Luigi Pirandello

Il est décédé le 

Elle est décédée le

10 Décembre 1936

Ecrivain italien, né le 28 juin 1878 à Agrigente (Sicile), décédé à Rome, à l’âge de 69 ans. Peintre de l’absurdité de la vie et de l’incommunicabilité entre les êtres, il publia des recueils de poésie, des nouvelles, des romans (Feu Mathias Pascal en 1904, Un, personne et cent mille en 1926), des pièces de théâtre (Chacun sa vérité en 1916, Six personnages en quête d’auteur en 1921, Henri IV en 1922). Il reçut le prix Nobel de littérature en 1934.

Comme un signe du destin, Luigi Pirandello naquit au lieu-dit le « Caos » en pleine épidémie de choléra. Son père Stefano était un riche propriétaire qui avait rejoint les volontaires de Garibaldi pendant la guerre d’indépendance italienne et sa mère appartenait à une famille aristocratique et patriote. Le jeune Luigi envisagea de travailler avec son père à la soufrière familiale. Finalement, il renonça et poursuivit ses études à Rome en 1887 puis ensuite à Bonn en Allemagne où il obtint son diplôme de philosophie après la publication de sa thèse sur les dialectes d’Agrigente, écrite en Allemand. Pendant ces années, il rédigea des nouvelles et des œuvres poétiques dont Le Mal joyeux en 1889 et Les Pâques de Géo en 1891. De retour en Italie en 1894, il épousa Maria Antonietta Portulano, la fille de l’associé de son père. Ce mariage arrangé lui valut une confortable dot, trois enfants et de nombreuses déceptions. Son épouse peu instruite et jalouse ne comprit jamais l’intérêt de Pirandello pour la littérature et l’ascendant intellectuel qu’il exerçait auprès de son entourage. Son caractère s’aigrit à mesure que la notoriété de l’écrivain augmentait. En effet, professeur de style dans une école normale pour jeunes filles – il y enseigna pendant 24 ans -, Pirandello persévéra dans carrière d’écrivain malgré le peu de succès public et commercial de ses premiers ouvrages. Il publia son premier recueil de nouvelles Amours sans amour en 1894. Comme la plupart de ses ouvrages, la Sicile servait de cadre à cette description minutieuse des mœurs de la petite bourgeoisie et des paysans.

Le romancier de l’incommunicabilité

En 1903, un éboulement survenu dans la mine de soufre provoqua la faillite de l’entreprise familiale dans laquelle Luigi Pirandello avait investi toutes ses économies et la dot de sa femme. Ruiné, il envisagea de mettre fin à ses jours. La dépression de son épouse se transforma en folie. Pirandello reprit courage. Il refusa de faire interner Maria et trouva le salut dans l’écriture. En 1904, il publia Feu Mathias Pascal, l’aventure dramatique d’un bibliothécaire marié donné par erreur pour mort et ainsi condamné à la solitude et à l’errance en raison de l’absence d’identité. Son troisième roman lui apporta la reconnaissance de la critique, celui des lecteurs et arrondit son compte en banque. Sa manière si particulière de représenter l’absurdité de la vie et l’incommunicabilité entre les hommes poussés à la folie devint la marque de fabrique de l’œuvre de Pirandello. Des années plus tard, le critique italien Nino Frank s’interrogea : « Lequel est né d'abord, de l'œuf ou de la poule ? Pirandello est-il devenu Pirandello parce que sa femme était folle, ou vice versa ? Peu importe à l'heure qu'il est. Ce qui importe, c'est que ce cas familial conditionne désormais l'inspiration de l'écrivain ». En 1911, il s’inspira en effet de sa propre vie pour mettre en scène dans Giustino Roncella né Baggiolo, l’histoire d’un employé modeste et inculte qui épousait une écrivaine. Devenue célèbre, cette dernière s’éloigna progressivement de son époux et le quitta pour un auteur de roman à la mode. A la fin, après la mort de son fils, elle retournait vivre auprès de son mari. Mais, les deux époux ne pouvaient plus communiquer. Chacun restait seul, enfermé dans sa douleur.

