Lazare Ponticelli

Il est décédé le 

Elle est décédée le

12 Mars 2008

Doyen des poilus français, né le 27 décembre 1897 à Bettola (Emilie-Romagne), décédé au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), à l’âge de 110 ansL’histoire retiendra que le dernier vétéran français de la Grande Guerre fut un émigré, « italien de naissance, français de préférence » qui eut droit à des obsèques nationales.

 Né au sein d’une famille pauvre du centre de l’Italie, le petit Lazzaro connut dès sa prime enfance la dureté de la vie. Son père, homme à tout faire, travaillait sur les foires. Sa mère cultivait le potager de la famille et élevait les sept enfants du couple. Pour ramener un peu d’argent dans le foyer, elle se faisait embaucher comme ouvrière saisonnière (mondine) dans les rizières de la plaine du Pô. Une vraie corvée exténuante, mal rémunérée, que dénoncera le cinéaste Guiseppe de Santis dans Riz amer, plusieurs décennies plus tard (1949). Lazare ne connut jamais son père, ni d’ailleurs son frère aîné. Tous deux moururent alors qu’il était à peine âgé de deux ans.

 Dans l’espoir d’une vie meilleure sa mère émigra avec ses frères et sœurs en France, au début du nouveau siècle. Elle laissa Lazare, trop jeune pour voyager, à la garde d’une famille de paysans. A six ans, Lazare participa aux travaux dans la ferme. Il apprit à façonner des sabots. A neuf ans, avec l’argent gagné et économisé, il acheta un billet de train pour retrouver sa mère à Paris. Il débarqua gare de Lyon en 1906, sans argent et incapable de se faire comprendre. Il ne parlait pas le français. Aux cheminots qui l’interrogeaient, il répétait le nom d’un tenancier de bar où se réunissaient les italiens émigrés de son village. Par chance, le chef de gare le connaissait. Il le conduisit au cafetier.

 Lazare retrouva sa famille et s’installa à Nogent-sur-Marne, une ville de la banlieue parisienne où résidait une importante communauté italienne. Il devint ramoneur. Il apprit à lire et à écrire le français. A l’adolescence, il trouva un emploi de vendeur de journaux à la criée. Plus tard, il affirma avoir gardé un souvenir fort du jour où il annonça place de la Bastille l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914. Il devint également le coursier de Marie Curie, double prix Nobel de physique en 1903 et de chimie en 1911.

 Quand la Grande Guerre éclata, il échappa à la mobilisation générale en raison de son statut de ressortissant italien. En outre, son pays ayant proclamé sa neutralité au début du conflit, il pouvait demeurer en France. Mais le jeune Lazare alors âgé de seize ans vécut comme une humiliation le fait de ne pas accompagner ses amis sur le front. Il tricha sur son âge et s’engagea dans le 4e régiment de marche du 1e régiment étranger, une unité militaire française composée de soldats italiens, baptisée « légion garibaldienne ». Composée de 57 officiers et de 2114 sous-officiers et hommes de troupe, dont Lazare Ponticelli et son frère Célestin, le régiment était commandé par le lieutenant-colonel « Peppino » Garibaldi, le petit-fils de l’un des pères de l’unité italienne. Lazare côtoya le futur écrivain Curzio Malaparte auteur de Kaputt (1943) et de La peau (1949). Envoyé sur le front à Soissons, la légion garibaldienne participa aux terribles combats de l’Argonne. Elle résista aux assauts allemands sur le plateau de Bolante et sur la côte 285. L’entrée en guerre de l’Italie aux cotés des alliés le 23 mai 1915, conduisit à la dissolution du 4er régiment qui avait subi de lourdes pertes : 229 tués et disparus et 337 blessés. Les soldats italiens devaient rejoindre leur pays pour combattre l’Empire austro-hongrois.

