Louis XI

Il est décédé le 

Elle est décédée le

30 Août 1483

Roi de France, né le 3 juillet 1423 à Bourges (France), décédé à Plessis-Lès-Tours, à l’âge de 60 ans. Longtemps présenté par l’historiographie comme un roi fourbe et cruel, Louis XI bénéficie aujourd’hui d’un jugement plus nuancé. Pendant son règne il renforça l’autorité royale et démembra l’empire bourguignon.

 Fils ainé du roi Charles VII, le vainqueur de la guerre de Cent Ans, et de la reine Marie d’Anjou, Louis reçut une éducation soignée (latin, mathématiques, histoire, géographie). Il maitrisait parfaitement l’écriture et l’art oratoire, deux aptitudes indispensables pour se faire comprendre et obéir de ses sujets plus tard quand il devint roi. A l’âge de 13 ans, son père le maria à Marguerite d’Ecosse, la fille du roi Jacques 1er d’Ecosse. Il s’agissait d’une union politique dirigée contre l’Angleterre qui avait perdu la quasi-totalité de ses possessions françaises, sauf Calais. Le jeune dauphin participa aux côtés de son père à la reconquête des places-fortes que les Anglais détenaient dans le Velay. Nommé lieutenant-général du Languedoc en 1439 Louis se familiarisa avec l’administration d’une province. Son père prit ombrage de la prétention de son fils à s’affranchir de son autorité. Il le nomma dans le Poitou l’année suivante dans un rôle de représentation. Le jeune adolescent se rebella contre son père. Il rejoignit la rébellion fomentée par les grands vassaux du royaume – Jean II d’Alençon, Jean IV d’Armagnac, Charles 1er de Bourbon –, opposés aux réformes centralisatrices décidées par Charles VII. Découverte, la fronde – baptisée Praguerie en référence à la révolte des Hussites à Prague - en resta là. Charles VII constata néanmoins avec stupeur que son fils l’avait trahi. En échange de sa soumission, le roi consentit à lui donner le gouvernement du Dauphiné. En 1447, un nouveau complot de Louis contre Agnès Sorel, la favorite du roi à qui elle donna trois enfants, provoqua une nouvelle brouille et son renvoi de la Cour. Le dauphin se réfugia à Grenoble capitale du Dauphiné. Il se consacra avec résolution au développement de la province. Il s’y comporta en roi, flattant les uns, achetant les autres, mentant à tous. Bousculant les prérogatives royales, il créa un parlement sur le modèle de ceux existant à Paris et à Toulouse et mit en place une administration dévouée à sa personne.

Il entreprit également de mener une politique étrangère personnelle. Il ambitionnait de se créer un fief de part et d’autres des Alpes qui réunirait le Dauphiné à l’ouest et la Savoie à l’Est. Il signa un traité d’assistance exclusif avec le duc de Savoie Louis 1er. Après le décès de sa première épouse Marguerite d’Ecosse qu’il avait rendue malheureuse, il forma le projet d’épouser Charlotte, la fille de son nouvel allié. Le fait que sa future épouse était âgée de six ans ne le dissuada pas. Le mariage fut célébré le 9 mars 1451 et consommée sept ans plus tard. Mis devant le fait accompli, Charles VII leva une armée pour punir son fils et reconquérir le Dauphiné qui s’était affranchi de son autorité. Louis tenta de négocier pour gagner du temps. Mais finalement, faute de compromis avec son père, il s’enfuit le 30 août 1456 et trouva refuge en Bourgogne chez Philippe III de Bourgogne dit le Bon. Le souverain de l’empire bourguignon mit à la disposition de Louis un château à Genappe, près de Bruxelles, et lui alloua une pension annuelle de 48 000 livres. Quand il apprit la nouvelle Charles VII qui ne s’illusionnait pas sur la véritable nature de son fils analysa la situation avec lucidité : « Mon cousin de Bourgogne a donné asile à un renard qui, un jour, lui dévorera ses poules ». 

