John Wayne

Il est décédé le 

Elle est décédée le

11 Juin 1979

Acteur américain, né le 26 mai 1907 à Winterset (Iowa), décédé à Los Angeles, à l’âge de 72 ans. Figure de légende du cinéma – et du western – hollywoodien, il incarna au grand écran comme dans sa vie privée l’américain patriote, conservateur voire réactionnaire.

Dans les années 1960, surfant sur sa popularité alors immense, le parti républicain proposa à John Wayne d’être son candidat à l’élection présidentielle de 1968. Il déclina l’offre expliquant que le peuple américain n’enverrait jamais un acteur à la Maison-Blanche. Il se trompait lourdement : douze ans plus tard son ami Ronald Reagan, pourtant moins célèbre, s’y installa. Mais, John Wayne n’assista pas à l’événement. Il mourut seize mois avant l’élection historique du comédien.

 Son vrai nom était Marion Michael Morrison. Il naquit au sein d’une famille de la classe moyenne. Son père gérait une pharmacie. Atteint d’une infection des poumons, il la vendit pour s’installer dans une bicoque sans eau courante, ni électricité dans le désert de Mojave où l’air sec et chaud convenait mieux à son état de santé. Son épouse, ses fils Marion et Robert le rejoignirent dans ce coin perdu. Le pharmacien se reconvertit en fermier et tenta de cultiver du maïs dans une région où l’eau manquait. Le jeune Marion apprit à monter à cheval, ce qui lui sera bien utile plus tard. Vaincu par la pauvreté, l’absence d’avenir, la famille déménagea de nouveau et s’installa dans la banlieue de Los Angeles où le père trouva un emploi dans une pharmacie.

 Pendant ses loisirs et ses vacances, le jeune Marion effectua des petits boulots et notamment celui d’ouvreur dans un cinéma de quartier. Il avoua plus tard avoir été impressionné par Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, un film muet avec Rudolf Valentino. Après de brillantes études au lycée, il entra à l’université de Californie du sud. A vrai dire, l’établissement recrutait de grands gaillards pour son équipe de football les Trojans. Marion Morrison impressionnait par sa haute taille. Il se lia avec un des supporters de la formation un certain Tom Mix un acteur et producteur célèbre à l’époque. Après une blessure, Marion dut arrêter le sport. Son ami s’entremit pour lui faire jouer des rôles de silhouettes (des footballeurs) ou de figurants dans des films de série B. Jamais crédité au générique, Marion complétait ses fins de mois en étant accessoiriste. Entre 1928 et 1930, le célèbre cinéaste John Ford le fit tourner de petites scènes dans une dizaine de films.

 Mais celui qui lui donna son premier grand rôle parlant fut Raoul Walsh pour un western. Des décennies plus tard, le metteur en scène expliqua les circonstances et les raisons de son choix dans ses mémoires, Un demi-siècle à Hollywood : « En passant devant le magasin des accessoires, j'aperçus un grand jeune homme aux larges épaules, qui transportait un fauteuil rembourré. Il déchargeait un camion et ne me vit pas. Je le regardai prendre sous son bras un imposant sofa Louis XV comme une plume, tout en attrapant une chaise de l'autre main. Lorsqu'après les avoir déposés, il revint vers le camion, je m'approchai de lui. « Comment t'appelles-tu ? » lui demandais-je. Il m'examina attentivement. « Je vous connais ! C’est vous qui avez mis en scène Au service de la gloire. Mon nom, c’est Morrison ».(…) « Voyons jusqu'à quel point tu veux devenir acteur. Laisse pousser tes cheveux et reviens me voir dans deux semaines »… L'histoire de La Piste des géants était relativement simple, mais il me fallait un éclaireur et un chef de convoi pour conduire un petit groupe de pionniers à travers les plaines. Je parcourus la liste des acteurs disponibles mais aucun d'entre eux ne me satisfaisait.(…) Nous n'avions toujours trouvé personne lorsque Morrison se présenta. Ses cheveux avaient poussé et je me mis à reprendre espoir. Après qu'on l'eut vêtu d'un pantalon et d'une veste en daim, je le plaçai devant la caméra, et le producteur Sheehan, lorsqu'il vit le résultat, me dit d'un air bougon : « Qui est-ce ce type là ? Sait-il monter à cheval ? Où as-tu été le dénicher ? ». (…) Il saisit presque immédiatement ce que j'attendais de lui. Je tenais mon acteur principal ! Il suffisait de lui donner quelques indications. Sheehan le regarda, l'écouta et ronchonna de nouveau : « Il fera l’affaire. Comment s'appelle-t-il déjà ? » « Morrison ». Ce nom par contre ne lui plaisait pas… Je parcourus en esprit les livres d’histoire en m'arrêtant sur le nom des pionniers américains. J'en vins à la Révolution et je me souvins d'un nom qui m'avait toujours plu. Lorsque je le dis à Sheehan, il leva la tête et sourit d'un air entendu comme s'il l'avait pensé lui-même : « Bien sûr ! » Il prit son crayon et lut à haute voix ce qu'il venait d'écrire « Wayne », simplement John. John Wayne. Fais-le entrer. »

