Louis XIII

Il est décédé le 

Elle est décédée le

14 Mai 1643

Roi de France né le 27 septembre 1601 au château de Fontainebleau, décédé au Château de Saint-Germain-en-Laye, à l’âge de 41 ans. « Louis le Juste » aidé par le cardinal de Richelieu lutta avec succès contre les prétentions de la noblesse dont il mata les révoltes. Il engagea le royaume dans la voie de la monarchie absolue.

 Fils ainé d’ Henri IV et de Marie de Médicis, Louis monta sur le trône à l’âge de neuf ans, après l’assassinat de son royal père par Ravaillac. Trop jeune pour régner, il convenait de le mettre sous la tutelle d’un régent. Les grands princes du royaume s’accordèrent sur le nom de Marie de Médicis, l’épouse du roi défunt, qui, hasard heureux, avait été sacrée reine de France à Saint-Denis l’avant-veille de l’attentat. Sa première décision consista à confirmer Sully dans ses fonctions de surintendant des finances. Une sage décision. Mais le rapprochement avec l’Espagne ultra catholique scellé par un projet de mariage entre Louis XIII et l’infante Anne d’Autriche, suscita l’inquiétude des protestants. Le fidèle ministre huguenot d’Henri IV tomba en disgrâce en janvier 1611. Son départ fragilisa la position de l’exécutif. Les nobles profitèrent de l’inexpérience gestionnaire et du manque d’appuis politiques de la régente pour orienter ses décisions dans le sens qu’ils souhaitaient. Marie de Médicis subit leurs pressions, voire leurs menaces. Pour les amadouer, elle les couvrit d’or, puisant dans les caisses de l’Etat patiemment remplies par Sully sous le règne précédant. En quelques années, elle dilapida le trésor public.

La révolte du roi

Pour renforcer sa position elle nomma au Conseil de régence un aventurier florentin Concino Concini qui avait épousé Leonora Caligaï, une amie d’enfance de la reine. Le toscan se fit nommer premier gentilhomme de la Chambre du roi, lieutenant général des villes de Péronne, Roye et Montdidier. Avec l’argent que lui offrit Marie de Médicis, il acquit le marquisat d’Ancre. Sa rapide ascension suscita la jalousie des princes français conduits par le prince de Condé. Plus grave, le parvenu traitait comme quantité négligeable le jeune roi, n’hésitant pas à le contredire en public. Le 2 octobre 1614, date de son treizième anniversaire, Louis XIII fut proclamé majeur par le parlement de Paris. Il pria sa mère de continuer à gérer les affaires du royaume. Ce même mois, les représentants des trois ordres du royaume (clergé, noblesse, tiers-état) se réunirent à Paris – ce furent les derniers états-généraux avant ceux convoqués en 1789. La reine remarqua parmi les représentants du clergé le jeune évêque de Luçon, Armand du Plessis de Richelieu, qui avait été désigné pour être le porte-parole de l’assemblée. Son intelligence et ses dons de négociateur séduisirent Marie de Médicis, la régente et reine mère. En novembre 1615, elle le nomma Grand Aumônier auprès de la reine Anne d’Autriche, épouse de son fils Louis XIII. En novembre 1617, elle le promut ministre des Affaires étrangères. Désormais, l’évêque participa aux délibérations du Conseil du roi et se rapprocha de Concini, le favori de la reine-mère, et, officieusement, le premier des ministres.

