Joseph Staline

Il est décédé le 

Elle est décédée le

5 Mars 1953

Homme d’Etat et dictateur soviétique, né le 18 décembre 1878 à Gori (Géorgie, Empire russe), décédé à Moscou (URSS), à l’âge de 74 ans. Militant révolutionnaire, il participa à la révolution bolchévique de novembre 1917 qui fonda l’URSS. Après la mort de Lénine, il s’empara du pouvoir, élimina tous ses rivaux dans de grandes purges et établit une dictature sanglante. Après avoir pactisé avec le Troisième Reich en 1939, il incarna la lutte contre le nazisme en 1941. Artisan essentiel de la victoire de mai 1945 il sortit grand vainqueur de la seconde guerre mondiale. Il étendit le communisme dans plusieurs pays de l’est de l’Europe, provoquant une « guerre froide » avec ses anciens Alliés.

Une vie familiale agitée

Staline épousa en première noce en 1903 Ekaterina Svanidzé, une géorgienne de 18 ans. Elle lui donna un fil Iakov. Elle mourut prématurément de la tuberculose en 1907. Quand il devint le maitre du pays, Staline hébergea au Kremlin ses beaux-parents, leur fils et belle-fille. La belle vie ne dura pas longtemps. Pendant les Grandes Purges, le tsar rouge les fit exécuter.

En 1919, Staline prit pour épouse Nadjeda Allilouïeva, la fille de 18 ans d’un révolutionnaire russe qui l’avait caché en 1917. Le couple eut deux enfants : Vassili en 1921 et Svetlana en 1926. Bolchévique intransigeante et sincère de la première heure, ancienne secrétaire de Lénine, elle condamna le régime totalitaire et sanglant instauré par son époux. Recluse au Kremlin, elle se suicida à l’âge de 32 ans, le soir de la célébration de la Révolution d’Octobre, le 9 novembre 1932. On annonça au peuple qu’elle était décédée des suites d’une appendicite. Staline ne se remis jamais tout à fait de ce geste qu’il assimilait à une désertion.

Iakov Djougachvili, servit dans l’Armée rouge dans un régiment d’artillerie avec le grade de lieutenant. Fait prisonnier par la Wehrmacht le 16 juillet 1941, il fut interné dans plusieurs camps. En application d’une loi stalinienne qui assimilait le prisonnier de guerre à un déserteur et prévoyait en représailles la déportation de son conjoint, sa femme Ioulia fut emprisonnée pendant deux ans à la prison de la Loubianka. En 1943, Adolf Hitler proposa à Staline de libérer son fils en échange de l’élargissement du maréchal Paulus qui avait capitulé à Stalingrad. Le chef du parti communiste soviétique refusa : « on n’échange pas un maréchal contre un lieutenant ». Iakov mourut à l’âge de 36 ans le 23 avril 1943 au camp de Sachsenhausen, abattu par un garde alors qu’il tentait de s’évader semble-t-il.

Vassili Djougachvili devint officier de l’armée de l’air soviétique. Il participa, dit-on, à 26 missions pendant la seconde guerre mondiale et abattit deux avions ennemis. Nommé général de division aérienne en 1946, il fut arrêté par Beria après la mort de son père. Avouant tous les crimes dont on l’accusait y compris les plus farfelus, il échappa à l’exécution, son accusateur étant lui-même incarcérés, jugés et tué. Il ne recouvra pas la liberté pour autant. Les nouveaux maitres du pays le firent condamner à huit ans de réclusion. Libéré en 1961, il mourut l’année suivante d’alcoolisme, à l’âge de 41 ans.

Svetlana était l’enfant préféré de Staline qui la gâtait. Mariée à plusieurs reprises à des bolchéviques proches du pouvoir, elle se fâcha avec son père après la guerre et abandonna son nom de famille pour celui de sa mère Allilouïeva. En 1963, elle entama une relation amoureuse avec un communiste indien du nom de Singh. A la mort de son compagnon en 1967, on l’autorisa à rapporter ses cendres en Inde. Elle en profita pour demander l’asile politique à l’ambassade des Etats-Unis où elle vécut jusqu’à sa mort en 2011, à l’âge de 85 ans.

Joseph Vissarionovitch Djougachvili naquit à Gori en Géorgie, un pays bordant la mer Noire annexé par l’Empire russe au début du XIXème siècle. Son père était un cordonnier alcoolique. Poussé par sa mère, une Ossète bigote orthodoxe qui rêvait d’avoir un fils prêtre, Joseph étudia au grand séminaire de Tiflis. L’enseignement rustique dispensé à grands coups de knouts lui fit perdre la foi et provoqua sa rébellion. Le jeune homme devint athée. Gagné par les idées révolutionnaires qui agitaient l’Empire russe, il adhéra en 1898 au parti ouvrier social-démocrate de Russie. Il mena une vie clandestine d’agitateur politique. Arrêté plusieurs fois par la police tsariste, il connut les geôles du régime et les camps de relégation en Sibérie. Chaque fois, il réussit à s’échapper. En 1905, il fit la connaissance de Wladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, le chef de la faction bolchévique du parti social-démocrate. Envoûté par le penseur politique, rallié à ses thèses radicales, il le servit fidèlement et rejoignit le groupe minoritaire qui prônait une révolution prolétarienne. Son zèle fut récompensé par son entrée en 1912 au comité central du parti bolchévique. Il choisit alors le nom de guerre de Staline, stal signifiant acier en Russie.

 Quand éclata la Grande Guerre de 1914, Staline purgeait une peine de déportation de quatre ans en Sibérie où il avait été condamné à entretenir le Transsibérien. En raison d’une atrophie du bras gauche, il échappa à la mobilisation des déportés envoyés combattre sur le front européenne. Il se trouvait en Sibérie quand éclata en février 1917 la révolution à Saint-Pétersbourg et à Moscou qui aboutit à l’abdication du tsar Nicolas II. Le gouvernement réformiste présidé par le socialiste modéré Alexandre Kerenski décréta une amnistie générale des prisonniers politiques. Libéré avec ses camarades, Staline s’établit à Saint-Pétersbourg où le rejoignit bientôt Lénine qui militait pour l’instauration d’un régime socialiste.

