Louison Bobet

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13 Mars 1983

Champion cycliste français, né le 12 mars 1925 à Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine), décédé à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Coureur à panache intelligent et courageux, aimé de la foule, il remporta à trois reprises le Tour de France (1953, 1954, 1955), devint champion du monde sur route en 1954 et remporta 5 classiques dont Paris-Roubaix (1956) et Milan-San-Remo (1951). Il réussit une brillante reconversion en développant la thalassothérapie en France.

 

Fils d’un couple de boulangers bretons – le mari au fournil, l’épouse au comptoir – Louis portait le même prénom que son père. Pour les distinguer, on le rebaptisa Louison. Selon la légende, Louison chevaucha son premier vélo à l’âge de deux ans. A dix ans, après ou avant l’école et le jeudi, dressé sur les pédales de sa bicyclette, il livrait aux clients le pain que son père avait cuit. Pendant son enfance, Louison pratiqua le football et le tennis de table sous l’influence de son père. A douze ans, pour le récompenser d’avoir obtenu son certificat d’études primaires, un examen très prisé à l’époque, Louis lui offrit un vélo de course de marque Stella. La passion du cyclisme n’allait plus quitter Louison.

Pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation du pays par les Allemands, la famille de boulangers (les parents, Louison, la sœur Madeleine et le frère Pierre) vécut comme tous les Français dans les privations et l’humiliation de la défaite. En 1944, les hommes de la famille rejoignirent des résistants FFI. Louison devint un agent de liaison de la Résistance. Il intégra l’armée officielle. En garnison à Locoal-Menon (Morbihan), il tomba amoureux de la fille des épiciers du village, Christiane Tardiff qu’il épousa en 1946 après avoir été démobilisé. Le couple s’installa à Rennes et ouvrit une épicerie. Mais Louison Bobet rêvait d’une autre vie. Il reprit l’entrainement, participa à plusieurs épreuves en amateur dans cette terre de cyclisme qu’était la Bretagne. Repéré par Paul Le Drogo, un entraineur qui montait une équipe professionnelle sponsorisée par la marque de cycles Stella, Louis Bobet signa son premier contrat professionnel en 1947. Pour ses débuts, il frappa les esprits de ses rivaux en remportant plusieurs épreuves de prestige : les Boucles de la Seine, le Tour du Finistère, la Course à la mer plus une étape. Les deux années suivantes, il inscrivit à son palmarès le Tour de l’Ouest et le critérium des As.

 Connu en Bretagne, Louison Bobet semblait devoir rejoindre le peloton des bons coureurs régionaux, incapables de briller dans des courses plus relevées. Mais, il démentit à la pédale ces sombres jugements. En 1948, après avoir porté le maillot jaune pendant un jour, il finit quatrième lors de sa seconde participation au Tour de France, remporté par Gino Bartali. Le vieux champion italien lui rendit hommage : « en un mot, il m'a émerveillé. [...] Quand il aura un peu plus de métier, ce sera un très, très grand champion. Il gagnera le Tour, j'en suis certain ». L’année suivante, Bobet ne confirma pas cette prédiction. Malade, en méforme, il abandonna lors plusieurs courses dont le Tour et le Critérium du Dauphiné. A la fin de la saison, il retrouva des couleurs et battit Fausto Coppi au Critérium des As. Devenu l’ami du « campionissimo » italien, il s’inspira de ses méthodes d’entrainement révolutionnaires, de son alimentation et de son hygiène de vie.

En 1950, après une excellente sixième place à Milan-San Remo et une victoire au Grand prix de l’Echo d’Alger, il remporta sa première grande victoire nationale en devenant champion de France sur route sur le circuit de Montlhéry. Une victoire endeuillée par la chute et la mort après un coma de neuf jours de son concurrent Camille Danguillaume, renversé dans le final par une moto de l’organisation. Pour sa troisième participation au Tour de France, Louison Bobet se classa à une prometteuse troisième place derrière le vainqueur suisse Ferdi Kübler et le belge Stan Ockers. L’année suivante, l’équipe Stella décida de ne pas aligner Louison Bobet et Pierre Barbotin sur la classique Milan-San Remo, pour d’obscures raisons commerciales. Décidés à ne pas se laisser faire, les deux coureurs s’engagèrent dans l’équipe italienne Bottechia. Au terme des 300 kilomètres de l’épreuve, les deux hommes échappés se présentèrent ensemble sur la ligne d’arrivée. Louison Bobet l’emporta au sprint. Avec panache, il inscrivit ainsi sa première classique à son palmarès. Après un Tour de France médiocre (20e mais une victoire d’étape), Louison Bobet finit la saison en gagnant une seconde classique italienne le Tour de Lombardie, devant Giuseppe Minardi et Fausto Coppi.

