Marcel Dassault

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17 Avril 1986

Ingénieur et industriel français, né 22 janvier 1892 à Paris, décédé à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de Seine), à l’âge de 94 ans. Marcel Bloch fut déporté pendant la seconde guerre mondiale à Buchenwald. Le père de l’Ouragan et du Mirage, fut également un homme politique de droite, un patron de presse, un mécène avisé.

Les avions militaires

Au moment de son décès en 1986, la société aéronautique créée par Marcel Dassault était un empire industriel contrôlé par un holding, la Société centrale d'études Marcel Dassault (SCEMD). Elle produisait des avions militaires et des avions civils. Quinze mille ingénieurs, cadres employés et ouvriers travaillaient dans les différentes usines du groupe. Entre 1945 et 1986, plus de six mille six cents avions furent fabriqués, dont des chasseurs et bombardiers qui équipèrent de nombreuses armées de l’air. Marcel Dassault rappelait : « J'ai toujours établi moi-même les caractéristiques de mes avions ».

 L’Ouragan fut le premier avion à réaction conçu et fabriqué en France en 1949. Près de 500 appareils seront produits dont 150 achetés par l’Inde, Israël et le Salvador.

Le Mystère II mis en service en 1955 fut le premier avion français à franchir le mur du son. Fabriqué à 150 exemplaires, il fut remplacé par le Mystère IV, construit à 410 exemplaires. Il resta en service dans l’armée de l’air française jusqu’en 1982.

Le Super Mystère II B2, premier avion supersonique européen, équipa les armées de l’air français, israélien et hondurien. 178 appareils furent construits.

Le Mirage III, premier avion européen capable de voler à Mach 2, entra en service en 1961. Il équipa l’armée française jusqu’en 1994. Avec la version Mirage 5, le groupe Dassault fabriqua 1401 appareils qui furent vendus à 21 pays dont l’Australie, le Brésil, la Belgique, l’Espagne, l’Egypte, Israël, la Libye, la Suisse. L’avion participa aux guerres de Six Jours (1967) et de Kippour (1973), toutes deux gagnées par Israël. Le Pakistan utilisa ses Mirages contre l’Inde en 1971.

 L’Argentine utilisa ses 14 Super-Etendard contre le Royaume-Uni en  mai 1982 lors du conflit des Malouines, coulant deux navires britanniques le destroyer HSM Sheffield, et le navire de soutien l'Atlantic Conveyor.

Le Mirage IV, un bombardier stratégique doté de la bombe atomique, fut construit à 62 exemplaires uniquement pour l’armée française. Il entra en service en 1964 et opéra jusqu’en 2005.

Le Mirage F1 entra en service en 1971 dans l’armée de l’air française. Construit à 710 exemplaires, il fut acheté par 11 pays dont l’Afrique du sud, l’Equateur, l’Espagne, la Grèce, l’Irak, la Libye. Le dernier Mirage F1 français vola à l’occasion du défilé militaire du 14 juillet 2014. Il est encore utilisé par les armées de l’air d’Iran et du Maroc.

Le Mirage 2000 est opérationnel depuis 1984 dans l’armée française qui en a acquis 315 exemplaires. L’avion équipe également les armées de 8 pays (Brésil, Egypte, Inde, Emirats arabes unis, Grèce, Pérou, Qatar, Taïwan) qui ont acheté 286 appareils.

En 1973, Dassault conçut en collaboration avec le britannique British Aircraft Corporation un avion d’attaque au sol et d’entrainement baptisé Jaguar. La coentreprise fabrique 600 appareils vendus à six pays dont l’Inde. Le modèle fut retiré du service actif en France en 2005 et en 2007 au Royaume-Uni.

En 1979, en collaboration avec l’allemand Dornier, Dassault aviation produisit à 500 exemplaires et vendit à une dizaine de pays l’Alpha Jet, un avion d’entrainement et d’attaque au sol. Ce modèle équipe la Patrouille de France depuis 1981.