7 novembre 1917 : la Révolution bolchévique

Neuf mois après le renversement du tsar Nicolas II, une lutte politique intense opposa les communistes du parti bolchevik de Lénine et le gouvernement provisoire d’Alexandre Kerenski. Les premiers contrôlaient les conseils ouvriers et paysans (soviets) de Petrograd qui se comportaient en rival des autorités légales; le second s’appuyait sur la puissance des services de l’Etat et de l’armée. En outre, le chef du gouvernement croyait bénéficier de la neutralité des autres groupes révolutionnaires (mencheviks, bundistes, socialistes-révolutionnaires) qui se méfiaient des tendances hégémoniques des bolcheviks. La poursuite de la guerre contre les Empires centraux, la crise économique et morale qui en découlait, le délitement de l’Etat profitait aux révolutionnaires. Lénine jugea que le pouvoir n’était pas à prendre mais à ramasser. Il décida de passer à l’action la veille de la tenue à Petrograd du Congrès des Soviets. Le 7 novembre, au matin, des ouvriers armés, des soldats et des marins appartenant au parti bolchevik occupèrent sans effusion de sang les points stratégiques (gare, ponts, carrefours, postes) de la capitale de la Russie.

A 10 heures, Lénine annonça la destitution du gouvernement Kerenski. Le chef du gouvernement s’enfuit. L’après-midi, le chef des bolcheviks proclama au Congrès des Soviets boycotté par les autres partis socialistes que « la révolution des ouvriers et des paysans » était enfin réalisée. A son initiative le Congrès vota une motion attribuant « tout le pouvoir aux soviets ». Pendant ce temps, les ministres du gouvernement provisoire se barricadèrent dans un ancien palais impérial, le Palais d’Hiver. Le bâtiment était défendu par un millier de soldats. Dans la nuit du 7 au 8 novembre, les révolutionnaires donnèrent l’assaut. Le croiseur Aurore ancré au bord de la Neva tira un coup de canon…à blanc. Les défenseurs opposèrent une maigre résistance. Cette nuit-là, les soldats des deux camps visèrent surtout les étoiles pour se faire peur. On releva seulement six tués de part et d’autres alors que l’on craignait un bain de sang. Les ministres du gouvernement provisoire furent arrêtés le 8 novembre à deux heures du matin. Le nouveau pouvoir publia ses deux premiers arrêtés : le premier, intitulé « décret sur la paix » invitait tous « les peuples et leurs gouvernements à négocier une juste paix démocratique ». Le second baptisé « décret sur la terre », approuvait l’expropriation des grands propriétaires terriens et le partage des terres cultivables entre les paysans pauvres. Un nouveau gouvernement, appelé Conseil des commissaires du peuple, entra en fonction ce jour-là. Composé exclusivement de bolcheviks, il fut président par Lénine et comporta quinze commissaires (ministres) dont Léon Trotski (Affaires étrangères). Staline avait joué alors un rôle mineur pendant les événements, celui d’un exécutant zélé. Mais, Lénine récompensa son indéfectible loyauté et discipline en le nommant commissaire aux nationalités. Rien ni personne ne purent arrêter alors son irrésistible ascension.

L’irrésistible ascension de Joseph Staline

 Désigné le 23 avril 1922 au poste apparemment mineur de secrétaire du comité central du parti communiste, Joseph Staline tissa lentement et méthodiquement sa toile. Le parti se bureaucratisait. Pendant que ses anciens collègues – souvent des théoricien arrogants, bavards et sûrs de leur supériorité intellectuelle - brillaient à des postes prestigieux qui les mettaient sous les feux des projecteurs médiatiques et politiques, le besogneux Joseph Staline nomma des hommes à lui – des ouvriers ignorants, des employés incultes mais fidèles et reconnaissants - à tous les échelons du parti communiste à Moscou et dans les succursales créées dans les nombreuses républiques. Lénine s’aperçut tardivement de l’influence considérable qu’exerçait son ancien élève. Sentant sa fin prochaine après des accidents de santé, le chef de la Révolution rédigea un « testament » dans lequel il alertait ses camarades : « Staline est trop brutal, et ce défaut parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous, communistes, ne l’est pas dans les fonctions de secrétaire général. Je propose donc aux camarades d’étudier un moyen pour démettre Staline de ce poste et pour nommer à sa place une autre personne qui n’aurait en toutes choses sur le camarade Staline qu’un seul avantage, celui d’être plus tolérant, plus loyal, plus poli et plus attentif envers les camarades, d’humeur moins capricieuse, etc… » Staline réussit à interdire la publication du texte de Lénine après sa mort survenue le 21 janvier 1924.

 Les cinq années suivantes, Staline élimina tous ses rivaux. Avec l’aide de la gauche du parti il évinça son plus dangereux rival Léon Trotski, le principal collaborateur de Lénine, négociateur de la paix de Brest-Litovsk avec les Allemands en 1918, fondateur de l’Armée rouge. Exclu du parti communiste en 1927, expulsé d'URSS en 1928, Trotski fonda en 1938 la IVeme Internationale. Staline commandita son assassinat le 21 août 1940 à Mexico. Maitre de l’URSS, Staline décida de construire le socialisme dans un seul pays. Il collectivisa de force les terres, il établit une planification tatillonne, il industrialisa le pays. Pour parvenir à ses fins, avec l’aide des services secrets et de la police politique dévoués à sa personne, il persécuta tous ceux qui contestaient sa politique, notamment les paysans aisés (koulaks). Il purgea le parti (plusieurs dizaines de milliers de cadres assassinés), l’administration, l’armée (11000 officiers exécutés), de ses opposants réels ou supposés, assassinant, affamant et déportant des dizaines de millions de personnes durant son long règne. Il organisa de Grands Procès spectaculaires contre les anciens bolchéviques accusés des pires crimes imaginaires.