 En 1902, Luigi Pirandello avait renoncé à la poésie. Il continua à publier des romans et des nouvelles. En 1898, il avait abordé également le théâtre avec la pièce L’Etau. En 1912, il décida de se consacrer à ce genre littéraire. Les débuts furent décevants. Les metteurs en scène ne se pressaient pas pour les monter. La critique littéraire restait dubitative et lui préférait ses romans. Pirandello lui-même commença à douter. Il écrivit à son fils Stefano en 1917 : « Le théâtre, comme tu sais, ne me tente pas beaucoup. Je fermerai cette parenthèse théâtrale pour me remettre à mon travail de narrateur, plus naturel ».Finalement, il eut la bonne idée de persévérer. En 1917, parurent Liola, La Volupté de l’honneur, A Chacun sa vérité qui reçut un bon accueil à Milan. La vie de Pirandello bascula pendant la Grande Guerre. Ses deux fils Stefano et Fausto avaient été mobilisés et combattaient au front les Autrichiens. Quand sa mère apprit que Stefano avait été fait prisonnier, elle sombra dans la démence. Il était impossible de la soigner à son domicile. L’écrivain se résolut à la faire interner dans un hôpital psychiatrique où elle mourut en 1959.

La reconnaissance internationale

Il se remit à l’ouvrage. En 1921, il présenta en mai à Rome Six personnages en quête d’auteur. Le public bouda cette œuvre originale et novatrice. A Milan, en revanche ce fut le triomphe. La pièce fut traduite en anglais et montée à New York. L’année suivante, sa nouvelle œuvre Henri IV, remporta un énorme succès en Italie avant de conquérir le monde entier. Il s’agissait d’un drame dans lequel un personnage jamais nommé était ou jouait à être l’empereur du Saint-Empire Henri IV. Le spectateur se posait des questions : l’homme était-il vraiment un monarque ? Simulait-il la folie avec la complicité bienveillante de son entourage? Etait-il vraiment fou ? L’œuvre littéraire de Pirandello fut alors traduite en Français et publiée par la NRF. A son traducteur Benjamin Crémieux qui lui demandait de rédiger une petite note biographique, Luigi Pirandello lui répondit : « Vous désirez quelques notes biographiques sur moi et je me trouve extrêmement embarrassé pour vous les fournir ; cela, mon cher ami, pour la simple raison que j'ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire, mais exactement rien, sur ma vie, si ce n'est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l'écris. De sorte que si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre : Attendez un peu, mon cher Crémieux, que je pose la question à mes personnages. Peut-être seront-ils en mesure de me donner à moi-même quelques informations à mon sujet. Mais il n'y a pas grand-chose à attendre d'eux. Ce sont presque tous des gens insociables, qui n'ont eu que peu ou point à se louer de la vie ».

 Le dramaturge éclipsa le romancier. Pirandello continua néanmoins à écrire des nouvelles -365 en tout - qu’il rassembla dans Nouvelles pour une année dont quinze volumes parurent entre 1894 et 1936. Cette comédie humaine à la saveur sicilienne regroupait plus de 2200 pages. En 1924, l’écrivain adhéra au fascisme. S’il rencontra Benito Mussolini, il se garda bien de s’engager activement dans le combat politique. Au fil des ans, à mesure que la dictature s’affirmait, il s’en détacha mais sans faire de vagues. En 1925, il fonda le Théâtre d’art de Rome et publia un nouveau roman Un, personne et cent mille. Il entretint une liaison amoureuse avec une des jeunes actrices Marta Abba qui fut sa muse pendant quelques années. Le couple voyage beaucoup puis se sépara. Leur correspondance fut publiée plus tard sous le titre Lettres d’amour de Luigi Pirandello à Marta Abba. A la fin des années 1920, il vécut deux ans à Berlin où il sentit monter la vague nationale-socialiste, puis à Paris. Célèbre, reconnu comme un des grands dramaturges du siècle, il publia Quand on est quelqu'un, une réflexion sur les sortilèges et les mensonges de la notoriété. L’année suivante, son œuvre fut couronnée du prix Nobel de littérature. Les jurés expliquèrent qu’ils avaient tenu à récompenser « son renouvellement hardi et ingénieux de l'art du drame et de la scène ». Victime de plusieurs accidents cardiaques les deux dernières années de sa vie, Pirandello s’éteignit des suites d’une pneumonie. Il mourut avant d’avoir pu achever sa dernière œuvre Les Géants de la montagne qu’il présentait comme son « chef-d’œuvre » et comme « une fête pour l’esprit et pour les yeux ».

J.-P.G.

Demain : Elvire Popesco

masculin
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