Louis XVIII

Il est décédé le 

Elle est décédée le

16 Septembre 1824

Roi de France et de Navarre, né le 17 novembre 1755 à Versailles (Royaume de France), décédé à Paris, à l’âge de 68 ans. « Roi » sans couronne et sans royaume entre 1795 et 1814, il restaura la dynastie des Bourbons après l’abdication de Napoléon 1er. Après avoir « octroyé » une charte constitutionnelle à ses sujets, il favorisa les projets des ultras royalistes.

 Louis Stanislas Xavier était l’arrière-petit fils de Louis XV (décédé en 1774), le quatrième fils du dauphin du royaume Louis-Ferdinand (décédé en 1765) et le frère cadet du futur Louis XVI. Il reçut le titre honorifique de comte de Provence. Quand son frère monta sur le trône en 1774, il sollicita le titre de gouverneur du Languedoc avec l’espoir sans doute de s’y créer un fief. Le refus de son royal frère aigrit son caractère. Il combattit à la Cour de Versailles la politique de réformes décidée par Louis XVI pour mettre fin à la crise financière de l’Etat. Il mobilisa les grands du royaume contre ses projets de mettre à contribution les classes privilégiées, la noblesse et le clergé. Ses intrigues contribuèrent à la chute de Turgot, de Necker et en 1787 de Calonne. Ainsi, il contribua à accélérer la crise de l’ancien régime. En 1789, à rebours de ses positions précédentes, il défendit la proposition de doubler le nombre des députés du tiers Etat aux états généraux, s’opposant ainsi à la décision de Louis XVI, hostile à cette mesure. Son point de vue exprimé de manière publique affaiblit l’autorité du roi, mais ne lui valut pas pour autant la reconnaissance des députés qui se méfiaient de ce prince démagogique.

 Le comte de Provence constata combien il était peu populaire quand les révolutionnaires exigèrent son départ de Versailles et son installation au Petit Luxembourg après les journées des 5 et 6 octobre 1789. Il s’y sentit prisonnier du peuple de Paris et prépara minutieusement sa fuite. Le 20 juin 1791, pendant son frère Louis XVI et sa famille prenait la direction de l’est de la France pour une évasion qui se termina piteusement à Varenne, il se déguisa en bourgeois et muni de faux papiers rejoignit les Pays-Bas. Plus chanceux que son frère, il trouva asile à Coblence. Considérant que son frère était prisonnier des révolutionnaires, il annonça qu’il ne reconnaissait plus son autorité. L’Assemblée législative le déchut en janvier 1792 de ses droits à la couronne. Le comte de Provence réunit autour de sa personne les nobles émigrés. Il mit sur pied une armée de 14 000 hommes. La victoire des révolutionnaires à Valmy refroidit les ardeurs guerrières des nobles. Le comte de Provence se réfugia à Hamm.

 Après l’exécution de son frère en janvier 1793, il se proclama « régent » du dauphin – Louis XVII - toujours détenu à la prison du temple à Paris avec sa mère Marie-Antoinette et sa sœur. A la mort de l’enfant en juin 1795, il prétendit être le dépositaire de la couronne de France sous le nom de Louis XVIII. Une longue période d’exil et d’errance commença pour Louis XVIII, le roi sans couronne et sans royaume. Victime des guerres napoléoniennes, soumis aux incessants renversements d’alliances entre les belligérants et les alliés, jouet des négociations diplomatiques entre les grandes puissances il vécut en Italie, en Prusse, en Suède, en Russie et enfin en Angleterre où il apprit en mars 1814 la défaite de Napoléon 1er face à la sixième coalition (Royaume-Uni, Prusse, Russie, Suède, Autriche).

Première Restauration de la monarchie

Le 1er avril 1814, le Sénat conservateur élit Talleyrand président d’un gouvernement provisoire. Le 2 avril, les parlementaires votèrent la déchéance de Napoléon 1er et à la demande de Talleyrand offrirent la couronne de France au comte de Provence. Les alliés dont les armées occupaient une grande partie de la France hésitaient à rétablir la dynastie des Bourbons. Le président du gouvernement provisoire usa de toute sa persuasion pour convaincre le tsar de Russie d’accepter ce choix. Finalement, il se rendit aux arguments de l’ancien évêque d’Autun.