 Louis vécut aux frais de la Bourgogne durant cinq longues années. Sa jeune épouse lui donna quatre enfants dont trois moururent en bas âge, sauf Anne, future régente du royaume de 1483 à 1491. En juillet 1461, on lui annonça la mort de son père à l’âge de 58 ans. Il ne regretta pas la disparition de l’ancien « roi de Bourges », reconnu comme souverain de France par Jeanne d’Arc trente ans plus tôt. Il refusa de participer aux funérailles royales de son père à la cathédrale de Saint-Denis. En août, il se fit sacrer roi à Reims avant d’entrer à Paris. Il décida de s’installer en Touraine, d’abord à Amboise puis ensuite au château de Plessis-Lès-Tours.

« L’universelle aragne »

Contrairement à la tradition, il ne s’entoura pas de grands vassaux aux prétentions et intérêts souvent contradictoires avec ceux de la couronne et de l’Etat. Il choisit ses conseillers et ses ministres en dehors de la noblesse dans les milieux plus modestes mais lettrés. Il pouvait ainsi les admonester à sa guise sans crainte de froisser leur dignité. Connaissant parfaitement les hommes, il se les attacha par la carotte, souvent, mais aussi par le bâton quand il le fallait. Il entreprit de longues tournées à travers le royaume pour s’enquérir des besoins et des doléances du peuple, sans intermédiaires qui pouvaient déformer la vérité où lui dire ce qu’il souhaitait entendre. Il se considérait « comme un jardinier dans son jardin ». Au courant de tout ce qui se tramait dans son royaume, le roi agissait selon ses intérêts. Quand éclata la guerre de succession en Aragon, après la mort du roi, il proposa son soutien à l’un des prétendants au trône vacant. Devant son refus, il se tourna vers son adversaire Jean II qui accepta son aide. Le royaume de France gagna en échange le Roussillon et la Cerdagne. A l’évidence, le surnom que lui avaient donné ses contemporains « l’universelle aragne » n’était pas usurpé. Avec talent il tissait ses liens dans lequel venaient se perdre ses ennemis ou ses concurrents.

 L’empire bourguignon fut une proie plus difficile à attraper et à digérer. Mais il y parvint au terme d’une longue lutte indécise au cours de laquelle il faillit périr à plusieurs reprises. Le duché de Bourgogne constituait un rival inquiétant pour le royaume de France, même si les ducs – y compris Philippe le Bon – reconnaissaient l’autorité du roi de France en application de régime féodal. L’Etat bourguignon s’étendait de la Flandre à la Bourgogne et incluait les Pays-Bas, le Hainaut, le Brabant, le Luxembourg, la Picardie, la Franche-Comté, les comtés d’Auxerre, de Macon, de Ponthieu, de Boulogne. Anvers, Amsterdam, Bruxelles, Bruges, Gand, Lille, Amiens, Besançon étaient des villes bourguignonnes. Les Etats bourguignons étaient parmi les plus riches de la chrétienté. Le conflit éclata en 1465 quand Charles comte de Charolais (futur Charles le téméraire), le fils de Philippe le Bon, prit la tête de la ligue du Bien public, une fronde des vassaux contre Louis XI, accusé d’accroître ses pouvoirs au détriment des provinces ou Etats alliés. Une guerre éclata. Les deux armées s’affrontèrent à Montlhéry. A l’issu de l’affrontement sanglant, les deux camps revendiquèrent la victoire. En réalité, aucun n’avait gagné. Louis XI décida de diviser ses adversaires en signant des traités séparés avec chacun des belligérants. La ligue se disloqua. Le conflit se terminait par un résultat décevant pour les deux parties.

