Louis-Philippe 1er

Il est décédé le 

Elle est décédée le

26 Août 1850

Roi des Français, né le 6 octobre 1773 à Paris, décédé à Claremont (Royaume-Uni), à l’âge de 76 ans. Surnommé le « général Egalité » par ses troupes victorieuses à Valmy et Jemmapes sous la République, proscrit par les révolutionnaires au moment de la terreur, détesté par les émigrés royalistes, il devint roi à la suite de circonstances exceptionnelles.

A sa naissance, ses chances de régner un jour sur le royaume de France était quasiment nulles. Les bouleversements révolutionnaires, l’échec de l’Empire napoléonien, les crises à répétition de la monarchie pendant la Restauration, le mirent sur le devant de la scène alors qu’il ne l’avait pas vraiment souhaité.

 Il appartenait à la branche cadette de la dynastie des Bourbons. Fils de Louis Philippe Joseph d’Orléans connu sous le nom de duc d’Orléans et de Louise Marie Adélaïde de Bourbon, dite Madame de Penthièvre, il fut porté sur les fonds baptismaux en 1778 par son parrain le roi Louis XVI et sa marraine la reine Marie-Antoinette. On lui attribua le titre de duc de Valois, puis en 1785, à la mort de son grand-père, celui de duc de Chartres. Le jeune enfant eut pour préceptrice Madame de Genlis une femme de lettres acquise aux idées des Lumières qui avait connu Voltaire et Rousseau. Adepte d’une pédagogie rousseauiste elle exerça une profonde influence sur Louis-Philippe.

Son père le duc d’Orléans était opposé à l’absolutisme royal. Il admirait les institutions britanniques et souhaitait l’instauration d’une monarchie constitutionnelle en France. Son domicile du Palais-Royal devint le ralliement des nobles libéraux et des bourgeois hostiles à la Cour de Versailles. Rallié à la franc-maçonnerie, élu Grand maitre du Grand Orient de France, il représenta la noblesse aux états généraux de 1789. Il fit parti de la cinquantaine de nobles qui rejoignit le tiers état après la transformation des états généraux en Assemblée nationale.

Le « général Egalité »

Le jeune Louis-Philippe partageait les idées de son père. Quand la Révolution se radicalisa, il adhéra au club des Jacobins sous l’influence de Madame de Genlis. Il soutint la Constitution civile du clergé en 1790. Il choisit alors de servir son pays en s’engageant dans l’armée. En juin 1791, à l’âge de 18 ans, le duc de Chartres prit le commandement d’un régiment avec le grade de colonel. Il passa sous les ordres du général Charles Dumouriez, également rallié à la Révolution. Il ne témoigna aucun regret quand il apprit la chute de la royauté le 10 août 1792. Elevé au rang de lieutenant-général, il servit sans état d’âme la toute nouvelle République. Il participa aux campagnes engagées contre les puissances monarchistes européennes. Le 20 septembre 1792, il s’illustra à la bataille de Valmy gagnée par les français. L’armée prussienne commandée par le duc de Brunswick et soutenue par les émigrés royalistes français préféra rompre le combat et se retirer. La victoire ferma la route de Paris aux envahisseurs. Elle permit à la République naissante de s’installer et de renforcer son influence politique en France.

 Le duc de Chartres apprit quelques jours plus tard que son père le duc d’Orléans avait été élu député à la Convention nationale où il siégea parmi les Montagnards, l’aile la plus avancée de la Révolution. Le nouveau représentant du peuple abandonna son titre et son nom au profit d’un nouveau patronyme, en harmonie avec les préoccupations de l’époque : Philippe Egalité. Selon la rumeur, Georges Danton lui avait suggéré ce nom. Le duc de Chartres retrouva son nom de naissance, Louis-Philippe d’Orléans. Mais bientôt ses soldats le surnommèrent « le général Egalité ». Le 6 novembre 1792, toujours sous les ordres du général Dumouriez, il contribua à la victoire décisive de Jemmapes contre l’armée autrichienne, contrainte d’évacuer les Pays-Bas. Son action énergique à la tête de l’aile droite avait évité une percée de l’armée ennemie au centre du dispositif militaire français, lors du premier assaut. Son jeune frère Antoine d’Orléans l’aida à vaincre les Autrichiens. Louis-Philippe d’Orléans prétendit avoir été un des artisans de la victoire. Le spectacle de la tuerie lui inspira, dit-on, une profonde répugnance pour la guerre.

