Jeanne d’Arc

Il est décédé le 

Elle est décédée le

30 Mai 1431

Chef de guerre française, canonisée par l'Eglise catholique, née en 1412 à Domrémy (actuellement dans les Vosges), brûlée vive à Rouen, à l’âge de 19 ans. Entre légende et histoire, il est difficile de démêler le vrai du faux même si tous les historiens s’accordent pour dire qu’elle contribua au redressement de la France face aux ambitions annexionnistes anglaises pendant la guerre de Cent Ans.

 Jeanne naquit au sein d’une famille de paysans aisés demeurant à Domrémy dans le duché de Bar. Contrairement à une idée fausse, le village n’appartenait pas à l’époque à la Lorraine toute proche, mais était situé entre la Champagne et le Barrois et dépendait de la seigneurie de Vaucouleurs. Son père Jacques était un cultivateur aisé possédant ses terres, sa mère Isabelle Romée se consacrait à la maisonnée composée de six enfants. Jeanne la cadette occupa son enfance à aider sa mère dans les tâches ménagères : couture, filage, cuisine. Dès son plus jeune âge, sa grande piété et sa dévotion lui valurent le respect de ses proches et des habitants de la région. Bientôt, la vie bucolique et toute campagnarde qu’elle menait auprès des siens fut troublée par les réalités géopolitiques de l’époque. La guerre qui opposait l’Angleterre au royaume de France depuis plusieurs décennies atteignit la région. Le châtelain de Vaucouleurs Robert de Baudricourt avait choisi en effet de soutenir le roi de France, installé à Bourges. Pour le punir de son ralliement au monarque abandonné de tous, les troupes Anglos-bourguignonnes ravagèrent la contrée, laissant derrière elles ruines, misère et découragement. La violence de la soldatesque produisit un curieux effet sur la jeune adolescente. Elle entendit des voix. Saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, présentés comme les protecteurs de la monarchie française, lui ordonnèrent de rejoindre le roi de Bourges et de bouter les Anglais hors du royaume de France.

La victoire d’Orléans

Elle accourut dans le château de Robert de Baudricourt et lui raconta ses visions. Le seigneur crut avoir affaire à une intrigante, voire pire à une démente. Que venait faire Dieu dans ce conflit anglo-français voulu et conduit par les hommes et dont l’issue dépendait du courage des soldats sur les champs de bataille ? Il reçut fort mal la jeune fille de 17 ans et la renvoya dans ses foyers. Jeanne ne se découragea pas. Elle rendit publique ses visions. Le peuple crut cette vierge qui parlait de Dieu avec calme et assurance. Le découragement laissa la place à l’espoir. Un changement se fit dans son fief. Baudricourt en soldat aguerri savait que la foi et l’enthousiasme pouvaient faire gagner des batailles, à défaut de soulever les montagnes. D’ailleurs, Jeanne ne prétendait pas vaincre les Anglais par la prière. Elle souhaitait les expulser par la force des armes. Elle réclamait pour elle-même une armure et une épée. Quand la nouvelle du siège d’Orléans arriva à Vaucouleurs, Baudricourt consentit à lui donner une escorte et à rédiger des lettres de recommandation.

 Jeanne d’Arc accompagnée de six cavaliers puissamment armés se mit en chemin le 13 février 1429. Après dix jours d’un voyage périlleux au milieu des lignes ennemies elle arriva au château de Chinon en Touraine où le roi Charles VII s’était réfugié. Le récit de son aventure laissa sceptique le monarque et son entourage. Craignant un attentat, le roi ne se fit pas connaître et se dissimula au milieu de l’assistance au moment de l’audience dans la grande salle du palais. La légende affirme que Jeanne reconnut le roi au premier coup d’œil. Sans doute avait-elle été influencée par sa tenue vestimentaire. Un roi ne s’habille pas comme le premier courtisan venu. Selon les chroniqueurs de l’époque, elle annonça à haute voix à Charles VII la raison de sa venue : « Je vous apporte des nouvelles de Dieu et vous annonce que Notre Seigneur vous rendra votre royaume de France, vous fera couronner à Reims et chassera vos ennemis de leur terre de France. Mettez-moi hardiment à l’œuvre. Je lèverai le siège d’Orléans ».

