Léon Gambetta

Il est décédé le 

Elle est décédée le

31 Décembre 1882

Homme politique français, né le 2 avril 1838 à Cahors (Lot), décédé à Sèvres (Hauts-de-Seine), à l’âge de 44 ans. Opposant résolu au Second Empire, il fit voter la déchéance de Napoléon III et proclama l’avènement de la IIIème République le 4 septembre 1870. Partisan de la guerre à outrance contre les envahisseurs prussiens, il refusa l’armistice et démissionna. Ephémère président du Conseil, il mourut en pleine force de l’âge.

 Sous la troisième République (1870-1940), les manuels scolaires ont idéalisé les grands personnages de l’histoire de France, en particulier ceux révélés par la Révolution de 1789. La légende relayait souvent la vérité historique, embellie pour l’inscrire dans une geste nationale glorieuse. Georges Danton avec sa célèbre apostrophe du 2 septembre 1792 à l’Assemblée nationale: « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée », aurait inspiré les soldats victorieux à Valmy, vingt jours plus tard. Le général Bonaparte, au pont d’Arcole, lors de la première campagne d’Italie en novembre 1796, aurait vaincu à lui seul l’armée autrichienne. Dans la même veine, le nom de Léon Gambetta, ministre de l’intérieur du Gouvernement de Défense nationale, est associé au ballon monté qu’il emprunta en septembre 1870 pour quitter Paris, encerclé par les prussiens, et organiser dans les provinces françaises la résistance aux envahisseurs.

 Le célèbre républicain volant voisine ainsi dans l’imaginaire collectif aux côtés des grands hommes qui ont fait la République, à l’égal de Georges Clémenceau (le père la Victoire), de Jean Jaurès (le tribun du peuple) ou de Jules Ferry (le père de l’école obligatoire et gratuite). Que de chemin parcouru par le jeune Léon, né au sein d’une famille aisée de commerçants italiens, originaires de Gènes, installés à Cahors depuis deux générations. A l’âge de dix ans, il perdit l’usage de l’œil droit après avoir été blessé par un éclat de fer alors qu’il observait le travail d’un fabriquant de couteaux. Après des études brillantes au lycée de sa ville natale, il monta à Paris en 1857 pour y poursuivre des études de droit. En 1859, il demanda la nationalité française. Il obtint sa licence en 1860 et choisit le métier d’avocat. Il entra dans le cabinet dirigé par Adolphe Crémieux dont il devint le collaborateur. Il noua de solides relations avec Jules Ferry, Jules Favre, Emile Ollivier, des républicains hostiles au Second Empire et à celui qui l’incarnait Napoléon III.

Un brillant avocat républicain

Léon Gambetta se fit connaître de l’opinion publique en 1868 en défendant un journaliste républicain, Charles Delescluze, inculpé par la justice du régime pour avoir lancé une souscription dans le but d’ériger un monument à la gloire du député Jean-Baptiste Baudin, tué le 3 décembre 1851 par l’armée au moment du coup d’Etat de Napoléon III. Gambetta prononça une brillante plaidoirie. Il démontra que le régime instauré par Napoléon III était illégal. L’année suivante, à l’âge de 33 ans, il se présenta aux élections législatives à Paris dans le quartier de Belleville. Dans un discours resté célèbre il proposa le rétablissement du suffrage universel (masculin) pour toutes les élections, la liberté de la presse et d’opinion, l’abolition de toutes les lois liberticides, la séparation des Eglises et de l’Etat, l’instruction primaire laïque et gratuite, la liberté de réunion et d’association, l’égalité sociale etc. Les élections des 24 mai et du 7 juin 1869 aboutirent à un émiettement des forces politiques entre républicains (30 sièges), royalistes (41 sièges), bonapartistes libéraux (120 sièges), bonapartistes autoritaires (98 sièges). Emile Ollivier, un républicain rallié à Napoléon III fut chargé de former un gouvernement « libéral » en s’appuyant sur les bonapartistes libéraux et les royalistes.

