Joseph Joffre

Il est décédé le 

Elle est décédée le

3 Janvier 1931

Officier général français, né le 12 janvier 1852 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), décédé à Paris, à l’âge de 78 ans. Général en chef des armées français au moment du déclenchement de la Grande Guerre en août 1914, Joffre perdit la bataille des frontières au début du conflit mais arrêta l’assaut allemand sur la Marne en septembre. Partisan de la guerre à outrance, peu économe du sang des poilus, il fut limogé en 1916 après l’échec sanglant de l’offensive de la Somme et…élevé à la dignité de maréchal de France.

Né en terre catalane au sein d’une famille modeste – son père était un artisan tonnelier –Joseph Jacques Césaire Joffre était un pur produit de l’école républicaine. Après de brillantes études au lycée François-Arago à Perpignan, il « monta » en 1868 à Paris au lycée Charlemagne pour préparer les concours d’entrée aux grandes écoles. L’année suivante, sorti dans les tous premiers, il intégra l’Ecole polytechnique dont il était le benjamin. A l’été 1870, il participa à la guerre franco-prussienne avec le grade de sous-lieutenant. Affecté à la défense de Paris, il participa à l’écrasement de la Commune de Paris. Spécialisé dans les questions de défense, il choisit le génie militaire à sa sortie de polytechnique. Promu lieutenant, il participa à la reconstruction de l’enceinte fortifiée de Paris. Nommé capitaine, il poursuivit sa mission dans le Jura dont il assura la fortification puis dans les Pyrénées-Orientales.

Le colonialiste

En 1884, il demanda et obtint sa mutation en Extrême-Orient où l’Annan avait accordé à la France le protectorat du Tonkin, malgré l’hostilité agissante de la Chine. Affecté à Formose, il fortifia le camp de Chilung qui avait été occupé par l’armée et la marine françaises. En 1885, Joseph Joffre rejoignit le Tonkin. Il installa des postes de défense. En 1887, il participa au siège et à la conquête de la citadelle de Ba Dinh où s’étaient réfugiés des rebelles. Ses travaux de sape de l’enceinte permirent la victoire des Français. Ce fait d’arme lui valut de recevoir sa première citation. De retour en France en 1888, élevé au grade de commandant, il se spécialisa dans la logistique ferroviaire à Versailles. En 1892, l’Etat-major l’envoya au Soudan français (actuel Mali) pour superviser la construction d’une ligne de chemin de fer entre Bamako et Kayes. Il remplit sa mission avec succès et devint le directeur des chemins de fer du Soudan. L’année suivante, le gouverneur de la colonie ordonna à Joffre d’étendre les possessions françaises vers le nord. Joffre commanda une colonne et s’empara de Tombouctou. Après des combats contre les Touaregs, Il pacifia la région qu’il administra avec le grade de lieutenant-colonel. Après un retour en France où il fut affecté à l’Etat-major, il répondit à l’appel du général Joseph Gallieni qui avait été chargé par le pouvoir politique de coloniser l’ile de Madagascar. Le colonel Joffre fortifia le port de Diego-Suarez et lutta contre les dernières poches de résistance.

Le chef de l’armée française

Rappelé en France, la carrière de Joffre s’accéléra : général de brigade en 1901, directeur du génie au ministère de la guerre en 1904, général de division en 1905, inspecteur des écoles militaires en 1907, commandement du deuxième corps d’armée à Amiens en 1908, membre du conseil supérieur de la guerre en 1910. En juillet 1911, à l’âge de 59 ans, Joseph Joffre fut nommé chef d’état-major général. Il s’agissait d’un troisième choix après les refus des généraux Gallieni et Pau d’occuper la fonction. Devenu généralissime, Joffre affronta de grandes crises internationales. Après le coup d’Agadir qui faillit provoquer un conflit militaire entre la France et l’Allemagne, il dissuada le président du conseil Joseph Caillaux d’entrer en guerre. Il fit valoir que l’armée française n’était pas prête pour la revanche contre les vainqueurs de 1871. Conscient qu’un conflit éclaterait les années suivantes, il veilla à renforcer l’armée française, à nouer et à renforcer des alliances militaires avec le Royaume-Uni et la Russie où il se rendit à de nombreuses reprises. Convaincu que l’Allemagne s’épuiserait à lutter sur deux fronts, il préconisa un renforcement des liens politiques entre la République française et la Russie tsariste.