 Ainsi, sur les quinze commissaires nommés par Lénine en novembre 1917, huit périrent pendant les purges staliniennes : Vladimir Milioutine, commissaire à l’agriculture (mort en prison en 1937), Nikolaï Gliebov-Avilov, commissaire aux Poste et Télégraphe (exécuté le 12 mars 1937), Alexandre Chliapnikov, commissaire au Travail (exécuté le 2 septembre 1937), Vladimir Antonov-Ouseïenko, commissaire aux affaire Militaires (exécuté le 10 février 1938), Alexeï RyKov, commissaire à l’Intérieur (exécuté le 15 mars 1938), Nikolaï Krylenko, commissaire aux affaires Militaires et Pavel Dybenko, commissaire à la Marine (exécutés le 29 juillet 1938), Léon Trotski (assassiné le 21 août 1941 à Mexico). Il organisa son culte en URSS et aussi à l’étranger. Officiellement, Staline fut secrétaire général du Comité central du parti communiste de l’URSS de 1922 à octobre 1952, président du Conseil des commissaires du peuple d’URSS de 1941 à 1946, et président du Conseil des ministres de l’URSS de 1946 à 1953. On lui attribua les surnoms de « Vojd » (guide) ou de « père des peuples ».

23 août 1939 : le pacte germano-soviétique

La montée du parti national-socialiste en Allemagne préoccupa Staline. Face aux actions belliqueuses d’Adolf Hitler, la France et l’Angleterre signèrent le 30 septembre 1938, les accords de Munich qui laissaient le champ libre aux nazis pour annexer la région des Sudètes en Tchécoslovaquie. La proposition de Staline d'envoyer des troupes aider ce pays se heurta au refus de la Pologne et de la Roumanie de laisser passer l'Armée rouge, car elles craignaient des revendications soviétiques sur leurs territoires orientaux acquis en 1921. Se sentant isolé sur la scène internationale et estimant ses forces armées encore trop faibles pour participer à un conflit, le maître du Kremlin imagina une alliance a priori impossible pour des héritiers de Lénine. Ce qui paraissait inimaginable aux ardents défenseurs de la Révolution d’Octobre 1917 se prépara secrètement dans les chancelleries d’Allemagne et d’URSS. Pour Hitler et ses généraux il s’agissait d’obtenir un répit à l’est afin de poursuivre l’expansion militaire à l’ouest en toute tranquillité. Pour Staline il fallait gagner du temps et au passage s’assurer de quelques annexions territoriales. Etaient-ils sincères ou habiles ? Les historiens demeurent toujours divisés sur les motivations réelles des deux chefs d’Etats.

 Toujours est-il que le 23 août 1939 le pacte germano-soviétique, connu aussi sous le nom de pacte Ribbentrop-Molotov (du nom des deux ministres des Affaires étrangères qui ont négocié l'accord), fut finalement signé. Il comprenait deux parties : un accord économique qui prévoyait que l'Allemagne échangeât des biens manufacturés contre des matières premières soviétiques, et un pacte de non-agression d'une durée de 10 ans. Un protocole secret organisait la partition de la Pologne et du reste de l’Europe de l’Est en zones d’intérêts soviétiques et allemandes. Conformément à ce plan, l’armée soviétique occupa et annexa la Pologne orientale en septembre 1939. En novembre elle attaqua la Finlande et occupa des territoires proches de Leningrad. Avec la bienveillance de l’Allemagne, l’Union Soviétique déplaça ses frontières au cours de l’été 1940 pour consolider sa zone d’intérêt en Europe de l’Est. Les Soviétiques occupèrent et annexèrent les États baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie) et s’emparèrent des provinces septentrionales roumaines. Dans ces régions, et en particulier en Pologne, les troupes allemandes et russes collaborèrent étroitement pour lutter contre toute résistance. Au printemps 1940, Staline ordonna l’exécution de 25 000 officiers d’active et de réserve polonais à Katyn, Mednoïe, Karkhov. Commis par des agents de la police politique (NKVD), ces crimes furent imputés à tort aux Allemands.

 La signature du pacte germano-soviétique ébranla les convictions de nombre de communistes dans le monde. En France ils furent nombreux à refuser de soutenir une signature que le Parti communiste justifia pourtant. Et dans les jours qui suivirent, des militants déchirèrent leur carte, 22 parlementaires (sur 74) démissionnèrent d’un parti qui fut dissout par le gouvernement en septembre.

21 juin 1941 : l’attaque surprise allemande

Staline ignora avec superbe les réactions hostiles des Etats occidentaux et des communistes européens qui croyaient encore aux idéaux révolutionnaires. Il souhaitait éviter la confrontation avec l’armée allemande et, au passage, en profiter pour annexer quelques provinces de l'Est de l'Europe. La suite des événements sembla donner raison au Vojd soviétique. En mai 1940, Hitler lança ses troupes à l’ouest contre la France et l’Angleterre. Battue en juin, la France demanda l’armistice. Staline ne se doutait pas que le Führer après ses victoires à l’ouest avait demandé à son état-major de préparer un plan d’invasion de l’Union soviétique dont il convoitait les territoires pour y étendre son « espace vital ». Il se proposait de mener une guerre d'extermination contre le bolchevisme « désintégrateur ». Dans les deux mois précédant l'invasion, d'autres directives autorisèrent les exécutions de représailles de grande ampleur, et accordèrent, de fait, l'impunité aux soldats auteurs d'exactions contre les civils. Le nom de code de l’opération d’invasion était Barbarossa (en allemand : Unternehmen Barbarossa) en référence à l'empereur Frédéric Barberousse. 

 Elle fut déclenchée le 22 juin 1941, un jour qui n’était pas choisi au hasard puisque c’est à cette date que Napoléon avait lancé ses troupes contre le Tsar en 1812. Pour les Allemands, il s’agissait d’agir vite, le plan fixe à quatre mois le délai nécessaire à l’anéantissement militaire de la Russie. Jugeant les troupes soviétiques sous équipées et surtout très mal encadrées depuis les purges de Staline qui avait destitué une part importante de l’encadrement, le Führer tablait sur une avance rapide de ses troupes avant l’hiver. C’était la plus grande invasion de l'histoire militaire en termes d'effectifs engagés et de pertes : près de quatre millions de soldats de l'Axe pénètrent en Union soviétique. En plus des troupes, l'opération Barbarossa avait mobilisé 600 000 véhicules et 600 000 chevaux. Cette invasion marqua aussi un tournant dans la guerre, jusqu'alors encore assez localisée et européenne. Elle embrasa le monde entier.