L’âge d’or du western

 Ainsi, Marion Morrison fit son entrée dans le cinéma par la grande porte et avec un nouveau nom. Il faillit en ressortir aussitôt. Le film fut un fiasco, éreinté par la critique, boudé par les spectateurs. Sa carrière sembla compromise. Il tourna pour la Columbia des comédies musicales ridicules où il n’avait rien à faire. On le cantonna dans des rôles de faire-valoir au profit d’acteurs plus connus et mieux cotés. Il atteignit le comble du ridicule en jouant un cow-boy chantant dans Les cavaliers du destin. Il y poussait la chansonnette. L’acteur se reprocha d’avoir nui à son image d’homme viril en interprétant ce « foutu rôle » efféminé. Il se consola en empochant le cachet de 2500 dollars et en épousant Joséphine Saenz qui lui donna quatre enfants. En 1935, il envisagea d’abandonner le cinéma. Avec ses économies, il fonda une agence immobilière qui périclita. Il se lança dans une carrière de boxeur sous le nom de Duke Morrison et disputa même quelques combats dans le Nevada. Nouvel échec.

 Il revint au cinéma en 1936. Il interpréta sans convaincre des personnages de boxeur ou de journaliste. Le public l’attendait dans un autre registre, celui du cow-boy. En 1938, John Ford lui donna une seconde chance en lui proposant le rôle devenu mythique du hors la loi Ringo Kid dans le western « classique » La chevauchée fantastique. Le film reçut un accueil enthousiaste du public, de la critique et de la profession (sept nominations aux Oscars). John Wayne accéda au statut de star. En 1940, Raoul Walsh l’embaucha pour L’escadron noir, un western qui se déroulait pendant la guerre de Sécession. Il tourna cette année là La maison des sept péchés avec Marlène Dietrich. Quand la seconde guerre mondiale éclata, le patriote républicain demanda à s’engager. L’armée refusa à plusieurs reprises de retenir sa candidature. La hiérarchie militaire ne tenait pas à faire courir le moindre risque à ce père de famille. Cette blessure jamais cicatrisée humilia John Wayne : « J'ai toujours eu honte de ne pas avoir combattu. Lorsque j'interprète un officier à la tête de son commando, j'ai une piètre opinion de moi-même ». On lui permit seulement de soutenir le moral des troupes sur le front. Il participa à sa manière à l’effort de guerre en tournant dans une série de films patriotiques : Quelque part en France (1942) où il joua le rôle d’un aviateur abattu au dessus de la Normandie, Alerte aux marines (1944) dans lequel il interprétait un commandant de navire, Retour aux Philippines (1945), où il revêtit l’uniforme de colonel, Les sacrifiés (1945) sur la guerre dans le Pacifique où le lieutenant qu’il incarnait commandait une flottille de lance-torpilles.