 En effet, depuis 1905, deux systèmes d’alliance cohabitaient en Europe. D’un côté la Triplice réunissait les royaumes d’Allemagne, d’Autriche et d’Italie. De l’autre, la France, la Russie, et le Royaume-Uni réunis dans la Triple Entente luttaient notamment contre les ambitions de l’Autriche dans les Balkans. Entre les deux blocs, la méfiance régnait et chacun attribuait à l’autre des intentions d’agression et hâtait ses préparatifs militaires. Le déclencheur du conflit qui allait provoquer la mort de millions d’hommes fut l’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche, à Sarajevo, le 28 juin 1914. François-Ferdinand et sa femme furent abattus à coup de revolver par un jeune étudiant nationaliste, crime dont une enquête trop rapide rendit le gouvernement serbe responsable. Le 23 juillet l’Autriche adressa un ultimatum à la Serbie, ce qui précipita les événements. La Russie soutint la Serbie et commence la mobilisation de ses troupes, sûre de l’appui de la France. Le gouvernement anglais, à l’époque encore très pacifiste, multiplia vainement les offres de médiation. Pour couper court à ces tentatives et tenter d’entrainer l’Allemagne dans son action, l’Autriche déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet et, dès le lendemain, bombarda Belgrade. La neutralité de l’Angleterre vacillait au fil des jours. Alors l’Allemagne se décida à faire pression sur l’Autriche pour éviter l’embrasement. Mais c’était trop tard : les militaires étaient impatients d’agir. Le 31 juillet, la chancellerie allemande lança un double ultimatum à la Russie et à la France pour qu’elles suspendissent toute mesure de guerre. Le 1er août, à l’expiration du délai fixé, l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, puis, le 3 août, à la France, au prétexte d’actes d’hostilités commis sur son territoire par des aviateurs français. Dans la chaleur des moissons la mobilisation se poursuivit en France. Après l’assassinat de Jaurès le 31 juillet, tous les partis se rallièrent au gouvernement.

Le vainqueur de la bataille de la Marne

Trois semaines après le déclenchement de la Grande Guerre, la France semblait au bord de la défaite. La bataille des frontières avait tourné à l’avantage des Allemands. Le pays était envahi pas le nord et par l’est. Battues dans les Ardennes, à Longwy, à Dinant et Charleroi, les armées françaises, britanniques et belges refluaient vers le sud, poursuivies par l’infanterie ennemie. La ligne de front s’étendait en continu de la Somme aux Vosges. En quelques semaines, les Français avaient perdu 200 000 hommes tués, blessés, disparus ou faits prisonniers. Pour éviter l’encerclement et la destruction de ses armées, le généralissime Joseph Joffre ordonna le repli général le 26 août 1914. Ou s’arrêterait la retraite ? La nouvelle des défaites militaires provoqua un début de panique dans les cercles politiques à Paris. Des parlementaires demandèrent la démission du haut-commandement. Le pouvoir exécutif réagit promptement pour enrayer le vent de défaitisme. Un remaniement ministériel renforça les pouvoirs du général Joffre. Deux socialistes Jules Guesde et Marcel Sembat entrèrent au gouvernement présidé par René Viviani, donnant tout son sens à « l’union sacrée » voulue par le président de la république Raymond Poincaré. La prise de la capitale semblait être l’objectif de l’Etat-major allemand. Le gouvernement nomma Joseph Gallieni gouverneur militaire du camp retranché de Paris. Le 2 septembre, en accord avec l’état-major, le président et le gouvernement se replièrent à Bordeaux.

 Le 3 septembre, des observateurs français constatèrent avec surprise que les colonnes allemandes qui initialement se dirigeaient tout droit vers la capitale infléchirent subitement leur marche et prirent la direction du sud-est. Croyant les alliés en pleine déroute, le haut-commandement allemand entendait encercler l’armée française pour la détruire dans une gigantesque bataille d’anéantissement. Ce même jour, des avant-gardes franchirent le Marne. Le 4 septembre, les observations aériennes confirmèrent la poursuite de la manœuvre allemande. Sûr de sa victoire le général von Kluck commit l’erreur de présenter son flanc droit aux éventuels assauts des Français retranchés à Paris et renforcés par des troupes venues de Lorraine. Joffre et Gallieni ne laissèrent pas passer l’occasion de contre-attaquer sur les arrières ennemis. Le 6 septembre, le chef de l’armée française rédigea un ordre du jour martial : « Au moment où s’engage une bataille dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler que le moment n’est plus de regarder en arrière. Une troupe qui ne peut pas avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place ».