 Elu député de Paris au Parlement, Léon Gambetta combattit résolument la politique du transfuge. Il fit campagne pour le « non » au plébiscite organisé par l’empereur le 8 mai 1870 qui entérinait l’évolution du régime vers un « Empire libéral ». Le peuple surtout des campagnes désavoua les républicains. Les bonapartistes remportèrent une large victoire : 7 358 000 « oui » contre 1 538 000 « non ». Ils gagnaient 3 000 000 de voix par rapport aux élections législatives de l’année précédente. L’Empire semblait plus solide que jamais. C’était une apparence.

 Moins de quatre mois plus tard, la défaite des armées françaises face aux prussiens, à Sedan, le 2 septembre 1870 (soixante-dix huit ans après la célèbre apostrophe de Danton) conduisit à la démission de Napoléon III et à son départ en exil. Battu en mai, Gambetta et les républicains prirent leur revanche en septembre. Le 4 septembre, Léon Gambetta proclama au balcon de l’Hôtel de ville de Paris la « Troisième République ». A l’initiative des députés de la Seine, un Gouvernement de la Défense nationale fut constitué avec à sa tête le général Louis Trochu (président). Léon Gambetta occupa le poste de ministre de l’intérieur, Jules Favre celui de ministre des affaires étrangères et Adolphe Crémieux celui de la Justice.

L’âme de la résistance contre les Prussiens

Le gouvernement s’engagea devant le peuple à poursuivre la lutte contre les prussiens par tous les moyens. Les ministres refusèrent de quitter Paris. Le 19 septembre, la capitale fut encerclée par les troupes allemandes. Les ministres s’y trouvaient piégés. Des ballons montés, gonflés avec le gaz d’éclairage, permettaient de transporter du courrier et des passagers en direction des territoires encore libres. Le 7 octobre, à la demande de ses collègues, Léon Gambetta, nommé ministre de la guerre, emprunta un de ces aéronefs et quitta Paris pour Tours où il s’installa. Partisan d’une « guerre à outrance », il s’employa à réorganiser les armées et à animer la résistance du pays. Après la perte d’Orléans et pour échapper à l’avance prussienne, il dut se replier avec sa délégation à Bordeaux, le 9 décembre 1870, rendant encore plus difficile les contacts avec les ministres restés à Paris. La ville était désormais bombardée et affamée par les prussiens.

 Le 29 janvier 1871, Jules Favre enfermé à Paris négocia une trêve de 21 jours avec le chancelier Otto von Bismarck. Quand il apprit les conditions imposées par le prussien (annexion de l’Alsace et de la Lorraine), Gambetta protesta. Il fixa au 8 février la date des élections pour élire l’Assemblée nationale. Mais refusant de capituler, en désaccord avec ses collègues du gouvernement de la Défense nationale, il démissionna le 6 février 1871. Elu dans plusieurs départements dont le Bas-Rhin, il joignit sa voix aux protestations des députés élus d’Alsace et de Lorraine incorporées à l’empire allemand.

 Usé, fatigué, isolé politiquement, Léon Gambetta partit se reposer en Espagne en mars 1871. Il était à l’étranger pendant la Commune de Paris ce qui lui permit de ne prendre position pour aucun camp. De retour en France en juin, il fut réélu dans le département de la Seine, aux élections complémentaires de juillet. Devenu le chef de l’Union républicaine, il prit ses distances avec la gauche radicale et socialisante pour des raisons tactiques. Il soutint d’Adolphe Thiers, l’homme qui écrasa la Commune, quand celui-ci fut contraint de démissionner, le 24 mai 1873, de son poste de président de la République. Le même jour, la majorité royaliste au Parlement le remplaça par le général comte Mac Mahon. Gambetta jugeait que la priorité du moment consistait d’abord à ancrer définitivement la République dans l’histoire de France. Il craignait le retour en force des idées monarchistes, réveillées par la crainte du désordre politique et social. Les événements lui donnèrent raison, semble t-il. Aux élections législatives des 20 février et 5 mars 1876, le camp républicain remporta 393 sièges (193 sièges pour la gauche républicaine, 98 sièges pour l’Union républicaine, 54 sièges pour les modérés et 48 pour le centre-gauche) contre 140 pour les conservateurs (76 sièges pour les bonapartistes, 40 sièges pour les Orléanistes, 24 sièges pour les légitimistes).

