Jules Mazarin

Il est décédé le 

Elle est décédée le

9 Mars 1661

Homme d’Etat français, né le 14 juillet 1602 à Pescina (Abruzzes, Royaume de Naples), décédé à Vincennes (Royaume de France), à l’âge de 59 ans. Créé cardinal sans jamais avoir été prêtre, il servit le pape, devint le collaborateur du duc de Richelieu et  fut le premier ministre des rois de France Louis XIII et Louis XIV de 1643 à 1661. Favorable à la monarchie absolue et à la toute-puissance de l’Etat, il  triompha des frondes des parlementaires et des nobles.

Né dans une famille roturière, Giulio Raimondo Mazzarino, vécut son enfance à Rome. Son père Pietro gérait plusieurs domaines de la puissante famille des princes Colonna. Elève brillant et précoce, à l’intelligence vive, le jeune adolescent prometteur fut formé par les jésuites du Collège romain. Après trois ans passés à l’université espagnole d’Alcala de Henares où il étudia le droit civil et le droit canon, il revint à Rome en 1628 et se mit au service du pape Urbain VIII sans jamais avoir été ordonné prêtre. Fin diplomate, il s’illustra en 1629 lors de la guerre de succession de Mantoue qui aiguisait les appétits des grandes puissances européennes La  France soutenait le duc de Nevers de la maison de Gonzague-Nevers qui s’estimait légitime pour reprendre l’héritage de Mantoue. L’Empire, l’Espagne, et la Savoie. S’y opposait. La papauté penchait du côté du duc de Nevers. Seule la guerre semblait devoir trancher le conflit. Mazzarino tenta un coup.  Il s’interposa à cheval entre les armées sur le point d’en découdre, en agitant son chapeau et en criant « Pace ! Pace ! ». Les soldats laissèrent les diplomates négocier un compromis. Il fut trouvé en avril 1631 à Cherasco, une ville du Piémont. Rédigé notamment par Mazzarino, le traité de paix prévoyait le retrait de toutes les troupes étrangères. Le duc de Nevers soutenu par Louis XIII se voyait confirmé à la tête des duchés de Mantoue et de Montferrat. La Savoie et l’Empire renonçaient à leurs droits en échange de compensations financières. Le royaume de France obtenait Pignerol, une place forte stratégique à l’entrée de la plaine du Pô. Impressionné par les talents de diplomate de Mazzarino, le duc de Richelieu demanda à le rencontrer. L’entrevue entre les deux hommes eut lieu à Paris. Le premier ministre de Louis XIII offrit de nombreux présents à son invité.

 En 1634, le pape nomma Mazarin vice-légat en Avignon, alors possession des Etats pontificaux.  Il administra la ville pendant deux ans avant de rejoindre Paris en qualité de nonce apostolique (ambassadeur). Richelieu alors épuisé par ses longues journées de travail cherchait un collaborateur. Il pensa trouver l’oiseau rare en Mazzarino. Il confia quelques missions à l’italien qui s’en acquitta avec succès. Il le présenta à Louis XIII. Le roi de France l’apprécia. Naturellement, Mazzarino devint le bras droit de Richelieu. Il prit la nationalité française en 1639 et devint Jules Mazarin. Le 16 décembre 1641, grâce à l’influence de son mentor, Mazarin fut créé cardinal-diacre par le pape Urbain VIII, alors qu’il n’était pas prêtre et n’avait pas reçu les ordres mineurs. Louis XIII lui remit le bonnet rouge et la barrette lors d’une cérémonie. Les événements s’accélérèrent en 1642. Malade depuis de longues années, souffrant de diverses pathologies chroniques (gonorrhée, goutte, tuberculose), Richelieu décéda le 4 décembre 1642 d’une tuberculose pulmonaire, à l’âge de 57 ans. Mais avant de mourir, il conseilla au roi de nommer son bras droit Jules Mazarin au poste de principal ministre. Louis XIII accepta. Les deux hommes collaborèrent pendant cinq mois seulement. Bien que malade, le roi participa à la cérémonie de baptême du dauphin le 21 avril 1643. Il demanda à Mazarin de tenir l’enfant sur les fonts baptismaux. Une marque de confiance remarquée par tous. Pressentant sa fin prochaine, le souverain annonça la création d’un Conseil de régence chargé de gérer les affaires du royaume jusqu’à la majorité du nouveau roi. Il nomma régente son épouse, la reine Anne d’Autriche. Son frère le duc d’Orléans, le prince de Condé, le premier ministre Mazarin plus deux autres ministres participaient au Conseil. Les décisions devaient être prises à la majorité, sans voix prépondérante pour la reine-mère. Il veilla à faire enregistrer par le parlement de Paris ses dernières volontés. Il mourut le 14 mai 1643, le même jour que son père Henri IV. Il laissait un royaume prospère doté de solides institutions. Son fils de 5 ans devint roi sous le nom de Louis XIV.