 Marcel Bloch, son nom pour l’Etat-civil, naquit au sein d’une famille juive, originaire d’Alsace du côté de son père et de Livourne du côté de sa mère. Après de brillantes études secondaires au lycée Condorcet à Paris, il entreprit des études scientifiques à l’Ecole d’électricité Bréguet, puis à la toute jeune Ecole supérieure d’aéronautique et de construction mécanique (SUPAERO) dont il sortit diplômé en 1913. Bien des années plus tard, Marcel Bloch avoua que sa passion pour la technique était née dans son enfance après que ses parents lui offrirent une boîte d’inventions électriques.

 Mobilisé pendant la Grande Guerre au laboratoire d’aéronautique de Chalais - Meudon, il conçut avec son ami et associé Henry Potez une hélice baptisée « Eclair » qui équipa la plupart des avions de chasse des armées alliées. Leur modèle avait été retenu parmi 243 autres prototypes. En 1916, les deux jeunes gens, toujours sous les drapeaux, créèrent avec le renfort de Louis Coroller une Société d’études aéronautiques qui mit au point un avion biplace, le SEA IV C2. L’armée française séduite par la qualité de l’aéronef en commanda mille exemplaires. L’armistice du 11 novembre 1918 provoqua la résiliation du contrat. Cent quinze appareils furent néanmoins assemblés.

 Après la guerre, le marché de l’aviation alors essentiellement à vocation militaire, s’effondra. Pendant qu’Henri Potez créa sa propre entreprise, Marcel Dassault se lança dans le commerce des meubles et l’immobilier. La parenthèse se referma bien vite. En 1928, Raymond Poincaré, ancien président de la République pendant la première guerre mondiale, et nommé président du Conseil en 1926, constata l’état d’abandon dans lequel se trouvait l’aéronautique française. Pour redresser la situation et permettre à la France de rattraper son retard sur ses voisins, il fonda le Ministère de l’air. Marcel Bloch décida de reprendre du service. Il se remit à sa table à dessins et conçut un avion sanitaire. En 1931, l’armée lui en commanda une vingtaine d’exemplaires. En 1933, il réalisa un bombardier bimoteur baptisé Bloch 200. Trois cent trente exemplaires sortirent des usines françaises et tchécoslovaques. Mais l’avion, baptisé « cercueil volant » par Gringoire, servit surtout à l’entrainement des pilotes.

Déporté à Buchenwald

En 1936, le gouvernement de Front populaire nationalisa l’entreprise que Marcel Dassault avait installée à Courbevoie, et l’incorpora dans la Société nationale des constructions aéronautiques du sud-ouest (SNCASO), une société d’économie mixte détenue majoritairement par l’Etat. Marcel Bloch accepta de la diriger. Dans le même temps, avec l’argent reçu lors de son expropriation, il créa un bureau d’études, la Société anonyme des avions Marcel Bloch (SAAMB) qui concevait des modèles pour le compte de la SNCASO. La montée des tensions en Europe provoqua une course aux armements à la fin des années 1930. Les commandes de l’Etat augmentèrent. On construisit de nouvelles usines aéronautiques. Le nombre d’ouvriers employés par la SNCASO passa de 1500 en 1937 à 7000 en 1940.