 Charles VII consentit à lui fournir une troupe. Après tout, dans la situation où il était il n’avait rien à perdre. Une armée se concentra à Blois. Jeanne revêtit un équipement de soldat et se présenta ainsi devant les Anglais qui assiégeaient la ville. Elle leur fit parvenir une missive les sommant « au nom du ciel de lever le siège ». Le 29 avril, Jeanne à la tête de l’avant-garde française parvint à se frayer un chemin à travers les Anglais et à pénétrer dans la cité où la population reprit confiance. Le gros de l’armée française attaqua alors les positions anglaises. Le 8 mai, après des combats acharnés, les Anglais lâchèrent prise quand ils apprirent la mort de Salisbury, leur meilleur capitaine, tué au combat. Du coté français l’assaut avait été conçu et mené par les capitaines. Jeanne avait été écartée du commandement. Mais, de l’avis de tous, elle s'était battue comme une lionne. Le mérite du succès lui revint. La population comme Charles VII en jugèrent ainsi. Sa foi inébranlable dans la victoire avait ranimé les énergies défaillantes.

 Démoralisés, les Anglais accumulèrent les défaites les semaines suivantes : sur la défensive, ils perdirent Jargeau, Beaugency, Patay le 18 juin où leur chef Talbot fut fait prisonnier. Comment prolonger ces succès ? Charles VII hésitait. Des conseillers proposaient une attaque massive en Normandie, d’autres le pressaient de marcher sur Paris occupée par les Anglos-Bourguignons. Habile tacticienne, Jeanne estimait que la lutte contre les Anglais devait s’incarner dans la personne du roi. Elle jugeait que Charles ne l’était pas encore aux yeux de l’opinion. Elle l’appelait d’ailleurs le Dauphin. Seul un sacre devant Dieu dans la cathédrale de Reims, en application du cérémonial traditionnel de la monarchie française, pouvait le rendre légitime dans le royaume et à l’étranger. Charles se rallia à son analyse religieuse mais remarquablement politique.

  La cour, protégée par une armée nombreuse et bien équipée, prit la route de Reims le 29 juin 1429. Sur le chemin, des cités refusèrent d’accueillir Charles, d’autres comme Troyes et Chalons chassèrent leur garnison bourguignonne. La troupe royale arriva à destination le 16 juillet. Le lendemain, l’archevêque oignit Charles VII avec l’huile de la sainte ampoule conservée dans l’abbaye de Saint-Rémi de Reims. Le royaume de France avait un roi véritable dont le sacre avait reçu l’onction sainte. Jeanne tomba à ses pieds en pleurs.

 Les mois et les semaines suivantes, les soumissions et hommages à Charles VII affluèrent comme l’avait prédit Jeanne d’Arc. Elle incita le roi à profiter de son avantage pour reprendre l’offensive militaire et libérer Paris. Charles VII hésita sous la pression de ses conseillers. Les caisses du Royaume étaient vides. Avec quel argent allait-on financer une expédition ? Il semblait impossible de demander des efforts supplémentaires aux Etats en exigeant de nouveaux impôts. Jeanne surnommée alors la pucelle - un mot qui s’appliquait autant aux vierges qu’aux filles - prit l’initiative le 8 septembre d’attaquer Paris à la tête d’une troupe qu’elle avait rassemblée. L’offensive échoua. Blessée à la cuisse, elle leva le siège et alla guerroyer le long de la Loire où elle passa l’hiver. Le printemps suivant, elle ne put convaincre Charles VII de reprendre l’offensive. Elle leva une armée et partit défendre Compiègne assiégée par les Bourguignons. Comme un an plus tôt à Orléans, elle réussit à pénétrer dans la ville et à motiver les défenseurs. Le 23 mai 1430, elle tenta une sortie. Mais, les Bourguignons de Jean de Luxembourg plus nombreux la cernèrent. La pucelle accepta de se rendre.

