Louis XV

Il est décédé le 

Elle est décédée le

10 Mai 1774

 Roi de France et de Navarre, né le 15 février 1710 à Versailles, décédé dans la même ville, à l’âge de 73 ans. Surnommé le « Bien Aimé » par le peuple au début de son règne, l'arrière-petit-fils de Louis XIV ruina sa popularité en raison de sa vie dissolue et de son manque d’autorité. 

A sa naissance, Louis, duc d’Anjou, n’avait pas vocation à régner. Il arrivait en effet en quatrième position dans l’ordre de succession dynastique. Son oncle, Louis de France dit le Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV était l’héritier légitime du trône ; son père, fils cadet du Roi-Soleil, dit le Petit Dauphin arrivait en seconde position ; son frère aîné le duc de Bretagne né en 1707 le précédait également. Autant dire que ses chances de ceindre la couronne étaient faibles. En quelques années, des deuils au sein de la famille régnante bousculèrent l’ordre protocolaire. En 1711, alors qu’il était à peine âgé d’un an, le Grand Dauphin mourut de la variole. L’année suivante, Louis se retrouva orphelin. Son père, le Petit Dauphin, et sa mère, Marie-Adélaïde de Savoie, furent emportés à quelques jours d’intervalle par la rougeole. Louis et son frère contractèrent également la maladie. Un mois plus tard, son ainé mourut « soigné » par des saignées inopérantes et inutiles. Louis pourtant chétif et souffreteux survécut grâce à sa gouvernante, la duchesse de Ventadour qui doutait de l’efficacité de ces pratiques médicales arriérées. Elle interdit aux Diafoirus qu’on les pratiquât sur l’enfant et le sauva. Louis devint l’héritier du trône. Il avait deux ans. Un jour il succèderait au Roi-Soleil, son grand-père.

 Sentant venir à lui la mort, Louis XIV appela à ses côtés son arrière-petit-fils. Selon l’historien François Bluche dans son livre Louis XV, le vieux monarque lui prodigua quelques conseils qui pouvaient aussi se comprendre comme une forme de critique de ses propres actions : « Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela ; j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas, mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets ».

La régence

Le petit Louis était-il en âge de comprendre les recommandations de son aïeul ? Le 1er septembre 1715, le roi mourut. Louis monta sur le trône à l’âge de 5 ans. Mais trop jeune pour régner, on le mit sous la tutelle d’un régent. Avant sa mort, Louis XIV avait décidé d’accorder cette responsabilité à son fils bâtard, le duc du Maine, fruit de son amour illégitime avec Mme de Montespan. Le 2 septembre la lecture du testament royal confirma cette décision. Mais les magistrats du parlement refusèrent de l’entériner et désavouèrent le défunt Roi-Soleil en nommant régent le duc d’Orléans. Ce dernier, pour prix du ralliement des parlementaires à sa personne, rétablit le droit de remontrances du parlement, une disposition supprimée soixante ans plus tôt. Le 12 septembre, le petit roi tint un lit de justice qui proclama son oncle le duc d’Orléans régent du royaume. En réaction à la fin de règne austère de Louis XIV et à l’absolutisme royal, l’aristocratie se lança dans les plaisirs, la débauche et la corruption avec la neutralité bienveillante du régent connu pour ses idées libérales. Le duc d’Orléans s’appuya sur les grands seigneurs pour gouverner le pays. Il créa des Conseils (Conseil de régence, Conseil des affaires étrangères, Conseil de la guerre, Conseil de la marine, Conseil du commerce, etc.) qui fonctionnaient comme de vrais ministères. Il en résulta de nombreux conflits entre les conseillers et une cacophonie administrative préjudiciable à l’action de l’Etat. Le régent dut abandonner sa réforme et revint à un mode de gouvernement plus autoritaire. En 1720, il exila à Pontoise le parlement de Paris qui revendiquait plus de pouvoirs.