 Lazare refusa. Il avait quitté son pays natal à l’âge de 9 ans et se considérait désormais comme un soldat français. Encadré par deux gendarmes, il arriva à Turin où on lui annonça son affectation au 3e régiment des chasseurs alpins (les Alpini). Il se battit dans les Dolomites pendant trois ans. La guerre dans les tranchées, menée dans des conditions apocalyptiques, aggravée par le climat montagnard inhumain (froid, neige), provoqua des fraternisations entre soldats italiens et autrichiens. L’Etat-major les sanctionna avec vigueur. Son régiment échappa à la décimation mais fut envoyé sur le front le plus difficile. A l’occasion d’une offensive contre les positions autrichiennes, Lazare Ponticelli fut blessé à la joue par un éclat d’obus. Sitôt guéri, on le renvoya sur le front. Il participa à la bataille victorieuse de Vittorio-Veneto, du 24 octobre au 3 novembre 1918, qui conduisit l’Autriche-Hongrie à demander l’armistice aux alliés (en Italie, la fin de la guerre est fêtée le 4 novembre et non pas le 11 comme en France et au Royaume-Uni).

 Démobilisé en 1920, il retourna en France et fonda avec ses frères Célestin et Bonfils une entreprise spécialisée dans la fabrication et la réparation des fours industriels (fumisterie). La société existe encore aujourd’hui. Son siège social est situé dans le treizième arrondissement de Paris… près de la place d’Italie. En 1939, à l’âge de 42 ans, il demanda et obtint la nationalité française. Quand la seconde guerre mondiale éclata, on le jugea trop vieux pour le service actif. Après l’occupation de la zone nord par les allemands, il évacua sa société en zone sud. En 1942, il revint à Paris et participa à la Résistance. Il partit à la retraite en 1960 et vécut jusqu’aux années 2000 dans le plus total anonymat. En 2005, le président de la République Jacques Chirac décida que le dernier poilu aurait droit à sa mort à des obsèques nationales et serait enterré au Panthéon. Les services du Haut conseil de la mémoire combattante recensèrent les combattants français de la première guerre mondiale encore en vie. Lazare Ponticelli appartenait au dernier cercle des survivants.

 Les médias s’intéressèrent au vieil homme. Il ne tira aucune gloire de son comportement pendant la Grande Guerre. Devenu pacifiste, il déclara à L’Express « Cette guerre, on ne savait pas pourquoi on la faisait. On se battait contre des gens comme nous... » A France 3, il avoua : « On ne voulait pas faire la guerre, on nous a obligés à la faire sans qu'on sache pourquoi ». Le 11 novembre 2007, Lazare participa pour la dernière fois à la commémoration de l’armistice dans sa ville du Kremlin-Bicêtre. Le 16 décembre 2007, le jour de son 110e anniversaire, il fut reçu en grande pompe à la Cité nationale de l’immigration, Porte Dorée à Paris. A cette date, il restait en France deux anciens poilus encore vivants : lui-même et Louis de Cazenave, né deux mois plus tôt.

 Le 1er janvier 2008, il apprit le décès d’Erich Kästner, le dernier vétéran allemand de la Grande-Guerre. Le 20 janvier, Louis de Cazenave disparaissait à son tour. Lazare Ponticelli était le dernier des derniers. Le 12 mars, la présidence de la République annonça sa mort. Cinq jours plus tard, Nicolas Sarkozy présida une cérémonie officielle aux Invalides en présence de son prédécesseur Jacques Chirac. Onze soldats du 3e régiment étranger d’infanterie, héritier du 4e régiment portèrent son cercueil. Les légionnaires et les chasseurs alpins italiens lui rendirent les honneurs militaires. Max Gallo prononçant l’éloge funèbre, le présentant comme « un homme de paix, modeste et héroïque ». Respectant ses dernières volontés, le dernier poilu fut inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine et non pas au Panthéon comme l’avaient envisagées les plus hautes autorités de l’Etat. L’année suivante, la ville d’Avranches, honora la mémoire de tous les combattants de la première guerre mondiale en dévoilant une plaque commémorative dédiée à Lazare Ponticelli et à Erich Kästner. Jacques Prévert dans son poème Barbara avait bien raison : « Quelle connerie, la guerre ».

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain :  Jean Ferrat

masculin
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