Les frondes menacent la monarchie

 La régente Anne d’Autriche exerça la réalité du pouvoir. Séduite par l’intelligence et la loyauté de Mazarin à l’endroit de la famille royale, elle le confirma à son poste de premier des ministres. Sans doute tomba-t-elle amoureuse du cardinal, mais les historiens actuels estiment qu’il s’agissait d’un amour platonique jamais scellé par un mariage secret. La première décision de la régente provoqua la sourde hostilité de la Cour. Les grands seigneurs du royaume détestaient l’italien qui avait contribué à diminuer leur pouvoir et leur influence dans les affaires de l’Etat, perpétuant ainsi la politique initiée par Henri IV, poursuivie par Louis XIII, théorisée par Richelieu de son vivant. Mais, à leur grande satisfaction, le renforcement de l’autorité monarchique marqua un temps d’arrêt avec l’instauration de la régence pendant la minorité de Louis XIV. Le temps de la revanche semblait venu pour les princes aigris et réduits à l’état de courtisans et les bourgeois sommés de jouer les banquiers de la monarchie. Ils se trompaient lourdement. En 1648, Mazarin décida de prélever de nouveaux impôts pour financer la guerre de Trente ans. L’augmentation de la pression fiscale et son extension à des couches sociales qui y échappaient suscitèrent le mécontentement de la population et surtout de la noblesse et de la bourgeoisie, mises également à contribution. Le cardinal remit notamment en cause les privilèges dont bénéficiaient les parlementaires en multipliant la création des offices, faisant ainsi baisser le cours de ceux existants. Le 13 mai 1648, le parlement de Paris, la Chambre des Comptes, le Grand Conseil et la Cour des aides publièrent un arrêt qui exigeait un droit de veto sur la création des impôts royaux.

 Anne d’Autrice et Mazarin refusèrent  de céder à la fronde des parlementaires. Le cardinal décida l’arrestation de trois meneurs en août 1648. Paris se couvrit de barricades. Mazarin libéra les prisonniers mais prépara un coup de force contre la ville après l’échec des négociations avec les parlementaires pendant l’automne 1648. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, dans le plus grand secret, le premier ministre, le jeune roi et la régente se réfugièrent dans le château de Saint-Germain. Le conflit politique tourna à la guerre civile. Chacun fourbit ses armes en prévision de l’affrontement final. L’annonce de l’exécution du roi d’Angleterre Charles le 30 janvier 1649 sur ordre des parlementaires londoniens constitua un sinistre présage pour la royauté française. Un effet de contagion n’était pas à exclure. Cent quarante ans avant la Révolution de 1789, la monarchie vacillait. Mazarin recruta 4 000 mercenaires allemands et nomma Condé chef de l’armée royale. Sa mission consistait à mettre le siège de Paris. Dans la capitale, le Parlement répondit en bannissant Mazarin et en nommant le prince de Conti, le propre frère de Condé, généralissime de la Fronde.

Le blocus de la capitale provoqua un début de famine. Les affrontements tournèrent à l’avantage de l’armée royale à la bataille de Charenton le 8 février 1649. Divisés entre modérés et jusqu’auboutismes, le camp des frondeurs se désagrégea. Les plus légalistes acceptèrent de négocier. Un traité de paix fut signé à Saint-Germain le 1er avril. Une amnistie générale ramena le calme. Chacun pensait la crise terminée. Mais, les Grands du royaume qui s’étaient compromis dans les deux camps la relancèrent. Ils estimaient être les oubliés du traité de Saint-Germain. Condé qui était resté fidèle à Mazarin présenta sa note : il réclamait un poste ministériel (amirauté) pour lui-même et des places dans l’armée pour nombre de ses proches. Mazarin refusa ses prétentions. Pour contrebalancer l’influence des Condé, le cardinal astucieux se rapprocha des anciens frondeurs, notamment des Vendôme à qui il concéda des avantages.

En janvier 1650, le cardinal décida l’arrestation surprise de Condé, de son frère Conti et de leur beau-frère le duc de Longueville. La nouvelle causa une profonde émotion dans les provinces. Plusieurs princes se soulevèrent contre cet acte d’absolutisme royal. En janvier 1651, le Parlement demanda la libération des trois nobles. Les parlementaires ordonnèrent à l’armée de ne plus obéir à Mazarin ou à la régente mais au duc d’Orléans. La fronde parlementaire en voie d’apaisement se réactiva et s’unit à la fronde des princes pour faire tomber le cardinal. Ce dernier quitta Paris pendant que la reine-mère et le jeune Louis XIV étaient retenus prisonniers à Paris. La régente dût ordonner la libération des trois prisonniers. De retour à Paris, Condé qui se considérait comme le grand vainqueur de la crise, multiplia les ingérences dans les affaires des uns et des autres, réclamant le renvoi de ses ennemis, promouvant ses amis. Son arrogance, ses exigences politiques et ses menaces suscitèrent l’hostilité des frondeurs. Ils se rapprochèrent de la Cour et donnèrent leur accord secret à la régente qui préparait un acte d’accusation contre le prince.