 La Wehrmacht possédait une supériorité initiale considérable en hommes (deux contre un) et en équipements. Elle était mieux organisée, bien mieux commandée et disposait, du moins jusqu’à la gigantesque bataille de Koursk de juillet 1943, d'une incontestable supériorité tactique. Elle bénéficia de l'effet de surprise. L'Armée rouge, si elle était loin d'être préparée au choc avec l'Allemagne, disposait cependant d'importantes ressources que Staline sut mobiliser, lors du discours radiodiffusé du 3 juillet. Il appela le peuple à s’unir autour des valeurs de « l’éternelle Russie » pour écraser le nazisme. Entouré d’une équipe réduite comprenant notamment Viatchevlav Molotov, ministre des affaires étrangères, Lavrenti Beria, chef de la police politique, Gueorgui Malenkov, Kliment Vorocholov, ministre de l’armée, Mikhaïl Kalinine, Lazare Kaganovitch, il dirigea la « Grande guerre patriotique » de ses appartements du Kremlin. Il ne se rendit jamais au front. L'opération Barbarossa s'étendit de juin 1941 à janvier-février 1942, l'échec allemand de la bataille de Moscou signant la fin de cet épisode. Le conflit se poursuivit ensuite à l’avantage de la Russie.

2 février 1943 : la victoire de Stalingrad

Un an après le déclenchement de l’opération Barbarossa l’Allemagne nazie s’était emparée de vastes territoires dans la partie européenne de l’URSS. Elle avait remporté des batailles mais pas la guerre. L’Union soviétique dirigée d’une main de fer par son « guide » Joseph Staline résistait toujours. Menacées ou encerclées Moscou et Leningrad n’avaient pas été prises. Après la fin du long hiver russe, Hitler décida de reprendre l’offensive dans le sud de la Russie, notamment en direction du Caucase où se trouvaient les champs de pétrole de Bakou qui permettaient à l’Union soviétique de poursuivre son effort de guerre. Sur le chemin du Caucase, les troupes allemandes devaient également s’emparer de Stalingrad, un centre d’industries métallurgiques et d’équipements militaires. L’opération Fall Blau (Cas bleu) mobilisait des forces considérables des pays de l’Axe : 88 divisions allemandes, italiennes, roumaines, hongroises. Le 28 juin 1942, les troupes de l’Axe passèrent ç l’offensive. Face à la formidable poussée allemande, les Soviétiques se replièrent. Le 5 juillet, la Wehrmacht divisée en deux groupes d’armées A et B atteignit le Don, reprit Rostov le 23 juillet et atteignit le 9 aout les premiers contreforts du Caucase, réalisant ainsi une progression de 500 kilomètres en quinze jours.

 Le 23 août 1942, l’avant-garde allemande atteignit les faubourgs de Stalingrad. Le 13 septembre, les Allemands lancèrent l’assaut contre la « ville de Staline » dont la chute aurait un retentissement mondial. Fin septembre, le sud et le centre de la mégapole industrielle furent conquis par les soldats du troisième Reich au prix d’une lutte sanglante, rue par rue, maison par maison. Les Soviétiques résistèrent héroïquement dans le secteur des usines. Du 28 septembre au 4 octobre, les belligérants livrèrent de furieux combats pour s’emparer ou défendre l’usine Octobre rouge. Début novembre, la 6eme armée allemande de Paulus occupait 90 % de la superficie de la ville. Mais, d’un point de vue formel, elle n’était pas tombée. Les stratèges soviétiques constatèrent que les troupes allemandes formaient un saillant avancé dans le dispositif allemand. Les flancs nord et sud protégés notamment par des troupes roumaines mal équipées et frigorifiées par l’hiver russe étaient exposés. Ils ne laissèrent pas passer leur chance. Après une préparation méticuleuse et secrète, les Soviétiques lancèrent le 19 novembre 1942 leur offensive baptisée Uranus sur deux fronts. Le 23 novembre, les pinces de l’offensive soviétique se refermèrent sur les Allemands. Près de 300 000 soldats se trouvèrent encerclés dans un territoire de 50 km de long sur 40 km de large. Malgré les demandes de son état-major, Hitler refusa d’ordonner une sortie. Convaincu par le maréchal de l’air Herman Goering, il crut possible de ravitailler les assiégés par la voie aérienne. Il se trompait lourdement. Plusieurs offensives soviétiques permirent de réduire le camp retranché.

 Les forces armées allemandes étaient scindées en deux groupes. Par un froid polaire et privés de tout ravitaillement, les 91 000 soldats de la Wehrmacht encore en état de combattre défendaient avec l’énergie du désespoir les derniers territoires qu’ils tenaient dans le nord et le sud de la grande mégapole industrielle, bâtie sur 40 kilomètres le long des rives de la Volga. Le 31 janvier 1943, les Soviétiques capturèrent dans une cave le général Friedrich Paulus chef de la 6eme armée allemande et son état-major. La veille Adolf Hitler avait promu Paulus au grade de maréchal de l’armée allemande. Convaincu de la prochaine défaite de son armée, le dictateur entendait ainsi décourager la reddition de son officier supérieur. Jamais aucun maréchal allemand ne s’était en effet rendu à l’ennemi. Cette promotion empoisonnée signifiait qu’il attendait de Paulus qu’il mît fin à ses jours plutôt que de se laisser emprisonner. Peine perdu, le tout nouveau maréchal tenait à sauver sa peau et celles de ses hommes. Il capitula sans condition. Les combats cessèrent dans le secteur sud. Ils se poursuivirent encore deux jours dans le secteur nord. Finalement, à cours de munitions et de vivre, les derniers soldats allemands déposèrent les armes le 2 février 1943. Commencée le 17 juillet 1942, la bataille de Stalingrad se terminait par une impressionnante victoire soviétique. Elle rendit courage aux Alliés et aux populations persécutées par le troisième Reich et grandit la popularité du maréchal et généralissime Staline dans le monde, au-delà du cercle restreint des communistes. Selon les historiens, la bataille de Stalingrad et de ses environs aurait causé la mort de 750 000 soldats et 250 000 civils. Sur les 91 000 soldats allemands faits prisonniers seuls 5000 revinrent de captivité. 