 La radicalisation de la Révolution à la fin de l’année 1792 provoqua un conflit entre les deux Egalité. Quand la Convention nationale décida de juger le roi Louis XVI, Louis-Philippe conseilla à son père de ne pas siéger. Après tout l’homme à qui on allait demander des comptes était son cousin. Philippe Egalité pouvait se récuser au nom de ses liens familiaux. Robespierre partageait ce point de vue. Le député refusa d’écouter son fils. Il participa au procès et vota la mort du roi. Condamné à une voix de majorité, la sienne, Louis XVI monta à l’échafaud le 21 janvier 1793.

 Deux mois plus tard, le général Dumouriez en désaccord avec la politique de la Convention nationale en Belgique, battu le 18 mars 1793 à la bataille de Neerwinden, menacé d’être traduit devant le tribunal révolutionnaire qui venait d’être créé, décida de passer à l’ennemi, livrant même aux Autrichiens les députés venus lui annoncer sa suspension. Louis-Philippe n’hésita pas longtemps sur la conduite à tenir. Craignant d’être arrêté, il rejoignit la Belgique à la suite de Dumouriez. Devenu suspect, son père Philippe Egalité fut décrété d’arrestation et interné au fort Saint-Jean à Marseille où le rejoignirent ses deux fils, le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais. On l’en sorti en novembre 1793 pour le présenter devant le tribunal révolutionnaire. Le 6 novembre, les jurés le condamnèrent à mort. Egalité subit le supplice qu’il avait infligé à son cousin.

Une vie de proscrit

A la mort de son père Louis-Philippe devint officiellement le duc d’Orléans. Il se garda bien de porter un titre qui ne correspondait plus à rien. Banni en France, rejeté par les émigrés royalistes qui lui reprochaient d’avoir soutenu la Révolution pendant trois ans, il s’exila en Suisse sous le faux nom de Chabaud-Latour. Pour vivre, il devint professeur de mathématiques et enseigna dans plusieurs lycées. Démasqué, il émigra dans les pays scandinaves et accompagna une expédition au cap Nord. En 1796, le Directoire accepta de libérer ses deux frères. En échange, les trois Orléans devaient s’installer aux Etats-Unis. Leur errance les conduisit à Cuba d’où ils furent chassés par les autorités espagnoles. Finalement, ils trouvèrent un asile à Londres.

 En 1809, Louis-Philippe s’installa à Palerme où il épousa à l’âge de 36 ans Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles, fille du roi Ferdinand 1er et nièce de Marie-Antoinette. Le couple eut dix enfants. Après l’abdication de Napoléon Bonaparte en 1814, le nouveau roi Louis XVIII consentit à lui restituer son titre de duc d’Orléans. En 1825, il récupéra une partie de la fortune des Orléans dans le cadre de la loi du milliard aux émigrés. Il s’efforça de mener une vie bourgeoise, recevant chez lui des intellectuels, des artistes, des bourgeois libéraux. Il prit soin de se démarquer des ultras royalistes et refusait de condamner en bloc la Révolution française dont il fallait garder certaines réformes.