Opposé au parti religieux

 Une violente querelle politique éclata en mai 1877 quand les évêques de France demandèrent au président de la République d’intervenir en faveur du Pape qui s’estimait prisonnier des nouvelles autorités italiennes. Gambetta, et avec lui la majorité des républicains, s’opposa à cette supplique, déclarant à la Chambre : « Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi ! ».

 Au bout d’un an de législature, le président Mac Mahon, royaliste de tempérament et de conviction, opposé à la majorité républicaine, nomma un premier ministre monarchiste, le duc de Broglie et, dans la foulée, décida de dissoudre la Chambre des députés. Léon Gambetta comprit que la République ne s’imposerait qu’en mettant fin à la dyarchie à la tête du pays : une majorité républicaine ne pouvait cohabiter avec un président royaliste. Au cours de la campagne qui précéda les élections législatives, il déclara : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ». Aux élections des 14 et 28 octobre 1877, les républicains et les radicaux unis remportèrent 313 sièges et les conservateurs 159 (104 bonapartistes, 44 légitimistes, 11 Orléanistes). La dissolution ratée se termina par la soumission du président Mac Mahon qui dut démissionner de son poste en janvier 1879, comme l’avait pronostiqué Léon Gambetta. Jules Grévy le remplaça à l’Elysée.

 Populaire, Léon Gambetta devint un des personnages clés de la vie parlementaire. Il suscitait néanmoins la jalousie de ses pairs et alliés. Jules Grévy, Jules Ferry et les républicains traditionnels craignaient son autoritarisme. Georges Clémenceau, le chef des radicaux, blâmait ses tendances modérées. Le peuple trancha en sa faveur. Aux élections législatives du 21 août et du 4 septembre 1881, son parti, l’Union républicaine, obtint 204 sièges et devint le premier parti de France devant la gauche républicaine (168 sièges), les conservateurs (88 sièges), les socialistes et radicaux (46 sièges) et les républicains modérés (39 sièges).

Un éphémère président du Conseil

Le président Jules Grévy ne fit pas appel au vainqueur des élections pour gouverner le pays. Il renouvela sa confiance à Jules Ferry, nommé l’année précédente. Mais, le 10 novembre 1881, Georges Clémenceau, en désaccord avec la politique coloniale du président du conseil, fit tomber le cabinet. Le président de la République appela Léon Gambetta, le chef du parti dominant à l’Assemblée, à former le nouveau gouvernement, le 14 novembre 1881. Gambetta souhaitait mettre en place un cabinet d’union qui aurait regroupé les dirigeants de tous les partis républicains, à l’exclusion des radicaux. Face au refus de ses collègues, il constitua un ministère composé de jeunes députés de son mouvement. Pour la première fois dans l’histoire de la République, il créa un ministère des Arts. Mais, il n’eut pas l’occasion d’appliquer les nombreuses réformes qu’il ambitionnait de réaliser. Soixante treize jours après sa nomination, le 30 janvier 1882, son gouvernement était mis en minorité à la Chambre, les députés républicains ayant joint leur voix aux conservateurs pour s’opposer à un projet de changement du mode de scrutin.

Déçu par l’inconstance des hommes, souffrant du diabète, Léon Gambetta se retira dans sa maison des Jardies à Sèvres en compagnie de sa maîtresse Léonie Léon. Il mourut le dernier jour de l’année 1882 sans doute d’un cancer des intestins, à l’âge de 42 ans. Le 11 novembre 1920, la patrie reconnaissante décida de transférer au Panthéon son cœur enfermé dans une urne.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Auguste Blanqui

masculin
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