Madame de Pompadour

Il est décédé le 

Elle est décédée le

15 Avril 1764

Marquise française, née le 29 décembre 1721 à Paris, décédée à Versailles, à l’âge de 42 ans. Roturière, elle intrigua et devint la maitresse puis la favorite influente du roi Louis XV qui lui conserva son amitié jusqu’à sa mort. Elle protégea les arts et les lettres et défendit les encyclopédistes. 

Jeanne-Antoinette Poisson était la fille d’un bourgeois, haut-fonctionnaire royal, préposé aux subsistances qui s’était réfugié en Allemagne à la suite de malversations financières. Après son divorce, sa mère Madeleine de la Motte, connue pour ses liaisons amoureuses et adultérines, multiplia les conquêtes masculines et fit tourner la tête de plus d’un grand personnage de l’époque. Jeanne-Antoinette Poisson reçut une éducation soignée : littérature, philosophie, arts, danse, chant. Belle, intelligente, cultivée, elle fréquenta très jeune les salons littéraires où les grands esprits du temps, de Voltaire à Fontenelle en passant par Montesquieu, aimaient échanger et développer devant des invités séduits leurs idées hardies et nouvelles. Au contact de ces brillants intellectuels, La jeune adolescente apprit là l’art de la conversation. Madeleine était la maitresse quasi officielle du puissant fermier général Charles François Paul Le Normant de Tournehem. Son amant devint le tuteur légal de ses deux enfants et de Jeanne-Antoinette dont il était sans doute le père biologique. Le fermier général offrit la belle Jeanne-Antoinette en mariage à son neveu et héritier Charles-Guillaume Le Normant d’Etiolles. Le couple s’installa au château d’Etiolles près de Sénart. Deux enfants naquirent. Le premier mourut à sa naissance ; le second disparut à l’âge de 10 ans.

 Le domaine d’Etiolles était situé dans la forêt royale où Louis XV aimait chasser. On avait accordé à Jeanne le privilège d’assister aux chasses. En 1743, elle fit la connaissance du roi. Agé de 33 ans, Louis XV avait épousé en 1725, pour des raisons d’Etat, une princesse polonaise Marie Leszczynski, fille d’un roi déchu. Il s’était montré un époux irréprochable. Les dix grossesses de la reine avaient alourdi sa silhouette et altéré son caractère. Elle refusait de partager le lit conjugal. Le roi chercha ailleurs ce que son épouse lui déniait. Ainsi, il séduisit à tour de rôle les quatre filles du marquis de Nesles : la comtesse de Mailly, Pauline de Vintimille décédée en couche des œuvres du roi, Mme de Lauraguais surnommée « la grosse vilaine » et Mme de Tournelle faite duchesse de Châteauroux. Les chansonniers de l’époque raillèrent le roi :

« L’une est presque oubliée, l’autre presque en poussière ;

La troisième est en pied ; la quatrième attend ;

Pour faire une place à la dernière.

Choisir une famille entière.

Est-ce être infidèle ou constant ? »

 Sa dernière maitresse prétendait participer aux affaires du royaume. Elle suivit le roi en campagne dans l’est de la France. En août 1744, Louis XV tomba malade à Metz où il bivouaquait. Les médecins avouèrent leur impuissance à le guérir. On convoqua un prêtre pour qu’il administre les derniers sacrements. Le prélat y mit une condition : le roi devait d’abord chasser sa « concubine ». Louis XV accepta à contrecœur. La duchesse de Châteauroux quitta la ville sous les quolibets de la foule. Elle ne s’en remit pas et mourut en décembre de cette même année.

Louis XV se mit en quête d’une nouvelle amante. Justement, Mme Lenormant d’Etioles rêvait de devenir la maitresse du roi. Un habile stratagème conçu par des amis de sa mère – les frères Pâris, la marquise de Tencin -, permit à la roturière de s’approcher de Louis XV et de le séduire. Le mariage religieux du dauphin Louis-Ferdinand avec l’infante d’Espagne Marie-Thérèse donna lieu à un bal masqué dans la galerie des glaces de Versailles. Jeanne-Antoinette y apparut déguisée en Diane chasseresse. Le roi ne résista pas à la flèche d’amour décoché la jeune femme. Il tomba amoureux aussitôt. Il l’installa à Versailles et lui attribua le marquisat de Pompadour. Une liaison de vingt ans débuta. La « Reinette » exerça une grande influence sur le roi. Non seulement elle s’employa à divertir le roi en organisant de grandes fêtes, mais elle inspira sa politique culturelle et prétendit même le conseiller sur le plan politique. Elle imposa ses protecteurs – les frères Pâris, le cardinal Bernis, Mme de Tencin -, qui accordaient des avances à la caisse royale en échange d’avantages de toutes sortes. Son emprise sur le monarque suscita la jalousie de la Cour et le mépris du peuple qui s’amusait des chansons injurieuses, les « poissonnades », qui la ridiculisaient. Les libelles et pamphlets lui reprochaient ses dépenses somptuaires dans ses châteaux, sa prodigalité au profit des membres de sa coterie, avec l’argent puisé dans les caisses de l’Etat, alors que le Royaume s’était endetté pour financer la guerre de succession d’Autriche. La duchesse obtint le renvoi du ministre d’Etat le comte de Maurepas, accusé de ne pas tout mettre en œuvre pour arrêter les pamphlétaires. La colère du peuple et des bourgeois éclata quand le ministre des finances Machault d’Arnouville créa de nouvelles taxes (hausse du prix des chandelles) et impôts (imposition du vingtième sur tous les revenus) pour équilibrer le budget du royaume, grevé en parti en raison des dépenses fastueuses de la Cour. Le clergé protesta contre ce qu’il appelait une « spoliation ». Finalement, en 1751, Louis XV donna raison aux ecclésiastiques et décida de les exonérer.