 Après la défaite de juin 1940, Marc Bloch se retira dans sa villa à Cannes avec son épouse et sa famille alors que son frère ainé, le général Darius Paul Bloch répondit à l’appel du général de Gaulle en rejoignant la résistance intérieure. La presse d’extrême-droite - Pilori et Gringoire - se déchaîna contre « le juif Marcel Bloch ». En octobre 1940, le régime de Vichy l’arrêta et l’interna à Vals-les-Bains en Ardèche où il retrouva des personnalités comme Max Dormoy, Vincent Auriol, Georges Mandel, Jules Moch. Libéré, de nouveau incarcéré à la prison-hôpital d’Ecully, prés de Lyon, après une violente campagne antisémite, il fut enlevé par la gestapo en mars 1944, puis transféré à Drancy en juillet. Le 17 août 1944, les nazis le déportèrent dans le camp de Buchenwald. De santé fragile, une mort certaine l’attendait. Fort heureusement, le communiste Marcel Paul, le chef du « comité des intérêts français », un des dirigeants de la résistance clandestine du camp, le repéra et décida de le protéger. Marcel Bloch resta toute sa vie fidèle à ses anciens compagnons d’armes. Jusqu’à sa mort, il aida financièrement le quotidien du PCF L’Humanité et la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP), fondée par Marcel Paul à la Libération.

Un nouveau départ

Revenu vivant de l’enfer concentrationnaire, il changea son patronyme en Dassault - une référence à char d’assaut -, le pseudonyme utilisé par son frère Darius pendant l’occupation allemande. En 1950, la famille se convertit au catholicisme. Il redonna vie à sa société rebaptisée Société des avions Marcel Dassault puis Générale aéronautique Marcel Dassault (GAMD). En quelques années grâce à son génie, il créa des avions de chasse qui équipèrent l’armée de l’air française (lire ci-contre). Il se lança également dans la fabrication d’avions d’affaires, la gamme des Falcon, dont 2252 exemplaires ont été livrés dans le monde entier entre 1963 et 2013. Un succès extraordinaire qui fit oublier l’échec du Mercure, un avion qui pouvait transporter 150 passagers sur de courtes distances. Lancé en pleine crise pétrolière en 1974, Dassault en produisit seulement onze exemplaires tous achetés par la compagnie Air Inter.

 Homme de fidélité et de passions multiples, Marcel Dassault, fut élu une première fois député entre 1951 et 1955 sous la bannière du Rassemblement du peuple français (RPF), le parti politique fondé par le général Charles de Gaulle en 1947. Il suspendit son activité politique pendant la « traversée du désert » du chef de la France libre. Mais, en 1958, le retour au pouvoir de l’homme providentiel l’incita à rempiler. Elu député gaulliste de l’Oise en 1958, il fut constamment réélu jusqu’en 1986, date de sa mort. Il n’hésitait pas à financer de sa poche des projets qui n’auraient jamais vu le jour sans son aide. S’il était bien présent dans sa circonscription, il ne siégea presque jamais au Palais Bourbon. Ses collègues parlementaires eurent rarement l’occasion de le croiser dans les travées de l’hémicycle. Connu pour son absentéisme, il prononça en 1981 le discours d’ouverture de la législature, en sa qualité de doyen d’âge. En revanche, ses journalistes témoignaient de son omniprésence dans les locaux de l’hebdomadaire Jour de France qu’il avait fondé en 1954 pour concurrencer Paris Match. L’industriel y dispensait ses réflexions dans une rubrique fort justement titrée « Le café du commerce ».

 En 1981, la gauche de retour aux affaires du pays décida de nationaliser sa société. Avec humour, pour « remercier » le premier ministre Pierre Mauroy pour la « gentillesse » qu’il avait manifesté en cette circonstance, il offrit à l'État expropriateur 26% de ses actions, soit l’équivalent de 1,8 milliard de francs. Il ne réclama rien en échange. Il savait que le gouvernement le maintiendrait à la tête du groupe qu’il avait créé. Il avait un nouveau défi à relever : inventer l’avion de chasse français du XXIème siècle, dont le nom de code était le Rafale. Considéré par les ingénieurs et les aviateurs comme l'un des meilleurs chasseurs du monde, le dernier-né de la société Dassault a été commandé par l'armée de l'air française (180 appareils) et vendu à l'Egypte (24 appareils) et à l'Inde (36 appareils).

Jean-Pierre Giovenco

Illustration : Marc Daniau

Demain : Albert Einstein

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