 Débarqué à Calais le 24 avril, Louis XVIII protesta quand il apprit qu’une commission sénatoriale prétendait lui imposer une monarchie constitutionnelle avec deux Chambres élues. Il se considérait comme un monarque de droit divin et rejeta la proposition. Son entourage le convainquit de faire un pas en direction des sénateurs. A Saint-Ouen, il annonça qu’il acceptait le principe d’une Constitution. Le 3 mai, il fit son entrée à Paris sous les ovations de la population, la même qui avait applaudi à la mort de Louis XVI, vingt ans plus tôt. Depuis, de l’eau était passé sous les ponts qui enjambaient la Seine. La monarchie était restaurée vingt-deux ans après son abolition.

 A peine installé aux Tuileries, Louis XVIII nomma un gouvernement. Le chancelier Dambray le présida, Talleyrand, qui visait le poste, devint ministre des affaires étrangères. Il usa de tous ses talents pour négocier la paix avec les puissances victorieuses. Le 30 mai, le traité de Paris n’imposa pas de conditions draconiennes à la France : certes, elle rendait la quasi-totalité des conquêtes de Napoléon 1er et retrouvait ses frontières de 1792, mais elle gardait la Savoie, le Comtat Venaissin, des enclaves comme Marienbourg, Sarrelouis, Mulhouse et Montbéliard. Elle retrouvait ses colonies, sauf Saint-Domingue et l’île de France. En outre, la France fut exonérée du paiement d’indemnités de guerre et des frais d’entretien des armées d’occupation qui restaient à la charge des alliés. On ne lui réclama pas non plus la restitution des œuvres d’art pillées dans les pays conquis.

 Le 4 juin, Louis XVIII « octroya » aux Français une « Charte constitutionnelle » qui faisait la synthèse entre les principes monarchiques et certains acquis de la Révolution. Datée de « la dix neuvième année de son règne » - Louis XVIII considérait qu’il régnait depuis la mort de Louis XVII -, le préambule de la Charte rappelait que « l’autorité tout entière réside dans la personne du roi » qui est « inviolable et sacrée ». Concession à la Révolution, la Charte garantissait les droits individuels, le droit de propriété, la liberté de la presse, la liberté des cultes – même si le catholicisme était religion d’Etat -, l’égalité de tous devant l’impôt. Pour rassurer les bourgeois et les hommes d’affaires qui s’étaient enrichis pendant la Révolution, la vente des biens nationaux des nobles et du clergé ne fut pas remise en cause.

 La Charte reconnaissait au roi le pouvoir exécutif. Il choisissait ou révoquait les ministres qui n’étaient pas responsables devant le parlement. Deux Chambres étaient instituées : la Chambre des pairs composée de nobles du royaume nommés à vie par le roi, la Chambre des députés et des départements élue au suffrage censitaire. Seuls étaient électeurs les sujets qui payaient plus de 300 francs d’impôt -1000 francs pour être éligible.

 Les difficultés de tous ordres mais surtout économiques s’accumulèrent rapidement. Les finances de l’Etat étaient vides. Faute d’argent, le gouvernement démobilisa 300 000 soldats et mit en demi-soldes plus de 12 000 officiers. Les vieux grognards durent laisser la place aux anciens officiers émigrés qui n’avaient jamais combattu ou avaient servi dans les rangs des armées étrangères. Les messes expiatoires en souvenir des exécutions de Louis XVI et de Marie-Antoinette mais aussi en l’honneur des chefs vendéens ou du général Moreau, tué par un boulet français après sa trahison, provoquèrent le mécontentement des anciens révolutionnaires et des bonapartistes.

 Dans ce climat troublé éclata l’annonce surprise du retour de Napoléon 1er. L’empereur de l’île d’Elbe débarqua à Golfe Juan le 1er mars 1815 avec l’intention de reprendre le pouvoir. Le 20 mars, il arriva à Fontainebleau, là où moins de un an plus tôt il avait signé son abdication. Les troupes chargées de l’arrêter passèrent au contraire à son service. Louis XVIII hésitait sur la conduite à tenir. L’écrivain Chateaubriand le poussa à rester assis sur son trône des Tuileries, ajoutant : « Que le dernier exploit de Napoléon soit l’égorgement d’un vieillard ». Louis XVIII répugnait à jouer les martyrs. Le soir même de l’arrivée de l’empereur à Fontainebleau, il prit la route pour Lille, puis la Belgique où il s’installa à Gand avec son gouvernement. Napoléon 1er arriva aux Tuileries. Il modifia la constitution de l’Empire dans un sens libéral. On demanda au peuple de valider la nouvelle Constitution par un plébiscite. Sur les 5 millions d’électeurs inscrits, 1, 5 million l’approuvèrent contre 4802. La majorité des Français - surtout dans le midi en dans l’ouest où la guerre reprit en Vendée – s’était abstenue. Un désintérêt inquiétant.