 Une autre Révolution lui ouvrit les portes du pouvoir. En conflit avec les députés, contesté par le peuple parisien, le roi Charles X promulgua le 24 juillet quatre ordonnances : la première suspendait la liberté de la presse, la seconde prononçait la dissolution de la Chambre, la troisième réduisait le corps électoral et favorisait les propriétaires terriens, la quatrième fixait à septembre la date des élections. La Charte qui faisait office de constitution était violée. Le 27 juillet le peuple de Paris se révolta et couvrit la ville de plusieurs centaines de barricades. Au bout de  Trois glorieuses journées de combat, les insurgés prirent le dessus sur l’armée au prix de centaines de tués. Craignant la proclamation de la République, Adolphe Thiers fit appel au duc d’Orléans. Le 30 juillet, il fit placarder dans les rues de Paris une affiche qui affirmait que le duc « a porté au feu les couleurs tricolores » et « accepte la Charte ».

 Les députés de la Chambre les rallièrent à la proposition de leur collègue. Le duc d’Orléans hésita puis accepta la lieutenance générale du royaume qu’on lui proposait le 31 juillet. Cela revenait à mettre sous tutelle Charles X. Pour donner plus de solennité à l’événement, on demanda au vieux Lafayette, ancien « héros des deux mondes », chef de la garde nationale pendant la Révolution française, d’adouber le duc d’Orléans en apportant sa caution « républicaine ». Les deux hommes se donnèrent l’accolade sur le balcon de l’hôtel de ville devant une foule nombreuse et ravie. Châteaubriand, sarcastique, se moqua de cette comédie surréaliste : « le baiser républicain de la Fayette a fait un roi ».

 Ce jugement anticipait les événements. Charles X était toujours roi. Quand il comprit que son temps était passé il décida d’abdiquer en faveur du duc de Bordeaux, le futur roi Henri V. Sous la menace d’une reprise de l’émeute il renonça à sa décision. Il abdiqua et partit en exil en Angleterre. Le 9 août 1830, la Chambre offrit officiellement le trône au duc d’Orléans « et à ses descendants mâles ». La monarchie de Juillet commençait.

Une monarchie bourgeoise

Le nouveau « roi des français » adopta le drapeau tricolore et prêta serment sur la Charte. La royauté était désormais élective, le catholicisme cessait d’être la religion de l’Etat mais la religion de la majorité du pays, la censure était abolie, le corps électoral élargi. Le roi s’installa au Palais-Royal puis aux Tuileries. Il vécut comme un bourgeois, sortait à pied dans les rues de Paris, « son parapluie à la main » selon la presse. Les premières mesures prises par son gouvernement témoignèrent d’une vraie rupture avec le passé. Mais, la période de grâce dura peu. Des opposants résolus et actifs entrèrent en scène. A droite, les partisans du duc de Bordeaux - les « légitimistes » - l’accusaient d’être « un usurpateur » ; à gauche, les Républicains s’insurgeaient contre celui qui avait « dénaturé» la révolution. Entre les deux camps, les bonapartistes ressassaient leur nostalgie et leur rancœur contre le représentant d’un régime honni.

 Louis-Philippe 1er navigua à vue entre ces courants antagonistes qui ambitionnaient de l’évincer. Confronté à leurs demandes contradictoires, il défendit une « politique du juste milieu ». Sa position restait fragile. Ses soutiens étaient divisés entre les partisans de la « résistance », favorables à une lecture restrictive de la Charte, et les défenseurs du « mouvement » qui réclamaient des mesures en faveur de la justice sociale. En 1833, l’agitation gagna les milieux populaires, accablés par la misère, les bas salaires. Les ouvriers s’organisèrent dans des associations révolutionnaires. Beaucoup rejoignirent la société des Droits de l’homme dirigée par Blanqui et Cavaignac. En janvier 1834, le gouvernement décida de les interdire. Des grèves éclatèrent à Nantes, à Saint-Etienne, à Paris. A Lyon, en avril 1834, l’armée réprima une manifestation. Des combats éclatèrent dans la ville et se poursuivirent pendant cinq jours. On releva 170 morts chez les insurgés et 130 chez les forces de l’ordre. La révolte s’étendit à Paris. Des barricades s’élevèrent dans le quartier du Marais. La troupe intervint brutalement et massacra tous les habitants d’un immeuble de la rue Transnonain, d’où un coup de feu était parti.

