Karl Marx

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Elle est décédée le

14 Mars 1883

Philosophe, économiste et homme politique allemand, né le 5 mai 1818 à Trèves (Confédération germanique), décédé à Londres (Royaume-Uni), à l’âge de 64 ans. Auteur en collaboration avec Friedrich Engels ou seul d’ouvrages de philosophie (Thèses sur Feuerbach), d’économie (Critique de l’économie politique, Le Capital), de politique (Manifeste du parti communiste, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte), il fut le théoricien d’une pensée féconde qui non seulement inspira les révolutions communistes du XXe siècle mais fut à l’origine de la sociologie.

Le « Manifeste du parti communiste » (extrait)

Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d'Allemagne. Quelle est l'opposition qui n'a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l'épithète infamante de communiste ?Il en résulte un double enseignement. Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d'Europe. Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du Parti lui-même. C'est à cette fin que des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le Manifeste suivant, qui est publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois.

1. Bourgeois et prolétaires

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes.

Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.

Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.

La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois.

Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.

[…]Avec le développement de la bourgeoisie, c’est-à-dire du capital, se développe le prolétariat, la classe des ouvriers modernes, qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent plus dès que leur travail cesse d’agrandir le capital. Les ouvriers, obligés de se vendre au jour le jour, sont une marchandise comme tout autre article du commerce ; ils subissent par conséquent, toutes les vicissitudes de la concurrence, toutes les fluctuations du marché.

L’introduction des machines et la division du travail ont dépouillé le travail de l’ouvrier de son caractère individuel et par suite de son attrait. Le producteur devient un simple rouage de la machine et on n’exige de lui qu’une opération simple, monotone et vite apprise. Il s’ensuit que les frais de production de l’ouvrier se réduisent aux dépenses de sa subsistance et de la propagation de sa race. Le prix du travail, comme celui de toute autre marchandise, est égal au coût de sa production. Donc, plus le travail devient répugnant plus les salaires baissent. Bien plus, la somme de travail s’accroît avec le développement de la machine et de la division du travail, soit par la prolongation de la journée de travail, soit par l’accroissement de l’intensité du travail, soit par l’accélération du mouvement des machines. L’industrie moderne à transformé le petit atelier de l’ancien patron patriarcal en la grande fabrique du bourgeois capitaliste. Des masses d’ouvriers, entassés dans la fabrique, sont organisées militairement. Traités comme des soldats industriels, ils sont placés sous la surveillance d’une hiérarchie complète d’officiers et de sous-officiers. Ils ne sont pas seulement les esclaves de la classe bourgeoise, du gouvernement bourgeois, mais encore, journellement et à toute heure, les esclaves de la machine, du contremaître et surtout du maître de fabrique. Ce despotisme est d’autant plus mesquin, plus odieux et plus exaspérant qu’il prend ouvertement le profit pour but unique.

Deuxième enfant d’une famille qui en comptait huit, Karl Heinrich Marx était le petit-fils d’un rabbin et le fils d’un avocat converti au protestantisme deux ans avant sa naissance. Sa mère, fille de rabbin et hollandaise juive se convertit également en 1825. Selon les historiens, la famille ne pratiqua aucune des deux religions. Elève doué, Karl Marx étudia à Trèves, à Berlin et à Iéna où il présenta en 1841 sa thèse de doctorat Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure. Influencé par la pensée de Georg Hegel dont il était un des disciples alors et de Ludwig Feuerbach, Karl Marx prit la direction en 1842 d’un journal libéral Rheinische Zeitung financé par des bourgeois libéraux opposés à l’influence réactionnaire du clergé catholique sur la vie politique, culturelle et sociétale de la Rhénanie. Bien vite, le journal exprima des idées plus radicales voire « subversives » qui effrayèrent les autorités. Un article de Karl Marx sur les dures conditions de vie des vignerons de la vallée de la Moselle contribua à l’interdiction de la gazette. Marx épousa une amie d’’enfance et aristocrate rhénane Jenny von Westphalen - elle lui donna sept enfants dont seuls trois survécurent - et s’installa à Paris où il publia un seul numéro des Annales Franco-allemandes. Les positions radicales de Marx qui préconisait une révolution réalisée par les masses libérées des politiciens progressistes le fâchèrent avec son coéditeur l’hégélien de gauche Arnold Ruge.