 Le 6 septembre, la bataille s’engagea sur un front de 500 kilomètres entre la Meurthe et Verdun. Plusieurs centaines de milliers d’hommes s’affrontèrent dans une série de cinq opérations qui interagissaient entre elles. Gallieni et Maunoury lancèrent la VIe armée contre l’armée allemande positionnée vers le canal de l’Ourcq. Sarrail et sa IIIe armée bloquèrent un assaut allemand contre Bar-le-Duc et Verdun. Castelnau et sa IIe armée résistèrent également à Grand Couronné en Meurthe-et-Moselle. La « bataille de la Marne » se déroula sur un front de 200 kilomètres. Pendant que Ferdinand Foch à la tête de la IXe armée réussit à arrêter le 9 septembre les Allemands aux marais de Saint-Gond, entre Soizy et Mondement, au prix de pertes sévères, Franchet-d’Esperey, chef de la Ve armée lança une attaque décisive entre la Marne et les deux Morin, obligeant von Kluck à se retirer au nord de la Marne. Le 9 septembre, l’état-major allemand décida le repli général des troupes sur l’Aisne. Le 11 septembre, Joffre annonça : « La bataille de la Marne s’achève en victoire incontestable ». Une polémique divisa les années suivantes les hommes politiques et les militaires pour savoir qui de Gallieni ou de Joffre était le vainqueur de la bataille. Le généralissime expliqua qu’il n’avait pas peut-être pas remporté la victoire mais il aurait été rendu responsable de son échec en cas de défaite. Il résuma son analyse par la célèbre formule : « je ne sais pas qui l’a gagnée, je sais qui l’aurait perdue ». Aujourd’hui, les historiens créditent Joffre de la paternité du plan victorieux. Mais, le général allemand von Kluck battu sur le terrain avait répondu sur les vrais auteurs du « miracle de la Marne » : « Que des hommes se fassent tuer sur place, c’est là une chose bien connue et escomptée dans chaque plan de bataille. Mais que des hommes ayant reculé pendant dix jours, que des hommes couchés par terre à demi morts de fatigue, puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c’est là une chose avec laquelle nous n’avions jamais appris à compter ; c’est là une possibilité dont il n’avait jamais été question dans nos écoles de guerre ».

Le déclin

La France avait gagné une bataille mais pas la guerre. Le front se stabilisa. Toutes les tentatives en 1915 pour le percer- en Artois et en Champagne notamment – échouèrent. La « guerre à outrance » voulue par Joffre était couteuse en vies humaines pour des résultats nuls. Les critiques contre le généralissime se firent de plus en plus vives, d’autant qu’il refusait tout contrôle gouvernemental et parlementaire sur la conduite de la guerre. Joffre pensait que la guerre était une chose trop grave pour la confier à des civils. Clemenceau lui prouva le contraire en 1917. On lui reprocha également de ne pas avoir préparé la défense du camp retranché de Verdun, un comble pour un officier du génie dont c’était la spécialité. On lui imputa également la responsabilité de l’échec de l’offensive franco-britannique de la Somme qui couta la vie à 273 000 soldats alliés entre juillet et décembre 1916. La défaite scella le sort de Joffre qui avait gagné le surnom de « massacreur ». Le 26 décembre 1916, il fut relevé de son commandement et remplacé par Robert Georges Nivelle. Pour adoucir son limogeage et éviter un scandale politique, le gouvernement l’éleva à la dignité de maréchal de France en rappelant que « deux fois, sur la Marne et sur l’Yser », il avait « victorieusement arrêté la marche foudroyante des armées ennemies ».

 Nommé « conseiller militaire » du gouvernement, il multiplia les déplacements dans les pays alliés où il était le bienvenu. En 1917, après l’entrée en guerre des Etats-Unis, il organisa la venue en France des soldats américains. Mais son influence déclina lentement dans le monde politique et militaire. Le général Foch le supplanta en devenant le commandant supérieur des armées alliées. Philippe Pétain, auréolé du titre de « vainqueur de Verdun », gardait l’estime des poilus. Après la guerre, il continua à participer aux travaux du conseil supérieur de la guerre jusqu’à son décès le 3 janvier 1931. Sur son lit de mort, il aurait déclaré selon des témoins : « j’ai beaucoup aimé ma femme » et de manière inattendu « je n’ai fait de mal à personne ».

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Albert Camus

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