 Il affronta un défi autrement plus périlleux : le roi d’Espagne Philippe V, prétextant qu’il était le petit-fils de Louis XIV, n’avait pas renoncé à la couronne de France. En cas de décès de Louis XV, il pourrait faire valoir ses droits sur le royaume. Pour écarter cette menace, le régent se rapprocha de l’Angleterre. Une guerre éclata entre la France et l’Espagne. Vaincue, l’Espagne mit bas les armes. Pour sceller la réconciliation entre les deux royaumes, il fut décidé que Louis XV, 10 ans, épouserait l’infante Marie-Anne Victoire, 3 ans.

 Les chroniqueurs de l’époque notèrent que jamais Louis ne s’intéressa à cette « petite poupée » à laquelle il ne s’unit jamais. Pendant la régence, l’ancien évêque de Fréjus André Fleury assura l’éducation du jeune Louis XV. Une solide amitié naquit et se fortifia entre l’enfant et son précepteur, son père de substitution. Elle survécut à toutes les vicissitudes de l’histoire. Louis entretenait également les meilleures relations avec le régent. Ce dernier lui permit d’assister dès l’âge de dix ans aux Conseils de régence. Le 25 octobre 1722, Louis fut sacré roi à Reims. Le 16 février 1723, à l’âge de 13 ans, il devint officiellement majeur. La Régence finit officiellement à cette date. Le roi demanda néanmoins à son oncle de continuer à gérer les affaires du royaume avec le titre officieux de premier ministre. Le duc d’Orléans accepta mais à la fin de l’année, il mourut brutalement. Le règne de Louis XV commença vraiment.

 Le jeune roi affrontait des défis immenses. La situation financière du royaume était catastrophique. En 1718, les réformes de l’écossais John Law avaient permis de doper l’économie pendant un temps. Avec le soutien du régent, le financier avait créé une banque privée, devenue ensuite royale, qui émit du papier monnaie que les particuliers obtenaient en échange de leur or ou de leur argent. Les français adoptèrent très vite le papier-monnaie. En 1720, la planche à billets avait produit l’équivalent de 3 milliards, alors que le numéraire existant en France s’élevait à six fois moins, soit 500 millions. Il en résulta une faillite retentissante. Law qui avait été nommé surintendant (ministre) des finances s’enfuit à l’étranger, poursuivi par une meute d’actionnaires ruinés.

 Les Français croyaient ou espéraient que le roi incarnerait la rupture avec le passé. Beau, élégant et surtout jeune, il faisait souffler un air de renouveau sur le royaume. Chacun croyait qu’il se débarrasserait des vieillards corrompus qui avaient gouverné pendant la régence. Avant même d’avoir régné, il hérita sur surnom de « Bien Aimé ». Sans doute déchantèrent-ils quand Louis XV nomma premier ministre l’incompétent duc de Bourbon et appela le banquier Pâris-Duverney à diriger les finances. Le duo ministériel échoua à redresser le royaume. Pour remplir les caisses de l’Etat désespérément vides, ils créèrent de nouveaux impôts et ressuscitèrent des taxes abolies les décennies précédentes, provoquant le mécontentement des nobles, du clergé et des bourgeois. De mauvaises récoltes provoquèrent le triplement du prix du pain. Des émeutes de la faim éclatèrent en divers points du royaume, notamment à Paris où le peuple pilla les boulangeries, à Rouen, Rennes et Caen. Paris-Duverney répondit en interdisant la mendicité et en menaçant d’envoyer aux galères les mendiants.

Le cardinal Fleury premier ministre

Fleury suggéra au roi de limoger les deux hommes et d’exiler les membres de leur réseau. Louis XV procéda à cette révolution de palais en 1726. Il nomma premier ministre son ancien précepteur qui revêtit bientôt la pourpre cardinale. Agé de 73 ans, Fleury s’entoura d’une équipe compétente et dévouée. Grâce à une politique sage, il stabilisa le cours de la monnaie – elle resta invariable jusqu’à la Révolution française. Il rendit confiance aux acteurs économiques. La situation du pays s’améliora rapidement. La paix aux frontières et à l’intérieur du royaume, l’afflux de l’or du Nouveau monde, l’augmentation de la production agricole, les innovations industrielles, le recul des servitudes féodales dans les campagnes consolidèrent la prospérité. La population française s’accrut, passant de 19 millions d’Habitants en 1723 à 23 millions en 1750. En 1729, la reine enfanta enfin un garçon. Quatre ans plus tôt Louis avait en effet épousé pour des raisons d’Etat une princesse polonaise Marie Leszczynski, fille d’un roi déchu. Elle lui donna dix enfants.