 Dans la capitale française, Marx perdit un associé mais gagna un ami en la personne de Friedrich Engels, un ancien étudiant qu’il avait croisé quelques années auparavant. Engels travaillait pour une firme allemande installée à Manchester au Royaume-Uni. Il décrivit à Marx les dures conditions de vie des travailleurs anglais exploités dans les usines par des industriels cupides et entassés dans des masures insalubres. Les deux hommes s’attelèrent à la rédaction d’un premier pamphlet La Sainte Famille en 1845, complétée l’année suivante par L’Idéologie allemande (1846), deux ouvrages qui rompaient avec les thèses hégéliennes jugées idéalistes. Marx et Engels fréquentaient les milieux révolutionnaires français et étrangers. Leur activisme provoqua la colère des autorités prussiennes. A leur demande, le gouvernement français expulsa les deux révolutionnaires allemands. Ils trouvèrent refuge à Bruxelles. Karl Marx reprit la plume pour attaquer tous azimuts. En désaccord avec les doctrines du socialiste libertaire français Pierre-Joseph Proudhon qui jugeait que « nous ne devons pas poser l’action révolutionnaire comme moyen de réforme sociale, parce que ce prétendu moyen serait tout simplement un appel à la force, à l’arbitraire, bref, une contradiction. » Le philosophe français précisa sa pensée dans le livre Philosophie de la misère. Marx lui répondit en 1847 dans Misère de la philosophie qu’au contraire seule l’action révolutionnaire permettait la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie. La polémique révélait l’existence de deux conceptions antagonistes du socialisme.

Le Manifeste du parti communiste

 A Bruxelles, Marx et Engels adhérèrent en 1847 à un mouvement clandestin La Ligue des communistes, héritière de La ligue des justes, fondée en 1836 par des ouvriers allemands installés à Paris. Il apparut très vite à ses adhérents qu’il fallait se démarquer des courants socialistes utopiques. Marx et Engels se chargèrent de rédiger un programme politique. Ce fut le Manifeste du parti communiste (lire ci-contre), publié en 1848 qui rassemblait de manière claires et concises les thèses baptisées plus tard « marxisme ». Il montrait que la lutte des classes était le moteur de l’histoire. Dans les sociétés antiques, les esclaves avaient lutté contre les maîtres ; la plèbe s’était confrontée aux propriétaires terriens ; le Tiers Etat avait contesté la domination de la noblesse en 1789 ; les salariés s’opposaient à l’exploitation des employeurs dans la société industrielle et capitaliste ; les indigènes étaient spoliés par les colons dans les colonies. Ainsi selon Marx, la société avait connu quatre périodes : la communauté primitive, la société esclavagiste de type romaine, le régime féodal, le régime capitaliste. Mais, le combat existait également au sein des familles : l’homme exploite la femme en la cantonnant à des tâches domestiques. Aucune société n’échappait à la lutte des classes comme le montrait le système des castes en Inde et ailleurs. Pour assurer sa domination sur la société, les capitalistes maintenaient les travailleurs dans un état d’aliénation. Pour briser l’organisation oppressive de la bourgeoisie, Marx et Engels préconisaient la destruction de l'État, de la religion –« l’opium des peuples » -, de l'argent, de la marchandisation du travail : « À la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».