11 février 1945 : Yalta ou le partage du monde

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Une photo passée à la postérité symbolise la conférence réunissant près de la ville de Yalta, en Crimée, du 4 au 11 février 1945, les trois chefs d’Etat futurs vainqueurs de l’Allemagne hitlérienne : un Winston Churchill bougon et un Joseph Staline au regard soupçonneux entourent un Franklin Roosevelt amaigri par la maladie. Le premier ministre britannique et le président américain avaient accepté l’invitation de leur homologue soviétique. En ce milieu d’hiver, la guerre approchait de son dénouement. Partout la Wehrmacht reculait. Depuis juin 1944, elle se battait sur deux fronts. A l’est, l’armée rouge après avoir libéré la Pologne venait de porter la guerre sur le territoire allemand. La ligne de front coupait désormais la Poméranie en deux. A l’ouest, les armées anglo-américaines rejointes par les forces françaises avaient libéré la France, la Belgique et le Luxembourg. Elles s’apprêtaient à franchir le Rhin. L’Allemagne était acculée. Le premier objet de la conférence était de rappeler qu’aucun des pays alliés n’acceptera une paix séparée avec l’Allemagne. Le troisième Reich devra capituler sans condition, réaffirmaient les trois dirigeants. Après la guerre, le pays sera désarmé et dénazifié. Il sera divisé en quatre zones occupées par les pays vainqueurs (URSS, Etats-Unis, Royaume-Uni et France). L’accord prévoyait l’agrandissement de l’URSS au détriment de la Pologne qui en contrepartie recevait des territoires enlevés à l’Allemagne dont Gdansk (ex-Dantzig).

Les trois chefs d’Etat s’engageaient à favoriser l’installation de gouvernements démocratiquement élus dans les pays libérés de la domination allemande notamment en Yougoslavie et en Pologne où les communistes refusaient de partager le pouvoir. Une conférence pour discuter de la création d’une alliance commune des pays vainqueurs (la future ONU) était convoquée pour le mois d’avril à San Francisco.

8/9 mai 1945 : les deux capitulations allemandes

Le suicide d’Adolf Hitler le 30 avril dans son bunker de Berlin cerné par l’armée soviétique accéléra la fin de la guerre. L’amiral Karl Dönitz, successeur désigné du führer, annonça dès sa prise de fonction le 1er mai sa décision de négocier la fin de la guerre. Vaincue, la Wehrmacht reculait sur tous les fronts. Mais, le nouveau chef du troisième Reich tenta une manœuvre politique pour diviser les alliés. Le 5 mai, il demanda aux troupes allemandes qui combattaient sur le front de l’ouest de se rendre aux américains et aux britanniques alors que la guerre continuait contre l’Armée Rouge. Le 6 mai, Dönitz envoya un émissaire à Eisenhower dont le quartier général était installé à Reims. Sa mission consistait à négocier une capitulation avec les seuls occidentaux. Le généralissime américain éconduisit son visiteur, alerta le maréchal Staline de la démarche de l’Etat-major allemand et exigea une reddition sans condition sur tous les fronts faute de quoi la foudre s’abattrait sur ce qu’il restait de l’Allemagne. Finalement, le 7 mai 1945 à 2 h 41 du matin, les allemands signèrent l’ « acte de reddition militaire », à Reims dans une salle de l’actuel lycée Roosevelt.

 Le général Alfred Jodl apposa sa signature au bas du texte, en présence du général américain Bedell-Smith qui représentait le commandant suprême des forces expéditionnaires alliés, du général Sousloparov, au nom du Haut commandement soviétique et du général Sevez en qualité seulement de « témoin » de l’armée française. Les combats devaient cesser le 8 mai à 23 h 01.

Le maréchal Staline entra en fureur quand il apprit la signature de l’acte de reddition à Reims. Il tempêta et exigea que la capitulation fût solennellement signée à Berlin dans la capitale de l’ancien troisième Reich. Le 8 mai, les généraux alliés et les représentants du haut commandement allemand se réunirent dans une villa de Karlshorst, un quartier de Berlin. Le maréchal Joukov, vainqueur de la bataille de Berlin, présida la séance. Le maréchal Wilhelm Keitel signa l’« acte de capitulation militaire », en présence du maréchal Joukov, commandant suprême de l’Armée Rouge, du général britannique Arthur W. Tedder, au nom des forces expéditionnaires alliées, du général français Jean de Lattre de Tassigny, chef de la 1er armée française, et du général américain Carl Spaatz, commandant des forces stratégiques américaines. Les combats cessèrent le 8 mai à 23 h 01, heure en vigueur en Europe centrale, mais le 9 mai à 1 h 01 à l’heure de Moscou. Les Soviétiques - aujourd’hui les Russes – choisirent de commémorer chaque 9 mai la victoire sur l’Allemagne nazie et non pas le 8 mai comme ailleurs dans le monde.

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Le 23 mai 1945, l’amiral Dönitz fut arrêté par les Alliés. Le tribunal de Nuremberg le condamna à 10 ans de prison pour « crimes contre la paix » et « crimes de guerre ». Alfred Jodl qui signa la reddition du 7 mai à Reims fut condamné à mort pour « crimes contre l’humanité » par le même tribunal et pendu le 16 octobre 1946. Le maréchal Wilhelm Keitel, signataire du la capitulation des 8-9 mai à Berlin, subit le même sort le même jour.