Après les Cent-Jours, la deuxième Restauration

Les puissances européennes réunies en Congrès à Vienne réagirent promptement. Ils mirent en place une nouvelle coalition militaire pour arrêter le Corse. De puissantes armées britanniques et prussiennes prirent position en Belgique. Avant de passer à l’action, elles attendaient l’arrivée des forces autrichiennes et russes. En face, Napoléon massa 125 000 soldats. Le 15 juin, il engagea les hostilités avant l’arrivée des renforts alliés. Le 18 juin, la bataille décisive se déroula sous la pluie à Waterloo. L’armée française y fut défaite. Rentré à Paris, Napoléon abdiqua pour la seconde fois le 22 juin, avant d’être envoyé en exil à Sainte-Hélène par ses vainqueurs le 15 juillet. Son épopée avait duré Cent-Jours

 Une semaine plus tôt, le 8 juillet, Louis XVIII était rentré en France, « dans les fourgons des armées étrangères », déclarèrent ses ennemis. Il trouva un pays divisé entre factions rivales (royalistes, bonapartistes, néojacobins), en proie à la haine, ravivée par les derniers événements. Un fort courant au sein des Chambres était hostile à son retour. Certains proposaient de donner la couronne au duc d’Orléans. Il trouva un appui du coté de Talleyrand et de Fouché, deux politiciens qui avaient soutenu tous les régimes depuis 1789. Il nomma son ancien ministre des affaires étrangères président du Conseil. L’ancien député conventionnel qui avait voté la mort de Louis XVI en janvier 1793 devint son ministre de la police. En voyant les deux hommes prêter serment de fidélité au roi, l’un soutenant l’autre, Chateaubriand écrivit : « le vice appuyé sur le crime ».

 Pendant ce temps, la Terreur blanche – qualifiée ainsi en référence à la Terreur révolutionnaire des années 1793-1794 – ensanglanta le midi de la France. Les « verdets » massacrèrent à Marseille des anciens soldats de la garde impériale, de vieux jacobins rentrés dans le rang. Dans la région nîmoise, les ultras royalistes organisèrent des tueries contre les populations de confession calvinistes, les anciens révolutionnaires et les partisans de l’empereur. Le maréchal Brune (à Avignon) et le général Ramel (à Toulouse) furent assassinés par des émeutiers. Des tribunaux condamnèrent à mort le maréchal Ney, les généraux Faucher, le comte de La Bédoyère, le général Mouton-Duvernet pour avoir rallié Napoléon. Plus tard, Carnot, Cambacérès, le peintre David et tous les conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI durent s’exiler.

 Les élections du mois d’août marquèrent un net virage à droite. Quand on lui communiqua les résultats, le roi s’exclama : « Mais, c’est une chambre introuvable », composée presque exclusivement d’ultras royalistes qui souhaitaient le retour à l’Ancien régime. Les députés obtinrent la tête du régicide Fouché qui se croyait intouchable après avoir bien servi son nouveau maître en établissant une liste de proscriptions comprenant 57 noms dont des généraux et des maréchaux qu’il avait côtoyés sous l’Empire. Talleyrand fut également remercié et remplacé le 25 septembre par Richelieu, un homme modéré qui mena une politique d’apaisement et mit fin à la Terreur blanche. Il dut néanmoins composer avec la majorité réactionnaire à la Chambre et fit voter une loi de « sûreté générale » qui permettait l’emprisonnement sans jugement de toute personne suspectée de complot, et une loi répressive sur les « écrits et cris séditieux ».