 L’année de la parution du Manifeste coïncida avec la révolution de février 1848 qui aboutit en France à la chute de la monarchie de juillet et à la proclamation de la Deuxième République. Marx avait-il vu juste en appelant à une révolution communiste ? Il accourut à Paris. Mais, l’écrasement de la révolte ouvrière en juin 1848 lui confirma que la bourgeoisie n’avait pas dit son dernier mot et était prête à défendre ses intérêts en faisant tirer sur la foule. Le « printemps des peuples » s’étendit bientôt à l’Allemagne. Le théoricien communiste retourna à Cologne. Il prit la direction du Neue Rheinische Zeitung. Après le triomphe de la contre-révolution, Karl Marx fut poursuivi par les tribunaux du régime. Il se défendit crânement, affirmant que « le premier devoir de la presse est donc de miner toutes les bases du système politique actuel ». Acquitté par le tribunal, il fut néanmoins expulsé en France. De nouveau chassé, il s’installa définitivement à Londres en août 1849.

 Après la victoire de la contre-révolution partout en Europe, la situation politique et personnelle de Karl Marx se dégrada. En 1850, pour nourrir sa famille, il publia quelques articles « alimentaires » dans le New York Tribune et dans d’autres journaux. Cela resta insuffisant pour améliorer l’ordinaire. Le 4 septembre 1852, Marx écrivit à Engels : « Ma femme est malade, la petite Jenny est malade, Léni a une sorte de fièvre nerveuse. Je ne peux et je ne pouvais appeler le médecin, faute d'argent pour les médicaments. Depuis huit jours, je nourris la famille avec du pain et des pommes de terre, mais je me demande si je pourrais encore me les procurer aujourd'hui. » Friedrich Engels vint au secours de son ami en l’aidant financièrement. Cette même année, Marx se résolut à la dissolution de la ligue des communistes. Il consacra ses journées à se documenter et à affiner ses recherches. Il publia plusieurs ouvrages majeurs comme Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte dans lequel il écrivit : « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ».

La 1er Internationale

En 1859, il sortit de son isolement politique en participant à la rédaction du journal Das Volk qui regroupait des socialistes allemands. En 1864, il rédigea le texte fondateur de l’ « Association internationale des travailleurs » plus connue sous le nom de Première internationale qui se fixait pour objectifs de réunir au sein d’une même organisation toutes les chapelles socialistes et d’unifier tous les mouvements ouvriers européens. Karl Marx était favorable à une gestion centralisée de l’Internationale alors que Mikhaïl Bakounine proposait une administration « antiautoritaire » et autonome. Le conflit aboutit à l’exclusion de bakouniniens en 1872. Karl Marx publia en 1865 Salaires, prix et profit dans lequel il affirmait que le travail tue l’homme en tuant son temps de vie : « Un homme qui ne dispose d'aucun loisir, dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. Et pourtant, toute l'histoire moderne montre que le capital, si on n'y met pas obstacle, travaille sans égard ni pitié à abaisser toute la classe ouvrière à ce niveau d'extrême dégradation ».

 Il s’attela à la rédaction de son œuvre majeure Le Capital dont seul le premier tome fut publié de son vivant en 1867, les deux suivants furent publiés par Engels en 1885 et en 1894. En 1871, il soutint la Commune de Paris, première révolution prolétarienne dont l’écrasement par la bourgeoisie lui inspira la rédaction de La guerre civile en France. La renommée de Karl Marx dans les milieux socialistes européens grandit grâce à l’action de vulgarisation de son gendre, le socialiste français Paul Lafargue qui avait épousé sa fille Laura. Marx se méfiait du messianisme révolutionnaire de certains socialistes français qui se réclamaient de sa pensée. Il écrivit : « Si c'est cela le marxisme, ce qui est certain c'est que moi, je ne suis pas marxiste ». Qu’aurait-il pensé de la politique des bolchéviques qui prirent le pouvoir en Russie en 1917 en se réclamant de sa doctrine et dont les successeurs inventèrent le concept de « marxisme-léninisme » ? Marxiste, il l’était par force, aurait-il été léniniste ?

 Marx s’éteignit dans son fauteuil à Londres, quinze mois après son épouse Jenny.

Jean-Pierre Giovenco

Demain : Jules César

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31 Décembre 2017 - 12:33pm

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