26 juillet 1945 : Postdam où la prépondérance soviétique

L'Allemagne avait capitulé depuis deux mois, la victoire était presque imminente sur le Japon qui vient de subir de lourdes pertes territoriales et militaires, c’était le moment que choisirent les Alliés pour se retrouver, cinq mois après la conférence de Yalta, au château de Cecilienhof, près de Potsdam, capitale du Land de Brandebourg située au bord de la rivière Havel à l'ouest de Berlin. Dans les salons de cette résidence, des diplomates russes, anglais et américains préparaient depuis plus d’une semaine le texte d’un accord qui devait définir l’avenir de l’ancien Troisième Reich d’Hitler. La photo immortalisant l’événement montrait trois hommes souriant assis dans des fauteuils de jardin. Il y avait là le premier ministre britannique Winston Churchill, le président américain Harry Truman et Joseph Staline, le maître du Kremlin. Les vrais signataires de l’accord le 26 juillet sont quelque peu différents puisque Churchill, qui avait été battu lors des élections générales britanniques, fut remplacé par Clément Attlee.

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La conférence consacra le triomphe de Joseph Staline, dont on avait oublié le pacte de non-agression avec Hitler. Il sut mettre en avant les vingt millions de Soviétiques morts en combattant les Allemands pour justifier sa prééminence. Il savait surtout profiter de l’avancée de l’Armée rouge pour imposer de nouveaux régimes dans les pays conquis. Les accords de Potsdam entérinèrent de gigantesques transferts de populations. Les Allemands et les Polonais furent chassés de l'est. Les Allemands quittèrent la Silésie, les Sudètes, la Transylvanie. Les trois chefs d’Etats se contentèrent de recommander que ces déplacements de populations fussent menées de façon « ordonnée et selon les règles humanitaires ».

 Au total onze millions d'Allemands furent déplacés entre 1945 et 1947. La conférence détruisit la grande Allemagne hitlérienne. Elle reconstitua une Autriche indépendante et neutre et reconnut par ailleurs à la Pologne le droit d'administrer les provinces allemandes situées à l'est de la ligne Oder-Neisse, en attendant un plébiscite et un traité de paix. Elle entérina enfin le partage du pays entre les trois armées soviétique, américaine et anglaise, tout en maintenant son unité économique et monétaire. Londres et Washington s'entendaient pour concéder une zone d'occupation à la France libre du général de Gaulle en prélevant celle-ci sur leur propre zone. Le document final de la conférence prévoyait le désarmement et la dénazification de l'Allemagne en poursuivant les principes mis en avant lors de la réunion de Yalta. Au mois de novembre suivant s'ouvrit à Nuremberg le procès des responsables nazis.

 Mais bientôt, les Alliés occidentaux jugèrent que Staline ne respectait pas ses engagements et installait par la force des régimes communistes dans les pays que l’URSS contrôlait. Winston Churchill dénonça le 5 mars 1946, lors d’un discours prononcé à Fulton (Missouri), la mainmise soviétique : « De Stettin dans la Baltique jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens Etats de l’Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l’influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé et, dans beaucoup de cas, à un degré croissant, au contrôle de Moscou. » 

24 juin 1948 : les Soviétiques bloquent Berlin-ouest

La crise s’aggrava les mois suivants. L’Allemagne fut l’enjeu du conflit entre les deux blocs. Le pays vaincu était divisé en quatre zones d’occupations administrées par les armées américaine, anglaise, française et soviétique. Cette dernière était présente depuis 1944 dans la partie orientale du pays qui comprend l’ancienne capitale du Reich, Berlin. La ville était divisée en deux parties dont l’Ouest (883 km2 et 2,3 millions d'habitants) était concédée aux Alliés occidentaux et partagée en trois zones d'occupation (anglaise, américaine, française). Cette présence des occidentaux à Berlin inquiétait Joseph Staline qui craignait que ces derniers ne s’entendissent pour contrer son influence sur la partie Est de l’Allemagne. Le 24 juin 1948 il prit prétexte de la création de la nouvelle monnaie introduite par les Occidentaux dans leurs zones d’occupation, le Deutsche Mark (DM), pour tenter un coup de force : interdire l’accès à Berlin. Le blocus consista à couper, soi-disant «pour des raisons techniques», les communications terrestres entre Berlin-Ouest et l'Allemagne occidentale. Les Soviétiques stoppèrent ainsi tout le trafic ferroviaire entrant à Berlin ainsi que celui des routes et des péniches sur le canal de la Spree. Ils n’approvisionnaient plus en courant électrique venant de leurs usines la partie ouest de la ville. Le prétexte d’une telle mesure était la présence de défauts techniques sur les voies ferrées et, pour le trafic routier, la nécessité d’empêcher l’arrivée à Berlin de la nouvelle monnaie occidentale, ce qui serait néfaste pour l’économie du secteur soviétique. 

 La réussite de cette opération aurait signifié l'abandon par les alliés occidentaux de Berlin et donc son occupation par les seuls Soviétiques. Mais le gouverneur militaire américain pour l’Allemagne, le général Lucius Clay, refuse cette décision et choisit de réagir à cette première tension de la guerre froide. Il convainquit son gouvernement d’utiliser la voie des airs pour sauver Berlin. Pendant près de onze mois, jusqu'au 12 mai 1949, les Américains et les Anglais organisèrent un pont aérien pour ravitailler les berlinois de l'Ouest, soit 277 728 vols en 322 jours. Le principal aéroport de Berlin, Tegel, était d'ailleurs la conséquence de ce pont aérien puisqu'il était construit en secteur français d'août à novembre 1948 pour compléter les aéroports existants de Tempelhof en secteur américain et de Gatow en secteur britannique.

 Le pont aérien résista à l'hiver et aux brimades des Russes : projecteurs aveuglant les pilotes, interférences radio, tirs sol-sol, tirs de batteries de DCA. Il empêcha ainsi Berlin-Ouest d’être annexé par les troupes de Staline, et son maintien coûte que coûte, malgré 76 morts et un budget considérable, finit par contraindre les Soviétiques à mettre fin au blocus. Une décision annoncée par l'agence Tass le 25 avril 1949. La circulation entre les trois zones occupées par les armées de l’Ouest et la zone soviétique fut rétablie et des milliers de voitures purent s’engager sur les quatre chaussées inutilisées depuis dix mois. Quelques temps plus tard se concrétisa la division de l'Allemagne en deux États rivaux République fédérale allemande (RFA) et la République démocratique allemande (RDA). 