La chute

L’année suivante, lors d’une revue place de la Bastille, le roi échappa par miracle à la machine infernale de l’anarchiste Fieschi. La bombe tua 18 personnes dont le maréchal Mortier. En 1836, Louis Napoléon tenta en vain de soulever la garnison de Strasbourg. Son coup d’Etat échoua et il partit en exil à Londres, attendant son heure. En 1840, la situation intérieure se calma. Les républicains étaient morts ou en prison ou se cachaient, les légitimistes pleuraient la disparition de Charles X, le bonapartisme semblait en perte de vitesse. François Guizot entra dans le cabinet formé par le maréchal Soult, un ancien des guerres de la Révolution et des guerres napoléoniennes. Il exerça la réalité du pouvoir. Il mena une politique extérieure pacifique, sauf en Algérie où la France poursuivit une guerre de conquête. Sous sa direction le royaume modernisa son économie, développa le chemin de fer, créa des usines sidérurgiques, ouvrit de nouvelles mines de charbon. Le pays s’enrichit. Guizot proclama : « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ». Mais seule la haute bourgeoisie profita de l’essor économique. Les ouvriers - dont le nombre s’était accru depuis le début de la révolution industrielle - vivaient dans la misère, entassés dans des quartiers insalubres, sans aucune protection contre le chômage ou les maladies. En 1846, les partis favorables à la monarchie et au gouvernement Soult-Guizot remportèrent les élections : 291 députés conservateurs imposèrent leur loi aux 168 membres de l’opposition. Satisfait du résultat, Louis-Philippe 1er se méprit sur l’état réel du pays. Seuls les contribuables qui payaient un cens de 200 F avaient eu le droit de voter. On comptait à peine 250 000 électeurs. A l’évidence, ces nantis ne représentaient pas le pays dans son ensemble.

 La petite bourgeoisie réclamait des réformes : l’élargissement du corps électoral avec l’abaissement du cens à 100 F, l’interdiction du cumul d’un mandat électoral et d’une fonction publique. Le gouvernement refusa, exaspérant la population. Guizot interdit les réunions politiques de l’opposition. Pour contourner la mesure, les républicains organisèrent à travers la France une « campagne de banquets ». On se réunissait dans des lieux privés pour déjeuner et parler politique. Le 22 février 1848, l’interdiction d’un banquet convoqué près des Champs-Elysées, provoqua une manifestation qui tourna bien vite à l’émeute quand des étudiants se joignirent au cortège en chantant La Marseillaise. Le lendemain 23 février, l’agitation reprit. Le gouvernement fit appel à la Garde nationale pour ramener l’ordre. A sa grande surprise et à celle de Louis-Philippe 1er, les hommes de la 12eme légion passèrent dans le camp des insurgés en criant : « Vive la République ! ». Le roi crut ramener le calme en sacrifiant Guizot et en nommant Molé premier ministre. Les manifestants ne se laissèrent pas abuser par la manœuvre et maintinrent la pression sur le pouvoir. La troupe tira sur la foule devant l’hôtel des affaires étrangères. On dénombra seize tués. Les manifestants mirent les cadavres sur une charrette et parcoururent les rues de Paris appelant à la vengeance. Le matin du 24 février, Paris était couvert de barricades. Louis-Philippe 1er refusa de faire tirer sur la foule. Il savait que l’armée était divisée. Il choisit d’abdiquer en faveur de son petit-fils le comte de Paris. Il était trop tard. Un gouvernement provisoire proclama la République à l’hôtel de ville. Dix-huit ans après les Trois glorieuses, les Républicains avaient pris leur revanche sur l’homme qui leur avait volé leur révolution.

Le roi déchu rejoignit Le Havre où il embarqua pour l’Angleterre. Il mourut en exil deux ans plus tard, à l’âge de 76 ans. Pour l’histoire, l’un des vainqueurs de Valmy restera comme le dernier roi ayant régné en France.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Hailé Sélassié 1er

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