 Comme assiégé par tous ces personnages importants – sa mère, Concini, Richelieu - qui prétendaient le servir alors qu’ils empiétaient sur ses prérogatives royales, Louis XIII préparait sa revanche, attendant le moment favorable pour frapper. Sa première victime fut Concini. Il avait noté combien l’italien était impopulaire dans le royaume de France. Son inconduite, sa cupidité, son arrogance lui avaient aliéné de nombreux appuis, hormis celui de sa mère. Le 24 avril 1617, le jeune roi fit assassiner le flamboyant italien par les spadassins du duc de Luynes. Il bannit Marie de Médicis à Blois et écarta les proches de la reine du gouvernement du pays. La carrière politique de l’évêque de Luçon semblait terminée. Le croisant au Louvre, Louis XIII l’interpella vivement : « Me voila délivré de votre tyrannie ». Richelieu suivit en exil la reine mère à Blois. Il sollicita le duc de Luynes, nommé connétable de France par le roi, et tenta une médiation pour réconcilier la mère et son fils. L’échec des négociations provoqua la méfiance de la reine-mère et la colère du roi. Le roi l’expulsa en Avignon en avril 1618. Richelieu, craignant pour sa vie, rédigea son testament. Le destin vint à son secours.

L’irrésistible ascension de Richelieu

En février 1619, Marie de Médicis s’échappa du château de Blois où elle vivait en résidence surveillée. Elle prit la tête d’une rébellion aristocratique. Le duc de Luynes chargea Richelieu de trouver un accommodement entre la reine-mère et Louis XIII. En avril 1619, la mère et son fils conclurent le traité d’Angoulême qui scellait la fin de leur « guerre ». La trêve dura moins de un an et reprit l’année suivante avec en toile de fond la reprise du conflit avec les protestants. Elle se solda par la défaite militaire des nobles conduits par Marie de Médicis, Richelieu arbitrant entre les deux parties parvint à se rendre indispensable aux uns et aux autres et à affermir une réputation d’arbitre entre les factions. La mort du duc de Luynes au siège de Montauban tenu par les protestants en décembre 1621, créa un vide politique que la reine-mère s’employa à occuper. Elle s’entremit auprès du pape afin que Richelieu fût nommé cardinal en 1622. Réconcilié avec son fils, elle intrigua pour que son protégé intégrât le Conseil. Elle obtint satisfaction en avril 1624.

 Louis XIII remarqua les grandes qualités de diplomate de Richelieu, sa puissance de travail hors norme, la clarté de ses idées, ses dons pour commander et se faire obéir tout en respectant scrupuleusement la prépondérance du roi. Sa méfiance s’estompa peu à peu. Il jugea qu’il lui fallait s’appuyer sur cet homme de valeur. Une sorte de pacte politique unit les deux hommes. Marie de Médicis en fit les frais. Elle n’imaginait pas que l’homme qui lui devait tant et qu’elle croyait dominer, s’affranchirait de son influence au profit de son fils. Désormais, Richelieu consacra son énergie et son intelligence à affermir le pouvoir royal face aux forces disparates qui prétendaient le réduire. Occupant les fonctions de premier des ministres, il aida Louis XIII à inventer la monarchie absolue qui atteignit son apogée le siècle suivant, avec le Roi-Soleil, Louis XIV. Au nom de la raison d’Etat, Louis XIII, décida de réduire la puissance des protestants. Il ne remettait pas en cause leur religion mais il leur déniait le droit de créer un Etat dans l’Etat. Il fit assiéger pendant un an la place forte de La Rochelle où s’étaient retranchés les réformés. Il laissa Richelieu affamer la population dont la majorité périt. La reddition de la ville mit fin à l’autonomie politique et militaire des protestants. Néanmoins, la liberté de culte fut confirmée par l’édit de grâce d’Alès (1629).

 Il affaiblit la noblesse et les prétentions des Grands à participer au gouvernement du royaume. Il supprima les hautes charges, fit raser deux mille châteaux-forts, interdit les duels, condamna à mort de nombreux nobles qui complotaient contre sa personne ou l’Etat. Il renforça le pouvoir de contrôle et de coercition des intendants dans les domaines fiscaux, policiers et judiciaires. Il usa de tous les moyens à sa disposition pour arriver à ses fins. Il négocia quand cela était possible. Il usa de la force souvent. Paysans ou aristocrates, riches ou pauvres, tous subirent sa férule.

