Jean Zay

Il est décédé le 

Elle est décédée le

20 Juin 1944

Avocat et homme politique français, né le 6 août 1904 à Orléans (Loiret), mort assassiné par des miliciens à Molles (Allier), à l’âge de 39 ans. Ministre de l’Education nationale sous le Front populaire, il fut enlevé et assassiné par la milice de Vichy. Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 27 mai 2015.

 Fils de Léon Zay, un juif originaire de Metz, directeur du Progrès du Loiret, un journal radical-socialiste, et d’Alice Chartrain, une institutrice protestante, Jean Zay avait tout pour déplaire à l’extrême droite pétainiste et catholique. Lui-même après de brillantes études de droit, suivit les traces de son père en fondant avec quelques amis (le compositeur René Berthelot et le futur créateur de La République du Centre Roger Secrétain) une revue littéraire Le grenier. En 1928, son diplôme d’avocat en poche, il s’inscrivit au barreau d’Orléans. Membres des jeunesses laïques et républicaines depuis ses années lycéennes, il adhéra tout naturellement au parti radical-socialiste, s’engagea à la Ligue des droits de l’homme et du citoyen et fut initié au Grand Orient de France.

 En 1932, à l’âge de 27 ans, il se présenta à l’élection législative dans le Loiret contre le candidat sortant Maurice Berger, un pharmacien démocrate-chrétien. Tout le monde lui prédisait une sévère défaite. A la surprise générale, il remporta la circonscription. Jean Zay appartenait aux « jeunes Turcs » du parti qui militaient pour la rénovation de ses pratiques politiques et l’adaptation de sa doctrine aux réalités économiques et sociales de l’époque. Il s’agissait d’enrayer le déclin entamé après la première guerre mondiale. Les radicaux avaient dominé la gauche pendant des décennies. Leur leadership était désormais contesté à gauche par les socialistes de la SFIO et à l’extrême-gauche par les communistes du PCF.

Ministre du Front populaire

Sa victoire inattendue impressionna les vieux caciques du parti qui lui confièrent la rédaction du programme de politique générale en vue du congrès 1935. Inquiet par la montée du fascisme et du nazisme en Europe et également en France, Jean Zay proposa l’adhésion du parti radical au Front populaire. Il réussit à convaincre les congressistes. En janvier 1936, le radical Albert Sarraut, nommé président du Conseil, lui proposa d’entrer au gouvernement au poste de sous-secrétaire d’Etat à la présidence du conseil. Cette première fonction ministérielle constitua une forme de mise en bouche. En juin de la même année, le Front populaire remporta les élections législatives. Le socialiste Léon Blum, nouveau président du Conseil, lui proposa de devenir son ministre de l’éducation nationale et des beaux arts. Le 6 août 1936, Jean Zay porta la durée de la scolarité à 14 ans. Il inventa le tronc commun d’enseignement avant l’orientation en sixième. Il prépara avec Irène Joliot-Curie la création du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il fut à l’initiative de la création de l’Ecole nationale d’administration (ENA) qui verra le jour après la guerre. Il créa le droit d’auteur inaliénable. On lui doit la fondation de la réunion des théâtres lyriques nationaux et du musée national des arts et traditions populaires. Il inventa les bibliobus et fut à l’origine du festival de Cannes dont la première édition devait se tenir en septembre 1939. Le déclenchement de la seconde guerre reporta la plupart de ces projets.

 Jean Zay avait occupé le ministère de l’éducation nationale sous les gouvernements Blum, Chautemps, et Daladier. Le 2 septembre 1939, le lendemain de la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne après l’invasion de la Pologne, Jean Zay démissionna de son poste de ministre de l’éducation nationale pour être mobilisé comme les hommes de sa classe d’âge. Pendant la « drôle de guerre », il fut affecté en Lorraine avec le grade de sous-lieutenant. En juin 1940, pendant la campagne de France, la hiérarchie militaire le libéra pour qu’il puisse participer aux travaux de l’Assemblée nationale réfugiée à Bordeaux, en raison de l’avance des troupes allemandes. Après la demande d’armistice formulée par Pétain le 17 juin, il s’embarqua le 21 avec une trentaine de députés – dont Camille Chautemps et Pierre Mendès-France - sur le Massilia, un navire en partance pour Alger. Jean Zay et ses compagnons avaient l’intention de poursuivre la lutte à partir de l’Afrique du nord. Au moment de débarquer à Casablanca, le gouverneur du Maroc les consigna dans un grand hôtel. Entretemps le régime du maréchal Philippe Pétain s’était installé en métropole et la plupart des représentants de l’administration dans les colonies l’avaient rallié. Le 15 août, les nouvelles autorités vichystes décidèrent son arrestation pour « désertion devant l’ennemi » ainsi que celles des députés Pierre Mendès-France, Pierre Viénot et Alex Wiltzer. Cette accusation infâmante fut levée après la guerre.