 La politique modérée du cardinal Fleury permit le redressement économique du pays. Elle montra en revanche ses limites face à la révolte religieuse des jansénistes et aux prétentions des parlementaires. Le jansénisme dont la doctrine avait été condamnée par le pape cristallisa l’hostilité des élites à l’absolutisme royal, au nom de Dieu. Des parlementaires, des avocats, des bourgeois mais aussi une partie du peuple rallièrent le mouvement. Le roi signa une déclaration qui interdit les querelles théologiques et les écrits jansénistes. Une majorité de parlementaires fit connaitre son opposition en refusant d’enregistrer la déclaration de Louis XV. Le monarque exprima son mécontentement par un sévère rappel à l’ordre : « le pouvoir de faire les lois et de les interpréter est essentiellement et uniquement réservé au roi. Le parlement n’est chargé que de veiller à leur exécution ». Les parlementaires continuèrent à contester le lit de justice. Louis XV répondit en exilant 139 magistrats dans des villes de provinces. Cela suffit pour calmer leurs ardeurs contestatrices. Tout rentra dans l’ordre royal après l’affaire des illuminés de la paroisse janséniste de Saint-Médard à Paris. Après la mort d’un diacre connu pour sa dévotion janséniste, des scènes d’hystéries collectives se produisirent sur sa pierre tombe. Des fanatiques affirmaient qu’il suffisait de la toucher pour être guéri. Fleury démontra la supercherie avec l’aide de médecins. Discrédité, le mouvement janséniste déclina puis disparu.

 En février 1733, la mort du roi de Pologne provoqua une grave crise européenne. Pour le remplacer, Louis XV soutint la candidature de son beau-père Stanislas. La Prusse, l’Autriche et la Russie choisirent un autre prétendant. Un conflit armé trancherait-il la question ? Allait-on mourir pour Dantzig où Stanislas s’était réfugié après l’invasion de la Pologne par l’armée du Tsar ? Chacun fourbissait ses armées. La guerre éclata bientôt. La France remporta quelques succès en Allemagne et en Italie. Mais Fleury craignant l’enlisement ouvrit des négociations en position de force. Au bout de trois ans de discussion, le traité de Vienne signé le 18 novembre 1738 actait la renonciation de Stanislas au trône de Pologne. En compensation, il reçut les duchés de Lorraine et de Bar. Il s’installa à Nancy qu’il embellit.

Fleury avait parfaitement manœuvré. Sa politique conciliatrice avait évité une guerre et permis à la France d’occuper une place prépondérante en Europe. Mais, deux décès les années suivantes allaient bouleverser les équilibres dynastiques et géopolitiques patiemment négociés par le cardinal. Le 19 octobre 1740, l’empereur d’Autriche Charles VI mourait sans héritier mâle, ouvrant une crise de succession. Le jeu des alliances et des coalitions conduisit à l’intervention de la France en Bohème. Après une campagne victorieuse conclue par la prise de Prague, l’armée française se retira du pays en 1743. En janvier 1743, le cardinal Fleury mourut également à l’âge de 90 ans. Louis XV affirma qu’il gouvernerait seul et présiderait le conseil d’En-Haut.