Condé sentit que le vent tournait en sa défaveur d’autant que la majorité de Louis XIV était proclamée le 7 septembre 1651. Il se retira à Bordeaux où il rallia la Guyenne à sa cause personnelle et à celle du parti aristocrate fort. A la fin de l’année, il contrôla via ses affidés la région qui s’étendait de l’Atlantique à la Méditerranée, jusqu’en Provence. Durant les mois qui suivirent, les troupes royales commandées par Turenne, un ancien frondeur rallié au roi, et les troupes de Condé s’affrontèrent dans des escarmouches dans plusieurs provinces de France, aucune armée ne parvenant à prendre le dessus. Le 7 avril 1652, Turenne sortit vainqueur de la bataille de Bléneau (Yonne), obligeant Condé et ses partisans à se réfugier à Paris. Le frondeur y fit régner la terreur, incendiant l’hôtel de ville, massacrant une trentaine d’édiles municipaux favorables au roi. Ses exactions lui aliénèrent la sympathie des parlementaires et des notables qui aspiraient au retour au calme.

L’avènement de Louis XIV

Abandonné de ses soutiens parisiens, le 13 octobre 1652, Condé quitta la capitale où Louis XIV et Mazarin y fit une entrée solennelle. Le jeune roi resta profondément marqué par ces événements auxquels il assista en spectateur impuissant – il avait dix ans quand la crise éclata et quinze quand elle se termina. Jamais, il n’oublia sa fuite de Paris comme un vulgaire proscrit. Il s’y crut menacé de mort. Il retint la leçon et plus tard mit au pas tous ses opposants. En attendant, on déchût Condé de ses titres, dignités et positions. Le 27 mars 1654, le Parlement versatile le condamna à mort. Le prince s’exila pendant sept ans, affirmant qu’il était hostile à Mazarin mais pas au roi. En 1658, il rejoignit le camp de l’Espagne en guerre contre le royaume de France depuis 1635. Le 14 juin 1658, Turenne battit les troupes espagnoles à la bataille des Dunes, près de Dunkerque. Exsangue, affaiblie par le conflit, l’Espagne demanda à négocier. Au nom de Louis XIV, Mazarin signa le traité des Pyrénées le 7 novembre 1659 sur l’île des Faisans, un morceau de terre sur le fleuve Bidassoa, à la frontière entre les deux royaumes. La France sortait victorieuse du conflit et assurait sa prépondérance en Europe : elle annexait l’Artois et le Roussillon. Mazarin scella la paix avec l’Espagne en organisant le mariage du jeune Louis XIV avec l’infante espagnole Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV, roi d’Espagne. La nouvelle reine de France renonçait à ses droits à la couronne d’Espagne contre le paiement à la France de 500 000 écus d’or.

 Roi depuis le 14 mai 1643 (5 ans), majeur depuis le 7 septembre 1651 (13 ans), sacré à Reims le 7 juin 1654 (16 ans), Louis XIV n’avait jamais gouverné le royaume laissant cette charge à sa mère et à Mazarin qui était comme un second père. Plusieurs de ses contemporains émirent l’hypothèse qu’il n’éprouvait aucun désir à exercer le métier de roi. En 1661, le cardinal tomba gravement malade. La Cour s’interrogeait sur le nom de son futur successeur En mars, quelques jours avant sa mort, Mazarin suggéra un nom au roi : « Sire, je dois tout à votre Majesté, mais je m'acquitte de ma dette en lui présentant Colbert ». Louis XIV nomma Jean-Baptiste Colbert intendant des finances le 8 mars. Sa mission consistait à assister le roi en matière fiscale et à proposer la répartition des impôts. Le lendemain 9 mars, Mazarin expira. Le 10 mars, le roi réunit son gouvernement. Se tournant vers le chancelier Pierre Séguier, garde des sceaux, Louis XIV affirma son autorité : « Monsieur, je vous ai fait assembler avec mes ministres et secrétaires d’Etat pour vous dire que, jusqu’à présent, j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m’aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. Je vous prie et je vous ordonne de ne rien sceller que par mes ordres, de ne rien signer sans mon consentement ». Une page de l’histoire de France se tournait.

Pendant ses vingt années au pouvoir, Mazarin avait amassé une fortune considérable. Il faut reconnaitre qu’il en redistribua une grande partie comme mécène. Il fonda et finança l’académie royale de peinture et de sculpture, le collège des Quatre-Nations, le futur institut de France et la bibliothèque Mazarine.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Giuseppe Mazzini

masculin
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