 Après la mort de Philippe le Bon, l’ancien protecteur – intéressé – de Louis XI, son fils Charles, surnommé « le Téméraire » lui succéda. Le nouveau duc était décidé à passer à l’action au plus tôt et à démembrer le royaume de France. Il renforça son armée et noua une alliance avec le roi d’Angleterre Edouard IV. Craignant de devoir combattre sur deux fronts, Louis XI proposa à son adversaire une entrevue. Les deux souverains convinrent de se rencontrer à Péronne. En cas d’échec des négociations, Louis XI avait convaincu les habitants de Liège de se révolter contre les bourguignons. Le roi de France oublia de leur préciser qu’ils devaient d’abord attendre la fin de ses entretiens avec Charles le Téméraire avant de se soulever ou non. Ce malentendu coûta cher au roi et à la cité belge. Le 9 octobre 1468, le jour du début des discussions, un courrier annonça à Charles l’insurrection de Liège. N’ayant aucun doute sur l’identité du commanditaire, il ordonna à ses troupes de fermer les portes de la cité de Péronne et d’y retenir prisonnier Louis XI. Pour recouvrer la liberté, le roi de France s’humilia et commit une forfaiture. Son rival l’obligea à participer à l’expédition organisée pour châtier les Liégeois. Lors de l’assaut contre la ville, Louis XI fut contraint de crier : « Vive Bourgogne ! » tandis que les défenseurs répondaient : « Vive le roi de France ! ».

La fin de l’Etat Bourguignon

Louis XI n’oublia pas la leçon et rumina sa revanche. La guerre reprit les années suivantes. Défait en juin 1472 devant Beauvais, Charles le Téméraire réactiva son alliance avec le roi d’Angleterre en 1475. Edouard IV débarqua à Calais à la tête d’une puissante armée. Une grave menace pesait sur le Royaume de France. Abandonné par de nombreux vassaux, Louis XI savait qu’il ne pourrait combattre en même temps deux ennemis aussi déterminés. Par son réseau d’informateurs, il apprit que ses ennemis divergeaient sur les buts de guerre. Il s’employa à les diviser. Edouard IV accepta de le rencontrer à Picquigny. Les deux souverains s’accordèrent : en échange du paiement des frais de guerre et du versement d’une importante pension annuelle par la France, le roi d’Angleterre accepta de rompre son alliance avec Charles le Téméraire et à retourner dans son pays.

Louis XI acheta également la neutralité de plusieurs autres souverains européens dont l’empereur germanique, les cantons suisses, le duc de Lorraine, dont les Etats étaient frontaliers de ceux du Bourguignon. Tenu en échec en France, Charles le Téméraire commit l’erreur de vouloir agrandir son territoire à leurs dépens. Les Suisses lui infligèrent deux sévères défaites à Grandson, sur les rives du lac de Neuchâtel, et à Morat en 1476. Il attaqua les Lorrains et les Allemands l’année suivante. Il mit le siège devant Nancy. Craignant l’arrivée d’une armée de secours suisse, il précipita l’assaut et fut tué le 5 janvier 1477. On retrouva son corps à moitié dévoré par les loups plusieurs jours plus tard. La diplomatie de Louis XI avait vaincu la force brutale de Charles le Téméraire.

 Il fut le premier bénéficiaire de ces guerres auxquelles l’armée française n’avait pas participé. Le traité d’Arras ratifié en 1482 consacra le démembrement des Etats du duc de Bourgogne. La Bourgogne, la Picardie revinrent à la France. L’archiduc d’Autrice Maximilien récupéra tout le reste dont les Pays-Bas, la Flandre, la Franche-Comté. L’année précédente, le Royaume de France s’était accru par héritage de l’Anjou, du Maine, du duché de Bar et de la Provence avec son port Marseille. Malade, vivant reclus dans son château, craignant d’être assassiné, Louis XI mourut en laissant à son successeur un royaume agrandi et modernisé. Il mérita bien le surnom de Louis XI le Prudent.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration de Marc Daniau

Demain : Laurent Fignon

masculin
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