Mme de Pompadour, une royale favorite

Louis XV oublia de mettre en pratique les conseils de Louis XIV qui sur son lit de mort lui avait chaudement recommandé de renoncer à la guerre. Les intérêts bien compris du royaume, les alliances dynastiques, les ambitions antagonistes des puissances plongèrent l’Europe dans une séquence guerrière d’une vingtaine d’années. Elle commença avec la crise de succession d’Autriche (1740-1748), s’apaisa pendant quelques années, le temps nécessaire pour les royaumes de reconstituer leurs forces, et se réactiva pendant la guerre de Sept ans (1756-1763). Les armées du royaume de France dirigées par Louis XV en personne remportèrent de grands succès militaires (victoire de Fontenoy contre les Anglais le 11 mai 1745, prise de Bruxelles en février 1746, invasion des Pays-Bas en juillet 1747). Mais au traité de paix d’Aix-le–Chapelle signé le 28 octobre 1748, Louis XV accepta de rendre tous les territoires conquis de haute lutte sur le continent, y compris l’opulente et riche Hollande. En échange, il récupéra quelques colonies enlevées par les britanniques. L’opinion française jugea sévèrement le roi. A quoi avaient servi les sacrifices consentis par les soldats ? La colère s’accrut quand la population apprit que le seul vrai bénéficiaire de la guerre ruineuse et sanglante était le roi de Prusse Frédéric II qui récupérait la Silésie. On se moqua de Louis XV qui avait avec ardeur « travaillé pour le roi de Prusse ». Vainqueur sur les champs de bataille, le roi semblait le grand vaincu du marchandage diplomatique.

 Une forme de désamour s’installa à cette époque entre le roi et le peuple de France. En outre sa vie privée dissolue heurtait les bonnes âmes et les dévots. Marié très jeune à une princesse polonaise, il s’était montré un époux irréprochable. Les dix grossesses de la reine avaient alourdi sa silhouette et altéré son caractère. Elle refusa de partager le lit conjugal. Le roi chercha ailleurs ce que son épouse lui déniait. Ainsi, il séduisit à tour de rôle les quatre filles du marquis de Nesles : la comtesse de Mailly, Pauline de Vintimille décédée en couche des œuvres du roi, Mme de Lauraguais surnommée « la grosse vilaine » et Mme de Tournelle faite duchesse de Châteauroux. Les chansonniers de l’époque raillèrent le roi :

« L’une est presque oubliée, l’autre presque en poussière ;

La troisième est en pied ; la quatrième attend ;

Pour faire une place à la dernière.

Choisir une famille entière.

Est-ce être infidèle ou constant ? »

 Sa dernière maitresse prétendait participer aux affaires du royaume. Elle suivit le roi en campagne dans l’est de la France. En août 1744, Louis XV tomba malade à Metz où il bivouaquait. Les médecins avouèrent leur impuissance à le guérir. On convoqua un prêtre pour qu’il administre les derniers sacrements. Le prélat y mit une condition : le roi devait d’abord chasser sa « concubine ». Louis XV accepta à contrecœur. La duchesse de Châteauroux quitta la ville sous les quolibets de la foule. Elle ne s’en remit pas et mourut en décembre de cette même année. Louis XV se consola auprès d’une nouvelle favorite, Mme Lenormant d’Etioles, une roturière qui avait épousé un jeune noble. Il l’installa à Versailles et lui attribua le marquisat de Pompadour. Une liaison de vingt ans débuta. La « Reinette » exerça une grande influence sur le roi. Non seulement elle s’employa à divertir le roi en organisant de grandes fêtes, mais elle inspira sa politique culturelle et prétendit même le conseiller sur le plan politique. Son emprise sur le monarque suscita la jalousie de la Cour et le mépris du peuple qui s’amusait des chansons injurieuses, les « poissonnades », qui la ridiculisaient. Les libelles et pamphlets lui reprochaient ses dépenses somptuaires dans ses châteaux, sa prodigalité au profit des membres de sa coterie, avec l’argent puisé dans les caisses de l’Etat, alors que le Royaume s’était endetté pour financer la guerre de succession d’Autriche. Le peuple et les bourgeois reprochèrent au roi sa passivité. Leur colère éclata quand le ministre des finances Machault d’Arnouville créa de nouvelles taxes (hausse du prix des chandelles) et impôts (imposition du vingtième sur tous les revenus) pour équilibrer le budget du royaume. Le clergé protesta contre ce qu’il appelait une « spoliation ». Finalement, en 1751, Louis XV donna raison aux ecclésiastiques et décida de les exonérer.