Madame de Pompadour favorise le siècle des Lumières

A partir des années 1750, la marquise de Pompadour cessa d’être la maitresse de Louis XV. Le roi lui garda toute son estime, continua à la loger près de lui à Versailles et lui conserva son statut non officiel de favorite. L’amour royal se transforma en amitié solide dont toute une coterie profita. Il anoblit ainsi le frère de son ancienne amante Abel-François Poisson. En retour madame de Pompadour continua à le conseiller. Craignant d’être supplantée par une rivale belle et intelligente, elle mit en place un réseau qui fournissait des maitresses au roi dont l’addiction au sexe ne faiblissait pas avec l’âge. Surtout, la favorite joua un rôle important dans la diffusion des idées nouvelles. Elle protégea la littérature, les arts, la musique. Quand d’obscures questions religieuses provoquèrent des tensions entre le roi, fidèle du pape, et le parlement, encore influencé par le jansénisme, elle s’amusa de l’ardeur des écrivains anticléricaux comme Voltaire qui proposa avec humour « d’étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ». Soutenue par leur mécène, les philosophes alimentaient la fermentation intellectuelle par leurs écrits. Ils s’assignaient comme tâche de « rendre à la raison toute sa dignité » pour « la faire entrer dans ses droits ». Les idées nouvelles secouaient « le joug de l’opinion et de l’autorité ». Jean-Jacques Rousseau, Diderot, d’Alembert, Montesquieu croyaient en la toute-puissance de la raison pour éclairer les ténèbres qui enfantaient les fanatismes et les superstitions. Hommes des Lumières, ils contestaient, à des degrés divers, les institutions les plus indestructibles comme la religion, la monarchie absolue, l’ordre social inégalitaire. D’accord entre eux sur les maux qui minaient la société, ils divergeaient sur les remèdes. Les uns proposaient une monarchie constitutionnelle avec à sa tête un monarque éclairé ; d’autres croyaient en une République aristocratique ou populaire. Mais tous défendait les droits naturels de l’homme et luttaient contre l’intolérance.

 D’Alembert eut l’idée de regrouper toutes les idées novatrices des philosophes dans un ouvrage l’Encyclopédie. Il proposa à de nombreux écrivains de rédiger des articles sur les sujets et les thèmes les plus divers. La parution des deux premiers tomes provoqua la réconciliation provisoire des jésuites et des jansénistes scandalisés par la mise en cause des dogmes religieux. A leur initiative, le 7 février 1752, la Sorbonne interdit la vente de l’ouvrage. Grâce notamment à l’intervention de la marquise de Pompadour les tomes suivants parurent normalement. En juin 1754, deux deuils cruels frappèrent madame de Pompadour : le 15 juin sa fille Alexandrine mourut d’une péritonite à l’âge de 9 ans ; le 25 juin, elle apprit le décès de son père. L’esprit scientifique et les idées des Lumières se répandirent par l’intermédiaire des salons littéraire qui se multiplièrent Mais l’attentat de Damiens survenu en 1757, replongea la monarchie dans la barbarie du moyen-âge. Un déséquilibré Robert-François Damiens tenta d’assassiner le roi d’un coup de couteau. Il parvint seulement à le blesser légèrement. Torturé, accusé de régicide, Damiens fut condamné à mort par écartèlement, après avoir été tenaillé et arrosé de plomb fondu et de souffre. A cette occasion, Louis XV montra sa pusillanimité. Convaincu que l’attentat était un avertissement du ciel, il se livra à une confession publique de ses fautes et demanda pardon à la reine pour son infidélité. Le ministre Machault d’Arnouville croyant répondre aux vœux du roi demanda à Mme de Pompadour de quitter Versailles. Quand Louis XV guérit, la favorite se vengea de l’outrage subi en demanda les limogeages du ministre et du chef de la police, le comte d’Argenson. Le roi lui donna satisfaction. Il se privait de deux précieux et fidèles collaborateurs au moment où éclatait la guerre de Sept Ans. Après des succès initiaux en 1756 face à la marine anglaise, le royaume de France subit de lourdes défaites dans ses colonies. En 1763 par le traité de Paris, elle abandonna à l’Angleterre, le Canada, la Louisiane à l’est du Mississippi, la majeure partie de ses possessions aux Antilles, le Sénégal et ses comptoirs en Inde.

 Une autre mauvaise nouvelle attrista le roi. Madame de Pompadour luttait contre une tuberculose. Louis XV lui accorda le privilège de mourir à Versailles, contrairement à l’étiquette qui interdisait à un courtisan de décéder là où logeaient le roi et sa cour. Son époux Charles-Guillaume Le Normant d’Etiolles épousa une danseuse, ancienne maitresse de Louis XV. Il vécut assez longtemps pour assister à la chute de la monarchie. Il échappa à la guillotine en 1794 et mourut en 1799, sous le Consulat.

J.-P.G.

Demain : David Lean

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