 A l’initiative de Philippe Henriot, le ministre de l’information du gouvernement du maréchal Pétain, la presse aux ordres se déchaina contre le député radical-socialiste, l’ancien ministre du front populaire opposé aux accords de Munich, le franc-maçon et le juif. Un tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand le condamna à la déportation à vie pour « désertion ». Pierre Mendès-France écopa de 6 ans de prison, Pierre Viénot de 8 ans avec sursis, Ales Wiltzer bénéficia d’un non-lieu. Jean Zay fut interné à la prison de Riom. Pendant sa captivité, on l’autorisa à voir son épouse Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène, née après son arrestation. Il consacra son temps à écrire Souvenir et solitude (publié en 1945), un livre sous forme de journal et à préparer des réformes politiques et sociales qu’il envisageait de proposer à la Libération. Après le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944, il savait qu’elle approchait.

Assassiné par la milice

Mais, ses ennemis l’empêchèrent de connaître ce jour tant espéré. Le 20 juin 1944, trois membres de la milice française se présentèrent à la prison de Riom avec un ordre signé du directeur de l’administration pénitentiaire ordonnant le transfert de Jean Zay à la prison de Melun. Le prisonnier fut contraint de s’engouffrer dans la voiture des miliciens. On ne revit plus jamais vivant Jean Zay. En septembre 1946, des chasseurs découvrirent à Molles dans l’Allier le corps de trois personnes. La municipalité décida leur inhumation dans la fosse commune du cimetière. Une enquête fut néanmoins diligentée. Les enquêteurs firent le rapprochement avec Jean Zay. Ils découvrirent l’identité du milicien qui avait signé à la prison de Riom la levée d’écrou de l’ancien ministre du Front populaire. L’homme s’était enfui en Italie où on le retrouva. En 1947, la dépouille mortelle de Jean Zay fut exhumée et formellement identifiée grâce à sa fiche dentaire et à ses mensurations. Après l’avoir extrait de sa cellule, les miliciens l’avaient transporté près de Vichy et assassiné dans un bois. Son corps déshabillé avait été jeté dans la faille du puits du diable.

 Le 27 mai 2015, à l’initiative du président de la République François Hollande, les cendres de Jean Zay, de Pierre Brossolette, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et de Germaine Tillion ont été transférées au Panthéon.

Illustration : Marc Daniau

Demain : Machiavel

masculin
Google news Référence: 
661
21 Mai 2016 - 5:59pm

Une vie, un portrait du jour

20 Février 1997

20 Février 1976

20 Février 1920

Une vie, un portrait du jour

20 Février 2010

Alexander Haig

Militaire et homme politique américain, né le 2 décembre 1924 à Philadelphie (Pennsylvanie), décédé à Baltimore (Maryland), à l’âge de 85 ans. Commandant des forces de l’Otan en Europe de 1974 à 1979 et Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) sous la présidence de Ronald Reagan en 1981-1982.

20 Février 1993

Ferruccio Lamborghini

Industriel italien, né le 28 avril 1916 à Renazzo de Cento (Emilie-Romagne), décédé à Pérouse (Ombrie), à l’âge de 76 ans. Fondateur de la marque de voiture de sport qui porte son nom.

20 Février 2010

Jean-Pierre Treiber

Garde-chasse français, né le 8 avril 1963 à Mulhouse (Haut-Rhin), décédé par suicide à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), à l’âge de 46 ans. La justice le suspectait d’avoir assassiné Katia Lherbier et Géraldine Giraud.

20 Février 2003

Maurice Blanchot

Ecrivain et philosophe français, né le 22 septembre 1907 à Devrouze (Saône-et-Loire), décédé à Mesnil-Saint-Denis (Yvelines), à l’âge de 95 ans. Auteur notamment de Thomas l’obscur (1950) et de L’attente l’oubli (1962).

20 Février 1194

Tancrède de Lecce

Prince normand, né vers 1138, décédé à Palerme (Sicile), à l’âge de 56 ans. Descendant de la dynastie des Hauteville, il fut roi de Sicile de 1189 à 1194.

Une vie, un portrait
des jours précédents

19 Février 1997

19 Février 2016

19 Février 2016

18 Février 2015

18 Février 1546