Le siècle des Lumières

Le royaume semblait irréformable. Les années suivantes, d’obscures questions religieuses provoquèrent des tensions entre le roi, fidèle du pape, et le parlement, encore influencé par le jansénisme. Elles stimulèrent l’ardeur des écrivains anticléricaux comme Voltaire qui proposa avec humour « d’étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ». Les philosophes alimentaient la fermentation intellectuelle par leurs écrits. Ils s’assignaient comme tâche de « rendre à la raison toute sa dignité » pour « la faire entrer dans ses droits ». Les idées nouvelles secouaient « le joug de l’opinion et de l’autorité ». Jean-Jacques Rousseau, Diderot, d’Alembert, Montesquieu croyaient en la toute-puissance de la raison pour éclairer les ténèbres qui enfantaient les fanatismes et les superstitions. Hommes des Lumières, ils contestaient, à des degrés divers, les institutions les plus indestructibles comme la religion, la monarchie absolue, l’ordre social inégalitaire. D’accord entre eux sur les maux qui minaient la société, ils divergeaient sur les remèdes. Les uns proposaient une monarchie constitutionnelle avec à sa tête un monarque éclairé ; d’autres croyaient en une République aristocratique ou populaire. Mais tous défendait les droits naturels de l’homme et luttaient contre l’intolérance.

 D’Alembert eut l’idée de regrouper toutes les idées novatrices des philosophes dans un ouvrage l’Encyclopédie. Il proposa à de nombreux écrivains de rédiger des articles sur les sujets et les thèmes les plus divers. La parution des deux premiers tomes provoqua la réconciliation provisoire des jésuites et des jansénistes scandalisés par la mise en cause des dogmes religieux. A leur initiative, le 7 février 1752, la Sorbonne interdit la vente de l’ouvrage. Les tomes III et VII parurent normalement. Mais, en mars 1759, sous la pression du parti dévot, le Conseil d’Etat prohiba l’ouvrage une nouvelle fois et obligea les éditeurs à rembourser les souscripteurs. Les années suivantes, Diderot publia clandestinement dix tomes de l’Encyclopédie. L’esprit scientifique et les idées des Lumières se répandirent par l’intermédiaire des salons littéraire qui se multiplièrent. Mais l’attentat de Damiens survenu en 1757, replongea la monarchie dans la barbarie du moyen-âge. Un déséquilibré Robert-François Damiens tenta d’assassiner le roi d’un coup de couteau. Il parvint seulement à le blesser légèrement. Torturé, accusé de régicide, Damiens fut condamné à mort par écartèlement, après avoir été tenaillé et arrosé de plomb fondu et de souffre.

 A cette occasion, Louis XV montra sa pusillanimité. Convaincu que l’attentat était un avertissement du ciel, il se livra à une confession publique de ses fautes et demanda pardon à la reine pour son infidélité. Le ministre Machault d’Arnouville croyant répondre aux vœux du roi demanda à Mme de Pompadour de quitter Versailles. Quand Louis XV guérit, la favorite se vengea de l’outrage subi en demanda le limogeage du ministre Machault et de celui du chef de la police, le comte d’Argenson. Le roi lui donna satisfaction. Il se privait de deux précieux et fidèles collaborateurs au moment où éclatait la guerre de Sept Ans. Après des succès initiaux en 1756 face à la marine anglaise, le royaume de France subit de lourdes défaites dans ses colonies. En 1763 par le traité de Paris, elle abandonna à l’Angleterre, le Canada, la Louisiane à l’est du Mississippi, la majeure partie de ses possessions aux Antilles, le Sénégal et ses comptoirs en Inde.

