Marcel Petiot

Il est décédé le 

Elle est décédée le

25 Mai 1946

Tueur en série français, né le 17 janvier 1897 à Auxerre (Yonne), guillotiné à Paris, à l’âge de 49 ans. Médecin, il proposa pendant la guerre à des familles juives ou des malfaiteurs recherchés par la gestapo de fuir en Argentine moyennant le paiement de droit de passage. En réalité, il les assassinait dans son cabinet. La police découvrit les restes de 27 corps. Condamné à mort, il fut guillotiné.

Né dans une famille de la petite bourgeoisie bourguignonne – père receveur des postes, mère femme au foyer -, Marcel Petiot, eut la douleur de perdre sa mère, internée à l’hôpital psychiatrique Sainte Anne, à l’âge de douze ans. Après des études brillantes au lycée, il entama des études de médecine, bientôt interrompues par la Grande guerre. En 1916, il devança l’appel. Blessé au pied par l’éclat d’une grenade en 1917, il vola une couverture pendant son hospitalisation. Son comportement étrange dans la prison militaire où il était enfermé lui valut d’être transféré dans un hôpital psychiatrique où on le déclara « neurasthénique » et « dépressif paranoïaque ». Une pathologie insuffisante pour le réformer. L’armée le renvoya au front où il subit une seconde blessure. Cette fois-là, on le réforma pour troubles psychiatriques. En 1923, la commission militaire de réforme diagnostiqua une « obsession de la persécution » et une « démence précoce ». Son état mental ne l’empêcha pas de reprendre ses études de médecine à la faculté de Paris en 1918 grâce à la bourse accordée aux anciens poilus et d’obtenir son diplôme en 1921.

Le « médecin des pauvres » est élu maire de Villeneuve-sur-Yonne

L’année suivante, il ouvrit un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne (Yonne). Il acquit rapidement une réputation de médecin des pauvres – comme son contemporain Louis-Ferdinand Céline – et devint populaire dans la ville même si les commerçants se méfiaient de ce cleptomane. Mais, aux yeux de la population ses qualités de médecins l’emportaient sur ses manies obsessionnelles. En 1925, il fut élu conseiller municipal sur la liste présentée par le parti radical-socialiste. L’année suivante, il s’installa dans le fauteuil de maire. En 1927, il épousa, Georgette Lablais, la fille d’un riche commerçant local propriétaire d’un restaurant à Paris. Elle lui donna un fils Gerhardt. Mais bientôt, les plaintes s’accumulèrent contre le maire de Villeneuve-sur-Yonne. On l’accusait pêle-mêle de fraude à l’assurance-maladie, de détournement de fonds publics. S’il échappa à la prison grâce à son avocat Me René Floriot, il ne put empêcher sa révocation du poste de maire. Il prit sa revanche en se faisant élire conseiller général du canton mais en 1934 la justice le priva de tout mandat électif. Le médecin avait été condamné pour avoir trafiqué son compteur électrique.

Les langues commencèrent à se délier. La vox populi s’interrogeait sur l’étrange disparition de Louisette, la domestique du médecin et la mort suspecte de Mme Debove dans l’incendie de la laiterie qu’elle dirigeait, Devenu la risée de la ville, méprisé de tous, suspecté de nombreux délits voire crimes, Marcel Petiot vint s’installer à Paris en 1933. Il ouvrit un cabinet rue Caumartin. Spécialisé en désintoxication, il s’assura une riche clientèle de toxicomanes à qui il délivrait des ordonnances de complaisance. En 1936, il fut pris la main dans le sac en train de voler des livres dans une célèbre librairie parisienne du quartier Latin. Les juges le déclarèrent aliéné mental et l’internèrent d’office à la Maison de santé d’Ivry où il séjourna pendant sept mois. Des experts psychiatriques chargés d’évaluer l’ampleur de sa maladie divergèrent. L’un d’eux le déclara « délirant et irresponsable » ; le second jugea au contraire qu’il était « un individu sans scrupule, dépourvu de tout sens moral ». Les juges crurent le premier et Marcel Petiot recouvra la liberté. Il reprit son travail. Quand éclata la seconde guerre mondiale, il resta à paris. Il y demeura après l’occupation de la ville par les Allemands en juin 1940. En 1941, il fit l’acquisition 21 rue Le Sueur, dans le seizième arrondissement, d’un hôtel particulier où avait jadis vécu la comédienne Cécile Sorel. Le médecin y entreprit d’importants travaux. Il fit notamment surélever un mur mitoyen pour cacher à ses voisins la cour. Il aménagea semble-t-il un cabinet médical. Pendant la durée de la guerre, le médecin n’y reçut aucun patient, selon des témoignages. De rares voisins aperçurent quelquefois le médecin à la nuit tombée. Les années passèrent. A l’évidence La demeure semblait inhabitée. Rien ne troublait la quiétude du quartier.