Le 20 novembre 1815, le gouvernement signa un nouveau traité de Paris avec les puissances occupantes. Ses clauses aggravèrent celles du premier traité. La France rendait plusieurs places fortes qui protégeaient ses frontières du Nord et de l’Est. Elle restituait la Savoie à son duc. Elle devait acquitter en cinq ans une indemnité de guerre de 700 millions et payer la solde (130 millions par an) des 150 000 hommes qui occupaient le pays. Louis XVIII obtint néanmoins leur évacuation de Paris en 1816.

Les Ultras au pouvoir

A la suite d’un nouveau complot – découvert à temps – contre la monarchie, les députés ultras accusèrent Louis XVIII de mollesse. Ils demandèrent la restitution de biens ayant appartenu jadis au clergé et votèrent une motion contre le remboursement aux alliés des dettes contractées sous l’Empire. Le tsar menaça en cas de non paiement des dettes de maintenir la France sous occupation. Le 5 septembre, Louis XVIII se résolut à dissoudre la « chambre introuvable ». De nouvelles élections virent la victoire du parti constitutionnel composé de royalistes modérés et de quelques partisans des idéaux de 1789. En 1818, au Congrès d’Aix-la-Chapelle, les Alliés décidèrent d’évacuer la totalité de leurs troupes, le royaume de France ayant rempli la partie de son contrat. Le mérite en revenait d’abord à Richelieu. Louis XVIII ne lui en sut pas gré. A la fin de l’année, il le démit de ses fonctions et le remplaça par le général Dessole. Mais l’homme fort du gouvernement était le ministre de l’intérieur Elie Decazes, un protégé du roi. Le gouvernement fit voter des lois libérales, notamment la suppression de la censure de l’autorisation préalable de publication. Mais, la période d’ouverture libérale prit fin après l’assassinat le 13 février 1820 du duc de Berry par un ouvrier sellier bonapartiste du nom de Louis Louvel. Neveu de Louis XVIII, le duc était l’héritier présomptif du trône. Le criminel affirma qu’il avait tué le prince pour supprimer le seul descendant à la dynastie. Il avait manqué son coup. On apprit ce même jour que l’épouse du duc de Berry était enceinte.

 La presse royaliste et d’extrême-droite accusa Decazes d’être responsable du crime. En autorisant la presse d’opposition, il avait permis la diffusion d’écrits séditieux, affirmèrent ses détracteurs. Louis XVIII accepta sa démission. Le départ du ministre honni marqua la fin du régime libéral. Richelieu redevint premier ministre. La monarchie réprima sévèrement ses opposants. La censure réapparut, la loi électorale fut modifiée pour favoriser les royalistes et les sujets les plus riches. L’agitation grandit à Paris. Inspiré des carbonari italiens, le mouvement des Charbonniers opposé à la monarchie, s’implanta à Paris en mai 1821. Les élections envoyèrent à la Chambre une large majorité de députés ultras. Accusé de faiblesse, Richelieu démissionna. Le comte de Villèle le remplaça. Il rétablit l’autorisation préalable pour la presse. On retira les corps de Voltaire et de Rousseau du Panthéon qui redevint un lieu de culte. Le clergé fut chargé de l’enseignement des enfants. On ferma également l’Ecole normale. Le 21 septembre 1822, quatre sergents de La Rochelle, membres de la Charbonnerie, furent guillotinés pour avoir tenu des propos hostiles à la monarchie.

 En avril 1823, la France intervint militairement en Espagne pour remettre sur le trône le roi Ferdinand qui avait refusé de partager le pouvoir avec un parlement (les Cortès). L’expédition suscita un profond malaise en France. Chacun se souvenait que quinze ans plus tôt Napoléon avait échoué en Espagne. Après la prise du Trocadéro, le fort de Cadix ou était retenu prisonnier Ferdinand, la guerre s’acheva par la victoire des français et du roi espagnol qui remonta sur le trône, rétablit son pouvoir absolu et se livra à de furieuses représailles contre les députés des Cortès.

 Ce fut la dernière « victoire » de Louis XVIII. Goutteux, obèse, se déplaçant à l’aide de béquilles, il vécut la dernière année de sa vie assis dans un fauteuil roulant. Son inactivité forcée favorisa l’apparition de la gangrène dans ses deux jambes. Il mourut dans d’atroces souffrances le 16 septembre, à l’âge de 68 ans.

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Alfred de Vigny

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