13 janvier 1953 : le « complot des blouses blanches »

La guerre froide rendit Staline plus méfiant qu’à l’accoutumé. Il était convaincu que les occidentaux tentaient de renverser son régime en organisant, finançant et exécutant des tentatives de déstabilisation. Le 13 janvier 1953, les lecteurs de la Pravda apprirent en dépliant leur journal favori la découverte d’un nouveau complot contre le régime, ourdi cette fois-ci par des professeurs de médecine « sionistes » travaillant pour la CIA américaine et le Congrès juif mondial. En ce jour de nouvel an orthodoxe, l’article révélait que ces médecins au nombre de 9 dont 6 juifs avaient empoisonné deux dirigeants communistes : Alexander Chtcherbakov en 1945 et Andreï Djanov, le père du « réalisme socialiste », en 1948. Selon l’enquête les « criminels » en blouses blanches préparaient l’assassinat d’autres membres éminents du parti communiste dont le maréchal Ivan Koniev, un des héros de la « Grande guerre patriotique ». Parmi les « comploteurs » démasqués figuraient le médecin personnel de Joseph Staline et le médecin-chef de l’armée soviétique. Les jours suivants, les arrestations de membres du corps médical et de pharmaciens, juifs pour la plupart, se poursuivirent. En quelques semaines, 800 personnes étaient emprisonnées. Le complot, affirmait les staliniens, visait à détruire la classe dirigeante soviétique. Sous couvert de lutter contre le sionisme présenté comme une déviation nationaliste, le régime organisait en réalité une violente campagne antisémite. L’affaire du complot des blouses blanches avait été préméditée par Staline en personne. Le premier décembre 1952, à l’occasion d’une réunion du bureau politique du parti communiste, le maître du Kremlin avait désigné la cible à abattre.

 Il avait déclaré : « Tout sioniste est l'agent du service de renseignement américain. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu'ils ont une dette envers les Américains. Parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes ». ​Syllogisme terrible. Le 11 février l’URSS rompait ses relations diplomatiques avec Israël, pays dont il avait pourtant soutenu la création en 1948. Ce changement d’alliance profitait aux Etats arabes et donnait la clé de la campagne déclenchée en URSS et dans les pays sous influence soviétique.

 Les PC ouest-européen apportèrent un soutien tapageur à la machination. L’affaire eut un grand retentissement dans le monde. Albert Einstein demanda l’ouverture d’une enquête. Les soviétiques répondirent que les inculpés avaient avoué leurs crimes. Un procès se préparait. Son issue ne faisait pas de doute. Staline renouait avec la politique de terreur des années 30. Mais, le destin devait en décider autrement. Le 5 mars, le dictateur mourrait d’une hémorragie cérébrale. Le 28 mars, Lavrenti Beria, le chef du NKVD, la police secrète du régime, mettait fin à l’affaire. Les médecins étaient libérés. Le 4 avril, la Pravda publia un décret gouvernemental qui reconnaissait que le complot des blouses blanches était une invention. Les médecins étaient réhabilités. La dernière purge de Staline avait échoué.

5 mars 1953 : la mort du « père des peuples »

La mort à l’âge de 74 ans de Joseph Staline fut annoncée par un communiqué signé conjointement par le comité central du parti communiste, le conseil des ministres et le présidium du soviet suprême. Le texte précisait que le chef de l’Etat était mort le 5 mars à 21h50. La veille, la radio avait appris aux soviétiques que le maréchal luttait à l'hôpital contre les conséquences d'une hémorragie cérébrale, le rendant inconscient. La date exacte de sa mort reste encore aujourd’hui un sujet de controverse. Les circonstances de l’accident vasculaire cérébral sont mieux connues. Après avoir convoqué une réunion du présidium du parti au Kremlin pour évoquer le soi-disant « complot des blouses blanches » qui annonçait une nouvelle fournée d'opposants, juifs cette fois-ci, Staline rejoignit sa datcha dans la nuit du 28 février au premier mars. Le lendemain, les officiers d’ordonnance et le personnel s’étonnèrent de ne pas le voir sortir de sa chambre. Contrairement à ses habitudes, il ne leur commanda pas à déjeuner. Les employés se gardèrent néanmoins d’intervenir, respectant à la lettre les consignes qui leur avaient été données. Le soir, du courrier arriva du Kremlin. Staline devait les signer. Il y avait urgence. L’officier de sécurité décida alors de forcer la porte. Le maître de l’URSS gisait sur le sol inconscient, son pantalon trempé d’urine. Les gardes l’installèrent sur le canapé. L’alerte fut donnée.

 Dans la nuit du 1er au 2 mars, les principaux dirigeants du parti (Beria, Malenkov, Khrouchtchev, Boulganine) rejoignirent la datcha. Staline était toujours inconscient mais vivant. Que faire ? Plusieurs heures passèrent. Tous avoueront par la suite avoir eu peur de la réaction de Staline s’ils agissaient mal. Finalement, Beria, le chef de la police secrète, appela un médecin. Depuis l’affaire des « blouses blanches » il était le seul habilité à autoriser un médecin à s’approcher de Staline. Le spécialiste appelé constata le décès le 5 mars, à 6 heures. Que s’était-il passé entre la nuit du 1 au 2 mars et la journée du 4 mars où la radio avait annoncé l’attaque cérébrale de Staline.

 Les médecins avaient-ils été appelés le 2 mars ou le 4 mars ? Le « père des peuples » avait-t-il été laissé sans soin pendant deux jours ? Beria qui se savait menacé par Staline avait-t-il retardé l’arrivée des secours pour hâter sa disparition ? La mort du dictateur, outre qu’elle lui sauvait la vie, lui permettait également de s’emparer du pouvoir avec Malenkov et Molotov. Staline eut droit à des obsèques grandioses le 9 mars. Le corps embaumé du « guide » fut exposé à côté de celui de Lénine dans le mausolée de la place Rouge. Le chagrin des communistes fut vif partout dans le monde. L’Humanité, le journal du parti communiste françaistitra : « Staline, l’homme que nous aimons le plus ».

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24 février 1956 : la « déstalinisation » ?