 En 1952, après un début d’année prometteur (victoire à Paris-Nice et au Critérium national), une angine tenace l’obligea à renoncer au Tour de France, une épreuve qui semblait lui échapper. Il se consola en remporta en octobre le Grand prix des nations, un contre-la-montre de 140 kilomètres.

Premier vainqueur de trois Tour consécutivement

Agé de 28 ans en 1953, Louison Bobet était considéré par le public et les journalistes comme un coureur talentueux mais incapable de remporter un grand tour en raison d’une santé fragile. Le début du Tour de France sembla leur donner raison. Victime d’une induration à la selle, Bobet perdit dix minutes lors de la première étape. Son rival breton de l’équipe de l’ouest Jean Robic prit l’ascendant et s’empara du maillot jaune dans les Pyrénées. Un médecin incisa l’abcès. Bobet alla mieux. Une offensive de l’équipe de France entre Albi et Béziers permit de piéger et d’éliminer Robic qui perdit dans l’affaire 45 minutes. Bobet se présenta au pied des Alpes en troisième position avec un retard de 3 minutes sur le leader de l’épreuve son compatriote Jean Malléjac, de l’équipe de l’ouest. Entre Gap et Briançon, il attaqua au col de Vars et se détacha dans l’ascension du terrible col de l’Izoard. Vainqueur en solitaire à Briançon, il revêtit le maillot jaune avec huit minutes d’avance sur Malléjac. Le Tour était plié. Il conforta son avance deux jours plus tard en remportant le contre-la-montre entre Lyon et Saint-Etienne.

 En 1954, il remporta de nouveau l’épreuve devant le suisse Ferdi Kübler, relégué à un quart-d’heure au classement général, empochant trois victoires d’étape au passage. Trois semaines plus tard, il s’imposa en solitaire au championnat du monde organisé à Solingen (Allemagne fédérale). 1955 reste sa plus grande année. Débarrassé de ses problèmes de santé, Louison Bobet remporta le Tour des Flandres en avril, le Critérium du Dauphiné Libéré en juin, le Tour de France pour la troisième fois en juillet et le Tour du Luxembourg. Premier coureur à remporter consécutivement le Tour, Louison Bobet était adulé par le public séduit par sa belle gueule hollywoodienne, sa culture, ses dons de séducteurs. C’était oublier que l’homme était dur au mal, contrairement aux affirmations de ses détracteurs qui l’affublèrent de surnoms ridicules : Louisette, la pleureuse, Louisette-Bonbon, notamment.

Le lent déclin d’un champion

 En 1956, il gagna enfin Paris-Roubaix où il avait accumulé les places d’honneur, les années précédentes. Il déclara forfait pour le Tour. En 1957, signe d’un début de déclin, il refusa de participer au Tour de France, remporté cette année-là par un jeune espoir du cyclisme Jacques Anquetil. Il multiplia les secondes places, au Tour d’Italie qu’il perdit pour 19 secondes, au championnat du monde sur route, à Paris-Tours au Critérium international. En 1958, il se classe septième du Tour et encore deuxième au championnat du monde. En 1959, il renoua avec le succès en empochant Bordeaux-Paris, une classique à la longueur démesurée de 600 kilomètres et en remportant le classement général de Rome-Naples-Rome. Lors de sa dernière participation au Tour de France, exténué et sans force, il eut la coquetterie d’abandonner en haut du col de l’Iseran. En 1961, il remporta la dernière de ses 122 victoires homologuées à l’occasion de la troisième étape du Tour de l’Aude. En décembre, un accident de voiture à Montry (Seine-et-Marne) provoqua de graves blessures à ses jambes. Amoindri, il décida à l’âge de 34 ans de mettre un terme à sa carrière sportive. Nos confrères Mustapha Kessous et Clément Lacombe dans le livre Les cent histoires du Tour de France portent ce jugement sur la carrière du champion : « Car si Louison Bobet était un excellent coureur, il ne grimpa jamais aussi bien qu’un Fausto Coppi, ne roula jamais aussi fort qu’un Jacques Anquetil, ne fut jamais aussi complet qu’un Eddy Merckx ou un Bernard Hinault. […] Fier et susceptible, Louison Bobet était mû par un courage exceptionnel et une rage de vaincre inédite, une quête de la perfection jamais assouvie ».

 Pendant sa convalescence, Louison Bobet fut soigné au centre de thalassothérapie de Roscoff. Surpris par les vertus curatives de l’eau de mer, il se reconvertit en finançant la construction d’un centre à Quiberon. Devenu un entrepreneur ambitieux et un homme d’affaire avisé, il implanta plusieurs établissements en France et à l’étranger. Passionné d’aviation, il traversa à deux reprises l’Atlantique aux commandes de son avion personnel. Après avoir subi une ablation d’un rein en 1982, son état de santé s’aggrava. Les médecins diagnostiquèrent un cancer au cerveau qui provoqua son décès.

J.-P.G.

Demain : Karl Marx

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