 En mars 1944, les riverains de la rue Le Sueur, crurent que son propriétaire avait enfin emménagé dans la vaste demeure. Une fumée pestilentielle s’échappait de la cheminée. Les voisins pensèrent qu’un feu dans le conduit provoquait ces exhalaisons nauséabondes. Alertés, les sapeurs-pompiers, précautionneux, décidèrent de contacter le propriétaire des lieux avant de fracturer la porte d’entrée. Le service du cadastre sollicité identifia le nouveau possesseur de l’immeuble. Il s’agissait du docteur Marcel Petiot qui avait acheté le bâtiment en 1941, mais n’y habitait pas. Son cabinet médical se trouvait 66, rue de Caumartin, dans le neuvième arrondissement. Les pompiers s’empressèrent de le prévenir. Le médecin se faisant attendre, ils se résolurent à intervenir. Ils fracturèrent une fenêtre et pénétrèrent dans l’immeuble. La fumée provenait de la cave. En descendant les escaliers, le ronflement d’une chaudière leur confirma qu’un dysfonctionnement de l’appareil était sans doute à l’origine des émanations. Mais, cela n’expliquait pas l’odeur. Quand ils atteignirent le sous-sol, un spectacle terrible s’offrit à leurs yeux : des corps humains démembrés gisaient sur le plancher et attendaient d’être incinérés dans deux calorifères fonctionnant au bois. Ils comprirent les raison de la disparition du propriétaire des lieux.

Un mini camp d’extermination dans un hôtel particulier de Paris

Prévenue, la police découvrit dans le sous-sol une installation aménagée pour tuer et pour faire disparaitre les corps des suppliciés. Une pièce aménagée en cabinet médical pour leurrer les victimes servait à l’exécution. La porte qu’on ne pouvait ouvrir de l’intérieur possédait un œilleton qui permettait à Petiot d’assister à l’agonie des malheureuses victimes. Le criminel se débarrassait des corps en les dépeçant dans une pièce voisine et en les incinérant. Dans un débarras attenant, les enquêteurs découvrirent 72 valises. Le procès-verbal dressa un inventaire aussi précis que terrifiant de leur contenu : 655 kilos d’objets divers, 1760 pièces d’habillement, 120 jupes, 90 robes, 28 costumes pour hommes, 21 manteaux, 57 paires de chaussettes, 43 paires de chaussures et le bas d’un pyjama d’enfant. Le docteur Petiot avait créé dans son hôtel particulier un mini camp d’extermination. Il fonctionnait selon les mêmes principes que ceux définis et appliqués par les criminels nazis dans les usines de la mort édifiées dans l’est de l’Europe : réception des personnes, salle d’exécution, crémation des corps, récupération des biens.

 La police reconstitua sa manière d’opérer. Sous le nom de docteur Eugène, il promettait à des familles juives qui tentaient d’échapper à la Shoah et à quelques rares malfaiteurs recherchés par la police de les faire passer clandestinement en Argentine, moyennant le paiement de fortes sommes sensées rémunérer les membres de la filière d’évasion. Avant le départ, il donnait rendez-vous la nuit à ses victimes dans son hôtel particulier. Les candidats à l’exil lui versaient une commission sous forme d’argent liquide, de bijoux ou de diamants. Sous le prétexte de respecter les consignes sanitaires du service d’émigration argentin, il les vaccinait contre des maladies imaginaires dans la salle médicale. Il leur inoculait en réalité un poison mortel. En janvier 1942, sa première victime fut un de ses voisins juif, fourreur de profession. Les policiers retrouvèrent dans le sous-sol les restes de 27 personnes. Petiot avait tué une quinzaine de juifs, décimant plusieurs familles. Huit malfaiteurs et prostituées et plusieurs « rabatteurs » dont il se méfiait complétaient la liste de ses crimes.

 Les enquêteurs ne purent mettre la main sur le tueur en série. Petiot s’était volatilisé. Profitant de la désorganisation au moment de la Libération de la France en août 1944, il réussit à se faire engager dans les Forces françaises libres sous le nom d’emprunt de capitaine Valeri. Les autorités militaires l’affectèrent à la caserne de Reuilly en qualité d’officier-médecin. En septembre 1944, un journaliste publia dans Résistance un article dans lequel il accusait le docteur Marcel Petiot d’avoir aidé la gestapo pendant l’Occupation. Vexé, Petiot-Valeri envoya un droit de réponse au journal. Cette initiative le perdit. Les policiers surveillèrent ses proches et remontèrent jusqu’à lui. Le 31 octobre 1944, Petiot tomba dans la souricière et sa cavale finit dans une station de métro. Son procès s’ouvrit le 18 mars 1946. Non seulement il reconnut les faits mais il se vanta d’avoir tué « pour la France » 63 traîtres, collaborateurs et allemands, sans jamais le prouver.

 Malgré la plaidoirie de Me René Floriot qui l’avait déjà défendu vingt ans plus tôt, le tribunal le condamna à mort pour l’assassinat de 24 personnes, le doute subsistant pour trois d’entre elles. Le 25 mai 1946, la justice ayant suivi son cours, on le réveilla au petit matin. A l’avocat général qui l’exhorta de la phrase rituelle « ayez du courage Petiot, c’est l’heure », le condamné répondit « tu me fais chier ». Le magistrat lui demanda s’il avait quelque chose à déclarer. Il répliqua : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages ». Après avoir conseillé à son avocat de ne pas regarder l’exécution, affirmant « cela ne pas être beau », il alla à l’échafaud, un sourire aux lèvres. Le docteur Marcel Petiot était fou.

J.-P.G.

Demain : Abd et-Kader

masculin
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