 Après la guerre, John Wayne appartenait au quatuor des acteurs les plus aimés du public aux côtés de Clark Gable, Humphrey Bogart et Gary Cooper. En 1947, il renoua avec le western. John Ford lui donna le rôle principal dans Le massacre de fort Apache qui rompit avec le manichéisme en vigueur dans les westerns (les gentils colons protégés par les courageux soldats agressés par les méchants et fourbes indiens). Le film remplit les salles. Tout comme La Rivière rouge, le premier western d’Howard Hawks. Impressionné par la prestation de John Wayne, John Ford qui sous-estimait les qualités de comédien de son acteur fétiche livra cette confidence à Hawks : « Je ne savais pas que ce grand fils de pute pouvait jouer. » Ford poursuivit de plus belle sa collaboration avec John Wayne. Elle permit la réalisation de plusieurs chefs d’œuvres du genre : La charge héroïque (1949), Rio Grande (1950), l’ambiguë La prisonnière du désert (1956), considéré comme le plus grand western de tous les temps par l’American Film institute et l’inoubliable L’homme qui tua Liberty Valance (1962). Howard Hawks fit appel à John Wayne pour jouer le rôle du shérif dans Rio Bravo (1959). Le couple se reforma pour El Dorado (1966), un remake plus complexe de Rio Bravo et pour Rio Lobo (1970).

Le dernier géant

 En 1960, John Wayne décida de passer derrière la caméra pour produire et réaliser Alamo. Le long métrage contait un épisode – romancé - de la guerre d’indépendance du Texas, en l’occurrence la résistance de 185 texans retranchés dans Fort Alamo et assaillis par l’armée régulière mexicaine. Lui-même interpréta le personnage de Davy Crockett. Ce film exaltait le patriotisme américain. John Wayne récidiva huit ans plus tard en coréalisant Les bérets verts en plein conflit du Vietnam. Le film débutait par une longue explication de vingt minutes qui justifiait l’intervention militaire américaine. A sa sortie, le long-métrage provoqua de nombreuses manifestations d’opposants à la guerre.

 L’année suivante, John Wayne, qui était abonné depuis vingt ans aux rôles d’homme honnête, sobre et droit, accepta de casser son image de marque dans le film Cent dollars pour un shérif, réalisé par Henry Hathaway. Son interprétation de Rooster Gogburn, un shérif borgne, alcoolique, menteur, embauché par une jeune orpheline pour retrouver l’assassin de son père, lui valut d’obtenir à 62 ans son unique oscar du meilleur acteur. Une récompense pour un film quelconque – le remake des frères Coen en 2010 lui est nettement supérieur - qui sonnait comme un hommage pour l’ensemble de sa carrière.

 Désormais vieilli, John Wayne apparut dans quelques comédies (Big Jake, 1971, Une bible et un fusil, 1975), des polars (Un silencieux au bout du canon, 1974, Brannigan, 1975). Le western « classique » et mythique qu’il avait connu et pratiqué pendant plusieurs décennies mourait, abandonné par son public, ignoré par la critique, vaincu par l’intrusion du western spaghetti qui imposait avec succès ses nouveaux codes formels et ses innovantes thématiques. Entre parodie et réévaluation de l’histoire de la conquête de l’ouest, le cinéma du far-West des années 1970 produisit de nouveaux John Ford et John Wayne. Ils avaient pour nom Sergio Leone et Clint Eastwood.

 Mais, comme un pied-de-nez à ses successeurs qu’il répudiait, John Wayne participa en 1976 à un dernier western réalisé à l’ancienne par Don Siegel et baptisé de manière prémonitoire Le dernier des géants. Il y jouait le rôle d’un professionnel de la gâchette atteint d’un mal incurable qui décidait de livrer un dernier combat pour sauver la veuve et l’orphelin, plutôt que d’attendre la mort dans son lit. Atteint d’un cancer au poumon – il fumait six paquets de cigarettes par jour - John Wayne s’éteignit à l’âge de 72 ans après avoir tourné ce dernier film de cow-boy. Une manière élégante de tirer sa révérence.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Marion-Dufresne

masculin
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