La mort du «père des peuples » avait bouleversé le pays. Ensuite, Nikita Khrouchtchev était devenu le numéro un après une féroce lutte pour le pouvoir qui s’était conclue selon les vieilles pratiques staliniennes par l’exécution de son opposant Béria, le chef de la police secrète. Malgré quelques décisions en faveur de la « légalité socialiste », le système totalitaire perdurait. Aussi, les kremlinologues ne s’attendaient à aucune annonce de changement quand ils apprirent que le parti communiste d’Union soviétique se réunirait en congrès du 14 au 25 février 1956. Ils se trompaient lourdement. Le 24 février, la veille de la clôture du congrès, Khrouchtchev revint devant les délégués. Il demanda aux représentants des partis étrangers de quitter la salle. Seuls les « soviétiques » devaient débattre du rapport secret qu’il allait leur lire. Dans la nuit du 24 au 25 février, il dénonça « le culte de la personnalité, l’idolâtrie » et les crimes commis par Staline. Il déclara à la surprise générale : « Certaines restrictions de la démocratie du parti et de la démocratie soviétique, inévitables dans les conditions de la lutte acharnée (…) Staline commença à les introduire comme règle dans la vie du parti et de l'État ».

 Il accusa Staline d'avoir « violé grossièrement les principes léninistes de direction. (…) Staline se trouvait, en fait, hors de la critique. La formule erronée de Staline, selon laquelle à mesure que l'Union Soviétique progresse vers le socialisme, la lutte de classe s'aggravera davantage, a causé un grand préjudice à la cause de la construction socialiste, au développement de la démocratie à l'intérieur du parti et de l'État. (…) Cette formule théorique erronée servit, en pratique, pour justifier les violations les plus grossières de la légalité socialiste et la répression de masseL’administration habituelle de la justice fut souvent remplacée par ses décisions personnelles. La légalité soviétique fut gravement violée et des répressions en masse furent déchaînées ».

 La « déstalinisation » décrétée par Khrouchtchev déclencha une vague de limogeage de dirigeants staliniens dans les pays de l’Est. Des communistes injustement incarcérés ou exécutés furent réhabilités. En octobre 1956, les Hongrois se révoltèrent contre leurs dirigeants mis en place par l'ancien maître de l'URSS. Les chars de l’Armée rouge écrasèrent l’insurrection. La déstalinisation ne devait pas remettre en cause le socialisme.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Albert Lebrun

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20 Décembre 2017 - 2:57pm

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Général chouan, né le 1er janvier 1771 à Brec’h (Morbihan), guillotiné à Paris, à l’âge de 34 ans. Commandant de l’armée catholique et royale de Bretagne, il participa aux révoltes vendéennes et à la chouannerie, il refusa de se rallier à la République et participa à un complot contre le premier consul Bonaparte. Arrêté et condamné à mort il monta à l’échafaud avec onze autres royalistes.

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Dramaturge et romancier français, né le 25 juin 1858 à Tours (Indre-et-Loire), décédé à Paris à l’âge de 71 ans. Auteur humoristique et « courtelinesque », il écrivit notamment Les gaités de l’escadron (1886), Hortense, couche toi ! (1897), Le commissaire est bon enfant (1900), Les balances (1901).

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Auteur-compositeur-interprète algérien, né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa (Kabylie), assassiné à Tana Boulane (Kabylie), à l’âge de 42 ans. Musicien et chanteur, il fut un ardent défenseur de la cause kabyle et de la démocratie dans son pays. Il fut assassiné par des inconnus qui n’ont pas été identifiés (islamistes ou représentants du pouvoir ?).

25 Juin 1984

Michel Foucault

Philosophe français, né le 15 octobre 1926 à Poitiers (Vienne), décédé à Paris, à l’âge de 57 ans. Enseignant au collège de France (Le gouvernement de soi et des autres) de 1970 à sa mort, il révolutionna les sciences humaines, écrivant notamment Les mots et les choses (1966), Histoire de la folie à l’âge classique (1972), Surveiller et punir (1975), Une histoire de la sexualité en 3 volumes (1976-1984).

25 Juin 2009

Mickael Jackson

Chanteur américain, né le 22 août 1958 à Gary (Indiana), décédé à Los Angeles (Californie), à l'âge de 50 ans. Chanteur  le plus célèbre dans le monde pendant trois décennies, figure majeure de la musique pop, il vendit plusieurs centaines de millions d'albums : Off the wall (1979), Thriller (1982), Bad (1987), Dangerous (1991), Blood of the Dance Floor (1997), Invincible (2001). Accusé à plusieurs reprises d'attouchements sur un mineur dans les années 1990 et dans les années 2000, il fut blanchi par la justice. En 2011, son médecin personnel fut jugé et condamné pour avoir administré au chanteur des somnifères qui avaient provoqué son décès.

25 Juin 2015

Patrick Macnee

Acteur britannique naturalisé américain, né le 6 février 1922 à Londres (Royaume-Uni), décédé à Rancho Mirage (Californie), à l’âge de 93 ans. Pour devenir une célébrité mondiale, il lui suffit d’interpréter un seul personnage sur le petit écran : celui de John Steed, l’imperturbable et élégant agent secret dans la série culte Chapeau Melon et bottes de cuir, connu dans les pays anglo-saxon sous le titre de The Avengers. Une notoriété qu’il partagea avec sa complice Emma Peel, jouée par Diana Rigg - remplacée par Tara King en 1969. Entre 1961 et 1969, cent soixante et un épisodes furent diffusés par les télévisions du monde entier.

 Après une interruption de plusieurs années, une nouvelle série de 26 épisodes fut tournée en 1976 avec une nouvelle partenaire féminine, Joanna Lumley et un adjoint masculin, Gareth Hunt. Mais le charme était rompu. La série déçut le public. Patrick Macnee eut du mal à rebondir. Il apparut dans de nombreux films mais dans des rôles secondaires. On le remarqua notamment dans Le commando de sa majesté (1980) d’Andrew McLaglen, et dans Dangereusement vôtre (1985), un James Bond tourné par John Glen. Mais pour ses fans, il restera pour toujours John Steed qu’ils retrouvent avec plaisir dans ses aventures que les chaînes du câble programment régulièrement, cinquante-cinq ans après la diffusion du premier épisode.

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