guerre. L’action du film se déroulait en Allemagne dans un camp de prisonniers où étaient détenus des soldats français, issus de divers horizons sociaux, qui préparaient des plans d’évasion. Deux officiers réussirent à s’enfuir à la suite d’un ingénieux mais couteux stratagème. Sur le chemin de la Suisse, les fuyards trouvaient refuge dans une ferme tenue par une veuve de guerre dont un des officiers français tomba amoureux. Les producteurs hésitèrent à financer ce long-métrage iconoclaste qui dénonçait la vacuité des passions nationalistes et le triomphe de la fraternité entre les peuples. Jean Gabin pressenti pour jouer le rôle d’un lieutenant issu de la classe ouvrière l’aida à trouver un producteur. Les autres rôles furent interprétés par Pierre Fresnay (capitaine aristocrate), Marcel Dalio (lieutenant juif) et le cinéaste et acteur américain d’origine autrichienne Erich von Stroheim (le geôlier allemand). Le film remporta un grand succès populaire à sa sortie : six millions d’entrées en salles avant-guerre et six millions d’entrées après 1945. Il fut en revanche interdit dans l’Allemagne nazie.

 En 1938, il dirigea de nouveau Jean Gabin transformé en mécanicien en proie à des pulsions de mort dans l’extraordinaire La Bête humaine, une tragédie dans le milieu ferroviaire, avec une locomotive à vapeur La Lison, à la présence quasi humaine. En 1939, Jean Renoir produisit, écrivit le scénario, mit en scène et interpréta La Règle du jeu, une peinture insolente de la bourgeoisie cupide et de l’aristocratie décadente de la fin des années 1930. Le film qui avait pour cadre une partie de chasse en Sologne hésitait volontairement entre le vaudeville et la tragédie. Quipropo, méprises, mauvaises interprétations, erreurs de jugement, conduisaient à l’assassinat d’un invité innocent. Le châtelain arrangea l’affaire en présentant le crime comme un accident imprévisible. A la veille de la seconde guerre mondiale, le public bouda le film. François Truffaut écrira dans son livre Les Films de ma vie : « La Règle du jeu (1939) c'est le credo des cinéphiles, le film des films, le plus haï à sa sortie, le plus apprécié ensuite. »

Cinéaste à Hollywood

Après la défaite de la France en juin 1940, Jean Renoir émigra aux Etats-Unis avec sa nouvelle compagne Dido Freire, épousée en 1944. Installé à Hollywood, il tourna en 1941 pour la Fox L’étang tragique, un polar intimiste avec Anne Baxter. Ses films de propagande (Vivre libre en 1943, Salut à la France en 1945), son film social L’homme du sud (1945), son adaptation du Journal d’une femme de chambre (1946), son film noir La Femme sur la plage (1947) eurent peu de succès et n’apportèrent rien à sa gloire. Le producteur Daeyl F. Zanuck conclut à sa manière son intermède américain : « Renoir a beaucoup de talent mais il n’est pas des nôtres ».

 Après un détour en Inde où il réalisa Le Fleuve, il retourna travailler en Europe. La dernière période de sa vie artistique se conclut par un bouquet final grandiose : Le Carrosse d’or (1953) avec Anna Magnani, French Cancan (1954) avec Françoise Arnoul et Jean Gabin qu’il dirigea pour la dernière fois, Elena et les hommes (1956) avec Ingrid Bergman et Jean Marais, Le déjeuner sur l’herbe (1959) avec Paul Meurisse et Catherine Rouvel, Le Caporal épinglé (1962), son dernier film pour le cinéma adapté du livre de Jacques Perret. Après une absence de 9 ans, Jean Renoir retrouva un plateau de tournage. Pour la télévision, il réalisa quatre sketches réunis sous le titre Le Petit théâtre de Jean Renoir.

Citoyen américain depuis les années 1940, Jean Renoir se retira dans sa demeure de Beverly Hills où il écrivit un livre de mémoires (Ma vie et mes films en 1974), un essai (Mes écrits-1926-1971 en 1974), un roman (Le Crime de l’Anglais en 1979). Hollywood l’honora en lui décernant en 1975 un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre et en lui dédiant une étoile sur Hollywood Boulevard.

J.-P.G.

Demain : Richard Wagner

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