Impopularité

La perte de l’empire colonial laissa le peuple indifférent. Le nouveau premier ministre du roi le duc de Choiseul en fonction depuis 1758 mena une politique de redressement économique. Ami des philosophes, il se rapprocha également des parlementaires en leur immolant les jésuites dont ils combattaient les idées et le « fanatisme ». En 1764, le roi promulgua un édit d’expulsion de la Compagnie de Jésus du royaume. Les mêmes parlementaires qui prétendaient lutter contre l’intolérance des jésuites agirent avec un fanatisme identique à l’encontre des protestants dont ils renouvelèrent les persécutions. Ils envoyèrent aux galères les hommes surpris en prière dans les cérémonies religieuses clandestines, dites « au désert », ils enfermèrent leurs femmes, enlevèrent leurs filles et les confièrent à des bonnes sœurs catholiques dans des couvents. En 1761, dans cette ambiance intolérante survint l’affaire Calas, du nom d’un calviniste toulousain accusé à tort d’avoir assassiné son fils ainé pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Malgré ses protestations d’innocence et le manque de preuves, Jean Calas fut condamné à mort par le parlement de Toulouse. Il subit la peine barbare de la roue.

 Voltaire convaincu de son innocence demanda la cassation de l’arrêt du jugement. Il multiplia les libelles, rédigea en 1763 un Traité sur l’intolérance, sollicita l’aide des grands personnages comme Mme de Pompadour. Au terme d’une longue bataille juridique, l’arrêt fut cassé en juin 1764. Un an plus tard, un autre arrêt réhabilita Jean Calas. Voltaire eut moins de succès dans sa défense du chevalier de la Salle, un jeune protestant accusé à Abbeville d’avoir, à tort, mutilé un crucifix. Tout au plus avait-il lu des ouvrages tendancieux dont certains rédigés par Voltaire. Condamné à mort par le tribunal de la ville, sentence confirmée par le parlement de Paris, on lui trancha le poignet droit avant de la décapiter et de brûler son corps en même temps que le Dictionnaire philosophique de Voltaire. L’écrivain échoua à réhabilité le malheureux. Il réussit en revanche à obtenir l’acquittement du couple Sirven, des protestants également accusés par le tribunal de Mazamet d’avoir tué leur fille qui en réalité s’était suicidée.

 Pendant toutes ces années, soit par indifférence, soit par approbation, soit par crainte, le roi Louis XV n’osa pas s’opposer au fanatisme religieux des parlements qui ressuscitait des conflits dépassés et condamnés par l’évolution des idées de tolérance. Affaibli par la défaite lors de la guerre de Sept Ans, lourdement endetté, en proie à des conflits religieux toujours renaissants, le royaume affrontait une grave crise de confiance. A ces défis politiques qui tourmentaient le roi, s’ajoutèrent bientôt des drames personnels qui assombrirent la fin de son règne. Le 15 avril 1764, Mme de Pompadour mourut. En 1765, la tuberculose emporta le Dauphin. Deux ans plus tard sa fille ainée disparut. En 1768, la reine Marie Leszczynski trépassa. Le roi délégua le gouvernement de la France à Choiseul. Le premier ministre nomma un nouvel intendant des finances L’Averdy. Sa mission consistait à contenir les dépenses de l’Etat, à réduire la dette publique et à remplir les caisses de l’Etat par de nouveaux impôts. Ses mesures financières provoquèrent un nouveau conflit entre le pouvoir royal et les parlements bien décidés à défendre leurs privilèges.

Une triste fin de règne

Des récoltes insuffisantes firent craindre à un retour de la disette dans le royaume. Deux bonnes nouvelles apportèrent un répit à la monarchie. La Lorraine devint française en 1766, comme prévu par le traité de 1738 qui prévoyait le rattachement de la région à la France à la mort du roi Stanislas. Le 15 mai 1768, la république de Gènes vendit à la France ses droits sur la Corse. Les indépendantistes corses dirigés par Pascal Paoli s’opposèrent à la transaction qui niait leurs droits. Ils furent défaits à Ponte-Novo en mai 1769.

 Louis XV, alors âgé de 59 ans, seul depuis le décès de Mme de Pompadour, tomba amoureux d’une jeune femme légère Jeanne Bécu, à la beauté resplendissante, qui était la protégée du comte Jean du Barry. Le roi décida de l’installer à Versailles. On la maria à un des frères du comte du Barry. Sous ce nom elle intégra la Cour. Choiseul désapprouva la décision du roi. Il jugeait la favorite royale vulgaire et cupide. Son opposition fut une des causes de sa disgrâce ultérieure. Mais avant d’être limogé, Choiseul réussit à renforcer l’alliance entre la France et l’Autriche en arrangeant le mariage du Dauphin, le petit-fils de Louis XV et le futur Louis XVI, avec l’archiduchesse Marie-Antoinette. Les festivités organisées pour le mariage se terminèrent de la pire façon : un incendie allumé par un feu d’artifice provoqua une panique qui causa la mort par piétinement de plusieurs centaines de personnes.