La journée des dupes

Sur le plan extérieur, Louis XIII lutta contre la prépondérance autrichienne en Europe. En contradiction avec sa politique intérieure, il n’hésita pas à s’allier avec des Etats protestants allemands contre les Habsbourg catholiques pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Le royaume de France finança également la Suède et la Hollande, engagées dans le conflit du côté des protestants. Marie de Médicis, qui était à la tête du parti dévot, se sentit trahie par cette politique contraire à ses vœux. Le 10 novembre 1630, elle demanda à son fils Louis XIII, un catholique fervent comme elle, le renvoi du cardinal, lui disant : « Préférez vous un laquais à votre propre mère ? » Elle pensa avoir convaincu son fils et se préparait à revenir au pouvoir encore plus forte qu’auparavant, entourée de nobles revanchards qui se partageaient déjà les places. Le garde des sceaux, Michel de Marillac, poussé par la reine-mère, complotait pour occuper le poste du cardinal. Richelieu se crût perdu. Il envisagea de fuir pour sauver sa vie. Son ami le cardinal de La Valette lui déconseilla d’abandonner la partie. L’après-midi, le duc rencontra secrètement le roi dans son pavillon de chasse à Versailles. Le lendemain, 11 novembre, à la surprise générale, Louis XIII renouvela sa confiance à Richelieu en expliquant : « je suis plus attaché à son Etat qu’à ma mère ». La « journée des dupes » se conclut par le fiasco des comploteurs. Les participants à la cabale contre le cardinal, y compris le Garde des sceaux, furent arrêtés. La reine, assignée à résidence, partit en exil en février 1631.

Un pouvoir bicéphale

Richelieu sortit grand vainqueur de l’épreuve. Après avoir aidé Louis XIII à rétablir son autorité, renforcé la politique coloniale en Afrique et aux Amériques, fondé l’ Académie française, le cardinal poussa à la guerre contre l’Espagne en 1635. Les premiers engagements tournèrent en défaveur de l’armée française. Louis XIII avec l’aide son premier ministre mobilisa les énergies et augmenta les impôts pour créer une flotte de guerre permanente. En 1640, la monarchie espagnole était sur la défensive avec la sécession de la Catalogne et du Portugal. Cette année-là, la France conquit l’Alsace et l’Artois, deux possessions de la maison des Habsbourg et en 1642, le Roussillon. Le prince Louis II de Condé remporta de brillantes victoires à Rocroi (1643), à Fribourg (1644), à Nördlingen (1645) et Lens (1648). Richelieu ne put assister au triomphe de sa politique étrangère. Malade depuis de longues années, souffrant de diverses pathologies chroniques (gonorrhée, goutte, tuberculose), le cardinal décéda le 4 décembre 1642 d’une tuberculose pulmonaire, à l’âge de 57 ans. A l’annonce de sa mort, le peuple alluma des feux de joie pour fêter l’événement. On lui reprochait d’avoir pressuré les français pour bâtir un Royaume fort alors qu’il s’était pour sa part enrichi grassement, laissant une fortune de 16 millions de livres.

 Son bras droit, Jules Mazarin lui succéda. Louis XIII également gravement malade savait sa fin proche. Le 21 avril 1643, il participa à la cérémonie de baptême du dauphin. Il demanda à Mazarin de tenir l’enfant sur les fonts baptismaux. Il annonça qu’après sa mort un Conseil de régence gérerait les affaires du royaume jusqu’à la majorité du nouveau roi. La régente, son épouse la reine Anne d’Autriche, ainsi que son frère le duc d’Orléans, le prince de Condé et le premier ministre Mazarin plus deux ministres y participaient de droit. Les décisions devaient être prises à la majorité sans voix prépondérante pour la régente. Il veilla à faire enregistrer par le parlement de Paris ses dernières volontés. Il mourut le 14 mai 1643. La petite histoire retiendra qu’il décéda un 14 mai comme son père Henri IV. Il laissait un royaume prospère doté de solides institutions. Son fils de 5 ans devint roi sous le nom de Louis XIV.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Edward Hopper

masculin
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