Un procès politique

Au bout de six mois d’emprisonnement, son geôlier la vendit pour 10 000 écus aux Anglais qui n’avaient pas oublié l’humiliation de la défaite subie à Orléans. On enferma Jeanne dans une prison à Rouen. La ville était occupée par les Anglais depuis 1419. Ces derniers décidèrent de la faire juger par un tribunal ecclésiastique qui devait prouver que la pucelle obéissait à Satan et non pas à Dieu comme elle l’affirmait. Les Anglos-Bourguignons demandèrent à l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon de le présider. On réunit des jurés choisis parmi des clercs français et hostiles à Charles VII. Le procès s’ouvrit le 9 janvier 1431. Selon l’acte d’accusation, on lui reprochait d’avoir présenté ses visions comme des révélations divines, d’avoir prophétisé et d’avoir porté des vêtements masculins. Ses juges - des théologiens confirmés - tentèrent de piéger la jeune campagnarde ignorante. Ils la harcelèrent de questions religieuses espérant une affirmation malheureuse qui permettrait de l’accuser d’hérésie. Elle répondit en déjouant tous les pièges qu’on lui tendait. Le 24 mai 1431, le tribunal se réunit en plein air au cimetière de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Menacée d’être brulée vive sur le bucher qu’on avait installé, elle accepta de se soumettre à l’autorité de l’Eglise et reconnut avoir menti à propos des voix divines. Le tribunal la déclara néanmoins hérétique et la condamna à la détention perpétuelle. Ce jugement exauça l’Eglise mais mécontenta les Anglais qui espéraient brûler la pucelle comme sorcière. L’évêque de Beauvais prit peur. Il affirma à ses maîtres que si Jeanne retombait dans les erreurs passées, elle serait considérée comme relapse du point de vu juridique. Le tribunal pourrait alors la condamner à périr par le feu.

 Les historiens sont partagés sur la suite des événements. Selon les uns, la nuit suivante, pendant que Jeanne dormait, les gardiens enlevèrent ses habits de femme et les remplacèrent par des vêtements d’homme. Le matin, la pucelle les revêtit, ce qui provoqua un nouveau procès et sa condamnation à la peine de mort pour relapse. D’autres estiment que Jeanne décida seule de reprendre ses habits d’homme, signifiant par là qu’elle revenait sur les aveux qu’on lui avait soutirés dans un moment de faiblesse, en échange de sa vie. Le tribunal se réunit en présence de l’évêque Cauchon. Jeanne d’Arc fut déclarée relapse et livrée au bras séculier chargé de l’exécution de la peine. Le 30 mai, à 9 heures du matin, on conduisit Jeanne, 19 ans, au bûcher dressé place du Vieux-Marché à Rouen. Le cardinal de Winchester, venu comme au spectacle, exigea que l’on détruisît totalement le corps de la pucelle afin d’éviter tout culte posthume. Selon des témoins, le bourreau procéda à trois crémations. L’ecclésiastique anglais se réjouit : à la fin il ne restait que des cendres et des bouts d’os qu’on jeta promptement à la Seine. Mais, son projet d’effacer la pucelle de la mémoire des hommes échoua lamentablement - n’est-ce pas cher lecteur ? Il est plus facile en effet de faire disparaitre la matière dont les humains sont fait que leurs idées qui, elles, traversent le temps et l’espace. Charles VII ne fit rien pour Jeanne d’Arc. Il se racheta en 1450, après avoir repris Rouen aux Anglais. Dans une ordonnance, il affirma que « les ennemis de Jeanne l'ayant fait mourir contre raison et très cruellement », il souhaitait connaître la vérité.

 En 1455, le pape Calixte III (Alfonso Borgia) ordonna la révision de son procès. Le jugement de 1431 fut cassé pour « corruption, dol, calomnie, fraude et malice ». Le pape prononça la réhabilitation de Jeanne d’Arc en 1455. En 1909, l’Eglise catholique la béatifia, et la canonisa en 1920. En 1922, Pie XI la proclama sainte patronne secondaire de la France. Les républicains la regardent comme l’une des premières incarnations de l’idée nationale.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Evariste Galois

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22 Avril 2016 - 7:10pm

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