 En 1770, Choiseul proposa à Louis XV de soutenir l’Espagne alors en conflit avec l’Angleterre. Quand le roi constata que les caisses étaient vides et que le royaume ne pourrait financer la guerre, il limogea Choiseul. Il confia la direction du gouvernement à un trio composé de Maupeou (premier ministre), du duc d’Aiguillon (affaires étrangères) et de Terray (finances). A peine installés aux affaires, les nouveaux ministres affrontèrent en janvier 1771 une rébellion des parlementaires qui refusaient d’enregistrer les édits fiscaux. Maupeou riposta en exilant 130 magistrats, en supprimant le parlement de Paris remplacé par six conseils supérieurs dans des villes de province, en réformant profondément la justice (gratuité de la justice, suppression des taxes payées aux juges).

 Les deux années suivantes, les mesures énergiques de l’abbé Terray, l’intendant des finances surnommé « l’abbé vide-gousset », permirent de ramener le déficit des dépenses royales de 60 millions à 24 millions. L’augmentation des impôts et non pas la réduction des dépenses expliquait ce résultat. La France était-elle sur la bonne voie ? Impossible de le savoir. Le 27 avril 1774, Louis XV tomba malade. Les médecins diagnostiquèrent la petite vérole. Le 10 mai, le roi mourut. La Cour n’osa pas organiser des funérailles publiques tant l’impopularité de l’ancien roi « Bien-Aimé » était grande, en raison de ses mœurs déréglées et des dépenses somptuaires au profit de ses maitresses. Son successeur ne put s’opposer au discrédit qui entourait la monarchie. Ouverte par Louis XV, la crise de l’Ancien régime trouva son dénouement sous le règne de Louis XVI.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Bob Marley

masculin
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21 Avril 2016 - 12:24pm

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James Gandolfini

Acteur américain, né le 18 septembre 1961 à Westwood (New Jersey), décédé à Rome (Italie), à l’âge de 51 ans. Il atteignit la célébrité mondiale en interprétant le rôle du chef de la mafia Tony Soprano dans la série télévisée du même nom.

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Julius et Ethel Rosenberg

Militants communistes américains, exécutés dans la prison de Sing Sing (New York). En pleine « chasse aux sorcières » sous le maccarthysme, ils furent accusés d’avoir espionné au profit de l’URSS. Condamnés à mort, ils furent exécutés sur la chaise électrique, malgré une campagne mondiale qui réclamait leur grâce. 

Julius Rosenberg était né le 12 mai 1918 à New York. Il mourut à l’âge de 35 ans.

Son épouse Ethel Greenglass était née le 28 septembre 1915. Elle mourut à l’âge de 37 ans.

19 Juin 1987

Michel de Saint-Pierre

Ecrivain et journaliste français, né le 12 février 1916 à Blois (Loir-et-Cher), décédé à Saint-Pierre-du-Val (Eure), à l’âge de 71 ans. Auteur de romans et d’essais il obtint en 1954 le Grand prix du roman de l’Académie française pour Les aristocrates.

19 Juin 1997

Olga Georges-Picot

Actrice française, née le 6 janvier 1940 à Shanghai (Chine), décédée par suicide à Paris, à l’âge de 57 ans. Elle joua dans Je t’aime, je t’aime (1968) d’Alain Resnais, Glissement progressif du plaisir (1974) d’Alain Robbe-Grillet

19 Juin 1993

William Golding

Ecrivain britannique, né 19 septembre 1911 à St Columb Minor (Cornouailles), décédé à Perranarworthal (Cornouailles), à l’âge de 81 ans. Auteur de Sa majesté des mouches (1954) et Rites de passages (1981). Prix Nobel de littérature en 1983.

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